‹ La boxe française, historique et biographiqueChapitre 55 sur 233 · AU CASINO DES GALERIES SAINT-HUBERT · texte numérisé non relu

AU CASINO DES GALERIES SAINT-HUBERT

« Comme nous Lavions prévu, la salle du casino était presque trop petite pour contenir tous les spectateurs qu’avait attirés l’annonce de cette soirée.

« A 8 heures, devant la porte extérieure stationnaient les retardataires qui regardaient entrer d’un œil envieux les derniers favorisés, car on ne délivrait plus de cartes.

« MM. Bardoux et Collette ont ouvert la séance par un assaut d’épée.

« Nous avons déjà dit dernièrement tout le bien que nous pensions de M. Bardoux, tireur gracieux, habile et en outre excellent démonstrateur.

« M. Collette est aussi une vieille connaissance quoique jeune.

« Nous avons parlé, Lan dernier, de sa méthode et de sa rapidité dans les coups droits, en nous occupant de la Société des frères d’armes, dont il est le professeur-fondateur.

« Deux maîtres de contre-pointe, appartenant à la garnison de Bruxelles, ont succédé à ces messieurs, et s’ils n’ont pas précisément été remarqués pour la régularité rigoureuse de leur jeu, ils ont étonné la galerie par leur agilité. On les a beaucoup applaudis ; les coups qu’ils s’étaient amicalement administrés valaient bien ça.

« Un remarquable assaut de canne a suivi le précédent. Les adversaires étaient MM. Charlemont etM..., le plus fort tireur de Bruxelles, disait l’affiche.

« Eh bien ! nous croyons que l’affiche n’a pas menti.

« C’est assez rare pour que nous rendions hommage à cette affiche exceptionnelle.

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« Ce M. M..- tire des deux maius et il est habile de l’une et de l’autre.

« 11 a fait jeu égal avec Charlemont — au moins nous a-t-il semblé, car on ne comptait pas les coups — et pour arriver à un tel résultat, il faut mériter le titre qu’il s’est donné ! Toutefois, nous ne trouvons pas ses coups assez développpés — chose indispensable pour faire de la canne une arme utile.

« Le fils Charlemont a répété ensuite la théorie de la canne et de la boxe française aux grands applaudissements de toute la salle. Cet enfant de douze ans sera, s’il continue, le plus rude jouteur de son temps. Il est vrai qu’il est à bonne école !

« Mais voici un colosse ! On dit qu’il vient de Liège pour tâter Charlemont à la boxe anglaise.

c< Ma foi! c’est un magnifique garçon. Belle tête, très haute taille, corps d’Hercule Farnèse. Ses gants immenses cachent à peine ses mains de fer attachées à des bras énormes où la graisse n’a rien à voir ; c’est tout nerf.

« Charlemont qui arrive derrière lui a l’air d’une mauviette.

« Iis se mettent en garde !

« Un murmure d’étonnement court dans la salle dont chaque spectateur, j’en suis certain, disait en lui-même : il va l’assommer!

« En effet la disproportion semblait trop grande et en outre la figure de l’hercule ne paraissait pas très tendre à ce moment-là.

« Quant à Charlemont il souriait...

« Du reste excellente pose chez lçs deux adversaires.

« Les premiers coups furent terribles, mais le poing du colosse est chaque fois arrêté par une parade non moins énergique... A son tour Charlemont tâte... souriant toujours.

« Au bout d’une minute, le professeur est fixé : son adversaire ne lui résistera pas !...

« Cela paraît impossible et pourtant c’est ainsi : l’agilité, le calme, l’adresse, le nerf allaient dompter la force matérielle.

« Bientôt les attaques de Charlemont étourdissent son adver-

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saire, qui ne sait plus ni parer, ni frapper et tourne épuisé dans l’arène.

« Tous ceux qui se souvenaient des fameux coups de poing de la fin du romanesque prince Rodolphe, ont dû se dire que le récit d’Eugène Sue n’avait rien d’exagéré.

« Enfin le combat s’est terminé au milieu de bravos effrénés quand le plus grand a fait signe au petit qu’il désirait cesser.

« Charlemont souriait toujours.

« Ici se place un incident regrettable sur lequel nous n’avons pas à nous étendre.

« Un professeur de Liège, avec lequel Charlemont a eu une polémique dans le journal le Franc-Tireur , se trouvant dans la salie, a été interpellé par quelques spectateurs qui lui demandaient — puisqu’il était là — de régler son différend séance tenante, à la boxe anglaise ou française.

« Charlemont a accepté ; l’autre a refusé.

« Un certain tumulte s’en est suivi, ce qui est toujours regrettable, et nous espérons bien que, dorénavant, pareille scène ne se renouvellera pas.

« Deux professeurs spéciaux ont ensuite simulé un combat à la baïonnette, et un jeune hercule a fait des exercices de force étonnants.

« Enfin, la soirée s’est terminée par un second assaut de boxe anglaise entre un professeur anglais et M. Charlemont.

« Ça été le bouquet.

« Morbleu ! quels gaillards ! Et comme il faisait meilleur les voir qu’être à leur place.

« C’est égal, nous n’avons jamais vu si bel assaut et, malgré leurs coups furieux, jamais courtoisie plus parfaite de part et d’autre.

« Ces messieurs ont donné la preuve qu’ils étaient, à la fois, de première force au pugilat et au savoir-vivre.

« Deux choses qui pourtant, d’ordinaire, ne se donnent pas la main.

« Fernand Delisle. »

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C’est le 1er mai 1875 que fut fondé le Fencing-club de Bruxelles, 5, galerie du Roi, par MM. Gaston Bérardi, le baron Fernand de Marescot et plusieurs de leurs amis.

Le Fencing-club avait pour but le développement et la saine pratique des exercices du corps, escrime, sabre, canne, boxe et autres sports. Pour l’année 1875-1876, le comité était composé : Présidents d’honneur : MM. baron de Arinos, ministre du Brésil, Jules Anspach, bourgmestre de Bruxelles. Membre d’honneur : Son Altesse royale Monseigneur le Prince d’Orange ; président : comte de Sauvage ; vice-président : Eugène Anspach ; secrétaire: Gaston Berardi ; trésorier : Wynand Janssens ; membres : MM. le Major T. Brewer, officier d’ordonnance de S. M. le Roi des Belges, Hector Catoir, Léon Lambert, consul de Grèce et d’Italie, Alfred de Tbuin, membre de la chambre. des représentants, Fernand, baron de Marescot, Frédéric Simonson.

MM. Mathieu et Napoléon Selderslagh étaient professeurs d’escrime et de sabre ; M. J. Gharlemont, professeur de boxe, canne et exercices gymnastiques. Gharlemont était en outre chargé de l’organisation et de l’entretien du cercle ; il y avait son appartement et une petite salle particulière où il donnait des leçons en ^dehors des cours du cercle.

C’est par un brillant assaut que fut inauguré le Fencing-club, sous la présidence de M. le comte de Sauvage. Un grand nombre de professeurs et amateurs distingués, belges et français, y prirent part. MM. Carolus Duran et Vigeant, le distingué professeur de Paris, y firent de beaux assauts.

Gharlemont fit un assaut de boxe française avec un de ses meilleurs élèves.

Cette belle fête se termina par un magnifique banquet chez Sapin .

Un an plus tard, pour fêter l’anniversaire de la fondation du cercle, on donna un deuxième assaut, le 16 avril 1876, sous la présidence du général baron Yan der Smissen, mais ce fut le dernier, car l’année suivante, le cercle dut se dissoudre, faute d’éléments jeunes et travailleurs.

Pour remercier Gharlemont de son dévouement au cercle, on lui fit don du matériel meublant les locaux ainsi que du fonds de caisse restant.

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« Entre MM. les membres du Fencing-club et M. Charlemont, professeur de canne, boxe, etc... a été conclu l’engagement suivant :

« Art. 1. — M. Charlemont est nommé professeur de canne, de boxe et de gymnastique du Fencing-club ;

« Ses appointements sont fixés à 1200 fr. (douze cents francs) par an, payables par trimestre chez le trésorier de la Société.

« Les cours réguliers durent du 1er septembre au lerjuin, mais M. Charlemont reste à la disposition des membres, au local du club, durant les trois mois de la saison d’été.

« Art. 2. — M. Charlemont est tenu d’être présent durant toutes les heures de cours, fixées comme suit :

« Cours particuliers (canne, boxe, exercices gymnastiques), les lundi, mercredi et vendredi, de 2 h. 1/2 à 5 h. 1/2.

Cours généraux : tous les soirs, excepté le dimanche, de 8 h. à 11 h.

c< Art. 3. — M. Charlemont promet son concours aux fêtes et assauts exceptionnels organisés par le Fencing-club.

Art. 4. — M. Charlemont est en outre nommé majordome du cercle; la surveillance et l’entretien du local, celui du matériel et des objets appartenant aux membres lui sont spécialement confiés et restent sous sa responsabilité directe.

Les frais résultant du blanchissage du linge ou de l’achat d’ustensiles nécessaires à l’entretien du local du matériel, etc... ne sont pas à la charge de M. Charlemont.

« Art. 5. — M. Charlemont est logé par la société.

« 11 pourra à son gré donner des leçons particulières dans l’appartement qui lui est destiné, mais ne pourra ni recevoir ni exercer ses élèves en dehors des pièces désignées par le comité, le local du cercle étant strictement interdit aux personnes ne faisant pas partie de la société.

.(( Le comité sera d’ailleurs seul juge des cas spéciaux qui pourraient se présenter et ne seraient pas prévus par le présent engagement.

« Art. 6. — M. Charlemont pourra, sur leur demande, fournir aux membres les divers objets nécessaires aux exercices qui sont de son ressort ; mais il ne pourra, sans une autorisation spéciale

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et écrite du comité, se livrer à aucun commerce, ni faire poser, soit en dedans, soit en dehors du local du cercle, aucun genre d'affiche ou d’enseigne, quelles qu’elles soient.

« Fait en double à Bruxelles, le 1er juillet 1875.

« Approuvé.

« J. Charlemont. » « Fencing-Club. »

FENGING-CLUB Bruxelles, 12 décembre 1875.

« Monsieur Charlemont,

« A l’occasion de l’inauguration de notre salle d’armes, le comité du Fencing-Club me charge de vous offrir, à titre d’encouragement, l’indemnité ci-jointe pour le zèle dont vous avez fait preuve dans vos doubles fonctions.

. « Le Secrétaire,

« Gaston Berardi. »

FENGING-CLUB Bruxelles, le 14 juin 1877.

« Monsieur,

« Nous avons l’honneur de vous faire part de la dissolution du Fencing-club et de la liquidation de la société.

« Nous plaçons sous vos yeux un extrait du procès-verbal de l’assemblée générale du 12 juin 1877.

« La séance est ouverte à quatre heures un quart, sous la pré- « sidence du général Baron Yan der Smissen.

« M. le Trésorier expose à l’assemblée la situation de la société « et lui fait part de l’impossibilité où il se trouvera de faire face « aux dépenses de l’année courante, si cette situation est main- « tenue. L’encaisse actuel suffira à la liquidation complète de la « société, si cette liquidation est immédiate. .

« En présence de cette situation, la dissolution et la liquidation « de la société sont mises aux voix et votées à l’unanimité.

« M. le Trésorier est chargé de la liquidation et de la résiliation « du bail.

« Lecture est ensuite donnée des dispositions des statuts qui « constituent les membres fondateurs propriétaires du mobilier « de la société.

« Après une courte discussion, les membres fondateurs présents « décident, à l’unanimité, que le mobilier garnissante salle d'ar- « mes, le fumoir et le cabinet de toilette,sera abandonné à M.Char- « lemont comme indemnité et pour reconnaître le zèle dont il a « fait preuve durant l’existence du Fencing-club.

« Les armes, effets, linge, etc., appartenant aux membres de « la société restent évidemment leur propriété et sont tenus à « leur disposition à dater de ce jour.

« Il est spécialement stipulé que, si une salle d’armes est éta- « blie dans le local actuel du cercle, elle ne pourra garderie nom « de Fencing-Club, qui est abrogé.

« Après des remercîments votés par acclamation au Président, « le Fencing-club se déclare dissous et la séance est levée. »

« Ont signé : tous les membres présents.

« En conséquence, vous êtes prié, Monsieur, de faire reprendre, au local du cercle, dans un délai d’un mois, les armes, effets, etc., qui vous appartiennent.

« Agréez, Monsieur, l’expression de nos sentiments les plus distingués.

« La Commission. »

« Escrime balnéaire. — M.Charlemont donnera, dimancheprochain, à Ostende, en la salle des Folies ostendaises, un grand assaut d’armes où figureront plusieurs professeurs distingués.

« L’assaut commencera à 2 h. 1/2.

« Qu’on se le dise! »

LaChronique, vendredi 20 août 1875.

« Ostende. Dimanche 22 août 1875 à 2 h., salle des Folies Ostendaises. Grand assaut donné par M. Charlemont. 3 prix: Une médaille d’argent pour l’escrime, une pour la boxe et une pour la canne. Charlemont fait trois assauts : un de boxe française, un de canne et un de boxe anglaise avec un boxeur anglais. Répétition de la théorie de la boxe française et de la théorie de la canne par Charlemont fils. »

<c M. Charlemont, l’excellent professeur de canne et de boxe française, donnera après-demain, dimanche, dans la salle des Fan-

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taisies .parisiennes, un grand assaut qui promet d’être particulièrement intéressant. Après différents assauts d'escrime, de canne et de boxe anglaise, la séance sera terminée par un concours de boxe française, pour lequel un grand nombre de maîtres et d’amateurs se sont fait inscrire. On parle de l’arrivée de M. Emile Rive, l’ancien prévôt du fameux Vigneron, qui viendrait disputer à M. Charlemont le titre de premier champion. La lutte sera animée et des médailles seront remises aux vainqueurs du tournoi. » La Chronique, vendredi 1er octobre 1875.

« Dimanche, à 2 heures, aura lieu au théâtre des Fantaisies parisiennes un grand assaut organisé par M. Charlemont et que terminera un concours de boxe française pour lequel plusieurs maîtres et amateurs en renom se sont fait inscrire La lutte sera intéressante, car on sait que M. Charlemont passe pour le plus habile des boxeurs français actuels. »

U Indépendance belge.

THEATRE DES FANTAISIES PARISIENNES (alcazar-royal) DIMANCHE 30 OCTOBRE 1875, A 2 HEURES 1/2

GRAND ASSAUT

donné par Charlemont.

Grand concours de boxe française. Amateurs inscrits : MM. Emile Rive, de Paris, Joseph Lhoest, professeur à Liège, Vandenbergh, sergent 1er maître au 4e de ligne, Ostende, A. Carpréau, et Léon Charnacé, élèves de Charlfemont, et plusieurs membres du cercle des XXV, de Liège. Prix d’honneur: quatre médailles.

Charlemont fait deux assauts de boxe avec deux boxeurs anglais, un assaut de canne avec M. Michiels de Bruxelles, fait répéter la théorie deboxe française par un élève de quatre mois, M. L. Charnacé et fait un assaut de boxe française avec le vainqueur du concours. Charlemont fils fait des exercices de gymnastique et un assaut deboxe française avec un amateur.

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