MICHEL DIT PISSEUX
Ce professeur célèbre connu sous les noms bizarres de Michel dit Pisseux, était né à la Courtille en 1794; fils de boulanger et boulanger lui-mème, il habitait ce quartier. A cette époque, il y avait, dans les barrières de Paris, de nombreux établissements : cabarets, bals et bouges fréquentés par une population de bas étage des plus à craindre; on s’y battait constamment et il fallait avoir bons poings, bons pieds et bons yeux, avec cela du courage et surtout de l’audace pour s’aventurer dans un milieu aussi dangereux. Michel Pisseux était un de ceux qui ne craignaient pas de fréquenter ces lieux si dangereux pour les gens paisibles et honnêtes. Il devint même la terreur de ce quartier.
Le comte d’AHon-Shée, dans ses mémoires si curieux sur les premières an nées du règne de Louis-Philippe(i), a esquissé le portrait de ce Michel. Il l'appelle Michel Casseux. « Il pouvait avoir, dit-il, trente-six ans; son visage était terne et marqué de peti!e vérole, ses yeux gris pleins de ruse; ses membres étaient longs et osseux; ses grandes mains et ses doigts noueux semblaient avoir la dureté du bois; ses gestes rapides et désarticulés rappelaient les mouvements de l’ancien télégraphe. Il portait une veste et un large pantalon en drap brun, une casquette d’où pendait sur le côté un énorme gland... »
Quoique habitué qu’il était au milieu de ces gens batailleurs et de mauvais àloi, craint et très redouté dans le quartier de la Courtille, il était d’un caractère très doux et n’aimait ni les dis-
(1) Mémoires du vicomte d’Aulnis.
LA BOXE FRANÇAISE
putes ni les batteries, il les évitait le plus souvent qu’il pouvait. Intelligent, il avait profité du contact de cette ignoble population, pour en observer les différents coups qu’elle pratiquait dans leurs combats ainsi que leurs différentes manières de se battre. Il en fit un résumé, classa les coups qui lui paraissaient les pluspratiques, et en composa une théorie appelée « l’Art de la savate ». 11 ouvrit une salle dans son quartier et donna le premier des leçons de ce nouveau sport.
A la suite des succès qu’il obtint, il quitta la eourtille pour prendre une nouvelle salle dans un quartier mieux fréquenté; c’est ainsi qu’il s’installa rue Buffaut, faubourg Montmartre. La vogue de la savate battait son plein. La classe riche, les célébrités artistiques et littéraires, accouraient prendre des leçons ; la savate était devenue à la mode.
Il donna aussi des leçons de canne; nous avons dit ailleurs qu’il avait publié une théorie de la savate, ainsi qu’une théorie de la canne. On le disait de première force à ces deux exercices, ainsi qu’au bâton.
On cite parmi ses élèves les plus marquants : le duc d’Orléans et lord Henri Seymour.
A propos de lord Henri Seymour, fort connu sous le surnom de Milord l’Arsouille, nous trouvons, dans les mémoires du comte E. Dalton-Shée, un portrait qui ne ressemble en rien à celui que la légende lui a fait, à tort ou à raison, par rapport aux excentricités qu’on lui a attribuées.
« Le Jockey-Club fut fondé en 1833. Pour en faire partie, il fallait être membre de la société d’encouragement qui avait pour but : l’amélioration de la race chevaline en France.
« Chaque membre du cercle payait à son entrée 450 francs, et 300 francs, les années suivantes.
« Le premier comité fut composé des fondateurs de la société d’encouragement.
« MM. Henri Seymour, président, prince de la Moskowa, Rieussec, Delamarre, Maxime Caccia, comte Demidoff, Fasquel, Charles Lafitte, chevalier de Machado, de Normandie, comte de Cambio, écuyer du duc d’Orléans, Ernest Leroy.
LA BOXE FRANÇAISE
(( Le Jockey-Club occupa d’abord le premier étage de la maison formant l’angle du boulevard et de la rue du Helder.
« Henri Seymour, second fils de la marquise d’Harford, lord par courtoisie, avait été élevé à Paris, près de sa mère.
a Quoiqu’il parlât purement le français, il avait tous les goûts de la gentry anglaise : les exercices du corps, les courses et la manie des paris.
« Petit, mais vigoureux, doué d'une adresse extraordinaire, bon cavalier, de première force à l’escrime, à la boxe, il avait acquis un développement musculaire qui n’était plus en rapport avec sa taille.
« Il n’avait jamais voulu aller dans le monde, mais à sa majorité, vers 1824, un revenu de trois cent mille francs et une indépendance absolue lui avaient donné une position à part : sa salle d’armes était un centre de camaraderie, ses écuries de course un luxe alors inusité.
« Il s’était trouvé à la tête d’amis trop nombreux pour être sincères; on avait usé et abusé de sa confiance, et n’ayant pas en lui l’indulgence des natures supérieures, il avait tourné à la misanthropie; il supposait le mal par vanité de ne pas être dupe ; aussi fallait-il distinguer entre ses actes et ses paroles, celles-ci méchantes, n’épargnant personne, ceux-là honnêtes, charitables, souvent généreux.
« Dans les paris et les courses, c’était avec passion qu’il voulait gagner, l’enjeu lui était indifférent.
« Deux traits compléteront le personnage : afin d’être sans rival en quelque chose, il avait exercé pendant des années le petit doigt de sa main droite au point avec ce seul doigt de lever un poids de cent livres à la hauteur de son épaule, de telle sorte que sa main entière eût porté à peine davantage; dans le même but, il avait étudié à fond les difficultés grammaticales de la langue française et proposait à tout venant des paris sur l’orthographe de certains mots.
« Il fumait sans cesse, et a puissamment contribué par son exemple à généraliser en public la mode du cigare.
« La physionomie intéressante deM. de Normandie mérite ici quelques lignes en passant.