CHARLES LECOUR
Jean-Antoine-Charles Lecour est né le 12 mai 1808 à Oissery, commune de l’arrondissement de Meaux, département de Seineet-Marne. Il commença très jeune à prendre des leçons de savate, il eut pour professeur le célèbre Michel Pisseux, fort réputé à celte époque. C’était en 1824, il avait alors 16 ans, et était, paraît-il, très fort pour son âge. Ses aptitudes et sa passion pour ce genre d’exercice, lui firent faire des progrès rapides. En 1830, il était professeur et tenait une salle, rue du Faubourg-Montmartre; plus tard, il la quitta pour prendre celle du Passage des Panoramas, que nous avons bien connue.
Sur ces entrefaites, arrivèrent à Paris deux professeurs de province, Loze de Toulouse et Leboucher de Rouen. C’est avec ce dernier que Charles Lecour prit des leçons de canne et de bâton, qu’il enseigna ensuite de pair avec la savate.
Au temps de ses débuts, Paris ne pouvait opposer aucun adversaire sérieux aux boxeurs anglais. Les Parisiens d’alors ne connaissaient guère que la « savate », sport peu noble, mais indispensable aux viveurs de 1830, qui, lord Seymour et le vicomte
LA BOXE FRANÇAISE
do Labattut à leur tète, fréquentaient les bals populaires et la descente de la courtille. Il y avait des luttes épiques entre les beaux de la barrière et les beaux du boulevard ; et malheur à qui n’eût pas su lancer le coup de pied dans les règles.
Aussi les jeunes gens du monde cultivaient-ils la savate ou le chausson. Un « savetier » célèbre en ce temps-là, Michel Pisseux, allait donner des leçons chez le duc d’Orléans et chez lord Seymour.
Un jour Charles Lecour figura chez lord Seymour dans un assaut de savate contre la boxe anglaise ; il se mesura avec le célèbre boxeur anglais Owen-Swift. L’Anglais, très habitué au ring, prend sur Charles Lecour une supériorité immédiate telle, qu’il n’est plus possible au champion français de placer un seul coup. (Dans un assaut semblable, aussi chez lord Seymour, Loze eut le même sort que son collègue). Cette défaite loin de décourager Lecour, bien au contraire, lui indique qu’il y a tout à changer dans la méthode en faveur de l’époque, il se décide à prendre de sérieuses leçons d’un boxeur expérimenté : justement arrivait à Paris un professionnel anglais nommé Adams, qui devait se rencontrer dans un match avec Owen-Swift ; le combat eut lieu dans le bois de Vincennes, Swift, sortit vainqueur de ce pugilat qui ne dura pas moins d’une heure et demie.
Charles Lecour, présent à ce combat, se rçndit compte immédiatement qu’en alliant les deux méthodes, la savate et la boxe anglaise, on formerait un ensemhle des plus sérieux comme moyens de défense. C’est alors qu’il se fit présenter à Adams qui était resté àParis, et put ainsi prendre aveclui un certain nombre de leçons. Grâce à ces leçons de boxe anglaise réunies à la savate, Charles Lecour forma ce que l’on appela à juste titre la boxe française. Nous tenons de Charles Lecour lui-même les lignes qui précèdent, c’est donc par erreur qu’Alexandre Dumas, dans un de ses ouvrages, le fait aller prendre des leçons de boxe en Angleterre. Ce qui est incontestable (sans être toutefois l’importateur des coups de poing en France), c’est qu’il a apporté un perfectionnement à la vieille méthode, car Michel Pisseux, Loze, Leboucher et d’autres encore, enseignaient déjà à cette époque le travail des poings. C’est aussi -à tort qu'on a prétendu que les anciens professeurs enseignaient, à titre de coups de poing, le
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coupde la .Musette, « coup porté avec la paume de la main pour relever le nez de l’adversaire » ; c’étaient les gens de barrière qui s’en servaient dans leurs combats.
Charles Lecour fit bientôt florès à Paris. Aucune salle d’armes ne compta plus de noms aristocratiques que la salle du passage des Panoramas, où venaient régulièrement « travailler », en vareuse de flanelle rouge, MM. le duc . de Mouchy, le prince Etienne de Beauvau, le comte de Boisgelin, marquis de Noailles, marquis de Üreux-Brézé, baron Gourgaud, comte Clary, Nestor Roqueplan, comte de la Rochefoucault, comte Vigier, comte Walewski, baron de Bazancourt, Théophile Gautier, Marc-Carthy, comte d’Alton- Shée, Léon Darlu, comte de Niewkerke, Victor et Henri Cuvillier, les frères Guérin, etc.
C’est vers cette époque qu’il donna des leçons à Eugène Sue qui, dans son roman « les Mystères de Paris », parle de lui et de sa méthode enseignée au principal personnage le prince Rodolphe, « les terribles coups delà fin ». Il allait aussi professer en ville, notamment chez lord Seymour, rue Taitbout, et chez Alphonse Karr, dans son pavillon de la rue de la Tour-d’ Auvergne. Théophile Gautier assistait aux leçons en tenue truculente, un bonnet à gland d’or posé sur des longs cheveux.
Taillé en herculp, le poète avait un poing proportionné; et Banville, dans ses Odes funambulesques , a célébré la vigueur de ce poing,
Qui, sur la tête du More,
Fait cinq cent vingt pour son écot.
En 1846 et 1847, il prit part aux grands assauts de boxe qui se donnaient au cirque et qui faisaient fureur (nous donnons plus loin des comptes-rendus de ces assauts). Les champions anglais étaient : Thomas Kay, TomCribb etLazarus. Ils tiraient ensemble. Les champions français étaient Charles Lecour, Hubert Lecour et Charles Latois. Ils tiraient également ensemble.
En même temps, d’autres assauts étaient donnés, par Leboucher et Loze, salles de la Redoute, Montesquieu et Valentino.
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