SCÈNE VIII Les Mêmes, MONSEIGNEUR DUTHEIL, GROSSETÊTE
VÉRONIQUE
Vous m'excuserez, Monseigneur, de ne pas me lever, s'il vous plaît... Je ne tiendrais pas sur mes jambes.
" MONSEIGNEUR DUTHEIL
Comment donc, chère enfant, comment donc I Je connais votre état de faiblesse .. Nous venonsà vous, justement, pour tâcher d'un peu vous distraire. Roubaud nous Ta recommandé. (// s'assied et jjrend une prise.) Je m'occupe, bien entendu, de ce jeune Tascheron. Quel scandale!... qu'il est difficile à sauver!... Je veux dire de sauver sa pauvre âme...
VÉRONIQUE
Nous parlions de lui, à l'instant. Mais le souci d'une âme immortelle ne touche guère monsieur de Granville.
MONSEIGNEUR DUTHEIL
Ce n'est pas lui, c'est nous qu'il concerne.
Gardez-vous encore quelque espoir ?
MONSEIGNEUR DUTHEIL
L'Eglise ne perd ses droits qu'à la tombe. Lelarron repentant fut sauvé... Un faible espoir I Car^" jusqu'ici, tout a été vain sur cet homme. Dès qu'un prêtre s'approche de lui, il roule des yeux effrayants. On lui a montré le crucifix. lia, je rougis de le dire, il a voulu cracher dessus. D'autre part, il voudrait setuer. 11 a fallu, pour l'en empêcher, le lier avec des courroies. L'abbé Pascal, notre aumônier, qui a vu bien des êtres sauvages, recule devant ce furieux. 11 m'a dit, en hochant sa tête blanche, une parole, ma foi, éloquente : « Rie« à faire avec celui-là. Il a eu son paradis sur la terre... » Je n'ai pas voulu, dans ces conditions, risquer moi-même une.visite...
LA BREBIS PERHUE 71
la (lignite épiscopale... Mais j'ai fait chercher le seul homme qui puisse réussir désormais... Ah! voici Jabbé Gabriel!... Il nous donnera des nouvelles.
[Entre l'abbé, de Rastignac. Il salue Véronique en silence j et baise la main de révoque.)