SCÈNE IV
Les Méme,s, xMOXSEIGNEUR DUTHEIL, L'ABBÉ DE RASTIGNAC.
VÉRONIQUE
Monseigneur!... quelle bonne surprise! Je vous croyais encore en voyage.
MONSEIGNEUR DUTHEIL
J'en arrive justement, chère madame. Il faut que ce soit votre jeudi pour que j'aie quitté l'évêché. Mais je ne regrette pas ma fatigue. A travers beaucoup de tristesses, j'ai vu une chose admirable. A deux pas d'ici, à Montégnac, un village au milieu des forêts, j'ai vu refleurir le miracle des premiers jours du christianisme. Toute une population inculte convertie par un prêtre, un vrai prêtre, une âme d'enfant dans un corps robuste. Il s'appelle le curé Bonnet. Ces spectacles-là réconfortent. Nous en avons besoin, nous autres qui vivons au milieu des cités. Si chacun faisait son devoir comme ce
curé de campagne, en cet an de grâce 1818, ce serait le salut du royaume.. . Mais de tels apôtres sont rares !
VÉRONIQUE
Montégnac... Je connais ce village. Et aussi le nom de l'abbé Bonnet. Oui, j'en ai entendu parler par un protégé démon père, originaire de cette paroisse, un ouvrier porcelainier, le jeune Jean-François Tascheron... J'irai là, quelque jour, en voiture.
GROSSETÊTE
Je VOUS y accompagnerai. {Allant à Vévê que.) Dieu protège le roi Louis XVIII ! Je crains fort, Monseigneur, en effet, que l'esprit révolutionnaire .. Je ne prise pas, non merci. [Ils causent ensemble à mi-
voix.)
Gomment va monsieur de Rastignac votre frère, monsieur l'abbé?
l'abbé GABRIEL
Son corps, madame, se porte à merveille. Il le mande, du moins, dans ses lettres. Pour son âme, n'en parlons pas...
VÉRONIQUE
Oui, je sais, les succès mondains... Ah! Paris, la ville damnable! [A Vévêque.) Vous admirez ces fleurs, Monseigneur. N'est-ce pas que l'espèce en est rare? Monsieur Grossetète est le seul qui puisse faire des cadeaux de ce genre...
MONSEIGNEUR DUTUEIL
Oh! c'est votre fête, madame! Sainte Véronique... Oublieux! Les jardins de l'évéchéont, du moins, des
treilles de quelque mérite. Abbé Gabriel, songez-y. Vous le savez, d'ailleurs, mieux que personne.
Je nY manquerai pas, Monseigneur.
VÉRONIQUE
Vraiment, je suis toute confuse.
MONSEIGNEUR DUTDEIL
Pourquoi, madame? Vous portez dignement le nom d'une sainte exemplaire.
Ne dites pas cela. Monseigneur! le désir ne fait pas la vertu. Je ne suis qu'une pécheresse impuissante!
MONSEIGNEUR DUTHEIL, SOUrianl.
De quel ton vous vous accusez ! On serait tenté de vous croire... Dieu, qui voit les cœurs, vous juge mieux. Mais vous avez une âme ardente, et qui se dévore elle-même... Si j'avais un souhait à former pour vous, ce serait la bénédiction qui couronne la vie d'une femme : un fils selon la chair et l'esprit, un futur rempart de l'Église...
VÉRONIQUE
Le ciel, Monseigneur, vous entende! Ce serait, en effet, mon salut. Monsieur Grossetête, à l'instant, me faisait une autre prophétie, moins clairvoyante que la vôtre...
GROSSETÉTE
Elles sont, à la rigueur, conciliables. Mais, de grâce, ne m'accablez pas. Je n'ai, moi, que des
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lumières profanes. [Entrent le médecin Uoubaud eé Vavocal général de Granville. Salutations réciproques.)