‹ La brèche aux bufflesChapitre 12 sur 22 · L.\ URECHË Al'X BLFFI.ES · texte numérisé non relu

L.\ URECHË Al'X BLFFI.ES

sur lui avec une telle fureur que le colonel est obligé de donner ordre a un eow-boy île le lacer et de le ramener au corral.

Nous voyons successivement cin(| ou six de ces bandes. Il csl cerlain ([ue celte manière d'opérer est 1res économique : on n'a, pour ainsi dire, pas bei^oiu de bâlimenls, et le nombre de cow-boys employés est réduit de moitié. .Mais ces avantages ont leur contrepartie : les perles sont énormes, et le colonel est bien obligé d'en convenir. Cliez nous, les bandes sont toujours an complet, landis que celles que nous avons vues ce malin étaient toutes inférieuresàrefTectiFqu'il nous annonçait. Et cela s'explique parfaitement. I^es chevaux de deux et de trois ans sont très souvent maltraités par les étalons. Il y en a toujours qui finissent par se sauver en emmenant avec eux quelques juments; et les petites bandes qui se forment ainsi franchissent tout de suilG des dislances énormes. Rien que sur les bandes que nous avons vues ce matin , il manquait pins de quaire-vingis animaux. Quand on ne cherchait à produire que des poneys qu'on veniiait 30 ou 40 dollars, pour le service des grauds ranchs de bestiaux, il pouvait y avoir avantage à réduire la surveillance au minimum, sauf à perdre soit momentanément, soit même définitivement, un grand nombre de têtes. Mais maintenant que l'on produit des animaux calant en moyenne 150 ou 200 dollars, je crois que ce calcul n'est plus juste, car les économies sont loin de compenser les pertes; je crois môme qu'au fond c'est l'avis du colonel, et qu'il regrette d'être resté fidèle aux vieux errements, car il me semble bien désireux de se déLirc de son ranch.

La compagnie qu'il dirige, le 7-7., a. d«L xt^te.ftw.

LA BRKCKE AUX BLKFLES. ^

pour parler plus esactemeni, anail plusieurs cordes à son arc, csr elle possède, en outre de ses chevaux, ua ranch de bestiaux dont le centre est à une vingtaine de milles d'ici et où elle a eu jostju'à trente-cinq mille bœufs. Mais les temps sont durs pour les propriétaires (ie eallle-ranchs. Comme les fermiers, mais pour des causes dilTérentes, ils subissent une crise terrible dans laquelle beaucoup ont déjà sombré cl à laquelle ne pourront résister que ceux qui ont les reins très solides. Celle crise a été occasionnée par les perles que leur ont fait subir les froids tout à fait exceptionnels de l'hiver dernier. Dans le nord du Dikota, le thermomètre s'est tenu pendant plusieurs semaines aux environs de quarante degrés. Ici, la température a été moins rigoureuse, mais cependant, à Fleur de Lis, en févrierel en mars, la moyenne était de trente environ. Quand il n'y a pas de neige, les bœufs résistent à merteille aux froids les plus intenses; mais quand il y en

, et c'était le cas cette année, ils meurent comme des mouches, parce qu'ils ne peuîciil plus trouver à manger. Les chevaux, au contraire, résistent infiniment mieux, 0rdce à la conformation de leur sabot, qui leur permet de gratter la neige, quelque profonde et quelque dure qu'elle soit, pour trouver le buffalo-grass qui leur sert à peu près exclusivement de nourriture pendant l'hiver. Du reste, cette différence d'aptitudes était bien indiquée par les mœurs des buTHes et des clievaux qui vivaient encore, il y a peu d'années, à l'état sauvage dans ce pays. Dés que les premières neiges tombaient, les immenses troupeaux de buflles qui avaient passé l'été dans les prairies du Nord se meltuient en marche vers le Sud. Pendant l'hiver, oii

? Irouviiil plus un seul de ces animaux au nord de If

Pisllc; lan<lis que les liatidcs de clieraux ne (juidaient jamais leurs cuntonnemenls. i\IainlenaDl il n'exisle pour ainsi dire plus de burfles. Les bœufs n'ont pas l'iDslincI d'émigrer. D'ailleurs, ils ne le pourraieni pas, car ils seraient arrêtés par les lignes de chemins Je fer. Ils sont donc obligés de rester en toute saison dans les mêmes pâturages. Quand les grands froids survietinent au moment oii la neige couvre le sol, ce qui est Iieureusemenl, du reste, assez rare, ils soiifTrent donc beaucoup. D'ordinaire, cependant, les perles ne dépassent guère 7 ou 8 pour 100; mais celle année, ton tes les plus mauvaises conditions se sont trouvées réunies. Comme disent les NnrmaHds, pour qu'un breuf profite, il faut qu'il ail de la nouniliire en abondance et qu'il ne soit pas dérangé. Or, l'afflux des émigranls a i'ié tel que sur certains points les ranf:/imp» se sont vu enlever leurs meilleurs pâturages. Il aurait fallu ou bien aller cbercber un ranch au loin dans un pays plus désert, ou bien diminuer le nombre de ses animaux. Généralement, on n'a fait ni l'un ni l'autre. De plus, beaucoup de ranchmen ne disposaient pas de capitaux suffisanls. A chaque instunt il leur fallait de l'argent, el, pour s'en procurer, ils étaient obligés d'envoyer des bœufs à Cbicago. Il fallait les choisir. Les autres étaient donc constamment dérangés et fatigués par àesround-ups incessants.

Les grands froids surprenant les troupeaux dans d'aussi mauvaises conditions, la mortalité a été effrayante. Au commencement de l'hiver de 1886-1887, les membres du syndicat des ranchmen du VVyoming el du Dakola-sud possédaient environ deux millions de bœufs, valant GO millions de dollars. Au printemps, il ne leur en restait plus i^u'un million.

LA BRÈCHE AL\ BUFt'I.ES. ^H

valant 20 millions de {lollars. On avait donc perdu ^| million de hétes et 40 millions de dollars; ce< ^H chiffres sont les chiffres officiels. Je suis convaincu ^^ qu'en réalité les pertes ont été encore plus forles, car souvenl les ranchmen chercbcnl à les dissimuler, de peur de diminuer leur crédit. On m'a cilé un ranch ^m où irs perles oui élé de Oj pour 100. Dans un autre, ,^| les cow-hoys ont trouvé un malin, au fond d'un ïallon, ^| BÎi ceols liŒufs morts en une seule nuit '. ^H

i Si relie elTrayanle mortalité avait amené une liaussA^H F dans les prix, le désastre aurait élé atténué dans unv^H certaine proportion. Mallieureusemont, c'est préciaè- ^^ ment le pllénom^lle inverse (]ui s'est produit, et quelque étrange que cela paraisse au premier ubord, il faut

I Cliaque iionde, id cammenci^niedl de la saison, les principani ranchs communiqucnl à li presse un l'tat npproiimalir de leur

■itualioa. Voici relui qui a paru dans les journaux de la région celle année :

Siian calde dimpany 55,000 bœof»

Carey cnllle Company 30,000 —

Converse caille Company 35,000 —

03a!lBl.ib caille Company 23,000 —

Standard «nie Company 40,000 —

Union caille Compnny 20,000 —

Sloddard and Houard caille Company. . SO,000 —

Bay slulc cuUle Company 2^000 —

lVyomia,l vaille Company 21,D00 —

Pfoll and Ferris caUle Company 15,000 —

Anglo-AmiiricaiD caille Company. . . . 11,000 —

Taschemacher and de Brilier 10,000 —

Réel and Roseadale. ... 1 10,000 —

Benjamin and Wcai-er. . 10,(100 —

Potïder riier caille Company 10,000 —

Cailer caille Company 10,000 —

Murphy caille Company 10,000 —

Durbin caille Company 10,000 —

Big Lorn caille Company 10,000 —

été, les professeurs des institats agricoles ont coaro les villages, conseillant partout aux fermiers d'abandonner la culture et de ne plus faire que de Télevage. Cette campagne a porté ses fruits, car, de tons les côtés, les malheureux propriétaires, déjà bien grevés, se sont vu mettre en demeure par les fermiers de faire les énormes frais de clôture et de semences que nécessite cette transformation.

Pour beaucoup, cela a été la ruine, — car ces travaux étaient à peine terminés, quand les prix sont tombés à un tel point, que souvent bn vend les animaux gras moins cher qu*ils n'ont été achetés maigres. Il est très certain que jamais la crise ne serait arrivée à un pareil degré d'intensité, si nos éleveurs bretons et normands avaient pu continuer à déverser Texcédent de leur production sur les marchés anglais, au lieu de renvoyer à la Villelte.

Or, ce qui nous a fermé ce débouché, ce sont les arrivages de viande américaine. 11 y a quelques années, les bouchers anglais la vendaient timidement; maintenant, cette consommation est tellement entrée dans les habitudes, que la vente de ces viandes se fait partout ouvertement, à des prix qui ne s'éloignent pas énormément de ceux des produits européens.

C'est ainsi qu'il s'est établi une corrélation indiscutable entre le marché américain et le marché français, et c'est pour cela qu'on est en droit d'affirmer que la crise actuelle est due, dans une certaine mesure, aux grands froids de l'hiver dernier, puisque ce sont ces grands froids qui, pour les raisons examinées plus haut, ont amené l'avilissement des prix en Amérique. J'insiste sur ces faits qui me semblent intéressants, car ils sont de nature à fournir de& \wà\<i^Nà^w% Kx^*?

AtX BUFFLES.

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lalanl 20 millions Je dollars. On avait donc pcrdi un million (le iMa et 40 millions de dollars chiffres sont les diilîfcs officiels. Je suis convaincn qu'en réalité les pertes ont été encore plus fortes, car souveal les ranchmen clierclienl à les dissimuler, de peur de ilimimier leur crédit. Ou m'a cilé un ranch où les perles oui clé de 95 pour 100. Dans un autre, les roKi-ioyj ont trouvé un matin, au fond d'un vallon, m cents bœufs morts en une seule nuit

Si cette ellVayîinte mortalité avait amené une hausi dans les prix, le désastre aurait été atténué dans ai certaine proportion. Mal lieu reusemenl, c'est précisément le phènomftiie inverse qui s'est produit, et quelque étrange que cela paraisse au premier ubord, il faut

' Chaque rtnnfe, au c ranchs communiijucnl lilualioQ. Voici celui cgi celle année :

Sican cutlle Company,

Carej caltle Company.

Converse CBllIo Company.

Oguliitljli ciiJlle Company.

Standard cntlle Company,

Union Eatllc Compony.

Stoddard and Hoivard caltls Company.

Bay slale caille Company,

Wyominji caille Company.

PraU aad Perris caille Company.

Anglo-Américain caille Company.

Tasctiemacher and de Billi

id Roseodale. . . , ' .

Benjamin and VUi'avcr

Ponrder ricer caille Company.

Carter caille Company.

Itnrjihy caille Company.

Durbin cnltlc Company.

Iiom caille Company,

Ire que celte laisse était alisoliimcnt dans la lo<)iqiie ties choses.

l'n ranch de bestiaux se com|)ose de quatre catégories d'animaui, 11 y a d'abord les vaches et les taureaui conservés pour la reproiluction, puis les produits de trots années : ce qu'un fermier français appellerait les bétes de renie. Quatre-vingt-dix-buit vacbes et deux taureaux donnent en moyenne soixante-quinze veaux; au bout de quatre ans, ils couslitueront donc un troupeau dont la composition ne s'éloignera guère des chiffres suivants :

[^ chi llr

Vaches et taureaux 100

Veaux de l'année 75

^ précédente, ... 70

;Génissesel bovillous de deux ans. . . 65

Bétes de trois ans (bonnes à vendre). 65

Ou peut donc compter i]ue, sur un troupeau de trois cent soixante-quinze animaux, il y en a soixante ou soixante-cinq à venilre chaque année.

Or, cette année, les seaux sont tous morts. On m'a parlé d'un ranch de vingt-cinq mille têtes, où il n'en était resté que trois cents; les vaches surtout, puis les bétes d'un an et de deux ans, ont également beaucoup soulfert. illais les bœuTs ikgés ont relativement bien résisté. Il en est résulté que les ranchs ont presque autant d'animaux à envoyer à Chica<]0, cetle année, que les précédentes. Mais au lieu d'envoyer le cinquième ou le sixième de leur effectif, ils en envoient la moitié ou les trois quarts. De plus, tous ceux qui sont obligés de liquider, et le nomlite txv *;îi\ ttvftïva*..

150 L,\ BRECHE AUX BtKFLES. ^

pour parler plus exaclement, avait plusieurs cordes à son arc, car elle possède, en outre de ses chevaux, un ranch de bestiaux dont le centre est à une vingtaine de milles d'ici et où elle a eu jusqu'à trente-cinq mille bœufs. Mais les temps sont durs pour les propriétaires de cattle-rancks . Comme les fermiers, mais pour des causes diOerentes, ils subissent une crise terrible dans laquelle beaucoup ont déjà sombré et à laquelle ne pourront résister que ceux qui ont les reins très solides. Celte crise a été occasionnée par les pertes que leur ont fait subir les froids tout à fait exceptionnels de l'hiver dernier. Dans le nord du D.ikota, le tbermomètre s'est tenu pendant plusieurs semaines aux environs de quarante degrés. Ici , la température a été moins rigoureuse, mais cependant, à Fleur de Lis, en février et en mars, la moyenne était de trente environ. Quand il n'y a pas de neige, les bœufs résistent à merveille aux froids les plus intenses; mais quand il y en a, et c'était le cas cette année, ils meurent comme des mouches, parce qu'ils ne peuvent plus trouver à manger. Les chevaux, au contraire, résistent infiniment mieux, grâce à la conformation de leur sabot, qui leur permet de gratter la neige, quelque profonde et quelque dure qu'elle soit, pour trouver le buffalo-grass qui leur sert k peu près exclusivement de nourriture pendant l'hiver. Du reste, cette différence d'aptitudes était bien indiquée par les mœurs des buffles et des ebevauz qui vivaient encore, il y a peu d'années, b. l'état sauvage dans ce pays. Dés que les premières neiges lombaionl, les immenses troupeaux de buffles qui avaient passé l'été dans les prairies du \ord se mettaient en marche vers le Sud. Pendant l'hiver, on ? Iroavait plus un seul de ces animaux au nord de h

BRP,CI[E .lux liUFKLES.

Plalle; tandis i|i]e les bandes de cliciraui ne ({itiltaîent jamais leurs canlonnemenis. maintenant il n'existe pour ainsi dire plus de buTtles. Les bœufs n'ont pas l'instinct d'èmigrer. D'ailhurs, ils ne le pourraient pns, car ils seraient arrêtés par les lignes de chemins de i'er. Ils sont donc obliifés de rester en toute saison dans les mêmes pditirages. Quand les grands froids surviennent au moment oii la neige couvre le sol, ce i|ui est Leiireusemenl, .lu reste, assez rare, ils souffrent donc beaucoup. D'ordinaire, cependant, les pertes ne dépassent guf>re7ou8pour 100; mais cette année, tontes les plus mauvaises conditions se sont trouvées réunies. Comme disent les Normuiids, pour qu'un bn?uf profite, il faut qu'il ait de la nourriture en abondance et qu'il ne soit pas dérangé. Or, l'afllux des émigrants a été tel que sur certains points les ranchmen se sont vu enlever leurs meilleurs pâturages. Il aurait fallu ou bien aller chercher un ranch au loin dans un pays plus désert, DU bien diminuer le nombre de ses animaux. Généralement, on n'a fait ni l'un ni l'autre. De plus, beaucoup de ranchmen ne disposaient pas de capitaux suffisants. A chaque instunt il leur fallait de l'argent, el, pour s'en procurer, ils étaient obligés d'envoyer des bœufs à Chicago. 11 fallait les choisir. [,es autres étaient donc constamment dérangés et fatigués par des round-ups incessants.

Les grands froids surprenant les troupeaux, dans d'aussi mauvaises conditions, la mortalité a été effrayante. Au commencement de l'hiver de 1886-1887, les membres du syndicat des ranchmen du VVyomrng et du Dakota-sud possédaient environ deux millions de bœufs, valant GO millions de dollars. Au printemps, il ne leur en restait plus r^u'un millioa.

. BllÈCHS AUX BITFLES.

précieuses pour l'avenir. La baisse de la viande en Amé-I riqae », sinon produit, du moins aggravé la baisse cheï nous; donc la hausse en Amérique doit amener la hausse cIibz nous. Or celte hausse me semble inévlbble, car d'ici à Iroîs ou quatre ans, c'esl-à-dire lanl qua les ranchs ne scronl pas reconslitués, l'appoint lrèc< important qu'ils fournissent au marché américain faire complèlemeul défaut.

Le colonel Lo;j ne se contente pas d'administrer les deuï ranchs du 7-/; il est encore le vice-président du IVi/oming and Dakota Stockmen Association, société à laquelle sont affiliés tous les éleveurs du pays. Los troupeaux de bœufs ae désagrègent beaucoup pendant l'hiver, car lesauimaux s'éloignent souvent dans des directions Irès dilTcrenles pour chercher leur nourrilure.j U en résulte qu'au printemps toutes les marques aonU mêlées à un point tel, qu'il serait à peu près impossible ■ à des efforts individuels de reconstituer les troupeaux.

C'est l'Association qui se charge de ce soin. Sur un ordre émané de son comité, chaque ranch met en roule un nombre de cow-hoys proportionnel à son importance, et les achemine vers un lieu de rassemblement choisi par lui. Chaque homme doit emmener six ou huit chevaux, — quelquefois ilii, — et ce n'est pas trop pour le métier qu'ils ont à faire. C'est un des officiers de l'Association qui prend le commandement de la petite armée ainsi constituée; alors commence une immense battue circulaire, au cours de laquelle on ramène tous les animaux vers une localité désignée d'avance. Ces battues durent généralement un mois, couvrent souvent une étendue de quatre ou cinq cents milles, et ont pour résultat de former un troupeau de trenle ou /ren(e-cinq mille bœufs ouche\aux, compre-J

Amé^^l chex^^H

r la ble, que Irèc^H

LA BRÈCHE AUX BUKFI.ES. Ij7

nani quelquefois de ceut à cent cinquaule marques différentes. Chacun reprend alors son bien et retourne chez soi.

Le rùle de l'Association tie se borne pas à ces opt^ralions. Pendant (oui le reste de l'année, elle veille d'une maaiêre fort active et très efficace sur les intérêts communs. Elle entrelient, h cet effet, dans les localités un peu importantes, tout nu personnel d'agents chargés surtout de réprimer les vols , qui sont d'ailleurs bien moins communs qu'on ne pourrait le croire. Il arrive bien de temps en temps que des mineurs ou même quelques fermiers luent un iiœuf de ranch pour le manger; mais ils ne s'aventurent yuéie à les voler pour les vendre, car les risques seraient trop grands. Cetio sécurité est due à l'usage de la marque. Les ranchmen s'interdisent alisolument la vente au détail. Les unimaux dont ils veulent se défaire doivent être envoyés sur les marchés de Chicago ou de Saint-Louis. — Tout animal marqué, Ijouié à l'ouest du Missouri, esl donc réputé appartenir au propriétaire dont il porte la marque. — Celui-ci a le droit de le saisir ou de le fiiire saisir par les agents de l'Association en quelque endroit qu'il soit. On ne se figure même pas avec quelle brutalité se font ces saisies. L'année dernière, M. B..., le directeur du B. 0. B., était venu faire une visite à Raymond \..., qui le reconduisit jusqu'à Butralo-Gap lorsqu'il voulutpartir. Ils allaient se séparer, quand on aperçut un fermier du voisinage qui arrivait à la station dans son buggy. L'un de ses chevaux portait la marque du B. 0. B. , je ne sais par suite de quelle circonstance, car le fermier en question esl assurément un fort lionnêle homme. Sans dire un mol, M. li. .. saula à bas de sa moiitttïe.tci^i'fciJ.^Vsi.

l BltLCHE AtX BL'FFLI

cinq ou sis las de hoiles de conserves pour dire cette colline aride a éic habitée.

Après le déjeuner, nous nous disposons à aller les troupeaux. Le colonel in'oITre une monture : il veul même absolument me faire mettre une paire d'éperons californiens dont il semble très fier, et qui sont, du reste, de véritables œuvres d'art. Les molettes ont au moins dis centimètres de diumèlre et représentent le soleil et la lune! Mais comme le coursier en (jues- ) tion ne m'inspire qu'une médiocre confiance, c'est I Raymond qui le monte, et le colonel et moi, nous nous mettons en route dans le buggy traîné par les deui chevuus qui nous ont amenés bier. Nous faisons d'abord quelques kilomètres par monts et par vaux, sans rien voir, et puis, tout à coup, nous distinguons à l'horizon des points noirs qui grossissent rapiilemenl. Ce sont deux ou trois bandes que les cow-boys envoyés d'avance poussent vers nous. Bientôt nous nous Irou- ' vous au milieu de la première. L'étalon, un assez beau I demi-sang percheron, marche en léle : les juments iennent derrière, marchant absolument de front, suivies de leurs poulains. Les yearlings ferment la marche. L'ordre est si parfait qu'on croirait voir manœuvrer un escadron de cavalerie. Dès que la bande s'arrèle, toutes les juments se forment en cercle : les poulains et les yearlings à l'intérieur, l'étalon au centre. Ce dernier nous donne un exemple de la vigilance avec laquelle il surveille son troupeau. Ln mallieureus poney de cow-hoy, boiteux, le dos en sang, qu'on a abandonné sur le ranch pour se refaire, sort d'un petit vallon et cherche k se joindre à la bande. L'étalon court Immédiatement vers lui et l'éloigné à coups de pied; puis, voyant qu'il revient toujours, il se jeti

i BnÈCHE AUX DtFFLES.

r lui avec une telle fureur que le colonel est obligé i^e donner oHte à un eoio-boy île le lacer et de le ramener au corral.

Nous l'oyons successivement cinq ou six de ces bandes. l! rsl certain que cette manière d'opérer est 1res économique : on n'a, pour ainsi dire, pas besoin de bÂtimenls, et le nombre de cow-hoys employés est réduit de moitié. Mais ces avantages ont leur contrepartie : les pertes sont énormes, et le colonel est bleu obligé d'en conTenir. Chez nous, les bandes sont toujours au complet, tandis que celles que nous avons vues ce malin étaient toutes inférieures à l'eiïL'ctif qu'il nous annonçait. Kt cela s'explique parrailenient. Les chevaux de deux et de trois ans sont très souvent maltraités par les étalons. Il y en a toujours qui BnissenI par se sauver en emmenant avec eux quelques juments; et les petites bandes qui se forment ainsi Francliissent tout de suite des distances énormes. Rien que sur les bandes que nous avons vues ce matin, il manquait plus de qiialre-vin<jls animaux. Quand on ne cherchait a produire que des poneys qu'on vendait 30 ou 40 dollars, pour le service des grands ranchs de bestiaux, il pouvait y avoir avantage à réduire la surveillance au minimum, sauf à perdre soit momentanément, soit même définitivement, un grand nombre de têtes. Mais maintenant que l'on produit des animaux valant en moyenne 150 ou 200 dollars, je crois que ce calcul n'est plus juste, car les économies sont loin de compenser les pertes; je crois même qu'au fond c'est l'avis du colonel, et qu'il regrette d'être resté fidèle aux vieux errements, car il me semble bien désireux de se déf.ire de son ranch,

La compagnie qu'il dirige, le 7-/., a. Aa tç,%\.e,,'i'a.

ECHE aux BtFF[.ES.

pour parler plus eiaclemeDt, avait plusieurs cordi son arc, car elle possède, en outre de ses chevaai ranch de besiiaus dont le centre est à une vingtaioc de milles d'ici et où elle a eu jusqu'à trente-cinq mille bœufs. Mais les temps sont durs pour les propriétaires de caille-ranchs. Comme les firmiers, mais pour des causes différentes, ils subissent une crise terrible dans laquelle beaucoup ont déjà sombré et à laquelle ne pourront résister que ceux qui ont les reins très solides. Celte crise a été occasionnée par les perles que leur ont fait subir les froids tout à fait exceptionnels de l'hiver dernier. Dans le nord du Dikota, le thermo-^ mètre s'est tenu pendant plusieurs semaines aux envi rons de quarante degrés. Ici , la température a él moins rigoureuse, mais cependant, à Fleur de Lis, février et en mars, la moyenne était de trente environ, Quand il n'y a pas de neige, les bœufs résistent à merveille aux froids les plus intenses; mais quand il y en a, et c'était le cas cette année, ils meurent comme des mouches, parce qu'ils ne peuvent plus trouver h manger. Les chevaux, au contraire, résistent inlinimenl mieux, grâce à la conformation de leur sabot, qui leur permet de gratter la neige, quelque profonde et quelque dure qu'elle soit, pour trouver le buffalo-grass qui leur sert à peu près exclusivement de nourriture pendant l'hiver. Du reste, cette dilTÉrence d'aptitudes était bien indiquée par les luirurs des buffles et d( chevaux qui vivaient encore, il y a peu d'années, l'état sauvage dans ce pays. Des que les premières neiges tombaient, les immenses troupeaux de buffles qui avaient passé l'été dans les prairies du Nord se mellaienl en marche vers le Sud. Fendant l'hiver, on ne trouvait plus un seul de cesonimaus an nord de la

les es^l

liCtlE AUX I

Plalle; tandis que les Imndus de chevaux ne (juillaienl jamais leurs cunionnemenfs. Matnlenant il n'exïsle pour ainsi dire plus <te buTOes. Les bœufs n'ont pas l'inslincl d'émigrer. D'ailleurs, ils ne le pourraient pss, car ils seraient arrêtés par les lignes de clieoiins de fer. Ils sont donc oblîgi^s de rester en toute saison dans les mêmes pâliirages. Quand les «{ranils froids surviennent au moment où la neige couvre le sol, ce qui est liciireusemenl, du reste, assex rare, ils souiTrent donc beaucoup. D'ordinaire, cependant, les pertes ne dépassent guère 7 ou 8 pour lUO; mais cette anuÉe, toutes les plus mauvaises conditions se sont trouvées réunies. Comme disent les Normauds, pour qu'un breuf profite, il Tant qu'il ait de la nourriture en abondance et qu'il ne soit pas dérangé. Or, l'afflui des émigranta a été tel que sur certains points les ranchmen se sont vu enlever leurs meilleurs pâturages. 11 aurait fallu ou bien aller chercher un ranch au loin dans un pays plus désert, ou bien diminuer le nombre de ses animaui. Généralement, on n'a fait ni l'un ni l'autre. De plus, beaucoup de ranchmen ne disposaient pas de capitaux suffisants. A chaque instant il leur fallait de l'argent, et, pour s'en procurer, ils étaient obligés d'envoyer des boeufs à CIticago. Il fallait les choisir. Les autres étaient donc constamment dérangés et fatigués par des round-ups incessants.

Les grands froids surprenant les troupeaux dans d'aussi mauvaises conditions, la mortalité a été effrayante, .lu commencement de l'hiver de 1886-1887, les membres du syndicat des ranchmen du U^fomtng et du Dakola-sud possédaient environ deus millions de bœufs, valant 60 millions de dollars. Au printemps, il ne leur en restait plus i^u'un milLioa,

162 LA BftÉCHE ALX

Bi;Fh-LE3.

nalanl 20 raillions de dollars.

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irait donc pcrda^H

un million de bêles et -iO m

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1 autre,

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mené une IihumUI^H

dans les prix, le désastre aurai

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atténué dans unft^l

certaine proportion. Mallieureu ment le phénomène inierse qui

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, il faut

ranchs communiqucnl a la presse u sitiialion. Voici celui ijui a paru dan celte année :

de la (■tal les j

aison, les principani npproiimalif de leot urnaui de la région.

55,000 breuF»

30,000 — 25,000 — 23,000 — 40,000 — 20,000 — ÏO.OOO — 24.000 — 21,500 - 15,000 — 11.000 — 10,000 — 10,000 — 10,1100 — 10.000 — 10.000 - 10,000 — 10,000 — 10,000 —

Gare; caille Companf

Og<illïl;ih clllle Company. . . .

Sloildard and Howard caille Company.

Bay slale caille Company

PraU and Ferris caille Company. . . .

Anglo-.lméricain caille Company. . .

Powder river caille Company. .

Catter caille Company

Murphy caille Company

Biff horn cjtlle Company. . . .

lire que celle baisse élail absolument dans la logique des choses.

Lu ranch tie bpstiauK se compose de quatre catégories d'unimaui. Il y a d'abord les vacbes et les taureaux conservés pour la reproduction, puis les produits de trois années : ce qu'un fermier français appellerait les bêtes de renie. Quatre-vingt-dix- huit vaches et deux taureaux donnent en moyenne soixante-quiiiite veaux; au bout de quatre ans, ils cousti tueront donc un troupeau dont la composition ne s'ëlolijuera guère des chiffres suivants :

[ Vaches et taureaux 100

Veaux de l'année 75

— ■ précédente. ... 70

^ Génisses eL Liovillons de deux ans. . . 65

JIêtes de IroJs ans (bonnes à vendre). 65

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