CHAPITRE VI
A la reclierche d'ui
litre.
-Un
hFppiquG à Chicago. -
•e Haf-Caslle. — Les courses de Hermosa.
Cilj. — MnrBi el Tbé roigae de Sléricourt. — Uri bal i Fleur H Lit. — Le pendu de BInoily-Gulcli. — Le» impdls i Unis. — Uiio visite orficielle. — Georges Salisbury. neige. — Red-Caoyon.
10 octobre. — Me voici installé de nouveau, depuis^ plusieurs jours déjà, à Fleur de Lis. J'ai en horreur la vie d'auberge, surtout aux Etals-Unis ; aussi est-ce avec une très vive satisfaction que j'ai retrouvé mon home, comme diraient les Yankees. Mon revolver et mes immenses éperons de cow-boy ont repris leur place aux andouillers d'un massacre de daim qui me sert de porle-camies. J'y ai pendu également les mocassins achetés à madame Puce dans les cheveux, lis Tont un effet superije.
En examinant les papiers qui se sont accumulés sur ma table pendant mon iil)si?i:ce, j'ai retrouvé les feuilles qui contenaient la preiinère partie de ces véridiqnes récils. Elles étaient là qui m'attendaient, retenues par HD petit bloc de quartz aurifère qui me sert de pressepapier. En les examinant, je me suis aperçu que je n'avais pas encore fait choix d'un titre. J'en aurais bien un qui serait tout indiqué : Fleur de Lis Ranch! Seulement ce litre-là désolerait mon éditeur, qui me
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trouve déjà horriblement compromettnnt. Il me parie toujours de CG qui lui est arrivé pour les Montagnes Rocheuses. — Quinze jours après la mise en vente, il reçoit une lellre du préfet de la Seine rinTormaul (jue la commission spéviîile cliargée de. choisir tes livres destinés aux bibliothèques conimujiales et scolaires, venait d'assurer ce suprême honneur auidites Monlagnes Rocheuses. Voilà un éditeur enchanté, supputant le nombre de volumes qui vont lui être enlevés de la sorte. Trois semaines après, j'étais canilidal royaliste dans l'Aisne, et une nouvelle circulaire paraissait, siijnalant mon pauvre livre à tous les instituteurs comme ne pouvant, ilaus aucun cas, être mis entre les mains de la jeunesse j
Je ne veux eO'aroucher les susceplibililés do personne. l\Ion livre ne s'appellera pas Fleur de Lis! Il s'appellera la Brèche aux hufflesl (BulTalo-Gap,) Ne pouvant prendre le nom de la localité, je prends celui du bureau de poste!
Je dois dire cependant que j'ai songé un instant h. un autre litre. J'ai été sur le point d'écrire sur la première feuille : Histoire de l'invasion normande en Amérique! Si je ne l'ai pas fait, c'est que j'ai découvert qu'il existait déjà im livre, malheureusement peu connu, je dis malheureusement, parce qu'il est des plus intéressants, qui a un titre presque identique. L'auteur, un savant arcliéologue normand, y revendique pour ses compatriotes toute la gloire de la découverte de l'Amérique. On savait déjà que Pinçon, le pilote de Christophe Colomb, était natif de Dieppe; mais il parait (|uc, plusieurs siècles auparavant, les anciens Normands avaient non seulement découvert la côte actuelle des États-Unis, à laquelle ils donnaient le
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nom de Vin-Land, â en use des vi«nes sauvages qui y sodI 1res communes, mais (|uc même ils y avuieiit établi des colonies florissanles, à ce poini que le clergé et les fiilëles auraient contribué au denier de Saint-Pierre levé ponr subvenir aui frais de la première croisade. C'est, par;tit-il, l'élude des Segas islandaises (|ui a mis sur la trace de ces histoires extraordinaires, et elles auraient été, plus tard, pleinement confirmées par des documents retrouvés dans les archives du Vatican.
L'anleur estime que ces établissements ont dû être détruits vers le douzième ou treizième siècle, probablement par les Indiens : onl-ils jamais existé ailleurs que dans l'imajjinalion des arcbéologues? Voilà ce que je laisse à décider à des gens plus savants que moi. L'invasion normande, dont je songeais à devenir l'Augustin Thierry, est l'invasion très moderne et toute pacifique des États-llnis par les ehevauï percherons et normands.
L'engouement dont ils avaient été l'objet lorsque, il y a une vingtaine d'années, quelques importateurs songèrent à les amener pour faire concurrence aux cfaevau:f du Clydesdale et du Sbire, cet engouement, dis-je, bien loin de se calmer, n'a fait qu'augmenter à mesure qu'on les a connus davantage. Voilà encore ce qui distingue celte invasion-là des Iniasious ordinaires. Chaque année, au printemps, on voit les acheteurs de l'Illinois et de l'Iowa arriver plus nombreux dans les fermes du Perclie, et cela, malgré la progression toujours crorasaute des prix, qui résulte d'ailleurs uniquement de la concurrence acharnée qu'ils se Font entre eux. Un bel élalon percheron valait 1,500 francs il y a vingt ans : on en a vendu un l'année dernière 17,000, à Kogenl'le-Rotrou. C'était une exception, mais le« prix de 10,000 francs sont assez ordinaires,
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et je crois que la moyenne ne doit pas êire inférieure à 4,000. Comme on a exporté, cette année, environ trois mille aniniaux, cela fait donc une rosée bienfai- Banle de 8 ou 9 millions qui s'est ri-pandue sur quatre ou cinq arrondissements, ce qui n'est pas à dédaigner par le temps de détresse agricole que nous traversons. Deux associât ions étroitement unies favorisent d'ailleurs ce mouvement de la façon la plus intelligente. La première comprend tous les propriétaires, éleveurs et fermiers du Perche. C'est elle qui a créé le Slud-book percheron. La seconde, T/ie American Percheron Associalioji, a son siège à Chicago et dépense chaque année des sommes très considérables pour favoriser l'importation française. Elle a organisé notamment des concours annuels uniquement réservés aux chevaux percherons importés ou nés dans le pays. Le premier a eu lieu l'année dernière. Pour donner plus d'autorité aux décisions du jury, le comité avait obtenu des gouvernements américain, français et anglais, que chacun d'eux désignât l'un des juges qui en feraient partie. Notre gouvernement s'empressa uaturellement de déférer à celte demande, qui lui avait été transmise par la voie diplomatique. Il désigna un inspecteur général des haras, M. de la JUotte-ftouge, auquel il adjoignit, pour le seconder et aussi à titre d'interprète, un autre officier supérieur de la même administration, M. Le Couteuk de Caumont.
Autant je comprenais que nos amis d'Amérique se fassent adressés au gouvernement français en cette circonstance, autant, je l'avoue, il me semblait étrange de demander au gouvernement anglais ou canadien de se faire représenter dans un jury chargé, au fond, de donner une sorte de consécration officielle à. l* ^vi^t-