‹ La brèche aux bufflesChapitre 15 sur 22 · LA BRECHE M · texte numérisé non relu

LA BRECHE M

n'orité acquise par dos produits françuis sur ceux du Sliire et du Clydesdale, donl ils ont pris la place. Le goiii rrnemenl canadieu crut cependant devoir accepler l'invitalion qui lui était adressée, et se lîl représenter par M. A Smitli, direcleui' du collège royal des vétérinaires de Toronto; mais ce personnage sentit probalileoient bien vite combien le rdle qu'il était appelé h jouer était délicat, car il ne fît qu'upparailre et retourna au bout de vingt-quatre heures â Toronto.

I.e juge américain était AI. Loring, ancien secrétaire d'Etatde l'agriculture. J'étais moi-même convié comme représentant des éleveurs percherons, et j'arrivais muni d'une assez forte somme et de deux médailles d'or que la Société française faisait remettre au Comité pour être distribuées en prix.

Je pus constater, en arrivant, que tout était monté sur un pied véritablement grandiose. On s'attendait à avoir tant de monde, qu'on avait décidé de tenir le concours dans un grand parc situé à quelques kilomètres de la ville, qui est muni d'une très bonne piste servant d'ordinaire aux courses au trot qu'aiment tant les Américains. L'idée qui avait présidé aux aménagements intérieurs était assez originale. Les organisateurs s'étaient fait envoyer par l'arcbilede de l'Eureet-Loir le plan très exact de l'ancien château des sires de Nogent, et l'avaient reproduit de grandeur naturelle, et jusqu'aux moindres détails, en se servant comme matériaux de bottes de foin comprimé. Les grandes salles voûtées de l'intérieur avaient même été meublées dans le stjle du quatorzième siècle, et un restaurateur de Chicago nous y servait tous les matins un déjeuner qui malheureusement, lui, était du slyJe américain le plus pur.

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Le cliâteau de foin, Haij-Castle, donl la descriplioR remplissait tous les journaux el le potliail couvrait tous les murs île la ville, n'était pas le seul américanisme du concours. Dés noire arrivée, on nous déclara, à M. de la AIolle-Houge et à moi, que le programme desdiverlîssemenls, pourle lendemain, comportait une proraeDade dans les rues de Chicago, une procession, pour employer l'eipressioii usitée. La composiliou du cortège était déjà fixée. A la léle devait marcher une Iroupe de cinquante musiciens revêtus de magnificent unijortns et jouant toutes les marches triomphales de leur réperloire : puis viendraient entiroii cinquante étalons primés en France el ronduits par des hommes revêtus i'uniforms qui, sous le rapport de la magnificence, n'auraient rien à enviera ceux des musiciens. Derrière eux, une voilure à six chevaux devait contenir le sénateur présidant l'Association, M, de la Moltc- Rouge et moi. Enfin l'arrière-garde du cortège devait être. formée par quciquesvoilures-réclames pour l'établissement desquelles certains industriels de la localité n'avaient reculé devant aucun sacrifice. C'est du moins ce qu'annonçaieul les milliers d'affiches flamboyantes qui couvraient déjà tous les murs et même tous les tramways.

V.n apprenant le rôle qui m'était réacrvù dans cette petite fêle, les souvenirs de la marche triomphale du bii'uf gras, ce vieil ami de mon enfance, se présentèrent immédiatement à ma mémoire. Je revis le heau colenlin aux cornes dorées, chancelant sur sa plaieforme roulante entourée d'un rang de druides aux longues barbes d'éloupe : derrière, le char triomphal où s'épanouissaient, sous la brise ilpre de février, les nudités grelottantes de toul l'Olympe de la CourliUc, et puis, bien en vue, dans ce cadre grandiose, la car-

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riole du boucher et de l'éJeveur! Pourraia-je atteindre à la dignité 6ère et sereine avec laquelle ils saluaient la foule enthousiaste qui se pressait sur leur passage Le Perche et le has Maine avaient l'ieil sur moi. Ja craignis Je ne pas élre à la hauteur des circonstances., M. de la Molle-Koiige connut-il les niënics angoisses? Je l'ignore. Toujours est-il que nous trouvâmes, dans notre modestie, la l'orce de nous déruher aux honneurs dont on voulait nous accabler, et ce fut mêlé à la fou que j'assistai à ce défilé. Les musiciens avaient taot d'or sur leurs habits, qu'on avait mal aux yeus en li regardant; la voiture où nous aurions pu Être était grand landau alfelé de six chevaux blancs, conduits à grandes guides par un monsieur 1res moustachu, coiETé d'un chapeau mou. De l'intérieur, trois sénateurs', ou eongressmen, prodi<;uaient des sourires aimables & leurs électeurs. Et pour mieux flatter les passions populaires, — oh ! politique ! que ne Fais-tu pus faire à tes adeptes! — ils avaient accepté l'insigne en honneur dans cette journée mémorable, une énorme boulTette de rubans bleus appliqués sur une cocarde, autour de laquelle on lisait écrit en grosses lettres d'or : ,

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