L.Î BBr,CI!E rtlS BLFFLES. IflT
Je (lisais loul à l'heure que les jumenls aouiTÎeB à t'avoinependanl longtemps étaieiil (l'ordinaire des poulinières peu fécoiiiles. Cela est bien connu en France. Mais c'esl en voyant ce qui se passe dans ce pays-cî qu'on peut constater combien le système de stabulation et la nourriture que nous donnons à nos juments ont une influence fâcheuse sur la production. Dans nos fermes du l'erche, on considère comme très bonne une moyenne de cinquante naissances sur cent juments. Ici, avec des juments vivant tout à fait en liberté et ne mangeanl jamais d'avoine, on arrive assez souvent à 70, BO ou même 90 pour 100. Un do nos voisins, \'Anglo- Anurican Company, a même atteint, l'année dernière, le cliJfPre de 97 pour 100 : cljilTre qui a été trouvé très élesé, mais qui, cependant, avait dtjà été atteint ailleurs.
Mais pour obtenir ces grosses moyennes, il faut opérer avec des animaux parfaitement acclimatés. La plupart de nos bandes sont tenues, l'année dernii-re, de rOrégon. Aussi n'avons-nous, celte année, que 50 pour 100 de naissances, cl tout le monde nous dit que nous devons nous estimer heureux d'en avoir autant. Il faut un an pour acclimater une bande. Ei cette observation s'applique d'une manière absolue aux juments percheronnes importées. Il n'y en a pas plus de 8 ou 10 pour 100 qui donnent un poulain la première année de leur importation. Chose bien curieuse, le même phénomène se remarque, bien qu'à un degré moindre, chez les étalons, pour les clydesdales comme pour les percherons.
C'est à cause de cela que beaucoup de gens préfèrent importer des chevaux très jeunes, qu'on ne met en service qu'au bout d'un an, quand ils ont pris tout leur déieloppement et qu'ils sont acclimatés. U <^ a-
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quelques années, un imporlaleur bien connu a voulu encore enchérir sur cette idée. Il a embarqué au Havre ceiit malheureux poulains de trois mois, qui n'étaient, par conséquent, mPme pas sevrés, On les nourrissait à bord avec du lait conservé et de l'eau blanche. Ce qu'il y B de curieux dans celte affaire, c'est qu'il n'y eut aucune perle pendant la traversée; mais seize moururent dans les huit jours qui suivirent le débarquement, et les antres ont fort mal réussi. Je ne crois pas qu'il soit hien sage d'importer des cbevaui ayant moins de deux ans, non pas tant au point de vue des pertes qu'on s'expose à suhirque parce qu'ils ne prennent pas en Amérique le développement qu'ils auraient pris en restant un ou deux ans de plus aui vieux pays, comme on dit ici.
Il faut ajouter que, loin d'être très considérables, ces perles sont, en déHnilive, assez minimes, et trop souvent elles sont occasionnées par le manque de soius. 11 y a évidemment des traversées malheureuses, mars il y a aussi des gardiens négligents. La moyenne des perles en mer, à moins de tempête, ne devrait pas dépasser 2 1/2 ou 3 pour 100. M. Dunham, le grand importateur, me racontait qu'il lui était arrivé d'amener six cent trente chevaux de suite sans en perdre un seul. Quand la traversée n'a pas été trop rude, n'a pas duré plus de douze ou quinze jours, et que les chevaux ont été bien soignés à bord, ils arrivent en excellent étal, sans même avoir les jambes engorgées. On a seulement à constater quelques capelels sans importance, qui disparai-sacnt rapidement. Ils soufTrent, en général, bien plus des cinq on six journées qu'il leur faut passer en chemin de fer pour gayner Chicago, à cause (la mauvais état de la voie et des trépidations
LA BBÈCHE AUX BL'FFLBS. 11>«I
qui en résultent. On trouve cependant maintenant sur toutes les lignes de magnifiques wagons-écuries nommés palace cars, contenant dix-huit stalles et admirablement aménagés en vue du transport des percherons, pour lesquels ils ont été spécialement construits.
11 est généralement près d'une heure quand nous rentrons pour déjeuner; je passe Taprès-midi dans ma chambre à écrire, ou bien, prenant un fusil Je descends le creek en tirant les lapins, les lièvres et les rares poules de prairie que mon chien arrête. Ces chasses ne sont du reste pas bien heureuses. Cependant, l'autre jour, il s*est produit un incident assez original.
Je venais de sortir, quand tout à coup, h cinquante pas à peine de la maison, mon chien tombe en arrêt devant une toute petite toufie d'herbe. Assez étonné, je m'approche et aperçois un superbe serpent à sonnettes que mon chien avait évidemment surpris au moment où il faisait sa sieste. Il était encore enroulé sur lui-même, mais relevait déjà la tête d'un air peu rassurant. Heureusement, le chien était à bonne distance; il n'y avait donc pas péril en la demeure. J'eus l'idée de m'offrir une petite chasse à courre. Tout près de là, au coin du jardin, se trouvait l'appartement des cochons, comme on dit en Normandie. Le ranch en possède un ménage. Ils ont même des noms empruntés à la politique contemporaine. Le personnel du ranch est jeune, et la jeunesse est passionnée! Comme je n'ai malheureusement plus la même belle excuse, je les appellerai, — c'est des cochons que je parle, — Marat et Théroigne de Méricourt.
J'allai ouvrir la porte de leur logis. Marat^ qui était occupé à grignoter un gros épi de maïs, mit immédiatement le nez dehors, grogna deux on 1\!<\\%
200 ■ LA BKKCHK ALS BI'FFLRS-
fois d'un air de salisfaclion, sorlit en trolliaant puis se mit à esplorer. les environs. Théroigne tarda pas à le suivre, accompagnée de sa petite familli qni folâtrait nutour d'elle. Je les poussai devant dans lu direction dn serpent. Il avait déjà détalé, mail en arrivant près de la touETc d'herbe qui lui avait servi' d'abri, Marat s'arrêta tout à coup en ronflant d'un air de vif intéri^t. Il donna quelques vigoureux coups de boutoir dans le sol, comme pour bien s'assurer de la nature des émanations qui venaient titiller ses nei olfactifs, puis, poussant deux on trois grognement! brefs, il se mit en cbasse, le nez à terre comme cbien qui suit une voie. Il avait rencontre celle du sel pent à sonnettes.
Théroigne s'était arrêtée, suivant de l'œil sou conjoint. Quand elle le vit repartir, elle s'avança lentement comme pour se rendre compte de ce qui se passait. Elle aussi, du premier coup, comprit manifestement ce dont il s'agissait, cnr, poussant une eiclamation joyeuse qui correspondait clairement à la fanfare du bien-aller, elli' prit chasse à son tour.
J'avais suivi toute celte scène, qui ni'intér ment. Du reste, si j'avais eu un cor de cbasse, j'auraii pu sonner la vue, car, a. cinquante ou soixante pas devant la meute, je voyais distinctement briller an soleil, par moments, le long corps gris d'argent de la béte de cbasse, qui filait entre les pierres, à la rechercbe probablement d'un trou protecteur. L'animait se rendait évidemment compte de la gravité de la situation, car de temps en temps il levait la tête pour regarder derrière lui d'un air inquiet, et il n'avait pas tort, car nous gagnions rapidement du terrain sur lui. Quand nous fûmes tout près, le serpent vit biet
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qu'il ne fallait plus essayer de fuir. Il fit tête tout de suite à la meute. Dressé d'au moins \/ingt ou vingt-cinq centimètres, sifflant avec fureur et agitant ses grelots, il attendait bravement Tattaque, la gueule largement ouverte. Marat, de son côté, s'était arrêté brusquement, le corps replié en arrière, tous les poils de son dos hérissés : son petit œil lançait des flammes. Derrière lui, la truie immobile également, ses petits entre les jambes,grognait sourdement comme pour Tenconrager.
Ce ne fut pas long. Tout à coup, Marat bondit en avant : ses deux pieds retombèrent sur lé corps du serpent, qui tomba les reins brisés. Je crois qu'il avait en le temps de mordre son adversaire au col, mais le venin se fige dans la graisse des cochons et ne produit aucun efiet.
La minute d'après, toute la petite famille était attablée; je suis fâché d'être obligé de dire que, dans Fivresse de son triomphe, Marat paraissait disposé à tout garder pour lui. Mais Théroigne^ bonne mère, se chargea de le ramener bien vite à de meilleurs sentiments. Elle commença par bourrer ce père dénaturé deux ou trois fois, puis elle s'adjugea une bonne moitié du serpent, en découpa quelques tronçons qu'elle distribua à ses petits, et commença à manger ellemême avec le plus bel appétit. Au bout de cinq minutes, il n'en restait rien.
C'est aussi dans l'après-midi que les deux gars normands s'occupent un peu du jardin, sous l'œil bienveillant des coW'hoySj qui jamais ne s'aviseraient de les aider. Je suis toujours stupéfait quand je vois tout «e qui sort de ce malheureux jardin à peine soigné, dans lequel on ne met jamais de fumier, et qu'on s'est
LA BltËCHB AL\ BUFFLES. ■
contenté de labourer deux fois, au printemps, avec une cbarnie. Il y pousse des dioux, des polirons et des carottes à ne savoir tju'eii faire. Afous mangeons lous les Jours dus melons eicellenls. Les navets qu'on en tire font l'admiration de François. Il m'en a apporté quelques-uns l'autre jour ijiii pesaient plus de deux livres. Mais ce qui me semble phénoménal, c'est rendemODl des pommes de terre. L'annôe dernièi Raymond avait trouvé, dans un Journal, l'annonce d' jardinier de New-Vork qui proposait à tous les amateurs de leur envoyer, k titre d'eipérience, deux livres d'une variété nouvelle A'Early-Rose dont il disait merveille. On lui en a demandé. Les deux pommes de terre qu'il a ejivoyées ont fourni cinquante-quatre Is ont été plantés au printemps dernier dans un coin du Jardin. On a fait la récolle hier, et j'ai eu la curiosité de faire peser devant moi ce qu'on a retiré des trous. Ces deux livres de graines ont donné deux cent sept livres de pommes de terre, dont plusieurs pesaient plus de deux livres : cela fuit donc un rendement de cent pour un ; tandis que, chez nous, un rendement de quinze ou vingt pour un est considéré comme satisfaisant. J'ajoute que ces pommes de terre sont excellentes. J'en ai Tait mettre de côté quelquesunes que Je ferai planter en Mormandie l'année prochaine; mais Je doute qu'elles donnent d'aussi bons résultats '.
Nous avons quelquefois des visites. L'autre jour, | prenais le frais devant la maison, quand J'ai vu arrivai
I Je me liâle d'ajouter que ce mùine en Amérique, cdr les pi ont eu \e y>remier pri.
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un brave homme dans une voilure. Celait un Allemand, petit fermier établi à vingt ou vingt-cinq kilomètres d'ici. Il avait tué un bœuf et venait nous proposer de lui en prendre un quartier. Quand M... a eu réglé avec loi cette importante question, je lui ai demandé son histoire. Il m'a conté qu'il avait commencé par être commis dans un magasin de nouveautés, à Diisseldorf, et qu'un beau jour, ayant eu une discussion avec son patron, il s'élait avisé d'émigrer. Il a d'abord cherché à faire fortune dans les grandes villes de TËst. Il n'a abouti qu'à une misère noire. Alors il est venu faire de l'agriculture ici; mais il n'est pas encore bien satisfait des résultats obtenus et songe à faire autre chose. Je ne sais plus à propos de quoi je suis amené à lui demander de quelle religion il est. Sa réponse m'a paru typique :
— Dans ma jeunesse, j'ai été luthérien. Mais maintenant je suis athée!
Je me hâte d'ajouter que tous nos voisins ne lui ressemblent pas. L'année dernière, je vois un beau jour deux cavaliers armés jusqu'aux dents s'arrêter à la porte. L'un d'eux, un homme superbe, de six pieds de haut, arrive à moi :
— Vous êtes le baron de Grancey, me dit-il.
— Pour vous servir!
— Vous êtes catholique?
— J'ai cet avantage.
— Très bien! voici ce qui nous amène. Je m'appelle Ignace Bellemare. Je suis Canadien; mon compagnon est Irlandais d'origine. II s'appelle John Walsh. Nous sommes tous les deux fermiers à une vingtaine de milles d'ici . Nous sommes établis déjà depuis plusieurs années. Nous n'avons pas à nous pla\udte.^o^^^Y\si^^'^^^iN.VOK^
SOI 1..4 GRËCIIE MX DUFKLRS.
bonnes, la mienne noiammeul; je ne la donnerais pas pour 10,000 dollars! Mais, lous les deux, nous aïons des enTaDls. Walsli en a neuf et moi sept, l, toilÀ qui grandissent, et nous ne trouvons dans ce pays aucun secours reli<[ieux. J'aimerais mieux les voir morts qu'hérétiques (testuel), Nous avons écrit l'éi'éque, qui nous a répondu que, si nous parvenions à construire une chapelle el à assurer l'enlreti prêtre, il nous en enverrait un à Custer. illors nous nous sommes mis à courir le pays pour chercher tous les catholiques qui s'y trouvent el leur ^demander des souscriptions. Voilà déjà quinze jours que nous sommes en route. Vous êtes ici bien loin de Custer, mais cependant j'espère que vous nous aiderez! Si nous nt venons pas à bout de réunir la somme nécessaire, nous sommes décidés à quitter le pays !
El il me tendit la liste de souscription. Lui et Walsb s'étaient inscrits en tète pour 100 dollars chacun, qu'ils s'engageaient à payer chaque année !
Après m'èlre iuscrit à mon tour, j'ai gardé ces deuï braves gens à dîner. Justement, on venait d'inaugurer la maison d'habitation et l'on devait pendre la crémaillère quelques jours plus lard. Raymond A. .. m'avait annoncé que, pour célébrer cet événement, il comptait organiser un bal! Je priai mes convives de nous amener leurs filles, Et, aujourdil, nousvimcs arriver une cavalcade composée du père IValsb et de ses quatre filles. En les voyant sauter en bas de leurs chevaux, bêtes et gens ruisselants de sueur, je me disais (ju'il fallait avoii bien envie de danser pour accepter notre invitation. Il était à peu près huit heures quand mesdemoiselles VVulshonl faitleur apparition : elles venaient de Ciir une quarantaine de kilomètres : elles ont dansé toute
ém
là nuit; et, le lendemain, à sept heures du matin, elles sellaient elles-mêmes leurs chevani et reparlaient pour retourner chez elles.
La pendaison de crémaillère de Fleur de Lis a, du reste, de Tavis général, été le grand succès de la sai- -tM>n. Le beau sexe était brillamment représenté. Il y avait quatorze danseuses. D'abord, la belle Laura, la [servante de Tau berge de Bufialo-Gap : elle était venue ' accompagnée de son oncle Thompson, l'éditeur en : chef du Buffalo-Gap News, qui publia le lendemain ; un premier-Buflalo de trois colonnes uniquement consacré à la fête. Celte littérature fut même Torigine d*une brouille grave entre lui et Raymond. Quelques '«semaines plus tard, après mon départ, Thompson vint " lui réclamer 40 dollars pour prix de cet article, que personne ne lui avait demandé. Raymond refusa naturellement de payer. Mais il eut tort : car il venait justement de changer son épicier. Or Tancien était précisément juge; Thompson le cita à comparaître devant cet honorable magistrat, qui se fit un véritable plaisir ^e se venger d'une pratique récalcitrante, en la condamnant à payer les frais et le principal.
Outre la belle Laura, il y avait d abord les quatre ^filles de notre ami Walsh, puis cinq ou six femmes de fermiers et une ou deux cow-girls venues des ranchs du voisinage. En fait de danseurs, il y avait vingt ou vingt-cinq cow-hoys dont Raymond avait, pour plus de sûreté, consigné les revolvers au vestiaire. L'orchestre était également composé de trois cowboys, dont Pun jouait même remarquablement bien du violon; un autre avait une flûte, et le troisième, un instrument dont je.ne sais pas le nom, mais dont il tirait des sons bien extraordinaires.
20i> LA UntCHE ALX BL'KFLES.
J'ai vu quelquefois dans des colonies françaises des fêles dont le persounel était composé d'élétuenls analo>{ues. On y doimail du vin et de la liiére à discrétion : il y avait bien quelquefois, très rarcnicnl, à la fin de la soiiée, un ou deux des invités qui n'étaient plus très solides sur leurs jambes, mais jamais on ne se battait; ici, le premier mol des ranchtuen qui arrivent, c'est : i> Surtout ne donnez pas une goutte de bière ou de wliiskey, ou, sans cela, il y aura mort d'iiumtnes u ; et tous les revolvers sont mis sous clef. Il est certain que chez ces <|Ens-ci il y a une brutalité innée dont nous ne trouvons pas de trace chez nous. Mais, sons d'autres rapports, il faut convenir que la comparaisoa n'est pas à nuire avantage. Que serait cliez nous le personnel féminin d'une fêle du ^enre de celle dont je viens de parler? Et de quelle nature seraient les danses qu'on y danserait? Je réponds à cette double question par une ligne de points
Ici, ces filles d'auberge et même ces cow-girh ont, je le crois, quelque extraordinaire que wla puisse paraître, une conduite bahituellement régulière. En tout cas, leur tenue est irréprochuble. Quant à leur chorégraphie, je suis tombé de mon haut en voyant en quoi elle consiste! Toutce monde s'est misa danser une sorte de menuet très compliqué, el comportant une foule de saluls des plus cérémonieux dont cow-girh et cow-boys s'acquittaient avec un air de conviction admirable. L'un des exécutants, un hull whacker, transformé pour In circonstance en maître de cérémonies, en réglait toutes les figures, les annonçant à haute voix comme le font chez nous les ménétriers de village. Ce sont bimprobablementles trappeurs canadiens qui oui introduitces
l.a BHKCliE ALX BLFFLE8. 207
usages dans t'e pays-r,i. En (mit cas, Je ne m'tiltentlais guère à reirouver dans la Grande Prairie du Dakota le menuet ouliliî' chez nous.
Au fonil, cepciiilant, cela est moins ctonnanl i|ue cela n'en a l'air. Ce qui cnnslilue un JiverlissenienI jtour l'homme, c'est tiieu moins de faire une chose umuaanle en soi que de fiiire, une fois par hasard , une chose toute différente de celles qu'il fait hahiluellement. Quand un rrgimpnt piisse dans l'a rue de Rivoli, tous les enfants ijiii sont dans les Tuilerirs quittent leur bonne pour courir aprfs la musique, et, si on les laissait Faire, tous les soldais, sapeurs en tète, quitteraient la musique pour aller tenir compa.^nîe aux lionnes! Plus une société est frivole, et plus ses divertissements sont sérieux. Réciproquement, plus elle est travailleuse, et plus ils doivent être grossiers. Les seigneurs de la cour de Louis X(\', pour lesquels les questions d'étiquette étaient les 'grosses alfaires de la vie, prenaient un plaisir extrême à entendre cinq actes de Racine. Denos jours, un ingénieur qui a fait du calcul intégral pendant toute In matinée se repose en allant entendre la chanson du Bi du boni du banc. Je me suis laissé dire que l'illustre Chrcard, auquel nous devons, paraîtil, le cancan moderne, était niaitre des cérémonies dans l'administration des Pompes funèbres : quand il avait passé sa journée h marcher en tête de deux ou trois convois avec l'air digne et navré que lui impo- Baient ses fonctions, il ne pouvait remettre ses nerfs en équilibre qu'à la condition de consacrer sa nuit à l'exécution de cavaliers seuls dont les municipaux parvenaient à grand'peioe à conlenir la folle exubérance dans de justes limites; inversement, un cow-hoy qui passe sa vie le revolver â la main et qui ne salue jamais
208 h\ BRÈCBE AUX BIFFLES-
personne frouse esiraordinai renient amusant d'è poli une fois par iiasard.
Cette année, nous n'avons pas eu de bal. II ne rad pas abuser des meilleures choses! Nous n'avons cepeni dant pas élé complètement privés de relations moi daines. Un instant, nous avons espéré la visite des ofi ciers du fort llleade. Ils n'ont pas pu venir, et noaj l'avons vivement regretté, car les olfîciers de l'arm^ rér[ulière sont, en général, parfailemenl bien élevéH il est même très curieux de voir combien, pour ] recrutement de leurs officiers, les Américains ont o serve les traditions aristocratiques des armées de 1' cien régime. Dana une de ses lettres au Congrès, Wai hinglun disait : i Je veux avant loiil que mes olBciei soient des gfntlemen. » Encore maintenant, on ch^ che à arriver à ce résultat. Ce n'est pas par le conconi qu'on entreà Wesl-Point, le Saint-Cyr améric chaque promotion, il doit y avoir un élève de cbaqul Étal, qui ne peut être admis que s'il justifie de la r(H commandalion des deux sénateurs duilit Klat. Il pas alors un examen d'aptitude. S'il est reconnu insufG sanl, il est renvoyé, et les sénateurs en présentent uiiv autre.
Pour la marine, je ne crois pas qu'on observe lei mêmes règles, ce qui n'empêcbe pas du reste les c ciers d'élre également fort bien. Cependant les reh lions qu'ont avec eux leurs camarades des marine européennes ne sont généralement pas très cordiale) J'ai toujours cru qu'une des principales raisons decetra froideur est une particularité de leur organisalÏM Che); nous, quand un navire entre en armement, loj officiers sont désignés par le minisire et l'équipage e fourni par les réserves de matelots qu'on, enlretieaq
LA BRÈCRE AIX BIFFLES. 309
daDB Igs ports. Il n'en est pas de même en Amérique, , où les hommes et même, je crois. In maistrance oe , sont eag>if[és que pour une campagne. Il en résulte que . ce sont les officiers qui sont cliar'jés de former leur équipage. Ils n'entrent même en solde que lorsqu'un commissaire aux revues a constaté que l'équipage était au complet. Or, malgré les tarifs élevés de la solde, ce recrutement est assez difficile en Ainéilque , car la population maritime de ce pays, qui n'a jamais été très nombreuse, diminue tous les jours. Les officiers prennent donc k peu près tout ce qu'ils trouvent, sans trop s'inquiéter de la moralité ni des aptitudes des hommes qu'ils engagent. Aussi, fi leur première relâche, s'empressent-ils de chercher à se débarrasser (le tous ceux dont ils ne sont pas contents, pour les remplacer par des matelots étrangers. Du reste, les places ne manquent pas, car une bonne partie de leurs hommes désertent à la première occasion, et ce sont presque toujours des déserteurs des marines étrangères qui embarquent en leur lieu et place. Les ofBcicrs américains arrivent, de la sorte, ^ se procurer des équipages superlies aux dépens de leurs voisins, qui, naturellement, ne son! pas très satisfaits de se voir enlever leurs meilleurs hommes. Cette manière de faire semble même si naturelle aux gens de ce pays, qu'il y a quelques années, un membre du Congrès ayant proposé de créer aux Élals-lnis une école de canonniers, il lui fut répondu que cette dépense serait bien inutile tant que les Écoles françaises et anglaises fourniraient tous les hommes dont la marine américaine pourrait avoir besoin. Je ne garantis pas la vérité de cette anecdote, bien que je la tienne d'une source que je crois autorisée; mais elle n'a rien d'improbable.
!tO I..1 BRÈCKE AUX BLFFLBS.
L'arDtce se recrute par des procédés analor|ues. Del compagnies entières sont formées de déserteurs allemands ou môme français. Les soldes des simples sotJ dats sont de 100 à 150 Trancs par mois; auS) que la discipline soit très sévère, il s'en prèsetile autanfl qu'on en veut, ce ([«i n'a, «'u reste, rien de l)ien extr^H oriliuaiie, l'eireclil' de l'armée n'étant (jue de vingtJ trois mille hommes environ.
Ce mode de recrutement fournil de 1res belles IroupesJ et des homme? siipcrlies. Seulement ils désertent aveci une facilité désotanle. L'année dernière, je revenais on | jour de Deadwood à Rapid-City; j'elais accompagné de Raymond A... et de deux ou trois autres personnes. Nous devions passer parle fort Meade pour y faire une visite au colonel commandant la garnison, pour lequel j'avais une Icllre de recommandation du général Sher- ■ raan, qui était alors le commandant en chef de l'armée.. Nous n'étions plus qu'à sept ou huit milles du fort lorsqu'au sortir d'un ravin, nous nous lrou\âaie.s tou) à coup en présence d'un piquet de cavalerii observait la campagne, embusqué dans un petit ti Les hommes avaient vraiment très bon air avec leur» ' grandes botles à récuyère bien cirées, leurs ganis à la Crispin et leurs buffleleries admirablement astiquées.. | On était tout surpris de rencontrer des soldats si bien I tenus au beau milieu des montagnes Rocheuses. Quand 1 il eut reconnu à qui il avait affaire, l'otficier qui I commandait m'avoua qu'il était à la recherche d'uns^ bande de soixante-cinq déserteurs qui avaient quitté h fort la nuit précédente, avec armes et bagages. Le cas^ était grave, car l'effectif de la garnison n'atteint pas j cinq cents hommes. Nous primes congé de lui, en souhaitant de réussir dans ses recherches mars t
crames devoir renoncer à noire visite, pensant qu'après une pareille aventure le colonel devait être d*une humeur massacrante.
Je ne sais pas quelles suites a eues Taffaire, mais je serais bien surpris qu'un seul des déserteurs eût été repris. Dans tous les pays du monde, le propre des démocraties est une haine instinctive des armées régulières. Les habitants du Far- U est sont très loin de faire exception à cette règle. Le gouvernement leur donne des soldats pour les protéger contre les Indiens; et les coW'hoys comme les mineurs détestent ces soldats, et ne sont jamais si heureux que lorsqu'ils peuvent en faire déserter quelques-uns. Aussi, pour employer l'expression consacrée en France, les relations entre la troupe et l'habitant sont exécrables. On entend constamment parler de bagarres survenues entre eux : bagarres qui dégénèrent quelquefois en véritables batailles. Il y en a eu une notamment Tannée dernière, dont j'ai lu le récit dans les journaux, récit que je veux consigner ici, parce qu'il me semble curieux.
Un prospecteur avait découvert une mine d'or dans un vallon désert nommé Bloody-Gulch, à vingt ou vingt-cinq milles d'un fort. Notiz bien que je ne dis pas que ce fort fût le fort Meade. Il s'empressa naturellement de vendre sa trouvaille à une compagnie qui se mit aussitôt à Texploiter. Les travaux furent poussés activement. Au bout de quelques semaines, il s'était formé à Bloody-Gulch ce qu'on appelle un mining^ camp^ c'est-à-dire une agglomération de baraques en bois et de tentes, où logeaient les cent ou cent cinquante mineurs qu'employait la compagnie. Un médecin y était venu chercher fortune. 11 y avait aussi, naturellement, un har que tenait une femme. Elle y vendait
i BRÈCHE AUX .
aux plus justes prix les ilifTéreules boissons chères Américains. On raconte qu'elle y vendait autre chose.
Va beau jour (jue le camp était désert, car c'était l'heure du travail, et tous les hommes étaient dans la mine, un soldat du fort qui flânait dans les environs entra dans le bar. Que venait-il y chercher? C'est ce que l'histoire ne dit pas. Toujours est-il qu'une discussion ne larda pas à s'élever entre lui et la dame du comptoir : discussion au cours de laquelle ce militaire peu galant se mit tout à coup b donner une épouvantable volée de coups de bâton à la dame en question.
Celle-ci commença par pousser quelques hurlements pour appeler au secours; mais, voyant que personne ne tenait, elle prit le parti de s'évanouir. Cependant ses cris avaient ^^té entendus par le médecin, qui probablement cueillait des simples dans la montagne. 11 vint voir ce dont il s'agissait et crut devoir adresser quelques observations au soldat : mais celui-ci, qui parait décidément avoir été doué d'un bien mauvais caractère, lui envoya deux balles de revolver à travers le corps; puis il enfourcha son clieval, qu'il avait laissè'j k la porte, et reprit tranquillement le chemin du fort,
Quelques instants après ces événements, les minei sortaient de la mine. Leur première visite fut natui lement pour le bar. Us y trouvèrent le médecin h mal en puint. Il put cependant leur raconter ce qi s'était passé. Quant à la femme, elle allait déjà un mieux. Une douzaine d'hommes bien armés montërei aussitôt à cheval et partirent à la poursuite du soldi qu'ils ramenèrent au bout de quelques heures, solidi ment ficelé sur sa selle. On l'enferma dans un magasii puis, tout en buvant, on discuta sur ce qu'il y aval
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lieu de faire àe lui. Quelqries-uns étaient d'avis de le remédie au sbéiif. Mais on olijecta que celte luanJëre de procéder éluil bien longue cl ne ilonnerait probablement pas di's résullats satisfaisanls. Il parut plus simple de nommer immédiatement un comité de vigilance dont les membres allërenl chercher le soldat el le pendirent, sans autre forme de procès, à la maîtresse branche (l'un gros pin qui poussait ileianl la porte d'une petite chapelle catholique que les mineurs, Irlandais pour la plupirt, avaient construite près de la mine.
Une fois l'opération terminée à la satisfaclion générale, on retourna dans le bar pour y célébrer cet heureux événement par de nouvelles lihalions. Puis, les tètes s'échauBTant, plusieurs orateurs prirent la parole. L'un deux, après avoir félicité le comité de la mesure énergique qu'il venait de prendre, Gt remarquer que les ciloyens de Bloody-Gulch espéraient bien qu'on n'en resterait pas là. II f avait dans le camp deux ou trois brebis galeuses; il était impossible Je se le dissimuler. Pourquoi ne pas profiler des bonnes liispositions dans lesquelles on se trouvait, pour les envoyer rejoindre le soldat?
Cette motion fut accueillie tout d'abord avec faveur. Néanmoins un ou deus des assislanis crurent devoir soulever quelques objections. Assurément les individus en question n'étaient pas à leur place dans une réunion d'hommes aussi distingués. Cependant, s'ils étaient véhémentement soupçonnés de divers méfaits, on n'avait pas contre eux tie preuves absolument certaines : c'étaient dune plutôt des suspects que des criminels; it serait peut-être un peu vif île les pendre tout de suite.
Ces paroles sages et modérées tirent une grande impression. Justement l'un des individus dont il s'a-
au i..\ BRKCHË )L\ BLCFLES.
gpssail passai! devant la porle du bnr. On l'appela et o lui sijjniliu ijii'il litî était Jonné un i]iiarl d'Iieure poun sortir du citmp, et que, s'il y reparaissait jamais, serait pendu sans rémission. Il accueillit cette ca nicalion avec lieaucoup de philosophie, tout i gretlanl que l'état de ses finances lui rendît pour t moment tn's pénible un dé placer m en t. Les assisiant étaient de lionne humeur. On ouvrit aussitôt une si criplion. Klle produisit 35 dollars, qui lui Furent remiR^ à titre d'indemnité de roule. Ceci aplanit si bien leaj diflicullés. que le porsonnai^e enqneslion, monlantsurj un tonneau, commença un speech que les journaux o reproduit religieusement.
Il ne se dissimulait pas que sa conduite acait parfoifl été lin peu répréhensihle. Aussi, senlani le tort que présence occasionnait ù la bonne renommée du camp, il avait depuis longtemps formé le dessein d'allercherciier fortune ailleurs. L'honorable assistance venait de lui i'n fournir les moyens. II né pouvait que lui en être liés reconnaissant, et, pour bien témoigner qu'il ne conserverait ancun mauvais vouloir envers let gentlemen qui en faisaient partie, il leur oITrail à toug une tournée!
Ce petit discours fut généralement trouvé de Irê^ bon goût. On en apprécia surtout Ires fort la pérorai-' son. On but donc â la santé et aa:t frais de roraleur*" Puis, comme nne politesse en vaut une autre, plusieur»' des personnes présentes oITrirent àleur \oiir i\^sd^i^ttt' M variés. Chacun en avait déjà avalé cinq nu sii, quandf l'un des assistants, qui avait nne montre, fit remarquer] qu'il ne restait plus que deiii minutes avant l'heure à^\ l'expulsion. Tout le monde sortit donc bras dessus] bras Jcs.'îous, pour reconduire le voyageur jusqu'aax'l
limites du camp. Là on lui souhaita loule espèce de prospérités; on lui souhaita surtout de ne pas revenir, et puis chacun regagna son lit.
Quelques jours se passèrent : à peine deux ou trois querelles avaient-elles amené des coups de revolver sans imp.ortance et qui n'avaient pas troublé sérieusement la sérénité des habitants de Bloody^Gulch; chaque soir, cette tranquillité admirable servait de thème aux conversations des buveurs réunis dans le har. Le pi^ndu se biilançait toujours aux souffles de la brise printaniùre, n'effrayant même plus les écureuils qui venaient grignoter des pommes de pin jusque sur ses épaules. La victime était elle-même presque remise de ses émotions. Quant aux coups qu'elle avait reçus, il n'en restait pour ainsi dire plus de traces, les taches noires qui déshonoraient ses contours satinés ayant successivement passé du noir au bleu foncé, du bleu foncé au jaune strié de rouge, et du jaune strié de rouge au vert pâle, qui est, comme chacun sait, le ton flnal de ces affections polychromes. Il semblait donc que tout fût terminé, et les membres du comité de vigilance de Bloody-Gulch savouraient paisiblement les joies d'une popularité qui se manifestait à eux par des offres de hosoni'Caressers, de gumticklers et d'autres boissons variées et si nombreuses, que chaque soir il fallait les porter dans leur lit, lorsqu'un beau jour celte félicité générale fut troublée par un événement imprévu.
La cloche de la mine venait d annoncer la cessation du travail. Les hommes, remontant du puits, se disposaient à rentrer chez eux : quelques-uns étaient déjà sortis, lorsque tout à coup on entendit une fusillade épouvantable. Deux ou trois ouvriers tombèrent, les autres commencèrent par se barricader à l'intérieur
ft SI6 LA BR^:CiIE MX BLPPLES. ^^H
I i]e l'uBine, puis on chercha à se rendre compte iJel^^|
I silualion. ^H
f Elie n'était pas brilhnle. Lne trentaine de soldat^S
s'èlaienl échappés du fort après avoir juré de venger leur camarade. Arrivés sans être signalés, ils s'étaient embusqués dans le fiar* et, sanscrier:Gare! avaient tiré sur les premiers ouvriers qu'ils avaient vus. Heureusement, ceux qui restaient dans l'usine avaient des revolvers. Ils purent même se proenrer quelques fusils. Pendant une demi-heure, on se fusilla à cent pas de distance sans se faire grand mal, les deux partis restant soigneusement â l'abri. Ou commençait à se demander comment cela finirait, quand l'ingénieur de la mine accourut effaré : it fit signe qu'il voulait parler. Le feu cessa aussitôt. Des délégués vinrent même s'aboucher avec lui ;
u Messieurs, leur dit cet habile homme, il y a déj& deux ou trois mineurs de tués et autant de blessés. Du cûlé des soldais les perles sont à peu près égales. Comme représentant de la Compagnie, je suis obligé de constater que vous avez déjà cassé toutes les vitres de l'usine, et, si cela continue, vous allez mettre son matériel daus le plus pileux étal. \'e pourrait-on pas s'entendre ? L'exercice que vous venez de prendre a dû vous altérer 1 Allons tous au bar! J'offre à boire à tout le monde! C'est la Compagnie qui régale! »
Celait parler d'or. Au bout d'une demi-heure, mi^^^B neurs et soldats étaient, pour la plupart, fralernellé^H I meni étendus par terre, tous plus ou moins Ivrcs-morfsJ^H
L'accord se fil assez facilement; ceux qui pouvaient encore se tenir debout allèrent décrocher le pendu : on l'enterra, on coupa sa corde en pelits morceaux, et E cba'can en prit un. Les Américains ont grande con-^H
l.\ RUECKE AUX BL'FFLES. 211
fiance dans ce genre <le féliche. L'année dernière, lors de mon passage à CLicago, je voulus acheter une lente. On m'indk|ua un grand store, dont le directeur, — un gentleman très distingué, — voulut me faire luimême les honneurs. 11 me raconta que c'était lui qui fournissait de cordes les shérifs de la ville, et me monlra une gléne qui était toute prêle pour l'exécution des anarchistes. Il ajouta qu'il était convenu avec les shérifs qu'on lui rendrait les cordes quand elles auraient servi, et, désireux de faire participer sa clientèle aux bénéfices d'une occasion aussi exceptionnelle, il avait décidé que toute personne qui ferait dans sa boutique une acquisition d'une valeur supérieure à cinq dollars en recevrait un morceau par-dessus le marché.
Si nous n'avons pas eu la visite des officiers du fort Meade, nous avons, en revanche, eu celle des autorités civiles du comté, qui ont bien voulu honorer Fleur de Lis de leur présence pendijnl deux jours, la semaine dernière. Je crois que c'est feu M. Menier, l'inventeur du seul chocolat qui blanchisse en vieillissant, qui a écrit ou fait écrire un gros livre pour réclamer l'élablisscmenl, chez nous, d'un impôt unique basé sur le capital. Ce système fonctionne dans ce pays-ci. J'avoue ne pas l'admirer outre mesure. En fait de liberté, les Américains se contentent volontiers du mol; ils ne tiennent pas absolument à la chose. Il faut avoir cet heureux tempérament pour se soumettre de bonne grâce à l'inquisition que comporte ce système d'impAt. On voit arriver chez soi un beau matin un monsieur qui vous annonce qu'il est l'assesseur. 11 entre dans voire maison, l'estime à sa guise, ainsi que le mobilier, regarde si votre montre est en or ou en nicbel, — \e
SIH LA BKECUE AUX BliFFLES.
a'invente rien : le dernier qui est venu ici a fait cela, — il lâte vos Rialelas pour savoir s'ils sont en crin ou en varech, compte vos chevaux et tos bœufs, et puis consiijne le tout dans un gros livre qui contient déjà le résultat de sa visite chez vos voisina; le gros livre est du reste à la disposition du public, cl si quelqu'un découvre que ledit voisin a dissimulé un cbeval, un hœuf, ou monte une modesie pendule, il se fait un véritable plaisir de le dénoncer.
Ce travail a pour but d'arriver à une estimation aussi exacte que possible dj capital existant dans le comté, meuldes ou immeubles. Une fois ce résultat obtenu, on établit le budget des dépenses : routes (pour mémoire), écoles et construction de prison ou de palais de justice (court bouses). La comparaison des deux totaux donne tout de suite, au moyeu d'une simple division, la proportion dans laquelle il faut que chacun contribue aux dépenses. Ce tantième est naturellement assez variable. Chez nos voisins du comté de Lawrence, ou la majorité se compose de simples mineurs ne possédant rien et, par conséquent, échappant aux taxes tout en décidant des dépenses, ou paye, je crois, 12 ou 15 pour 100 par an ; sur son capital, bien entendu. De plus, le comté, qui a huit mille habitants, a environ un million de dollars de dettes, sans qu'il soit possible de savoir à quoi a pu être dépensé cet argent, car il n'existe dans tout le comté qu'une seule route, et cette roule a été construite par une compagnie qui fait payer un demîdollar à toutes les voitures qui s'en servent.
Dans les comlés où la population se compose principalement d'agriculteurs ou de ranchmen, on s'en tire à meilleur compte, et l'impûtâ payer ne dépasse guère 3 oa A pour 100 du capital. Les ranchmen arrivent
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même généralemenl â payer beaucoup moins. D'abonI, l'assesseur ne peut guère compter le nombre d'animaux existant sur les ranchs. 11 est donc ohligé do s'en rapporter aux déclarations toujours inexactes, est-il besoin de le dire? des intéressés. Ceux-ci ont d'ailleurs toujours la ressource de faire sortir tout ou partie du troupeau en dehors des limites du comté au moment de Vassessment. C'est ainsi que, l'année dernière, un de nos voisins qui avait bien, à ce moment-làj vingt ou TÎngt-cinq mille breufs, est venu à Cusier et a affirmé, sous serment, devant le conseil, que sa compagnie ne possédait dans le comté (]ue trois vaches lailiËres et le cheval sur lequel il était monté; ce qui était, du reste, absolument vi'ai, car quarante-huit bcurcs auparavant il avait fait passer la Chnyenne à tous ses breufs, qui vagabondaient dans la réserve indienne, où ses cowboys allèrent les rechercher cinq ou six jours après.
Dans la pratique, on finit toujours par arrivera s'entendre après d'interminables discussions cl de très abondantes libations; on aboutit a une sorte de cote mal taillée d'après laquelle, les amis du gouvernement payant très peu, le vide des caisses est comblé par ses ennemis, qui se consolent en pensant que leur tour viendra un jour ou l'autre. Seulement on comprend aisément combien il est intéressant d'être dans de lions termes avec le parti au pouvoir. C'est pourquoi nous avons couvert de fleurs, je parle au figuré, bien entendu, le trésorier du comté et l'un de ses amis qui ont bien voulu nous honorer de leur visite.
En attendant le dîner, que j'ai rex:ommandé à François de soigner tout particulièrement, je leur ai fait faire naturellement le tour du propriétaire. Ces messieurs se sont montrés très satisfaits de tout ce qu'ils
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ont VU. Ils ont admiré surloul le potager. Dans ce paysci, il y a 1res peu de fermes qui aient un jardin : en fait de légumes frais, on ne récolle jamais qtie des pommes de terre, et la grande majorité des habitants sont persuadés que les petits pois sont, comme les sardines, tous deux originaires de boites en fcr-blanc. L'ami du trésorier était vivement intrigué par le cresson, qu'il voyait pour la première fois. C'est nous qui l'avons introduit dans ce pays-ci, où il était absolument inconnu. Il en pousse maintenant tout du long du Frevck creek. .Vous aurons passé en faisant le bien! Transiit henefaciendo !
Pendant (jue j'ai expliqué le cresson à l'ami du trésorier, le trésorier lui-même est resté en arrêt devant nue planche de carottes. Ce végétal ne lui est pas inconnu, me dit-il; il se rappelle en avoir mangé il y a ail ou sept ans et eu a. conservé un souvenir délectable. Croyant reconnaître dans ce naïf aveu une insinuation cachée, je me suis empressé de faire signe à François, que j'apercevais dans la pénombre de la cuisine en toque cl veste blanche, mais toujours chaussé de ses immenses bottes a l'écuyère, et lui ai enjoint d'ajouter au menu un plat de carotlcs à la Vichy.
Je dois avouer, du reste, que l'effet a été complètement manqué. Cunscienciensement et sans mot dire, ainsi qu'il convient à des Américains, nos h<Mes ont mangé de tout ce qu'on leur a servi, mais sans donner le moindre signe d'approbation ou de désapprobation.
— Permetlez-moi de vous offrir encore un peu d carottes, ai-je dit au trésorier quand il eut terminé; vous m'avez dit que vous les aimiez.
— Des carottes ? Où y a-t-il des carottes ? a-t-îl r /)ondu.
LA BRECHE AUX Bl'FFLES. âSt
— Mais TOUS venez d'en manger !
— Cela, des carottes? Ah! mais je les ai toujours mangées crues!
Le malheureux ! mon Ame a été inondée de ce sentiment que les poètes déclarent divin etijui s'appelle In pitié ! C'est par des bienfaits <]u'il faut faire connaître son pays aux élrangers. L'Amérique nous a donné la liberté. C'est, du moins, ce qu'affirmaient une foule de braves gens avec lesquels j'ai voyagé l'année dernière, qui venaient à New-Vork pour l'inauguration de la u Liberté éclairant le monde», construite aveclesdons de souscripteurs français. J'avoue que je ne suis pas du nombre. Mon excuse est que je ne savais pas que nous fussions redevaljles de la liberté aus Américains. Quelques semaines plus tard, en les voyant dans l'Iona n'avoir même plus le droit de boire à leur soif, je me disais qu'ils nous en avaient peut-être trop donné, puisqu'il leur en restait si peu. Mais si je dois continuer à voyager en Amérique, combien je bénirai le jour oit les Vantées, reconnaissants et devenus gras, élèveront, anr l'ile d'Ouessant, une statue monumentale représentant un cuisinier faisant le geste de jeter a travers l'Océan, vers .\cw-Vork, nn exemplaire de la Cuisinière bourgeoise f En ce temps-là, on trouvera peutêtre quelque chose à manger dans les bôlels américains.
Le Yankee est-il absolument rebelle à la cuisine, comme tant d'indices sembleraient le prouver? Je ne le crois pas. Il y a quelques semaines, il est plus que probable que pas un des boys du ranch n'avait, de sa vie, mangé autre chose que l'horrible lard rance du pays ou quelque antre abomination du même genre. J'étais exlrëmcmE'nl curieux de savoir quel accueil
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feraient ces natures agrestes à la cuisiiie de François, Ils n'êlaient pus liien disposés, cela était évident. Tout dépendait du début. Quand Bossuet s'écriait : u Madame se meurt! Madame est morte! » tous les cœurs vibraient à l'unisson. Il n'avait en réalité pas besoin d'exorde. Tout son auditoire était déjà ému et remué. D'une seule envolée il pouvait l'enlever jusqu'aux sommets où il planait lui-même. Eût-il agi de même s'il avait eu affaire à un auditoire hostile ou simplement indécis, à un auditoire qu'il lui aurait fallu instrui Assurément non. Il aurait été insinuant.
Eli bien, François a Été insinuant. Il n'a pas enlevé' son public lie vive force : il l'a conquis. J'ai observé sans rien dire sa manière <le procéder : sa diplomatie a été admirable. Le premier jour, il s'est contenté d'observer les agissements du cuisinier du ranch, un Italien importé de France, qui, s'appelant François également, a reçu le numéro deui. Dès le lendemain, les boys étonnés constataient que leurs chers caketi tout en ayant conservé à peu près leur apparence ordi nairc, avaient pris une saveur toute particulière étaient devenus des crêpes. Leurs bcefsteaks, au lii d'être déshonorés, comme c'est la mode dans ce payi par le contact immédiat de la plaque du fourneau, pi saient par le gril avant de venir s'étaler roluplueui ment sur un lit de cresson. La première soupe 1res vive impression. Aux Etals-Unis, ou n'en connaît guère que deux. La première, qu'on donne dans tous les bôlels, est de l'eau de vaisselle dans laquelle flottent des débris de tomates. Elle a cet avantage qu'étant horrible d'apparence, il n'y a que des touristes consciencieux comme moi qui osent y goûter une fois pour se rendre compte de leurs sensations : mais ils ne
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recommencent jamais, de sorte (jue la même peut servir indëGniment.
La seconde est plus dangereuse, parce qu'elle a une apparence candiilc (jui trompe. En ïoici la recette : Vous mettez sur le feu une casserole pleine de lait. Quand le lait bout, vous videz dedans le contenu d'une boite d'huîtres consertces et vous servez chaud I Le patient croit à une simple soupe au lait; il prend pour une pâle quelconque les Tormes indécises qu'il soit flotter dans la masse liquide : inconsciemment, il en déverse le contenu d'une cuiller dans sa bouche. Alors commence son supplice. Immédiatement une odeur de marécaye d'une intensité inouïe remplit lout sou être : éperdu, il fait un mouvement de déglutition désespéré, puis, s'il est dans une maison particulière, — c'est habituellement dans les maisons particulières qu'on vous tend ces traquenards, — il cherche un domestique pour faire enlever sulireplicement son assiette r mais en Amérique, il n'y a jamais de domestique! et il lui faut répondre aux mots aimables de la maîtresse de maison qui lui demande invariablement ce qu'il pense de son oyster soupJ Notre plat nationall ajoutet-ellc toujours avec une complaisance marquée.
La soupe a été acceptée avec une faveur qui, douteuse au commencement, n'a pas lardé à s'affirmer. A partir de ce moment, François, sûr de son triomphe, n'a plus ménagé ses effets. Le chou et la tomate, embellis par son art, ont réïi>Ié les saveurs que développent en eux des farces savamment combinées. Nos cow-boys oQt connu les douceurs du civet de lièvre; des salmis onctueux leur ont fait apprécier la poule de Prairie sous un jour lout nouveau. L'ne fois même, François les a initiés aux jouissances que réserve aux
ait A
dégustation de la fondue au fromage, cette admirable et savante composition dont nous devons, parait-il, la recelte aux pieui Bénédictins de Belley! C'est, si je ne ini? trompe, M. île Brillai-Savarin qui nous l'a consersée, lors de la dispersion de ces braves moines : et c'est, je dois le reconnaître, le triomphe de François. A bord du paquebot qui nous a amenés, le ministre d'AmÉriiiue en Hollande, un liomme d'esprit doublé d'un gourmet, deuï qualités bien rares par la temps qui court, se bimentait devant moi, disant qu'i ne pouvait plus trouver de cuisinier capable de rédige nne fondue au fromage. Je réclamai en faveur de François, qui, le soir même, grâce à l'autorisation de mon camaradeK..., le capitainedubateau, nous en préparait une qui a eu un succès fou.
En même temps que leur goùl se raffinait, leur espi'it s'ouvrait aux conceptions de la science gastronomique. Avant-liier, je revenais d'une longue course achevai, accompagné de l'un d'eux, Georges Salisbury. Nous cheminions l'un à cflté de l'autre, comme les gendarmes de Nadaud, mais plus vile, t&r nos chevaux ne quittaient guère le galop, allure inconnue à . f^ux de la maréchaussée, lorsque tout à coup j'en-
^^H tendis un vague son. «
^^B — Say! mister baron! disait Salisbury, qui paraifr-H ^^V Rail sortir d'une longue rêverie : Say! IVhat a dand^^^ ^^^ cook thaï boy ofyours is! (Quel homme que ce cui-«^| sinier que vous avez amené !) ^|
Sentant qu'une partie de la gloire de François rejail-^J lissait sur moi, je crus devoir m'incliner.
— Mais, continua Salisbury, il nous a donné hier une soupe sucrée. IIFavait faite avec un potiron {jjumphiv), et puis il y avait des petits morceaux de pain
LA BRIlCHe AUX BUFFLES. 235
grillé qui iiageaienl dedans. Je n'ai jamais rien mangé de si boni Mais, dites-inor, mister bHron, je croyais qu'uQC soupe ne devait jamais êlro sucrée?
Partant de l'ignorance absolue, Georges Salisbury en était arrivé en buit joiirsà ce point de culture gastronomique, qu'il ues'inquiélait plus seulement du goût d'un plut : il tenait à être renseigné sur les conditions dans lesquelles il devait être sei'vi. Que! triomphe pour François! Je me souviens d'un granil tableau que j'ai va quelque part : je crois que c'est dans une préfecture de province. Au centre, on voyait une grande femme velue d'une draperie rouge. Elle tenait d'une main une balance; de l'autre, un rouleau de papier; u c6té d'elle, deux aulres femmes étaient debout sur les marches du ti'i^neoùelleélait assise : l'une arméed'un grand sabre, l'autre distriliuanl des fruits, des légumes et beaucoup d'autres bonnes choses à une foule de gens tout nus qui accouraient île tous les points de l'horizon. Pour moi, les tableaux allégoriques sont comme les ballels ; je ne peux Jamais les comprendre que lorsque l'on me les explique. Je pris donc des informations. Il parait que celui-là représentait la Barbarie venant demander des lois à la Civilisation afin de connaître le bonheur! N'estce pas absolument l'histoire de Georges Salisbury'? Tant qu'il a vécu dans l'ignorance des lois les plus élémentaires de la gastronomie, il n'a jamais mangé que du liacon et est resté maigre comme un coucou : le voilà prêt à s'incliner devant cette science qui s'est révélée à lui par la soupe au potiron! Lemulbeur, c'est qu'il va peut-êlre engraisser ; et il rendra les poneys poussifs.
Du reste, Georges Salisbury n'est pas le seul des boys qui s'intéresse à l'œuvre de François. Rieu de moins chasseur, de moins braconnier, pour employer
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UD mot français qui ne peut pas avoir d'équivalent dans un pays oii la chasse est libre, que lu cow-boy. Il vil constammenl au milieu du gibier sans s'en occuper. Et non seulement il ne preiiil aucun intérêt à l'observer, mais il ne l'apprécie même nullement comme nourriture. J'ai bien souvent entendu des cowboys parlant des privations qu'ils avaient endurées dans telle ou telle expédition contre les Indiens, ou dans tel ou tel round-up, dire qu'à un certain moment ils n'avaient plus de lard et en étaient réduils à se nourrir de lièvres, d'antilopes ou de poules de Prairie. Depuis {|ne François leur a révêle le civet de lièvre et la poula de Prairie en chartreuse, ils reviennent presque tous les jours avec des lièwres ou des poules de Prairie qu'ili tuent au posé, à coups de revolver, dans les creeks.
Toutefois, si l'Yançois apporte à l'Amérique les bien* fails de sa science, il y fait aussi de bien précieuses découvertes. Nous avons, tout prés d'ici, un village da chiens de Prairie. Mous avons eu la curiosité, l'autri jour, d'aller leur faire une petite visite. Quand noQf.j sommes arrivés, il y en avait une centaine qui, debout à l'entrée de leurs trous, prenaient le frais en échangeant leurs observations au moyen de ces petits aboi meois brefs qui leur ont valu le nom sous lequel ils sont connus. Nous avons commencé par en tuer quatre ou cinq de loin, à coups de winchester. On ne peut guère les tuer autrement qu'à balle, car s'ils ne sont pas tués raide, ils trouvent toujours moyen de tomber dans leur trou. J'ai essayé de creuser un de ces trous. On m'avait dit que, dans tout village, il y en avait un qui élait poussé verticalement jusqu'à l'eau, quelle que fût la profondeur qu'il fallût atteindre, et qu'il servait de puils à tous les habitants. Cela me semble
lUtV
bien esiraordinaire. Et cependant je dois dire que tous les Icrrifrs que nous avons sondés s'enfoncenl verticalement à (juatre ou cinq mètres au moins.
Toujours cat^l que nous avons rapporté nos quatre chiens de Prairie. Les Américains ne les mangent jamais. François, après les avoir examinés, a déclaré que ces chiens étant en réalilé des lapins, leur devoir strict étail d'aimer à ôtre mangés sautés, pour employer le style de la Cuisinière bourgeoise. Je ne sais pas si réellement ils ont aimé à être mangés comme cela, mais ce que je puis affirmer, c'est que le chien de Prairie sauté constitue une des meilleures choses qu'on puisse manger.
■le ne veux pas terminer sans relater une petite scène dont j'ai été témoin hier au soir et qui m'a bien amusé. Je passais par hasard dans la salle ob mangent les hommes. J'aperçus François qui, assis devant un gros volume étalé sur la table, discourait avec beaucoup d'animation. C'était un hoy canadien qui servait tant bien que mal d'interprète. Tous les autres, qui paraissaient vivement intéressés, se serraient autour d'eux pour mieux voir de grandes chromolithographies dont le livre était abondamment garni. J'eus la curiosité de m'approcher pour savoir quel était l'ouvrage qui obtenait un aussi vif succt's : me penchant à mon tour par-dessus l'épaule de François, je lus le litre du livre :