I.e père est extrêmement sali', la mère aussi : I& I
fille parait se laver quelquefois.
LA BBlilCHE Alix DIPFLBS. 35
R..., interrogé sur ses origines et sa Glialirm, a répondu ainsi qu'il suit :
II ne ^ail pas oii Jl est néi croit que cet événement est survenu dans le \ouveuU'!Ueiique, il y a une cinquantaine d'années; n'a jamais connu son père et n'a conservé qu'un très lague souvenir de sa mère.
Au physique, le déposant est un petit homme trapu, légèrement çoûlé, toujours couieit de guenilles, et dont le visage et les mains sont 1res noirs. Il n'a pas élé possiiile de délerminer dans quelle proportion cetle couleur doit êlre utlribuée ou à la nalure ou à la qualité â laquelle il est Tsil allusion au second alinéa de ce mémoire.
Il a commencé par Êlre hvllwhacker, c'est-à-dire bouvier. Il conduirait à travers la Prairie les chariots des émigranis ou des marchands qui traitent avec les Indiens; s'est 1res souvent liallu avec ces derniers; n'a cependant jamais été scalpé, ce qu'il altrihue ii sa bonne étoile; inlerrogé sur les souienirs que lui ont laissés ses Tréquents rapporis avec lesdits Indiens, a répondu : Hare always been pestered by Otem!
admire only deadones! « Je ne les aime que quand ils sont morts! >i
Il a fini par s'élever à la dignité Aefreighter, c'està-dire que, ayant économisé de quoi acheter une centaine de hœufs et quelt[ues chariots, il s'est fuit entrepreneur de transports dans la Prairie; avait gagné quelque argent dans celle industrie, qnnnd, au cours d'un de ses voyages, il a eu le bonheur de rencontrer celle qui est maintenant madame R..., dans uu bar, à Deadwood. Il lui a olFert son cœur d'abord, qui a été accepté sans difGculté, puis, quelques années plus tard, son nom, qui l'a été également. Alors on a vendu
iâh
les bœufs et les chariols; aveclesS, 000 dollars environ I qu'a proiluils celte veale, on a acheté quelques vaches, quatie ou cinq chevaux, et l'on est venu s'établir ici. Maintenant que les deux existences se confondent, il est lemps de parler lie madame R... , née Sally Schreiber. Elle it vu le jour, il y a cinquante ans euvirou, dans ■ riona, où son père, ('migrant saxon, était venu s'élu- I blir aux premiers jours de la conquête surles Indiens. I II était el est encore fermier. Douée d'un cœur chaud F et d'un caractère aventureux, la jeuue Sally quitta de I boune heure le toit |iQterncl el commença à courir le monde. Le goût des voyages se développant apparemmentchez elle do plus en plus, elle s'engagea dans une caravane composée d'une douzaine de jeunes Américaines qui, sous ladireclion d'une matrone expérimen- ' tée, allaient visiter différents ports du Pacifique el de la mer de Chine, k la poursuite
De c
Ou les vil et on lésa
s CJchd
pprécia successivement à Hongkong, il Sliang-hai et à Yokohama. De ces séjours I lointains, Sally a rapporté une grande expérience des hommes et des choses, — surtout des hommes; des anecdotes pleines d'intérêt dont les dilfércnls membres des légations européennes qu'elle a rencontrés sont les héros; et une fille née à Shang-haï.
niais elle n'en a pas rapporté de grosses économies. Ce qui semblerait confirmer le proverbe : ^ Pierre qui roule n'amasse pas de mousse! n delà vérité duquel on se prend cependant à douter quand on vit en Amérique. Toujours esl-il que dès que la découverte des mines des Illack-Hills y attira la lourhe de mineurs et
La liRECilE AUX BLFFLES. 37
d'airenljriersde toute espèce i|uifoniIèreDt Deaduooil, elle y accourut et elle devint bientôt le plus bel ornement du liur où Kûgers devait la trouver : elle y figurait derrière Ip comptoir en compagnie d'une autre femme encore plus célèbre, Calamity Jane. Celle-là élait arrivée dans le pays avec un corps de volontaires formé par le général Crook pour comballrcles Sioui île Silliny-Itull. Elle y servait en ([ualilé de soldat. Elle montra tant de bravoure et acquit de tels talents dans l'art délicat de scalper les Indiens, que son nom figure dans la géographie du pays. Dans la carte des Black-Hîlla, il y a un Calsmity-Peak et un ou deux Calamity-Creeks. Son aptitude merveilleuse pour jurer lui a é,^alemenl valu le titre de Champion Swearer ofthe Hills, titre dont elle est, pamil-il, très fière, et à juste raison, car les gens du pay.'i soûl des connaisseurs. Celte personne si distinguée et si sympathique vient, dit-on, de fiiire une fin. Elle a épousé dernièrement un u citoyen proéminent » du iVébrasba, Je leur souhaite, avec tous les journaux qui ont rendu compte de la cérémonie, beaucoup de bonheur dans leur vie conjugale.
Pour remplir la lacbe que je nje suis donnée, il me resie à parler de Bcssie Rogers, fille de l.i |irèeédente.
Quatorze ans, mais ayant l'air d'en avoir dii-Iiuil ou vingt; grande, bien tournée, assez jolie, l'air très modeste; passe toute sa vie à clieval pour surveiller les bœufs et les chevaux de la ferme; lance le lasso comme n'importe quel cow-boij; tue un serpent à sonnettes d'un coup de revolver en passant au galop à côté de lui; monte, toujours sans selle et assise de côté, même des chevaux très difficiles : ceci, jel'aivu. J'étonnerai beaucoup mes lecteurs en ajoutant que, malgré le milieu où elle a vécu et l'étrange éducation
3a LA BnÙCHE AtX BL'FFLËS. VH
qu'elle reçoit, je la considère comme une 1res bonae et très lionDËte fille, et que je serais assez étonné qu'elle louroàl mal'. Elle m'a parlé de son désir d'entrer dans un ranch comme cow-girl pour gagner quelque argent, afin d'aider son père adoptif, qu'elle aime beaucoup el qui est excellent pour elle. On commence à parler de quelques cow-girls. Derniôremcnt les journaux de Chayenne ont raconté qu'une liande (le quelques centaines de hœuFs venait d'être amenée de très loin par quatre cow-girls. Dans la troupe qu'il exliibe eu ce moment à Londres, Bufiklo- Ilill en a quelques-unes qui sont, partit-il, d'une . udressG extraordinaire à la carabine. 11 faut venir en Amérique pour voir des clioses comme celies-là. Il n'y a pas une fille de fermier de ce pays-ci qui consente à traire les vaclies; il n'y en a pas une sur dix qui daigne faire la cuisine pour son père ou son mari. En revanclie, elles se font cow-girls.
LeJ époux Rogers n'ont pas, jusqu'à présent, sacrifié à un vain luxe sous le rapport du logement. C'est un log-house carré de liuit ou neuf pieds de côté tout au plus, et haut de six, qui les abrite. Il n'a même pas de plancber, el le toit se compose simplement de quelques traverses recouvertes de mottes de gazon. C'est la dedans que vit toute la famille, aussi bien l'été, quand il y a trente-cinq degrés de ciialcur, que l'biver, lorsque tout le mercure du thermomètre dégringole dans la boule. Le mari et la femme coucbenl dans une espèce de grabat, à gauche en entrant; la fille couche dessous, enveloppée dans une peau de buf-
' FciTier 1S87. Jt.' viens d'ipprcniire le maris<|c de Bosiie Biia^rs avec . Duli:h Gus i, un d.'s cow-buys de Fleur de Lii.~
t.A BRKCHE ALX IILFPLES, 31
falo, C'esl dans celle seule et uniijue chambre (ju'un fait la cuisine et qu'on mange. Tout cela esl d'une salelé dont rien n'approclie.
Noua avons trouvé !a mère Riigers à la portti de ce petit palais, prenanllefrai», assise sur un Irunc de sapin et fumant avec délices une pelile pipe de terre admirablement culottée. Ilessie vient de renirer d'une grande course à cLeial entreprise à la recherche d'un bœuf égaré. Je lui demande de donner au docteur un échantillon de ses talents, ce qu'elle fuit de la meilleure grâce du monde. Son cheval tout liridé, mais sans selle ni couverture, esl encore devant la maison, attaché à un piquet. Elle saute dessus, assise de c61é, le genou appuyé sur le garrot, ayant alisolirmenl la positron d'une amazone sur sa selle; derrière la maison il y a ane côle qui esl bien certainemeul inclinée à quarantecinq degrés. Cette câte, de plus, est couverte de pierres roulautes. Elle la monte et descend plusieurs fois, d'abord au grund galop, puis au trot; ensuite elle prend un winchester, et lire sur une alouctle posée à vingt-cinq pas. Je dois dire qu'elle la manque. A balle, il y a bien des gens qui en feratenl autant.
Mais voilà que insensiblement je me laisse dévaler des sommets ardus de la science pour cbi^miner dans les bosquets fleuris de l'anecdote. El je complais offrir ce pelitlravailaux gens graves de la » Réforme sociale» ! Alais je reviens à mon sujet.
La ferme des Rogers, Rogers ranch, pour employer l'expression du pays, est située dans une pelile plaine de trois ou quatre cents hectares, bien abritée de tous les cûlés par des collines assez élevées et bordée au nord par la lisière de la forêt. Us ont donc sous la main tout le bois dont ils peuvent avoir besoin. Ils ont
aussi lie l'eau p.h f|iiantité suffisanle. el ils n'en ont pas trop, car la source sur le bord de laquelle ils ont coqslruil leur maison se perd à quelques ceiilaines de mètres plus bas. Celle qualité est très appréciée dans le pays. SI l'ou esl sur le bord d'un ruisseau, les bestiaux s'éloignent indéGniment en le suiïant. Si au contraire on est sur le bord d'une mare, ils ne sortent pas d'une zone assez restreinte.
Dans celle vallée, la terre végétale a une grande profondeur, deux ou trois mètres au moins, comme on peut s'en rendre compte sur les bords de la source. Le sol est calcaire, légèrement argileux presque partout, sablonneux sur quelques points. Partout ou la Prairie n'a pas été défrichée, elle, donne une grande quantité de foin naturel de belle qualité. Il en a recueilli quelques meules pour cet biver, et nous en a même vendu une centaine de tonnes, à raison de 18 francs environ le tonneau de mille kilogrammes.
Il n'a guère que cent ou cent cinquante acres en culture, oi'i il a récolté celle année de l'avoine, 1res mauvaise parce que l'année a élé trop sècbe, du mais assez beau et des oignons superbes, mais dont il ne suit que faire, car, je ne sais pourquoi, il s'est avisé d'en planter sept ou huit acres. Comme la plupart des fermiers de ce pays-ci, il a renoncé à faire du froment, qui revient au minimum h 0^"'- 60 le buskel (3 hancs les trente-cinq litres, un peu moins de 9 francs l'hectolitre] et ne se vend depuis deux ans que ^'"- 55 ou ^°'' 57. 11 y a quatre ans, il se vendait un dollar et même 1 ''''' 20. Aussi, tout le long de la ligue du chemin de fer, où celte année dernière on ne voyait pour ainsi dire qu'un seul champ de blé, je ne erois pas en avoir vu un seul cette année. On plante maintenauldu
LA bUÈCHB AV\ BL'PFLEB. 41
maïs et l'on élève tles cochons. Seulement on en élève tant, que les prix sont lombes <le A dollars les cent livres à 2^°' 70 : or les connaisseurs ul'fîi'mcnt qu'audessous de 3 dollars le producteur ne gagne plus d'argent.
Roj[ei's a deus ou trois cents moulons qui courent les coteaux du voisinage en pleine liberté pendant l'été, mais qu'il faut nourrir pendunt l'hiver, et puis un troupeau de bœufs qui, eux, sont toujours en liberté. II peut en vendre maintenant cliaque année nnn douzaine, mais les prix sont bien bas. Lu beau bœuf pesant mille ou douze cents livres ne vaut pas plus de trente dollars. Il valait presque le double il y a qualre ans. 1,'autrejour, Raymond A... a acheté pour le ran^'A, moyennant 50 dollars (350 fr.), deux vaches à lait superbes, dont l'une est prête à léler et l'autre suivie de son venu.
En déËnilive, quelle est la silualion de Rogcrs? Combien vaut-il maintenant? — pour employer l'expression usitée dans le pays.
Quand il est venu s'établir ici il y a six ans, il avait environ 3,000 dollars. [[ est 1res travailleur et 1res économe. Dans les premières années, les prix était rémunérateurs, il a dû faire de beaux bénéfices; ce qui le prouve du reste, c'est qu'il a commencé, sur les instances de sa femme, à se bâtir une maison en planches I \ii\ frame-house, pour remplacer l'ignoble log-house dans lequel ils vivent. Il commence même à s'apercevoir que cette construction le mène beaucoup plus loin qu'il ne l'aurait voulu. Il doit avoir maintenant beaucoup de peine à joindre les deux bouts. Quelque économe qu'on soit dans ce pnys, il faut dépenser beaucoup d'argent : or le seul qu'il louche lui
43 I.A BllELHË M\ niPfLES. ^H
TJeal de la tenlc de ses hœnfs et «le la fouriiiliire Je foin qu'il nous fait, et pour laquelle il lui a fallu prendre pendant trois mois un homme qu'il payait cinq francs par jour et qu'il nourrissait. Il n'a donc gagné que très peu de chose. Il me semble par conséquent impossible qu'il iiit plus de 500 ou 600 dollars à dépenser par an, et lout cela doit passer dans les poches des marchands de DulTiilo-Gap. \olez que sa position n'est ni meilleure ni pire que celle de tous les autres fermiers des environs; j'entends de ceux qui sont travailleurs et économes, et c'est la 1res petite minorité. L'agriculture, ai lucrative aux Etats-Unis, qui aiailpris jusqu'à ces années dernières un tel développement qu'elle a ruiné la nôtre, est atteinte à son tour.
Il est inlërcssani de recberclier les causes qui ont amené ce résultat. Le meilleur moyen pour y arriver, c'est de se renilre compte des conditions dans lesquelles opèrent deux fermiers, l'un Américain et l'autre Français, — par exemple, — disposant du même capilal.
Tout d'abord, il faut constater que la constitution delà propriété donne au Français une énorme avance. Il y a en France toute une école de Itraves gins qui l'intitulent écononiisles, sans doute parce qu'ils se sont toujours économisé la peine de regarder ce qui se passe an tour d'eux. Ils nous raconleni que si notre agriculture n'est pas prospère, c'est parce que nous n'avons pas de crédit agricole! Mais qu'est-ce ijue c'est donc que le fermage, sinon une opération par laquelle un capitaliste met à la disposition du cultivateur, sous forme de bâtiments, de plantations, de drainages et d'améliorations de tout genre, une somme généralement sept ou huit fois supérieure à celle que ce cultivateur met lui-même dansTaifuirc comme mobilier et
LA nBKCHS AL'\ SIFFLES. 43
fonds de roulement? Et pour tout ce capital, il ne lui demande (ju'une rémunèralion de 2 ou 3 pour 100, tout au plus.
Un cultivateur français qui entre en ferme se Irouie donc par le fait gérant d'une société en commandite. La somme qu'il niel dans l'affaire ne représente qu'une part assez faible du capital engagé, et il eu lire un revenu de 8 à 10 pour 100, tandis que son associé, le propriétaire, se contente de beaucoup moins.
Bien moins favorisé est le fermier américain. Il peut prendre toute la terre qu'il veut, cela est vrai, à peu près sans bourse délier; mais il faut qu'il commence par se bâtir une maison et des hébergeâmes; puis il lui faut des clôtures, et si, comme cela arrive le plus souvent, il se trouve à court d'argent, il en trouvera à la banque, mais jamais, du moins duns ce pays, à un taux inférieur à 2 et demi pour 100 PfïR MOIS'.
11 est donc très certain, comme je le disais tout à l'heure, qu'au début la situation du fermier français est bien meilleure que celle de l'Américain, puisque, grâce au fermage, il conserve intact tout son capital, que son concurrent est, au contraire, obligé d'écorner dans une énorme proportion. Comme agriculteur, le premier est généralement aussi très supérieur au second, parce qu'il n'a jamais fait que ce métier-là,
' Ces apératioDS ont pris àe (elles proportions, que le lerriloira da Dakola a, l'anDée dernièri^, passé uoe loi interdisant un Isui d'intérËl supérieur à 12 pour 100. Tout emprunteur qui peut prouver qu'il a payé un JnlérSl supérieur a le droll de faire établir par les tribunaux que ce qu'il a payé en plus a amorti une partie de la dette. Cette loi n'a du reste servi il rien. Les banques Tonl toutes slguer k leurs clients des billets portant une somme supérieure à celle qu'ils ont reçue n^ellifRieuI.
a LA BRECHE AUX BIPFLES.
(allais que le second en essaye presque loujours Irois 011 quatre avant de se faire fermier. Il est cerlainenient plus difficile sons le rajiport du logement el Burtoul de . la nourriture ; mais c'est son propriétaire qui paye sonj logement, et quant à sa nourriture, sa femme est telle-l meut industrieuse, qu'il dépense liabituellemeul bien * moins pour ce cliapitre que son concurrent américain, qui, à cause de- la paresse de la sienne, est obligé d'acheter très cher à peu prcs tout ce qui se mange chez loi. En somme, mettez-les tous les deux l'un à côté de l'autre, dans les mêmes conditions, le Français gagnera de l'argent, quand l'Américaio en perdra,
Malheureusement c'est le contraire qui est arrivé jusqu'à ces derniers temps. C'est que tous ces avantages étaient plus que compensés par ce fait capital que l'Américain peut prendre toute la terre qu'il veut; que, de plus, il ne supporte pas le poids du service militaire, et, enfin, qu'il ne paye pas d'impôts : mais il ne faut pas trop insister sur ce dernier point. 11 y a des économies plus apparentes que réelles : celle-là pourrait bien être du nombre, kmû Rogers, par exemple, ne paye que GO ou 80 francs d'impôt par an, el cette somme bien modeste est censée représenter ses contributions à toutes les dépenses de l'Etat; mais il s'aperçoit souvent qu'il n'en est pas quitte à si bon marcliè, Ainsi, quand le juge du district, charpentier de son état, a su qu'il allait se faire construire une maison, il lui a laissé entrevoir qu'il le verrait avec peine conllerre travail à un autre qu'à lui-même. Rogers a été très prompt à saisir le sens de celte insinuation, ayant précisément en ce moment un procès pendant devant ledit juge, qui se f^it payer cinq dollars des journées commençant à dix heures du matin, finissant
à quatre, et pendant lestjuclles il |)i'opose souvent des parties de caries à son patron , qui n'use refuser.
La muralilè de toul'ce qui précède, je lui déjà dit et je le répète, c'est que de nos jours où, <(rîlce ii la facilité des transports, les distances ne sont plus rien, quand deux nations entrent en lutte économique, si, chez la premifre, la terre et le tnivuil sont chers, tandis que, dans la seconde, le travail seul est cher et lu terre est pour rien, la seconde doit ruiner la première, parce qu'elle pourra toujours produire à meilleur marché qu'elle. C'est pour cela, et uniquement pour cela, que les importations américaines nous ont réduits à l'état où nous sommes.
Mais si une troisième nation entre dans l'orhlle des deux premières, dans laquelle terre et main-d'œuvre sont à bon marché, elle ruinera la seconde tout aussi sûrement que la seconde avait ruiné la première. C'est ce qui arrive maintenant à l'Inde, Autrefois, les grandes plaines d'alluvion de ce pajs se reposaient pendant neuf mois après avoir produit la récolte du riz qui suffisait à nourrir lunt bien que mal ses Italiilanls. Maintenant, ou leur fait produire une seconde récolte de froment qui peut se vendre iufinimeul meilleur marché que les blés américains ou européens, parce que les ouvriers qu'on emploie à ce travail s'habillent avec un mouchoir de poche et viienl en mangeant une poignée de riz. Aussi ce sont maintenant ces blés indiens qui fout les pris sur les marchés de l'Europe, et ces prix rendent nos marchés inabordables aux l>lés américains, ou du moins les blés américains qu'on continue â apporter parce qu'il faut bien les vendre quelque pari, se vendent à des prix qui ne sont plus rémunérateurs pour ceux qui les ont produits.
Les fermiers Je ce pnys commencent donc à ressentir, h leur Iniir, loiiteslcsdouCËuraile la crise qu'ils onl déchaînée chez nous. Mais, pour eux, celle crise ne sera que temporaire, lis ne doiïenl pins, il est vrai, compter sur rexporlation de leurs produits, mais la perle qui résulte pour eus de ia fermeture du marché européen sera bien vile compensée par suite de ce fait que leur marché national va tous les jours s'élargissanl grâce à l'augmenlation de la population. L'émigration du vieux monde n'a jamais été uussi considérable que cette année. Le 13 juin dernier, je crois, la douane a enregistré l'arrivée à Nea-York de onze mille émigrants dans la même journée ! Tant par l'émigration que par les naissances, la population augnienle chaque unnéc de deux millions cinq cent mille unités environ. £t ce marché-Ia, les Américains sauront bien le conserver à leurs propres agriculteurs à force de protection; car une chose que l'on ne sait pas assez, c'est que ces années dernières, alors que leurs diplomates protestaient contre les droits que nous voulions mettre sur leurs blés, il y avait un article i!e leurs lariTs douaniers qui imposait d'un droit assez fort l'introduclion des Nés étrangers chez eu\ ; droit que leurs douaniers n'avaient du reste, bien entendu, jamais l'occasion d'appliquer.
Me voilà au boni de ma monographie! Aurai-je bien mérité de la " Réforme sociale »? Je l'espère. Mais j'ai peur d'aioir donné aux lecteurs une assez mauvaise idée de nies pauvres voisins les Rogers. Le mari est bien sale, et la femme a un passé un peu suspect. Mais J'ai appris ce soir sur leur compte une histoire que je veui consigner ici, d'abord parce qu'elle démontre une fois de plus qu'il ne faut pas toujours se fier ici
H DHECilE AUX BUFFLES, 47
aux apparences ni même aux aalécédeals, ëiisuile parce (ju'elle me semble curieuse comme élude «les mœurs de ce pays.
Je me suis empressé naturellement, en arrivant, de présenter le docteur en déclinant ses litres et qualités. Dès ijuc la mère Ro<{ers a su i|u'il était médecin, elle a ouvert la poite de ta maison, et nous avons vu un berceau indien en cuir dans lequel ac balançait un petit garçon de quatre ou cinq ans, qu'elle a pris dans ses
bras,
pour
: pn
inter
I docteur. Le nialbeureux
petit bonhomme était couvert de boutons d'assez mauvaise apparence, et elle ne savait comment le soigner.
— Comment! madame Kogers, lui ai-je dit, oii avez-vous pris cet enfant? Vous ne l'aviez pas l'année dernière.
— C'est le fils d'une de mes amies, m'a-t-elle répondu. Sa mère est une Allemande, catholique comme moi. Elle n'était pas mariée et élevait cet enfant comme elle pouvait. L'année dernière, un homme qui a fait sa cotmaissance à Custer, où elle travaillait, lui a proposé de l'épouser. Seulement, quand le P. Mac Glynn, le curé de Rapid-Cily, a su que cet homme n'était pas le père de l'enfant, il a ri^fusé île les marier, à moins qu'il ne lui fût prouvé que renTant ne serait pas abandonne. La pauvre femme était au désespoir. Alors j'ai proposé d'adopter le petit. Rogers me t'a permis, et le P. Mac Glynn, quand il a su cela, a consenti à célébrer le mariage. Le pauvre petit était bien malade quand je l'ai pris : et j'ai passé bien des nuits aie soigner, mais il va déjà bien mieux!