‹ La brèche aux bufflesChapitre 7 sur 22 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Les eiploili do dnctenr C... — MoiiDlain \ioat et skunks. — Les milheurs conjiiigaai de M. Hardin;;- — Dr i'orgauisation des réceplioDs oucrrles depuis les lemp:^ les plus reculés jusiju'à nus jours. — La vie iiu raoch. — Les cow-buys. — Les aventures d'une callle-quei-n. — Bllly-Hie-Klil.

Mercredi 21. — Nos troîa docteurs semblent prendre tout à fuit goût à la vie du ranch. La tournée du propriélaire continue à se faire avec rigueur. Hier et aujourd'liui, nous sommes montés à cheval après déjeuner pour leui' montrer les dilférentes bandes de juments. Ce sont des courses de vingl-cinq ou trente kilomètres (jui font toir le pays à nos liâtes.

Aujourd'hui il s'est proiluil un incident. Nous avions parcouru la r^'gion montagneuse située a. l'est du Lame Johnny, oii se trouvent de préférence les juments dans cette saison, lorsqu'en déboncliant dans la vallée par un des ravins étroits qui la font communiijuer avec la grande Prairie, nous nous âouimes aperçus qu'elle avait été envahie par quatre ou cinq cents bœufs. C'étaient probablement des animaux proveuant de quelques ranchs du Sud, égarés dans la montagne, qui étaient redescendus chez nous par le haut du vallon et^qui mangeaient à belles dents le foin de nos juments. Deux ou trois de nos cow-hoys étaient déjà occupés à nous débarrasser de ces maraudeurs.

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Ils galopnient dans la plaine, poussant devanl eux lt;s isolés qu'ils ramcnaicnl vers le gros du troupeau arrêté sur le Qanc d'une colline.

La plupart des bœufs Élaicnt déjà réunis en une masse confuse d'oii sorlail une rumeur de lieuglements désespérés. Ils tourbillonnaient, ne saclianl encore quel parti prendre, mais sentant bien qu'il n'était plus question de brouter en paix. Ces chasses-là, les roundups, comme ou les appelle ici, ont le don de surexciter au plus haut point les chevaux de ranchs. Ils s'j comportent absolument comme des chiens de berger, s'acharnant après les animaux qui cherchent à s'échapper, allant au-devant de tous leurs détours qu'ils devinent avec une véritable intuition. C'est surtout lorsqu'il s'agii de lacer un bœuf qu'ils sont merveilleux. L'homme a besoin de ses deux mains : la droite fait tourner autour de la télé le nœud coulant; la gauche tient, prêts à se dérouler, les plets de la corde de cuir, dont l'extrémité est tournée autour du pommeau de la selle. Le chevul se charge du reste. Dés qu'il a compris de quel animal il s'agit, il couinience par le séparer de la bande (eut oui), puis su met à galoper par son Iravers, en se maintenant toujours ii bonne distance jusqu'au moment ofi il voit la corde vi.'nir s'enrouler autour des cornes ou des jambes. Alors il s'arrête brusquement, s'arc-boulunt de toutes ses forces sur ses quatre jambes pour résister au choc qui va se pioduire, choc qui le ferait rouler par terre sans rémission s'il ne prenait pas ces précautious. Si l'opération manque par la faute des cavaliers, ils leur témoignent quelquefois très clairement leur profond mépris. Un de nos voisins avait et a probablement encore un cheval nommé Old- Judye, qui était célèbre pour la franchise avec laquelle

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il exprimait ce genlimcnl. Il se prêtait loyalement à deux essais. Au second raté, il hésitait un instant, retournait la tête d'un air én]Jnemmcnliro''iquc, et pois recommençait à cul oui,' mais ni, cette fois-là, jebœuf n'était pas lacé, il parlait immédiatement à Tond de train, et il n'y avait pasde force humaine qui l'empècli&t de rentrera l't'curie, après s'être déliarrassé, si faire se pouvait, de son cavalier.

Du reste, on ne sait vraiment ce qu'il faut admirer le plus de l'adresse des chevaux ou de celle des hommes qui les montent. Ln boit co/c-boy ioue littéralement avec le taureau le plus sauvage comme un chat avec une souris. Lacer un bœuf n'est que l'enfance de l'art : si l'on manque les jambes, on a toujours la ressource d'attraper les cornes. Mais on cite des cow^boys qui abattent un liœnf lancé au galop, même sans se servir du lasso, ils lui prennent la queue, et puis, poussant rapidement leur cheval en avant, ils prolitent du monyementde pIon;;eon que font ces animaux en galopant pour lui faire exécuter une culbute complète, à la suite de laquelle il reste pendant quelques instants les quatre jambes en l'air, tellement abasourdi qu'il n'a même plus la force de se relever.

A peine nos chevaux ont-ils vu ce dont il s'agit qu'ils se mettent à bondir sur place tant ils ont bâte de prendre part à la fêle. Je monte justement Queen, une très jolie jument baie que Raymond A...arRrme pompeusement avoir dressée tout exprès pour moi. Il n'a pas poussé assez loin son éducation, car j'aime bien les chevaun très tranquilles, et celle-ci a toujours l'air d'avoir un tremblement de terre dans le corps. Pendant que je me débats avec elle, les chevaux de nos docteurs parlent, complètement emballés. Je n'étnis pas

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inquiet de G... ni ilo P...; mais j'élals moins rassuré sur le compte de M. C... IVous avions jusiemeni laé en route deux miigniii^jues serpents à sonnettes qu'il avait voulu à toute force rapporter. Il les avait pendus au ponrimeau île sa selle. Leurs lon<[S corps [[ris d'argent tachetés i!e brun vienneut fouetter la croupe de son cheval, (|ui bondit comme un cabri à travers les roches. Nous descendons l'un à cûlé de l'autre, d'une allure insensée, dans le lit du creek : nous passons comme une avalanche à traver:^ les Imissons qui le remplissent. En remonlunt sur l'nulre berge, nous nous irouvons tout à coup au milieu de trente ou quarante bœufs qui, en nous apcrceiant, détalent la queue en l'air. Nos chevaux, de plus en plus persuadés qu'il s'agit d'un rount/u/' sérieux, choisissent chacun leur animal et s'attachent h lui avec une ténacité digne d'une meilleure cause. A ce moment, je regarde le docteur : les grelots de ses serpents sonnent toujours; il est cramponné au pommeau de sa selle; mais il tient encore ses ctrîers et se comporte aussi vaillamment que possible, malgré le train.

Rassuré sur le compte de M. Ch.,., je cherche à me rendre compte de ce qu'ont pu devenir ses compagnons. P. ..galope à côté d'un cow-boy; quanta G..., son cheval semble s'être donné la lilche de ramener une génisse blanche qui iilait sournoisement hors de la bagarre. Je les vois de loin, jouant â cache-cache danslelitducree^j dont ils escaladent les berges douze ou quinze fois. Après une défense héroïque, la génisse blanche se déclare, heureusement, vaincue et revient au grand gulop vers le gros du troupeau, ramenant derrière elle le docteur G...

Au bout d'une demi-heure, tous les animaux sont

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réunis en une masse toiirtiillonnaiit sur le flanc d'une colline. Sans leur Jonner le temps de se reconnaître, les hoys les cliaryent à grands cris, el lou le celte masse s'ébranle au gnlop dans la direction du canon par le- (jucl nous sommes Doiis-mêmes venus. L'Iionnenr est saufl Pas un de nos docteurs n'est lombË ! Ils semblent même maintenant prendre toul à fail gnûl à ce genre (le sporl. P... etC... galopenlà Irasersles bœufs I avec l'assurance de vicus cow-hays; qnanl au docteur I Ch..., il est tellement enthousiasmé qu'il a pris un de i serpents par la queue et s'en sert comme d'un fouet pour pousser les bœufs devant lui. Echange-t-on des discours à l'Académie de médecine quand on y reçoit de nouveaux élus? Je n'en sais rien. Mais si celte formalité est observée, au jour, que j'espère prochain, oii le docteur Cb.. . sera reçu dans celte docte assemblée, je livre au récipiendaire cette véridique histoire à titre de docnment, et je suis sûr qu'il aura un bien beau f succès en k racontant, car enQn, combien y a-t-il à 1 Paris de médecins don ton peut dire qu'ils ont fait sauver I devant eux trois cents bœufs en les fouaîllant avec un serpent à sonnettes?

Nous avons pu otfrir à nos hùtes les plaisirs de l'équîtation : nous avons été moins heureux du c6lé de la chasse. Je ne sais pas ce qui est arrivé cette année aux couvées, mais on ne voit pour ainsi dire pas de poules de prairie. \,e&jack rabbits (lièvres] el les cation lails (lapins) sont aussi assez rares. En fait de quadrupèdes plus importants, nous n'avons rencontré qu'un daim. Pourtant les boys en voient presque tous les jours, ainsi que des moulions {mounlain sheep). Il n'y ;i plus beaucoup d'ours dans le pays. Cependant on en a tué unie printemps dernier qui pesait onze cents livres! On a

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vn aussi plusieurs vwuntain lions (panlhères). L'une d'elles a été luée l'an passé non loin d'ici, dans de liieu singulières circonstances. L*n hoij cherchait une vache égarée. Il l'aperçoit du haut d'une colline et descend vers elle au grand galop en ruisant tourner son lasso au-dessus de sa tête, comptant la lacer en arrivanl près d'elle. La vaclie avait une singulière aflitncte : elle semblait de loin comme paralysée. En arrivanl â trois on quatre pas, le hoy aperçut une énorme panthère en arrêt, (ju'il n'avait pas pu voir plus lilt parce qu'elle ètaitcachée par un rocher, et qui, de son côté, ne l'avait pas entendu, tant elle élait ahsorhée par la vue de la vaclie. Le boy ne perdit pas la tête : an lieu délacer la vache, il laça la panthère et revint triomphalement en la traînant derrière lui. Elle avait onze pieds de long. Il parait qu'il avait fait là quelque chose d'extrêmement diflicilc, et qu'il avait neuf chances contre une de manquer son coup, à cause de la conformation de la panthère, dont la tfile, toute ronde, n'offre presque pas de prise au lasso.

Puisque j'en suis b faire l'énumération du gibier de ce pays, il me faut parler du sktink. Tout le monde en a vu des échantillons empaillés dans les vitrines des fourreurs. C'est un animal un peu plus gros qu'un lièvre et nn peu plus petit qu'un renard, d'assez lourde apparence, mais dont la peau a une certaine valeur parce qu'elle imite tant bien que mal celle de la martre. C'est de ce pays-ci qu'on fait venir leurs fourrures. Ils y sont extrêmement communs. Le skunk est un animal qui a un goût ex Iraoïd inaire pour la société de l'homme. L'année dernière, quand j'étais ici, il y en avait un lïiéDage qui s'était établi sous la maison. Tous les Jours on les voyait traverser le chemin pour s'enfoncer dans

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les buissons du creek. Plusieurs Fois ils sont même enlrés dans la cuisine, ctl'on conserve le souvenir d'une de leurs visites au poulailler, visile (|ui a coûté la vie à Eoixaute-dix-ncuf poulets! Une loi de la Convonlion excusait le vol commis par une femme grusse. La mère skunk iiTiiit la même excuse, car peu de temps après elle apparut avec trois petits skunks qui gambadaient autour d'elle.

Ce n'est pas absolument par amour désintéressé pour l'espèce iju'on laisse s'établir celle douce familiarité. On accepte un mal pour en éviter un pire. La vérité est que la nature a fourni aux skunks un moyen de se îenger d'une manière terrible des mauvais procédés qu'on peut avoir pour oux. Elle leur a donné deux glandes placées judicieusement le plus loin possible de leur nez, d'où ils font sortir à volonté un jet de liquide d'une odeur dont rien n'approche. Ils se laissent approcher très facilement, mais louErs les fois qu'on les blesse ou simplement qu'on les effraye, ils s'empressent de faire usage de celle arme, cl ses ravages sont effrayants. Un homme qui a reçu le jet tombe très bien sans connaissance : un cheval en est manifestement malade ; des vêtements qui ont élè souillés ne peuvent plus être portés; il faut les brûler. Une maison dans le voisinafje de laquelle un skunk a été tué n'est littéralement plus habilable. Je me suis laissé dire qu'il y avait dans certains coins des montagnes Rocheuses des rancÀj uniquement consacrés à l'élevage du skunk. Je souhaite bien du plaisir h. leurs propriétaires; mais il faut des aptitudes spéciales et un nez organisé d'une façon toute particulière pour résister à une pareille industrie.

En défiuilive, il y a fort peu de gibier dans ce pay»ci, et il y en a de moins en moins, car je me souviens

qu'il y a (juntre ans, quand j'y suis venu pour la première fois, on en voyait bien plus que maintenanl. Aussi je me deuianile comment nos voisins les Indiens trouvent moyen de vivre de leur chasse. Je m'explique très hien les disettes dont ils souffrent de temps en temps. Les Sioux reçoîueni, jiaraît-rl, assez régulièrement les rations de bœuf que le gouvernement américain s'e.'I engagé à leur donner. Aussi se tiennebt-ils relativement tranquilles. Mais les petites tribus qui habitent plus à l'ouest, les Vules ou les Gios-l'entres, par exemple, ont à supporter de temps eu temps de véritables famines. Et cependant la vie errante et oisive, malgré toutes les misères qu'elle entraine, semble avoir pour eux un attrait qui résiste même à de longues années d'une existence civilisée, car on a vu souvent des Indiens retourner sous la lente nprés avoir passé leur enfance et leur Jeunesse dans des écoles.

On m'a conté l'autre jour, à BufTulo-Gap, une histoire qui est un exemple fr.nppant de celle persistance latente d'habitudes héréditaires. In trappeur, nommé Harding, avait épousé il y a une vingluine d'années une squaw indirnne. Cela arrive <issez souvent aux hommes qui vivent dans la Prairie, car ces unions leur assurent généralement la bienveillance de la tribu à laquelle appartient la Jeune pcr.sonne. Ils en reconnaissent même si bien les avantages, que la plupart en épousent plusieurs. La squaw en question n'était du reste pas la première venue. Elle était ce que les Américains appellent une medicine woman, — expression qu'il faut traduire non pas par femme médecin, mais par sorcière ou prêtresse, — et jouissait, à ce titre, d'une grande notoriété, dont bénéficia naturellement l'beureux njorlel dont elle couronna la flamme.

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Après quelques années d'une union que le Grand Esprit iivail bénie en faisant naître dans la Icnle quatre petils Bois-Brùlés, le ménage vint s'établir dans une ferme des Illack-Hills, située à une cinqiianluine de milles de Buffalo-Gap, à Hot-Springs. C'esl là que j'eua l'honneur d'être présenté à madame H^iriling, lorsque je lins pour la première fois dans le pays, il y a quatre ans. Quand je la vis, c'était une grande Temme assez bien tournée, portant gaillardement un costume composé d'une chemise indienne en peau de daim brodée et d'une jupe très courte en flanelle rouge, qui laissait voir des jambes recouvertes de leggings et des pieds - chaussés de mocassins. Elle avait une vérilable crinière de grands cheveux noirs qui lui couvraient le dos, une longue plnme d'aigle fixée derrière l'oreille, et était toujours accompagnée d'une superbe antilope mâle étonnamment bien apprivoisée. Au demeurant, tout à fait le physique de son emploi de sorcière qu'elle continuait à tenir avec certains proSts, car on voyait souvent arriver chez elle des bandes d'Indiens, venus de très loin pour la consulter sur des cas embarrassants. A part ce léger détail, elle jouissait de l'estime de ses peu nombreux voisins et paraissait fort attachée â son mari et k ses enfants.

L'autre jour, j'ai demandé, par hasard, ce qu'était devenu cet intéressant ménage : on m'a raconté une très singulière histoire. Il paraît qu'un beau jour, on ne s:iit pour quelle raison, M. Harding crut devoir donner à sa moitié une légère correction. Dans les ménages ordinaires américains, ce sont plutùt les femmes qui battent leurs maris; mais quand les femmes sont Indiennes, il parait qu'il Tant les battre de temps en temps, sans quoi elles estiment qu'on les néglige.

Aussi les voisins n'allaclitirtnl-iU aucune iniporlance r «elle pelîte srèiie. Quel ne fui donc pas Icuf élonnemenl, en apprenant le lendemain malin qu'un passant niatinal avait découverl AI. Harding dans le costume le plus sommaire, adaclié soigneusement par les pieds et par les mains à un arine tout prés de sa maison! Il avait raconté que, après avoir reçu sa pclile correction, sa femme l'avait fait boire un peu plus que de raison et puis l'avait mis dans l'élal ou on le voyait : ensuite, elle lui avait cassé sur le dos tous les manches à Laldi de lamaison et puis s'était éloignée, emmenant avec elle tous les chevaux, mules el liœufs de la ferme, mais laissant derrière elle ses enfants. On a appris depuis qu'elle avait clé olfrir le tout, ainsi que son cœur el sa main, à un vieux guerrier indien dont elle embellit le wigwitni en qualité de qualrième femme et qui la roue de coups, ce i|ui ne venge même pas l'infortuné Harding, car son infidèle Épouse se déclare la plus heureuse des squaws et des sorcières.

Samedi 24 septembre. — \'os docteurs nous ont quittés depuis deux jours, à Qolre très grand regret. Ils semblent, eux aussi, emporter un bon souvenir de la lie qu'ils ont menée ici, car le docteur 1'... nous a déclaré qu'il était bien décidé à revenir l'année prochaine passer deux mois ici pour se reposer, dans l'exercice de la profession de cow-boy, des fatigues qu'il va éprouver en prodiguant ses soius aux poumons arlislocralif]ues qui l'attendent à Cannes.

Ce qui a forcé ces messieurs à nous quitter si rapidement, c'est que, partis de France avec la foule des docteurs qui venaient en Amérique pour le congrès, ils veulent aller rejoindre, â Kew-Vork, la troupe austère de leurs collègues qui u ont parlicîpé, jusqu'à la

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fin, auï travaux du congrès » (slyle officiel). Gi journaux el à des lellres particulières, nous avons él tenus, jour par jour, au courant de ces Iracaux, qi sûrement faire faire de très notables proj^rËS à la scieui médicale. Après la visite aux cataractes du Niagara, en a fait une autre au tombeau de Washington. Entre temps, on s'est bien réuni quelquefois dans un théâtre de celte ville pour parler de médecine, mais des disons, soulevées d'abord à propos du choix d'un préb^sideut, n'ont pas tardé à prendre un caractère si vio~ lient, qu'on n'a pas cru devoir par trop multiplier ' ces réunions. On s'est donc empressé de clore la session en se donnant rendez-vous, pour l'année prochaine, sur un autre point du globe, à CopenI crois.

Toutefois, les Américains n'ont pas voulu lais! I partir leurs hôtes sans leur oO'rir quelques divertisse^ menis, afin, sans doute, de les reposer de ces labeurs. Il y a eu deux banquets. En Europe, ce serait peu pour un congrès; en Amérique, cela me semble beaucoup. Sauf dans une ou deu^ villes de l'Est, où les coutumes européennes se sont introduites, l'Américain invite très volontiers à boire, mais très rarement à manger. Endn, pour clore la série des fêtes, le président Gleveland a donné en leur honneur ce que l'on appelle une réception ouverte. Je voudrais dire quelques mots de ce genre de réception.

Constatons, toutd'abord, qu'il paraïtavoir été connu dés la plus haute antiquité. Un théologien m'a expliqué que beaucoup des paraboles contenues dans l'Évangile sont probablement le récit d'événements survenus réellement el constituent à ce titre des renseignements précieux sur les mœurs du temps. Cela me semble du resle^

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très vraisemblable. Noire-Seigneur, voulant instruire SCS disciples, procédait du connu à l'inconnu : il leur parlait d'un fait (|u'ils connaissaient; puis il en lirait la morale. Il esl donc îoH possible que l'hisloire de ce maitre de maison de Jérnsulem qui, ayant organisé un grand diner et voyant lous ses invités lui faire Taux lionil, s'uvisa, probablement dans un momenl île dépit, d'oii?rii' sa salle a manger à lous les vagabonds qu'on put ramasser le long des liâtes et dans les carrefunis, il est 1res possible, dis-je, que celte histoire soil vraie. Djns ce cas, ce scruit le premier e):emp1econnu d'une réception ouverte. J'ajoute que l'expérience n'a pas réussi, puisque le maître de maison en question a élë obligé de faire mettre à la porte pur ses domestiques l'un des convives dont la tenue laissait par trop à désirer- Seulement, son indignation ne s'csplique pas. Quand on recrute comme cela ses invités, on doit prévoir des incidenis de ce genre et prendre ses mesures en conséquence. A quelqu'un qui voudrait, de nos jours, tenler la même expérience, je conseillerais vivement d'enfermer son argenterie, de baptiser fortement si's vins et d'avoir des sergents de ville à portée.

J'insiste là-dessus, parce que la troisième république, qui semble avoir le désir d'acclimater chez nous les mœurs américaines, et qui a notamment inauguré l'ère des réceptions ouvertes, ne semble pas se rendre compte des précautions qui rendent ces réceptions possibles de l'autre côté de l'Océan. Jusqu'à présent, elles n'ont été tentées que par nos suaves conseillers municipaux et par M. Grévy, Aux premiers, qui opèrent avec notre argent, il est assez indifTérent que, le lendemain de chaque bal, le préposé à l'argenterie constate la disparition d'un grand nombre de petites cuillers, et qu'il faille

LA BRËCRE AUX SCFFLES. ^B

ramasser au milieu des débris de la taisselle quelques centaines d'électeurs ivres-morts. Mais je n'ai jamais compris que AI. Uilson, qui (loi! savoir l'anglais et (ionl le beau-père est responsable de la casse, ne renseigne pas ledit beau-père sur les moyens employés eu Amérique pour éviter lous ces acciilenls, alors surtout que les dépenses insensées qui en résultent peuvent avoir une influence aussi fdcbcuse sur la dot de la petite Marguerite. Il y a vraiment là une incurie qui m'afilige au point de vue de celle clière petite, en même temps qu'elle m'étonne de la part d'un financier aussi avisé.

C'est donc uniquement dans l'intérêt de celle honorable famille, cl non dans un but personnel, car je n'ai pas l'Intention de jamais mettre les pieds cliez elle, que je voudrais reproduire les renseignements que j'ai pu recueillir sur celte réception de la JUaison- Bluiiche. Il parait donc que l'autre jour, quand les médecins, suivanl la foule, se sont présentés aux portes du palais présidentiel, ils ont tout d'abord aperçu les épaules de madame Cleveland. De l'aveu générai, elle les a superbes. La première impression a donc été excellente. Ensuite ils ont délilé devant le président, qui leur a serré les mains à tous; ils étaient trois mille. Cliacun avait droit à un How do you do? individuel. (Comment vous portez-vous?) Après cette formalité, ces messieurs élaient libres de se répandre dans les salons. C'est alors qu'ils ont pu étudier l'organisation du buffel, el c'est sur ce point que j'insiste, car it me parait que c'est le nœud de la question. Le service des rafraiciiisseDients était simplement assuré par l'ouverture de trois ou quatre grandes fenêtres, puis par linstallalion, dons un coin d'une serre, d'une

' barrique défoncée pleine d'une belle enu limpide dans laquelle nageaienl de gros mcrecairx de glace. Ceui qni éprouvaient le besoin de se rafraiclilr pouvnicnl y puiser lont â leur aise, au moyen d'un gobelet retenu par une chaîne, comme cela a lieu dans les fontaines Wallace. Voilà comment il faut opérer quand on veut avoir des réceptions ouverles.

Avant leur départ de Fleur de Lis, nos docteurs ont été témoins d'uo événement qui a causé une vite émotion a Bufl'alo-Gap et fourni de ta copie à tous les journaux des lllack-Hills pendant plusieurs jours. Ln nouveau convoi de clievaux percberons, de beaucoup le plus nombreux qui soit parvenu dans ce pays lointain, est arrivé au ranch. Je me trouvais à Houlgate, il y a quelques semaines, au moment de leur départ de France, etj'élais allé au Havre pour assister à leur emliarquement sur le grand navire anglais venu tout exprès pour les clierclier, eux et cent soixante autres amenés de tous les points du Perche. J'insiste sur la nalionalilé du navire parce que je suis obli<{é de constater que les armateurs français, qui se partagent chaque année trenle ou quarante millions de subventions doumas par le gouvernement à la marine marchande, que ces armateurs, qui se plaignent loujours de manquer de frets, sont tellement mal oulillés, ou plutôt si peu entreprenanis, qu'ils refusent absolument ces cliargementS'là et qu'ils les laissent chaque année à des étrangers, qui viennent les prendre deiant eux dans nos propres ports.

Le spcclacle élail bien curieux. L'immense navire tout noir remplissait de sa masse tout un côté du bassin (le l'Eure ; sur le quai s'élevait une véritable montagne

L SBÈCHE ALX BUFFLES.

W de bottes de foin comprimé et de sacs de son, qu'une

I grue à vapeur entassait dans la tale-arriêre. A l'avant,

^^^^ OD aiait iDstallè une passerelle ètroîle et très inclinée : ^^^L c'est par là que devaient monter les chevaux, pour en ^^^H redescendre ensuite ane autre encore plus raide, avant ^^^H de ga.'jner le faux pont, où les stalles étaient disposés. ^^^H Par tous les ponts des bassins, on voyait venir de ^^^H lonfjues ftles de chevaux arrivant du clicmin de fer, la ^^^H queue et la crinière tressées de paille, exaspérés par ^^^H le voyage, liondtssant de Ions côtés, en cntrainant les ^^^B gars pendus à leurs licols. Ils venaient s'entasser sur ^^ le quai en allendanl leur lour d'embarquement. Tous les fermiers du Perche étaient là : de grands gaillards solides, la Ggure rougeaude, encadrée de petits favoris blonds, le perpignan au cnl, ou le pied de frêne pendu au poignet par sa lanière de cuir; et puis des baigneurs et des baigneuses de Frascati, attirés par l'étrangeté du spectacle, courant affolés dans tous les sens poar éviter les ruades. I

Le quai prenait l'aspect d'un champ de foire nw^ niand ; les Américains allaient de groupe eu groupe vérifiant les marques au fer rouge Imprimées snr le sabot au moment de l'achat; ils s'assuraieut d'un coup d'œil que l'animal n'avait éprouvé aucun accident pendant son voyage en chemin de fer; puis les liasses de billets bleus allaient s'enfouir dans les vieux portefeuilles de cuir soigneusement cachés sous les blouses, dans une poche intérieure du gilet, et chaque g<irs s'avançait dans un espace réservé à grand'peine, au pied de la passerelle, pour rcmellrc son cheval aux cow'boys américains chargés de l'embarquement.

Tout le monde les regardait, car leur apparence et leurs allures paraissaient bien singulières aux tran<

LA HBËCHE AOX DUFFLES. I>3

quilles Normands. Ils bousculaienl les gars, ce qui amena deiis ou trois batailles el un ècliaiige de juron» internaliouaux toul à fail iaslruclir Puis, quand ils avaient pris le cheval, ils attachaient de lonjjuesconles à son licol, et douze ou quinze d'entre eux s'y attelant liraieul en avant la malheureuse bOle pendant que d'autres la lapaient par derrière avec de gros bâtons. Les chevaux claienl littéralement affolés. La plupart finissaient par prendre le fialop et escaladaient la passerelle. Mais d'autres mordaient et se cabraient avec fureur, el puis finissaient par se courber, et 11 fallail les traîner. Comment les deux tiers n'eurent-ils pas les jambes cassées? Voilà ce que je n'ai jamais pu comprendre, étant donnée la nalure plus que sommaire des installations que la bonne ville du Havre met à la disposition des armateurs. Les bons Havrais, comme les Parisiens, tiennent avant tout à s'offrir le luxe d'un conseil municipal qui soit dans le mouvement et ^ui s'occupe des grandes questions vraiment dignes d'hommes Doliliques aussi distingués : comme la laïcisation des hôpitaui. On s'occupera plus tard des alTaires de la ville. Seulement, les éleveurs percherons sont déjà obligés d'embarquer leurs cbevaux sur des navires anglais, parce que les armateurs français ne veulent pas les prendre; ils les font assurer par des compagnies anglaises, parce que les compagnies françaises ne veulent pas accepter ces sortes de risques; ils Uniront peut-être, si l'on n'y prend pas garde, par être obligés -de les expéilier J'Anvcra ou de Londres : j'en connais qui le font déjà.

Les premiers jours de septembre ont été remarquablement mauvais sur l'Atlanliquc. Un ouragan descendu du nord a causé des désastres sur les cùles des

et LA DBËCHË AUX Bt;FFLRS. ^H

Ëtuts-L'tiij. Les malheureux pécheurs de morue du grand banc tle Terre-X^euve onl été loul parliculièrenient éprouvés. Comme dans les «jros temps les cbevaui soulTi-enl beaucoup, les iaiportateuis américains, déjà forl éprouvés l'année dernière , s'attendaient k de nouvcauï accidents. Aussi farcnl-ils agréablement surpris, en apprenant, quaml le uaiire arriva au bout de seize jours de traversée, (jue pas un des cent quatrevingts chevaux qui étaient à bord n'avait eu d'accident. Le chemin de Fer les éprouva davantage. Il faut quatre ou cinq jours pour aller de New-Vork à Chicago, et malgré l'admirable aménagement des superbes wagons affectés à ce service, on perd chaque année plus de chevaux pendant ce trajet que pendant la traversée.

Ceux qui étaient destinés à Fleur de Lis Ranch n'étaient qu'à moitié chemin en arrivant à Chicago. II fallut donc leur laisser plusieurs jours de repos. Ils sont arrivés hier malin à Buffalo-Gap. Raymond était allé les y attendre la veille, accompagné de deux ou trois cow-hoys. Ils ont pris possession depuis hier au soir des boxs qui les attendaient.

Le départ de nos hôtes a fait reprendre au ranch son train accoutumé. De grand matin, deux com-boys montent à cheval et s'éloignent au galop dans la direction de la Prairie. Ce sont les herders qui chaque jour doivent compter les cinq ou sis cents juments et yearlings (lu troupeau. On ne compleque très rarement les poulains, parce qu'on admet qu'ils suivent la mère. D'ordinaire les herders sont de retour vers trois ou quatre heures de l'après-midi, ayant Tait généralement une soixantaine de kilomètres. Les chevaux laissés en liberté prennent tout à fait les allures des bardes de cerfs de nos forêts. Ils ont drs habitudes très régulières.

wîm et soir, toutes les bandes vont boire à âes abreuvoirs qu'elles cboisissiïiil; ce sont les moments où il est le plus facile de les compter. Le jour, elles se tiennent sur le sommet des collines. Pendant la nuit, et lorsqu'il fait ln>s mauvais temps, on les trouve toujotirs dans le fonJ des vallées élioiles. AulreTois, sur la plupart des ranchs, quand on élevait seulement des chevaux du pays, on laissait les étalons constamment en liberté. Cela rendait le service des herders infiniment plus facile, car chaque étalon se constituait un sérail de soixante ou de soisante-dis juments qui, avec leurs yearlings et leurs poulains, formaient un troupeau de cent cinquante lêlcs environ dont il était le chien de berger : et il savait si bien ramener au bercail à coups de pied et à coups de dents les récalcitrantes, que jamais il n'en manquait une seule.

Malheureusement ces beaux Jours sont passés. On n'ose plus abandonner sur la Prairie des étalons valant une vingtaine de mille francs. D'ailleurs, en redevenant sauva<|es, ces animaux deviennent absolument féroces; ils finissent même par attaquer les passants, el il y a eu tant d'accidents que, dans le Dakola notamment, il est défendu de les laisser en liberté. Pendant trois mois seulement, au printemps, on les lâche dans le troupeau, mais en ayant soin de les faire constamment surveiller À dislance par un homme à cheval tout prêt à les reprendre au lasso si le besoin s'en fait sentir. La nécessité de celle surveillance a augmenté dans des proportions énormes les dépenses des ranchs, car il a fallu doubler ou même tripler le personnel des cow-boys : du reste, il faut ajoulL'r que ce surcroît de dépense est plus que compensé par l'augmentation de la valeur des produits. Avec l'ancien système, on pro-

duisaît (les cbevaux qui à trois ou qualre ans valuient 80 dollars in moyeDne; landis que les demi-sang percherons vuleiil le double nu moins.

Je disais tout à l'heure qu'atec l'ancien système c'étaient les élaluns qui se cl;rir<|eaient eux-mêmes ùe tenir leur bande de jumeuts, leur bunckj comme on dit ici, au complet. Maintenant ce sont les herders qui sont obligés de ramener les juments quand elles cheicbeut à s'éloigner, et il y eu a qui sont d'une humeur tellement errante qu'elles compliquent sinj{ulièremeiit ce travail. Raymond me montiait hier son journal, où sont relatés les bauts faits de quelques-unes d'entre elles. C'est surtout au [irintemps que ces tendances se manifestent. Au mois de mai dernier, on a crevé six chevaux de selle en poursuivant des juments qui, tout à coup, — prises sans doule i!u mal du pays, — repartaient dans la direction du ranch d'oii elles étaient tenues l'anqée dernii're, et qu'on ne parvenait à rattraper que lorsqu'elles avaieut déjà fait deux ou trois cents kilomètres. L'histoire de l'une d'entre elles, Palumina, mérite d'être notée. Ramenée le 14 mai d'une dislance de quarante kilomètres, elle poulinait au ranc/t le 15, reparlait dans la nuit du 16, était retrouvée le 17 k quarante-cinq kilomètres et ramenée le 18. Son poulain avait i!onc fait quatre-vingtdix kilomètres dans les deux jours qui ont suivi sa naissance, et il se porte a merveille I

Je donne tous ces détails pour faire comprendre combien est dur le métier que font les herders. Ils ont chacun sis chevaux au moins réservés uniquement pour leur service. Si tout va bien, si aucun animal n'est signalé absent, ils sont de retour, comme je le disais plus haut, vers trois ou qualre heures. Alais

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si une seule jument s'esl t-carlée, il l'aiil d'abord relever sa piste et loir i!ans (|uelle direction elle se dirige; ensuite revenir rendre compte au foreman; puis le Acrtfer prend deux chevaux frais : l'un porte une couverture, une hache et quelques vivres; il monte sur l'autre et il part à la reclierche de la fugitive. Au mois de mars dernier, deux de nos hommes ont passé treize jours sans entrer dans une maison, couchant par terre, enveloppés dans une simple couverture, par des froids de dis ou douze degrés.

Je dois dire que depuis que je vois de plus près les cowboysj j'ai sunsiblenient modifié ma manière de voir à leur égard. l,i!s cow-boys resseniblenl on somme beaucoup uux matelots. Ils ont leurs qualités el leurs défauts. On n'éprouve pas une hien grande sympathie pour an <[abier breton quand on le voit, à terre, trébuchant de cabaret en cabaret, dans les rues de Recouvrance, mais on l'apprécie à sa juste valeur quand on vit avec lui à bord. 11 ne faut pas davantage juger un cow-boy quand on ne l'a rencouiré que dans les villes de la frontière où il vient dépenser en quelques heures l'argent qu'il gagne si durement.

Je ne voudrais cependant pas laisser croire que les rapports qu'on a avec lui , quand il est dans l'exercice de ses fondions, sont bien agréables. J'entends toujours les fermiers français se plaindre de la difficulté qu'ils ont à conduire leur personnel. Ces difficultés-là sont bien peu de chose auprès de celles qu'on éprouve dana ce pays-ci. Les unes comme les autres tiennent à des causes générales et ont la tnéme origine. Partout le principe de l'égalité des hommes, et comme conséqnenceceluideleur iudépendance absolue, estafSrmé avec une énergie chaque jour plus grande. C'étaient

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aiilrefcis îles aiislocralies qui gouveinaienl les peuples. Les majorités étaient plus ou moins soumises aux minorités. Le principe essentiel de ces gouverne ni ents était donc la discipline. De nos jours, c'est la démocratie qui règne. Dans la pratique, cela veut dire le gounernetiient des majorités, (jui par parenthèse font même souvent sentir assez durement leur pouvoir aux minorités. Mais eu théorie, cette forme de gouvernement tend à aETranchir autant que possible les individus et à ne leur laisser de l'esprit de discipline que ce qui est strictenient nécessaire pour que la société puisse subsister. Or, précisément au moment où cette évoluliou se fait dans les esprits, une évolution dans un sens diamétralement opposé a lieu danal industrie.

Autrefois, du temps des petits alclieis el des petits m.'igasins, le besoin de la discipline s ^ faisait a peine sentir. Ouvriers et employés riaient bien plutôt les camarades que les luférieurs de leurs pdtrons De nos jours, dans une usine comme le Cieuzol, qui emploie dix mille ouvriers, ou dans un magasin comme le Bon Marché, oii il y a, je crois, Irois mille employés, il faut de toute nécessité que ces ouvriers et ces employés soient astreints à une discipline aussi sévère que celle des soldats dans un régiment, ou des malelols sur un navire. Le succès ne peut s'acheter qu'à ce prix.

Ainsi, plus les mœurs tendent vers l'égalilé, el plus les nécessités de la lutte pour la vie condamnent la plupart des hommes à passer toute leur existence sous e joug d'une discipline implacable. Il n'est pas facile de concilier des tendances aussi contradictoires. Pour y arriver dans la mesure du possible, on a imaginé de créer dans la vie une sorte de dualité. Autrefois, un ouvrier se considérait comme l'homme de son patron,

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aussi bien en dehors «ju'aii dedans do l'usine. Il attendait de. lui des services en dehors de ceux prévus par la loi de l'olfre et de la demande. Mais, en échange, il consentaiL de lionne grâce à se laisser diriger pur lui. L'un devait apporter respect et JéïOUBmenl; l'autre, bienveillance, justice et proleclion. C'est cet eDsemble de relations qu'on désigne sous le nom de patronal. Quand des deux ci^tès on en comprend bien les obligations, il est très certain qu'on ne pf^ut guère imaginer un état social plus fertile eu bous résultats.

En cherchant bien, on trouve encore de loin en loin quelques traciis du patronat. Malheureusement ou ne les trouve plus guère qu'à l'élat d'esceplion. Est-il possible de faire que l'exception devienne la règle? Quelques bons esprits le croient ; j'awoue que je n'ose partager leurs généreuses convictions. Le patronat ne peut s'ëiablir que gi-âce h une continuité de relations entre patrons et ouvriers qui me semble incompatible avec les nécessités de l'industrie moderne. Voilà pour le cdté matériel de la question. Au point de vue moral, il est odieux à l'ouvrier, parce qu'il a tout l'air d'être, s'il n'est pas au fond, la négation même de ces principes é;]alitaires qui lui sont si chers.

L'ouvrier de nos jours cherche donc toujours à faire deus parts de sa vie. II loue pendant un certain nombre d'heures son intelligence et .'tes forces, mais il entend que ses relations avec sou patron en restent là. Ce système est très simple eu théorie; c'est celui qui présidait à l'organisation de la défunte garde nationale. Le capitaine et le soldat revenaient de la manœuvre bras dessus, bras dessous, à moins, ce qui s'est vu, que le capitaine ne fût le valet de chambre du soldat : cette combinaison n'a pas donné de très bons résultats au

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