L.\ BltRCHE AUX BIF
point de vue milibiire. Dans la vie civile, son application soulève souveul aussi d'assez graves (lifllcultés. Le palroti s'irrite ile sentir qu'il est en présence d'une volonté i|ui ne se livre qu'à demi. L'ou\ rier, craignant toujours quelque empiétement, devient facilement hargneux et insolent, de sorte que, faute de pouvoir définir bien exactement le point où commencent et finissent les droits de chacun, on en arrive tout naturellement à celte guerre de classes qui est la plaie et le (langer de notre époque.
Aux États-Unis, il n'f a pas, en théorie, et il n'y a jamais eu déclasses, ou, pour parler plus exactement, le passage de l'une à l'autre est très fréquent et se fait avec une facilité inconnue dans les anciennes sociétés encore tout imprégnées de vieilles traditions. On serait donc tenté de croire que c'est lîans ce pays que celte guerre a le moins de chances i!e se propager, et que les rapports entre patrons et ouvriers auraient dû s'Élahlir le plus facilement sur ces bases de la dualité de la vie. Cela a été vrai pendant assez longtemps. Mais, du moins dans les États manufacturiers de l'Est, c'est le contraire qui est maintenant la vérité, ^'ulle part au monde les esprits ne sont aussi aigris. Nulle part la lutte entre le capital et le travail, ces deux géants des temps modernes, n'est engagée avec plus de fureur. En Europe, il y a encore entre eux les débris d'une foule d'anciennes institutions qui servent de tampon. Ces institutions sont plus ou moins en ruine, mais ces ruines détournent les coups des adversaires. Ainsi, tl est bien certain que le mouvement social qui se fait en France est dirigé contre le capital; et cependant les chalarlans politiques qui nous gouiernenl, devenus capitalistes, ont trouvé moyen de le dévier, jusqu'à
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one époque toute récente, en lant'anl contre le clergé, qui n'en pouvait mars, les masses qui leur avaient servi de marchepietl pour arriver au pouvoir.
En Amérique, ces tampons n'eiislcnf pas. Il n'yarien entre le capital et I« travail. Les adversaires sont en présence, ils se jettent l'un sur l'autre et se battent à coups (le gnVves et de coalitions avec un acharnement et une absence de tous scrupules que nous ne connais- BODs heureusement pas encore chez nous.
Cependant, dans l'Ouest, la situation est toute dilTérenle. Le capital et le travail sont représentés uniquement par les ranchmen et leurs cow-boys. Ils vivent jusqu'à présent dans l'accord le plus parfait : mais cet accord n'est basé que sur celte dualité de vie dont je parlais tout à l'heure, poussée jusqu'à ses dernières conséquences, et dont chaque partie accepte les charges comme les bénéfices. En France, un ouvrier sait bien qu'il est politiquement l'égal de son patron. Cependant, grâce aux instincts de politesse encore si puissants chez nous, il ne lui refusera guère quelques marques extérieures de respect, même en dehors du service, comme de le saluerou del'appeler «monsieur" , s'il lui parle.
Ici, les relations sont biisées sur le pied de l'égalité la plus absolue. Un cow-hoy qui rencontre son ranchman en ville lui offrira toujours un cigare ou un verre de bière et le présentera à un autre cow-boy avec lequel il se promène. II l'appelle toujours par son nom, sans jamais le précéder du mot mister, cependant si banal. Jamais il ne consentirait à lui rendre le plus petit serïice personnel, comme di^ lui seller son cheval, par exemple. Il y a dans les environs un grand ranch appartenant à une compagnie anglaise el dirigé par de» Anglais, Ces messieurs ne peuvent plus trouver un
LA GRECIIE MX Dl FFLES. ^M
cow-boy depuis une scène lerrîlile, q»i a failli se terminer par (les roups de révolter, soirenue pnrce que l'un des ybremen avail ordonné à un cow-ioy de nettoyer son fusil.
Je dois dire cependant qu'à Fleur de Lis, no<< hommes sonl particnlièremenl aimables pour moi. Danslespremiers temps, ils m'appelaient tous <> barons tout court, comme ils s'appellenl entre eux u colonel « ou i^ cai>i(aine « . Depuis quelque temps, je remarque qu'ils emploient rn me parlant une formule qu'ils n'ont évidemment adopléc que parce qu'ils la jujjent plus respectueuse. Ils m'appellent " misler baron s. jamais, non plus, ils ne me laissent seller un cheval; mais je suis très certain que si je leur demandais ee service, ils me le refuseraient net. Quand j'ai envie de sortir à cheval, je proGle d'un moment où l'un des cow-hoys est à bayer ans corneilles dans la cour pour me diriger ostensiblement tiers la sellerie. Invarinblej ment je l'entends me crier ;
¥ou want lo go ont, misler baron? IVail a bit. l'il give you a dandy liorse 1
<i Vous avez envie de sortir, monsieur ? .Altcndez un peu; je vais vous donner un cheval dont vous me direz des nouvelles! «
El ils me sellent toujours leur meilleur cheval, car chacun d'eux eu a cinq ou six qu'il ne laisse monter à personne.
Toute ma diplomatie ne m'évite cependant pas quelques incidents désagréables. Un jour de l'année dernière, je vois deux hommes rentrer. Ils avaient passé dehors toute la nuit, etrlfuisail un temps aflrcux. J'étais il déjeuner. Pensant qu'ils devaient mourir de faim, cl qu'il faudrait quelque temps pour leur préparer leur
hi
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repas, je leur envoie un poulelilonl je venais de prendre l'aile. Ils le jettent inimédiatemeni par lu fonëlrc et TFODt se plaindre au7ôre«(fln, illsantque je les ai traités comme des chiens en leur envoyant mes restes. On a eu quelque peine k arranger l'alTaire.
EtanI donnés, d'une part, des gaillards aussi pointilleux, de l'autre, les mœurs violentes du pays, tout se. passe cependant moins mal qu'on ne pourrait le craindre. Ces hommes tiennent à l>ien établir qu'ils sont les égaux de ceux qui les emploient; mais, vraiment, il faut convenir que la plupart se montrent de tous points dignes de cette égalité par la conscience i|u'ils apportent à l'accomplissement de leur service. Un kerder qui rentre de compter son troupeau au milieu d'une tempête de neige pourrait très bien aller f.e reposer au coin du poêle. Il n'aurait qu'à dire qu'il avii tous ses animaux. Il est extrêmement rare qu'ils cèdent à la tentalicm de mentir. Presque toujours, ils sellent un cbeval frais, sans mot dire, et partent, quelquefois pour bien des jours, sans savoir oii ils coucheront ni où ils mangeront.
il y a des gens qui s'exaspèrent à l'idée que les Français du dixième siècle aient pu s'accommoder de la féodalité, et d'autres qui soutiendraient volontiers que ceux du dix-neuvième se trouveraient très bien de ce régime. Ce qu'il y a de bien singulier, et ce qui prouve une fois de plus combien les institutions d'un pays et les instincts les plus vivaces de ses habitants sont toujours dominés par sa situation économique, c'est que la législation ultra-démocratique des États-Unis n'a pas empêché ce pays-ci d'en arriver à une organisation qui est une véritable féodalité.
11 n'y a qu'a ouvrir les journaux pour s'en convaincre.
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Hier eucore, un cow-boy de passage nous a raconté, comme la chose la plus simple du monde, un i'cénement qui vient de se produire dans les environs et que je veux cependant mentionner, parce qu'il me semble j tout à fait carucléristique. 1
\'ousavouspour voisin, dans le Sud, un jjrandranrA.le B. 0. B. On désigne toujours \esranchs par la marque [brand] de leurs hestiaus. Encore plus loin, il y en a un autre dont le prnpriéluire a. rendu sa belle âme à Dieu, il y a quelques années, dans un accès de de-^^ tirium tremens. Sa veuve inconsoluble continue son^ commerce. Le fait n'est pas 1res rare. Elle est fort riche, j^ car elle a trente-cinq ou quarante mille bœufs. Aussil n'esl-elle connue dans le pays que sous le nom de a tbeg caille queen n — la reine des bœufs.
MmeX..., ladite veuve, est du reste, dit-on, unel gaillarde qui a hérité de tous les goûts de son pauvre! défunt. II y a quelques jours, sentant sa solitude la|^ peser, elle fit à cheval les trente ou quarante millei qui séparent les deux ranc/tâ' pour venir faire unepetitfl visite à son voisin du B, 0. B. Celui-ci l'accueillit î merveille, cela va sans dire. Onbut de nombreux verrel de whisky ; et le suir, très tard, quand la dame voul
n loi ôlai, que son hâte j]
jugea ■)-boysA
repartir, elle était dans i prudent de la faire escorter par un de ses c Que se passa-l-il dans la Prairie? Le cow-boy afiirc - que le voyage s'était passé sans incidents ; mais sa coar-l pagne était d'un avis tout diiférent. Qui avait raisonfv je n'en sais rien. Toujours est-il que, le lendemain, àJ peine remise de ses fatigues, la dame alla tout droit J chez le juge du comlé, à C... City, et déposa entre les J mains de ce magistrat une plainte en règle oii elle énu-. mérait, dans les plus grands délails et depuis le pre- ]
REÇUE Al;X I
mîer jusqu'au dernier, les outrii({os qu'elle numit en à subir au cours de ce mémorable voya<je.
Le personnage insesti des fondions de juge de la ville de C... Cily exerce eu même temps celles d'épicier. C'est assez l'habitude de ce pays-ci. Comme juge, il atail été élu malgré l'opposition du B. 0. B. ; comme épicier, il avait perdu la clientèle du ranch, précisément à la suite de cette élection. Les méchantes langues insistent beaucoup sur celte circonstance. Toujours est-il qu'il accueillit immédiatement la plainte et lança lo sberiff à la poursuite de l'inculpé. Du reste, en ces matières, les lois américaines ne plaisantent pas. Dans l'espèce, il s'agissait peut-être de pendaison, ou tout au moins d'un séjour très prolon;jé dans le pénitencier de Sioux Cily.
M. C..., le rancliman, élatt alisent quand le sherilT arriva chez lui. Le cow-boy proleslait énergiquement de son innocence, et afBrmait que dans toute cette affaire il aiait joué le rôle du célèbre intendant de l'infortuné Pulipbar : et ce qui donnait quelque vraisemblance à ses afGrmalions, c'est qu'il consentit à suivre le sheriir et alla se constituer prisonnier h. C... Cily.
Mais quand M. C... revint, deux jours après, etqu'on lui raconta ce qui s'était passé, il entra dans unccolére épouvantable et jura que les choses n'en resteraient pas là. Il réunit une vingtaine de ses hommes bien armés, leur fit une libérale distribution de whisky, et, se mettant à leur léte, il arriva comme un ouragan dans la ville, marcha droit sur la prison et lit immédiatement délivrer le prisonnier; puis on se rendit chez le juge, qu'on trouva caché, plus mort que vif, au milieu de ses bocaux, cl qui, le revolver sous la gorge, s'empressa de signer une ordonnance de non-
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lieu. Ensuite, après une slalion prolonjjoc dans les cabarets de la liilc, toute la troupe reprit paisiblement le cbemiu du ranch, tiod sans avoir cliaritablenient informé les citoyens terrifiés de C... City ijue, s'ils ne surveillaient pas mieux les agissements de leur juge, les choses se passeraient moins tranquillement à la. première incartade qu'il se permettrait.
Comme je le disais en commençant, c'est un des acteurs qui m'a raconté hier cette histoire, qu'il avait l'air de trouver toute naturelle. Tous nos cow-boys l'ont écoutée comme moi et oui semblé y prendre un plaisir extrême. Les hauts barons du moyen Age, dont parle Froissart, n'agissaient pas autrement.
Je raconte cette anecdote parce qu'elle sienl de se passer presque sous mes yeuï. En voici une autre qui remonte à quelques années et que j'extrais d'un livre qui a beaucoup de succès en ce moment aux Etats-Unis. Il est intitulé : A Texas cow-hoy. L'auteur, Char. A. Siringo, raconte les aventures de sa vie, et tout le monde me dit que ses récits sont scrupuleusement vrais.
11 parait que, en 1881 ou 1882, les ranchmen du
qui
Panhandie, une immense prairie du Sud-Est touche au chemin de fer de l'Union-Pacific, s'étaient aperçus qu'on leur volait depuis quelque temps beaucoup de bestiaux. Leur association employa quelques agents à faire une enquête, el l'on découvrit que le voleur n'était autre qu'un certain Billy-the-Kid [Billy la Chèvre), un ancien cow-hoy devenu cliel' de bande après de nombreux dilTérends avec la justice, démêlés dans lesquels, du reste, il n'avait pas toujours eu tous les torts'. Ce Billy-lhe-Kid enlevait, dansIcPanliandle,
■ Oilljf-llie-Kid éUil employé comme cow-hoij dans un rancb qui apparleiiail à ud jeune Angluis iiuc)uol il élail for! albché. Gel
LA BIIECHE Alix BLiKFLES- 11
lies troupeaux entiers ile bœufs, sept ou huit cents à la fois : il les conitnisuit dans l'Etat du New-Meiico, ou un vieux ranckman peu délicat nommé Pat Cogliliti les lui achetait.
Dans un pays ordinaire, la première pensée d'un propriétaire qui s'aperçoit qu'on le vole, c'est d'aller se plaindre aux autorités, car c'est à elles seules qu'il appartient, sinon de rechercbcr, du moins d'arrêter les coupables. C'est même la négation des principes les plus élémentaires du droit moderne ijue d'autoriser les intéressés à procéder eux-mêmes à des arrestations, à part le cas de flagrant délit.
Cette idée-là ne vint cependant pas aux éleveurs du Panhandle. ils résolurent de se faire justice euxmêmes. Leur association vola des fonds, et chaque ranch fut tenu de fournir un certain nomhre d'hommes bien armés. Le lieu de rassemblement fut iïxé à Tascasa. Lisez l'histoire de M. de Durante, et vous verrez que c'est ainsi qu'on procédait chez nous, il y a quatre ou cinq cents ans, quand les ducs de Bourgogne voulaient faire la guerre au.x flamands. Dans les romans de Walter Scott, il est aussi à chaque instant question d'arrangements de ce genre pris par les barons des fiasses-Terres pour se défendre contre les déprédations des clans écossais.
Notez que, d'après le récit de Charles Siringo qui faisait partie de l'expéditiou, on mit plusieurs jours à atteindre le ranch Coghlin. On traversa plusieurs villes.
AnglaU fui ussïssiaë par un AméricaiB, qui, nalurelkineat. Tut ■oquillii pur le Jury. Bllly se mit alors it la lôle de; autres eowboyi du rancli, pénéini ànm lu ville où liabitait l'asjiiBSiiD de son mallrc, et 1e ppadjl devant le courl-hause, en coinpagaie de quelques-uns <tes membres do jury.
, .iLX BLPPi.es.
Parconsèquenl tout le momie diins le pays savait ce dont il s'agîssail. Chacune de ces villes possédaitassiir^nienl une organisatiou judiciaire. Nulle part il n'est dit que les autorilésse soient taquiélées de ce qui se passait.
Du reste, celle espédilion altoutil d'une manière assez singulière. Quunil ou artiva lians les environs du ranck de Pal Coghlin, on apprit que Billy-tiie-Kid s'élait séparé de son associé et qu'il s'élnil retiré avec sa liande dans une localité assez éloignée. A l'instar de Jocoude, cet honorable personnage avait beaucoup parcouru le monde, et comme ce n'était pas piécisément par des acies de vertu qu'il avait signalé son passage, il était arrivé que tant de comtés, d'Iitals et de corporations avaicnl promis des récompenses Lonnètes à qui l'aménerail mort ou vif, que sa capture promettait d'être une excellente sIFaire. Aussi, malgré les instructions formelles qui lui prescrivaient de recliercber d'abord des bœufs volés, Sluart, le commandant de l'eipcdition, n'hésila pas à se lancer à sa poursuite. Billy fui arrêté. Mais Stuarl, ayant gardé ensuite pour lui tout seul l'argent qu'il touctta, fut obligé de se sauver pour n'èlre pas pendu par ses bommes, qui se débandèrent anssildt.
Du temps des grandes compagnies, beaucoup d'expèdilions devaient lourner de la sorte. Lu suike de l'histoire n'inlérosse plus ma tlièse, mais elle est si jolie, que je ne résiste pas à l'envie de la reproduire.
Après avoir été arrêté malgré une défense héroïque, Billy avait été livré aux autorités du comté de Lincoln ; or cette ville s'élait bien oQert le luxe d'un palais de justice [court-kouse), mais elle n'avait pas de prison. Le sheriiï, Pat Garreit, était donc obligé de garder ses prisonniers dans son bureau, silué au premier étagsj
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àa court-house. Il en avait si\. Billy il'aborfl, auquel, à cause de sa répulalion, on avait jugé prudent de meltrc des fers aux jjieds et aux mains. Les cinq autres se Iroitvaienl dans une silualion {larliculiËre. Ils étaient impliqués dans une affaire de meurire qui avait tellement émoltonné la population, que les habitants de Lincoln avaient, à pluBÎcurs reprises, manirosté l'intention de les lyncher. Ils avalent eu alors l'idée assez ori<jinaie de se constituer prisonniers, pensant être ainsi plus en surets et comptant probablement déguerpir avant le Jugement, quand leurs méfaits seraient un peu oubliés. Seulement Pat Ganett, qui se rendait très bien compte de la situation, craignait qu'une belle nuit un comité de vigilance ne vint lui enlever ses pensionnaires pour les pendre â l'arbre le pins voisin, et comme c'étaient eus, en défmilivc, qui avaient le plus à redouter cette éventualité, il avait eu l'idée fort ingénieuse de leur laisser leurs revolvers pour qu'ils pussent se défendre, le cas échéant. Comme, de plus, c'était un homme sage, n'aimant pas les frais inutiles, il les conduisait lui-même prendre leurs repas dans un bàtel du voisinage, de sorte que, deux fois par jour, les bons habitants de Lincoln jouissaient du spectacle assez insolite qui leur était ùlFert par un geôlier, se promenant dans les rues, escorté de cinq prisonniers armés jusqu'aux dents. Il va sans dire que le pauvre lîilly était moins favorisé : on lui apportait à manger.
Le 28 avril. Pat fut obligé de s'absenter. Avant de partir, il retint les services de deux amis, Robert Ollinger et William Bonny, et leur confia ses pensionnaires, en leur recommandant naturellement la plus grande vijiilance.
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Toul alla bien d'abord. OUinger chargea avec ostentalion un fusil à deux coups dont il était armé. Il lît même remarquer h Billy qu'il mellait dix-liuil chesrolinea daos chaque canon : puis il appuya le fusil contre le mur, et comme l'heure du déjeuner était arrivée, il se mit à la lâle des cinq prisonniers qui allaient à l'hàtel, ^^ laissant le sixième sous la surveillance de Bonny, quir^B pour passer le temps, s'était plongé dans la leclurs'^l d'un journal.
Cette lecture fut désagréablement interrompue par un énorme coup sur la lète qu'il reçut tout à coup de Bitly, qui avait trouvé moyen de faire passer une de SCS mains à travers la manille de ses menottes. En le voyant debout devant lui, le malheureux Bonny fut pris d'une telle peur, qu'il se précipita du côté de la porte pour se sauver. Mais Billy lui avait déjà arracbé son propre revolver de sa ceinture et le tua raide d'une balle dans le dos. Ceci fait, il prit au râtelier toutes les armes qui y étaient, y compris le fameux fusil à deux coups, et ouvrant la fenêtre, il attendit les événements.
Le coup de revolver avait été entendu à l'bôtel. Ollinger accourait.
— Hello! Bol)! cria Billy, du haut du balcon. OUinger leva la tète et reconnut sou prisonnier.
— Voilà votre fusil! Bob! Le reconnaissez-vous? Vous le voyez, quand on charge un fusil, on ne sait jamais pour qui l'on Iravaille.
La vérité de ce principe fut aussilùt démontrée, car on entendit uoe double détonation, el OUinger roula sur le sol, les reins brisés.
11 y avait là à ce moment une foule de citoyens. M. Charles Siringo dit même k leur sujet un mot que je trouve superbe : Nearhj allofickom sympathised
wUh the kid fhougk theij did not approve ofhis lawbreaking. Ils éprouvaient pour lui une réelle sympathie, loul en trouvant cependaul sa conduite illégale! !!
IDn tout cas, leur sympathie était active et leur blâme tout à fait platonique, car Billy, toujours sur son balcon, ayant demandé une lime, l'un des assistants alla immédiatemeut lui en chercher une chez un maréchal ; puis il pria une autre personne de lui amener le cheval du secrétaire du comté, dont on lui avait dit ([rand bien. Il arriva que cet animal, un peu om braj^eux , échappa h celui qui le conduisait et retourna h son écurie : quelqu'un alla l'y rechercher. Pendant ce tempslà, Billy s'était débarrassé de ses fers; il descendit sur la place, après avoir choisi parmi les armes du sheritT deui revolvers et un winchester, enfourcha le cheval, salua gracieusement l'honorable assistance ; puis il leva son chapeau en l'air, cria : « Vive BilIy-lhe-Kid! n et disparut au <jaIop. Quelques mois après, il était tué d'un coup de revolver. Il n'avait que vingt et un ans!
L'histoire de UilIy-thc-Kid m'a détourné de mon sujet. En la racontant, je voulais donner une idée de l'état social de ce pays. Comme on le voit, pour en trouver un qui lui soit comparable chez nous, il faut remonter aux temps de la féodalité. Les ranchmen avec leurs cow-boys ont joué, dans In conquête de la Prairie sur les Indiens, le rôle des barons normands lors de l'invasion de l'Angleterre. Cet état social n'aura du reste qu'une très courte durée, el ce qu'il y a de singulier, c'est que les causes qui le renverseront sont précisément celles qui ont amené la chute de la féodalité.
Ce sont les communes et les paysans qui ont détruit la puissance des seigneurs féodaux. De même les
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LA 8HECIIE \l\ BUFFLES.
ranchmen Koccombent ilevant la coulilion des émigranla-fermiers et des haliilnnls fies villes. Les premi veulent leur preniire la terre, ou du moios élèvent clôtures qui coupenl le parcours et prïveot les animaax deleurs meilleurs pâturages.Lescou>-£oys, qui exècrent les grangers, comme ils les appellent déilaigneusemcnt, renversent les clôtures, détruisent les récoltes chassent les bestiaux des premiers. Mais il arrive tou' jours à la lîn qu'ils sont repousses par la marée montante de l'émiijralion.
Avec les villes, la lutte prend une autre forme. C'estj dans les villes que résident toutes les aulorilés : ellet cherchent toujours à augmenter les dépenses, parce (jue c'est chez elles que se ilépense tout t'argeiil dont ta plus grande partie est fournie par les ranchmen, car tous les impùtssont frappés sur le capital, elles ranch-\ men sont te.<i seuls capitalistes du pojs. Ceux-ci se défendent en faisant nommer leurs créulures aux fonctioQi^ du comté. J'en connais un qui, ennuyé d'èlrc rauçonnéi sous différents prélextcs par le juge de son comté, fait élire son coclier, un Irlandais, qui s'acquitte do ses douilles Fonctions à la satisfaction générale, (|uand il n'est pas trop iure. C'est surtout à propos des écoles que la lutte prend souvent des proportious épiqi Dans un comté voisin, il s'agissait de construire un groupe scolaire tout à fuit à l'instar de ceux de M. Ferry. Le jour du vote, la ville fut envahie par tous les ranchmen du voisinage, arrivés à la lôlc de leurs cow-boys armés jusqu'aux dents et abreuvés h. outrance. Il y en eut qui votèrent jusqu'à six fois, tant était grande leur bonne volonté, et grâce à eux les 12 ou I5,0U0 dollars qu'il s'agissait de dépenser sont restés dans les poches des ranchmen j au lieu lie
nii->^H ieiw^l deS'^l
RÈCHE l
W dans celles Jes arcliilectes ou des maçons de la ïille.
I Malgré tout, il est certain que les ranchs sont appe-
lés à disparaître dans un aiienir assez rapproché, surtout si l'émigration européenne continue à pousser dans rOuesI autant d'émigranls, et Ipur disparition est d'autant plus certaine qu'ils ont conslnmiticnt à lutter contres l'iioslilité du pouvoirfédénil,qLii, etFrayc des immenses acquisitions de terres faites en ces dernières années par des capilalîstes anglais, fait tout ec qu'il peut pour empêcher la constitution de la «grande propriété. En revanche, le gouvernement canadien se montre très désireux d'attirer chez lui les ranchmen, auxquels il procure une sécurité relative, en leur concédant pour vingt ans la location de lots de cinquante mille acres, HH prix nominal de un cent (0 fr. 05) par acre. Beaucoup ont passé la frontière, mais II n'est pas bien sur qu'ils aient à se louer du parti qu'ils ont pris, à cause des froids épouvantables qu'ils ont à endurer. L'année dernière, le thermomètre y est descendu plusieurs fois au-dessous de quarai
e degrés