‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 13 sur 103 · SUITE DES COMTES ET DES ROIS · texte numérisé non relu

SUITE DES COMTES ET DES ROIS

Le premier usage que les Bretons firent de leur victoire, fut de se venger des Abins. leurs alliés du jour, mais leurs ennemis de la veille. Ils les chassèrent de leurs établissements sur la Loire; ce qui a fait dire à un ancien auteur, que Audrcn avait été «chef des Bretons et des Alains. » S'il faut eu croire des historiens plus sérieux, il ne tint qu'à lui d'èlre roi de la (irande-Brclagne. Les insulaires. « travaillés par les Barbares, vinrent le

supplier, par la conjonction de sang qui esloit entre les deux pays, de vouloir prendre et accepter le royaume de l'isle et le collier d'or, lui faisant,

1(12 I.A BRETAGNE ANCIEXXE.

avec loules les pitiés se puissent représenter, un incroyable Conte de' leurs malheurs. -Mais le roiAudren estoil homme de repos, à sou aise en son pays: il refusa tant d'honneur el bailla aux insulaires quelques soldats et troupes de cheval avee son frerc Constantin, lequel accepta tres-volontiers celte charge et liltre de roy. »

Ou dit que la ville de Chàlelaudrcu. diocèse de S;iinl-Brieuc, doit sou origine el sou nom à Audi en (Chaslel-Audren).

Kn 470, Jornandès nous montre un chef, noiuiné Biolhimc, conduisant douze mille Bretons au secours des Humains, contre Kurik, roi des Visigolhs. Il remonta la Loire, traversa Bourges, et s'avança jusqu'à Bourgdeols en Bcrry, où il fut écrasé par une armée formidable, (le Biolhime est apparemment le même que l'Krek des chroniqueurs. Il correspondait avec Sidoine Apollinaire, évoque de Clermonl, qui le fait séjourner sur la Loire, M. Fauriel ne doute pas qu'il uc fût un des chefs qui régnaient sur la Bretagne, lorsqu'eut lieu, pour l'ordination d'un évéque, le fameux concile de Vannes, en itîô, où se trouvèrent Perpet, archevêque de Tours, métropolitain; Alhenius.de Bennes; Nonnechius.de Nantes; Paterne, de Vannes; Albiuus et Lihcralis, de Quiinper el de Dol.

Krek til au monastère de sainte Nennok. premier couvent de femmes établi dans les Gaules, une donation1, dont l'acte le qualifie «duc de la Petite-Bretagne par la grâce de Dieu. » La légende raconte ainsi la fondation de ce monastère.

Nennok, tille de rare beauté, du sang des rois de la Grande-Bretagne, étail venue « faire pénitence au pays de Plémcur. en un petit oratoire, qui de son nom fut appelle Landl-.Nennok. Es environ, dans de petites chambretles. elle amassa plusieurs belles filles, qui vivoienl en grande innocence cl pureté. » Or le prince Krek, allant un jour à la chasse, poursuivit si vivement un cerf, que la pauvre bêle « entra de course dans l'oratoire où Nennok assistoit au service divin, et se jeta à ses pieds demi-morte de lassitude. Cependant les chiens s'étoient arrêtés devant le saint lieu, aboyoient extraordinaircment el ne vouloicnt passer outre. » Krek, fort étonné, descend de cheval, entre dans l'église avec ses gens, et trouve sainte Nennok au milieu de ses filles • chantant l'oftîce en compagnie des religieux ses voisins. Il la salue « et toute sa vénérable compagnie. » Puis «ayant congédié ses domestiques, demeure huit jours entiers en ce lieu, conférant souvent avec la sainte, à laquelle il donna plusieurs belles terres et revenus pour l'accommodation de son monastère, dont il Ht faire des Lettres cl Chartes authentiques . lesquelles il mit sur l'Autel avec un calice et patène d'or, plein de vin. »

Oucl est cel Kusèbe. « comte de Vannes, el roi des Bretons, » que les historiens placent après Biotliimo? A le juger sur son nom , il ne fut qu'un

' \.Ti> i>t Rmiw.*k. \f>mc l, « t.l 181 . Albert le Grand. Vies rois S\isr». i'd. Kordancl

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usurpateur étranger. Il n'a laissé d'ailleurs dans nos annales qu'une trace de sang. Il faisait arracher les yeux et coii|icr les mains à ses ennemis imultorum ocuhs erui jussit). Sa fille Aspasie (encore un nom étranger) était, dit-on. possédée du diable.

Après sa mort (490), Budik, comte de Cornouaille, cl fils d'Andrcn. revint de la Grande-Bretagne, où il avait suivi Constantin, sou oncle. Ce prince ouvre dignement la liste des héros qui vont défendre la Bretagne armoricaine contre les Franks et les Normands, avec un courage et une opiniâtreté dont aucune autre histoire peut-être n'offre l'exemple.

Budik reprit d'abord le territoire que son père avait enlevé aux Alains du coté de la Mayenne, battit et tua à son retour le chef des Barbares qui assiégeaient Nantes, et rentra en possession du comté paternel. Redietis ab Alamanniâ. disent les carlulaires que nous avons eilés. inlerfecit Marcel! el jHiternum cnnsulntum rmiperavit.

Quels étaient ces Barbares et ce Marcel I ou Marchill (Mur-Util, Il î 1 1 le Grand), d'autres disent Chilien? Ceux-ci en font des Saxons, ceux-là des Franks. Mais les Franks, du moins ceux de Clovis. étaient alors éloignés, tandis que les Saxons occupaient la Loire jusqu'au delà de son embouchure. Ils avaient un établissement considérable sur le territoire actuel du Croisic, du Pouliguen et du bourg de Bats, où les physiologistes croient trouver encore leur sang mêlé à celui des Gaulois et des Bretons. Saxons ou Franks, Marcell el son armée assiégeaient Nantes depuis soixante jours, lorsque Budik vint délivrer celte ville. Grégoire de Tours prétend que Dieu lui vint en aide par un miracle. Au milieu de la nuit, dit-il, on vit sortir de la basilique des saints martyrs Donatien cl Bogalieu une troupe d'hommes vêtus de blanc, portant des cierges allumés, l ue autre procession, quittant la cathédrale dans le même appareil, s'avança à la rencontre de la première. Toutes deux se saluèrent, se mirent à genoux pour prier, et disparurent. Frappés d'épouvante à cette vue, les Barbares prirent la fuite, et le lendemain on trouva leur camp désert. Budik les rejoignit et les extermina peu de temps après. Marcell confessa Jésus-Christ et mourut baptisé. Les débris de ses troupes, établis dans le pays de Nantes, furent plus tard baptisés par saint Félix.

Alors sans doute Budik devint roi suprême de la Bretagne armoricaine : reynavit per lotam armoricain terrain, comme on lit dans l'sserius (Vie de saint Oudocée). Alors aussi, les Germains-Franks et les Celtes-Bretons, replacés face à face à l'extrémité de l'Europe, après une séparation de plus de mille ans, se reconnurent à la haine originelle qui avait jeté les Scythes et les Cimmériens les uns contre les autres au fond de l'Asie centrale ; cl. les fils s'altaquant avec le même acharnement que leurs pères, on vit commencer entre eux ces combats de géants, gloire immortelle delà Bretagne. — combats qui vont arroser de sang l'un et l'autre pays pendant dix si»*

ries consécutifs, et qui, maigre la réunion de l'Annorique à la France, se continuent encore dans les langues el les mœurs des deux nations.

Libnnius trace ainsi le portrait des Franks. dans son troisième discours: « Les Franks surpassent leur nombre par leur force el leur courage. Ils ne craignent pas plus l'Océan furieux que la terre ferme, et ils aiment autant les glaces du Nord que les ardeurs du Midi... Mutilés au combat, ils continuent de combattre avec le reste de leur corps... Les gardes des frontières, occupés jour et nuit de résister à leurs incursions, ne pouvaient quitter le glaive pour manger, ni déposer le casque pour dormir. Leurs mouvements ressemblaient à ceux de la mer agitée par des vents contraires; de môme que le premier Ilot, avant de s'être brisé contre les rochers, est suivi d'un second, puis d'un troisième, puis d'autres sans (in, jusqu'à ce que les vents s'apaisent, ainsi se précipitaient les unes après les autres les tribus des Franks. enflammées d'un amour frénétique pour les exploits guerriers; et avant que vous eussiez repoussé leur premier bataillon, un autre chef et une autre bande étaient déjà sur vos tètes. »

Les Franks sont peints par eux mêmes dans le prologue de leur fameuse loi salique, dont la forme n'est pas moins curieuse que le fond.

« La nation des Franks, illustre, ayant Dieu pour fondateur, forte sous les armes, ferme dans les traités de paix, profonde en conseil, noble el saine de corps, d'une blancheur et d'une beauté singulière, hardie. agile et rude au combat, depuis peu convertie à la foi catholique, libre d'hérésie; lorsqu'elle était encore sous une croyance barbare, avec l'inspiration de Dieu, recherchant la clef de la science, selon la nature de ses qualités, désirant la justice, gardant la piété; — la loi salique fut dictée par les chefs de celte nation. C'est elle qui, petite en nombre, mais brave el forle, secoua de sa tête le dur joug des Romains. »

Tout ce que nous avons dit des Germains, en général, peut s'appliquer aux Franks ; voici les détails qui leur étaient particuliers : nous en empruntons plusieurs àMM. deChateaubriand et Augustin Thierry, ces deux grands peintres d'histoire. «Parés de la dépouille des ours, des veaux marins, des aurochs el des sangliers, les Franks se monlraîent de loin comme un troupeau de hèles féroces. Une tunique courte et serrée laissait voir toute la hauteur de leur taille, el ne leur cachait pas le genou. Les yeux de ces Barbares ont la couleur d'une mer orageuse; leur chevelure blonde, ramenée en avant sur leur poitrine, cl teinte d'une liqueur rouge, est semblable à du sang cl à du feu. La plupart ne laissent croître leur barbe qu'au-dessus de la bouche, afin de donner à leurs lèvres plus de ressemblance avec le mufle des dogues et des loups. »

La hache était l'arme nationale des Franks, la francisque ou frankisque. comme ils l'appelaient. Le fer avait deux tranchants, le manche était recouvert d'acier. Chaque soldat portait sa francisque à la ceinture : il la

jelait à travers les airs en poussant un cri de mort, et elle allait s'enfoncer romme un coin dans la tète des ennemis; quelquefois, dit Sidonius, il s'élançait après elle avec des bonds si prodigieux, que l'homme et l'arme arrivaient au but en même temps. Les Franks se servaient encore du hang [ hameçon ), pique moyenne, à fer recourbé, qui frappait de loin comme de près; ils la fichaient dans le bouclier de leur adversaire, le forçaient à se découvrir, en posant le pied sur le manche, et profitaient du moment pour lui fendre le crâne. Souvent le hang. attaché au bout d'une corde, devenait un harpon qui amenait au guerrier toulec qu'il atteignait. Quelques Franks portaient uncépée suspendue à un large baudrier. Ils n'usaient ni de l'arc ni de la fronde, et ne portaient point de cuirasses ; les casques même étaient rares parmi eux. et ils combattaient souvent nus jusqu'à la ceinture, avec des pantalons d'étoffe grossière ou de cuir pour tout vêtement, et un grand bouclier pour toute arme défensive. Les chefs des Franks. et leur trust? | leur cortège de pairs ou de compagnons ), se distinguaient par une élégance singulière. Écoutons Sidonius : « Le royal jeune homme ( le mérovingien Sighismcr entrant à Lyon) était précédé et suivi de chevaux dont les caparaçons rayonnaient de pierreries sa chevelure ressemblait à l'or de ses vêtements ; son teint était aussi éclatant que l'écarlatc de son habit; sa peau égalait en blancheur la soie dont il était paré... Il s'avançait à pied, entouré d'une troupe de chefs de tribus [regulontm ) et d'un cortège de compagnons {antrustiones) terribles à voir même au sein de la paix : leurs pieds étaient chaussés de bottines velues, leurs jambes étaient nues, et leur vêtement court et serré descendait à peine au jarret ; c'était une saie de soie verte, bordée d'écarlate. Ils portaient des glaives suspendus à leurs épaules par de riches baudriers, des lances recourbées [hang), des haches de jet. et des boucliers doublés de fer et de cuivre bien poli. »

Dans les batailles, on voyait le chef debout sur un immense chariot, au milieu de ses douze pairs, qu'il dépassait de toute la tète. Quand il agitait l'enseigne nationale flottante au-dessus de lui. toute l'armée poussait des cris de guerre et d'amour.

II est vrai que ces chefs appartenaient à la royale famille des .Mérovingiens, famille sacrée entre les tribus saliennes, qui étaient elles-mêmes sacrées entre les nations germaniques. On sait que des Mérovingiens sortaient les rois chevelus par excellence. Tandis que les autres Franks relevaient et nouaient sur le sommet du crâne leurs cheveux d'un blond ardent qui retombaient en forme d'aigrette ou de queue de cheval, et se rasaient le derrière de la tète, les Mérovingiens séparaient sur leur front leur chevelure à laquelle le ciseau ne touchait jamais, et la laissaient flotter de chaque côté, sur leurs épaules, partagée en longues tresses.

Les Franks, comme tous les Germains, se formaient en coin pour la bataille. « Le fnrmidnhlc triangle, nù l'on ne distinguait qu'une forêt de

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haches, de framées, de peaux fie bêles et de corps demi-nus, s'avançait avec impétuosité, mais d'un mouvement égal, pour percer les lignes ennemies. Le camp ressemblait, avec ses chariots et ses tentes, à un marché de laboureurs, plein de femmes, d'enfants et de bestiaux. On y faisait galoper de jeunes poulains, afin d'augurer par leur course à quel parti lesterait la victoire. »

Avant d'être maîtres de la Gaule, les Franks menaient la vie nomade, habitant, délibérant, se mariant dans leur camp voyageur. Majorien, dit son panégyriste, surprit une de leurs tribus au milieu d'une noce. « Le coteau voisin retentissait du bruit de la fêle. Les ennemis célébraient en dansant, à la manière des Scythes, le mariage d'un de leurs chefs. Après la déroute, on trouva les débris de la fête errante, les marmites, les mcls des convives, tout le banquet prisonnier, et les odorantes couronnes de fleurs...» Il va sans dire que les vainqueurs enlevèrent/// blonde épouse? dans son chariot'.

Qu'on se rappelle le portrait que nous avons tracé des Celtes, et qu'on l'oppose au portrait des Franks; est-il étonnant que de tels ennemis se soient battus tant de siècles, sans parvenir à triompher les uns des autres?

Composés de diverses tribus germaniques réunies en confédération, mais sortis particulièrement des contrées transrhénancs qui s'étendent maintenant de la Franconie à la Westphalie, les Franks avaient ravagé les Gaules sous Gallien, s'étaient écartés jusqu'en Kspagne. avaient reparu sous Probus, Constance et Constantin, et servi ou combattu les empereurs jusqu'à la chute de l'empire d'Occident. Ce fut alors qu'ils disputèrent la Gaule romaine aux Hurgondes, aux Wisigoths, aux Saxons, aux Sarrasins; tous ces peuples étaient plus puissants que les Franks, mais les Franks avaient Clovis.

Le caractère et la vie de Clovis n'ont pas été moins défigures que son nom 'Chlodo-Wig, illustre guerrier). Faute de pouvoir lui rendresonnom, nous devons du moins lui restituer son caractère. Childéric (Ilildcrik), son père, avait séjourné par delà le W eser, chez le roi des Thuringiens. Quand il fut de retour, la belle Basine. femme de ce roi. se présenta devant lui. « Pourquoi viens-tu vers moi de si loin? demanda Childéric. — Je connais ton courage et ton mérite [utilitatem tuam ), répondit l'Hélène germanique, j'ai voulu habiter avec loi, et j'ai quitté mon époux : si j'eusse connu un guerrier plus brave et plus digne, je serais allée vers lui. » Childéric se la joignit par mariage, et Clovis fut leur enfant. IS'e croirait-on pas lire une page de la Bible? Clovis fut élevé sur le pavois à quinze ans (481). Sa petite

■ ApoDin . " P*>i:<an Mon». M., ibid., cartii XII. M , I. IV. Efrfsi. a<l. Dointiil. Lcx salie» Hist «Gui», I IV. p. 132. Grégoire d«Teun, I II-YI, r 24; Vlll, r. 10 Aptliias, I I. p 14 — Aop' Tlurrrv, l.rrr. hr i.'Hot t>i Kium.i , p. 97-98, <•!<• — Cliatrauhriaixl, Kiro Hivr., VI, \"~ partir. Mutm>, I. Mll-IX - II. Martin. Hi-t i»t Fwvr, (. J, p 380.

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peuplade occupait alors la itioJerno Flandre. Il envahit la Gaule, dcchamp de ha taille en champ du hataille, exterminant ses ennemis au grand jour et ses rivaux dans l'ombre. En une seule année, 480, il enleva aux Gallo- Romains, commandés par Syagrius, tout le riche territoire de la Somme, de l'Oise, de l'Aisne et de la Marne, qui fut pillé de fond en comble cl partage entre les chefs victorieux. Déjà, chose remarquable, le païen ménageait les éveques : il écoutait saint Hemi, « pour l'amour duquel il s'abstenait de beaucoup de méchancetés. » On sait la fameuse histoire du vase de Heims, mais on n'en a peut-être pas compris la portée. Toutes les mœurs du temps sont pour ainsi dire enfermées dans ce petit cadre.

Les églises de Heims avaient été pillées « malgré Clovis : » saint Hemi réclame une cruche d'une grandeur cl d'une beauté merveilleuses. Clovis promet de la rendre. Revenus à Soissons, les Frauks rassemblent « toute la proie. » Le roi « reçoit sa part comme les autres, » et demande en sus le vase de Heims, « qui lui est accordé. » Mais un jeune Frank. « léger, envieux et écervelé, » frappe le vase de sa francisque, en disant : « Tu n'auras rien, ô roi ! si le sort ne te l'accorde. « Clovis ne répondit mot. renvoya le vase fracassé à saint Hemi, » mais garda sa colère dans son cœur. » L'année suivante, le mail des Franks était réuni, et Clovis passait en revue ses guerriers. Arrivé devant celui qui avait frappé le vase : « Pourquoi, lui dit-il, ton haug, ton glaive et ta francisque sont-ils en si mauvais état?» Et lui arrachant ses armes, il les jette par terre; puis, comme le guerrier se baissait pour les ramasser ; le roi lève sa propre hache cl lui fend la tète : « tju'il le soil fait ainsi que lu as Tait au vase de Heims! »

Voilà tout le caractère de Clovis et des Franks : et voilà ce qu'était un roi dans ce lemps-là.

De 487 à 400 Clovis marcha de victoire en victoire. « Mais toutes ces victoires seraient demeurées inutiles, saus Clolilde et les Armoricains. La main de celte reine catholique et l'alliance de ce peuple iudomplable assurèrent seules à Clovis la domination de la Gaule.

La mère des rois burgondes. Clolilde ( Khlolhildc) vivait ignorée auprès de Gondebald, lorsqu'un pèlerin-mendiant, dit Frédegher, lui apporta la demande et l'anneau de Clovis. 11 la trouva belle et sage, hospitalière aux voyageurs. Elle lava les pieds du pèlerin, reçut en secret son message, el eu fut si joyeuse, qu'elle lui donna cent sous d'or. Or, ce mendiant était Aurélien, conseiller de Clovis, dont les ambassadeurs ne se firent pas attendre. Ils remirent à Gondebald un sou et un denier, suivant l'usage, Clolilde partit avec eux, «s'élança sur un cheval pour arriver plus vite.» et devint la femme du roi païen (403). Quatre ans après, le roi païen, « disposé par Clolilde, » invoquait Jésus-Christ dans la plaine de Tolbiac, et triomphait au nom du vrai Dieu de lous les Germains coalisés.Le jour de Noèl suivant, <e lier Sicamhre enlra dans la piscine «les catéchumènes, se courba sous

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le doigt de l'évéque de Reims, brûla ce qu'il avait adoré, adora ce qu'il avait brûlé, et lit baptiser après lui sa famille et son peuple. L'Église « poussa dès lors un long cri de joie:» elle tendit au roi frank une main, qui commençait à régir le monde, elle le déclara son tils unique entre tous les rois d'Occident. Le catholicisme fut inoculé aux Franks « dans sa forme complète et dans sa haute poésie. » La Gaule repoussa les Barbares infectés par le paganisme ou l'arianisme... 11 ne manqua plus à Clovis que la soumission ou l'alliance des Armoricains.

La confédération armoricaine repoussa les Franks, comme elle avait repoussé les Romains ; mais avec un effet d'autant plus heureux qu'elle avait cette fois les Romains pour alliés. Étrange cl glorieuse destinée de ce petit peuple qui, après avoir subi le dernier la domination romaine, fut le dernier appui de cette domination dans les Gaules! Les Bretons durent le salut de leur nationalité, dans cette guerre, à l'union de leurs forces, et à l'ensemble de leurs opérations, sous l'admirable influence de leurs évèques. Ils n'attendirent pas les attaques directes de Clovis pour combattre ses envahissements. Ils portèrent du secours à ses adversaires, l'histoire l'affirme* jusque sous les remparls de Paris. Quand le roi frank fut reconnu de toute la Gaule, les cités de l'Armorique. dit M. Henri Martin, accoutumées « à une orageuse indépendance, >* ne voulurent point se soumettre au conquérant ; la lutte fut héroïque de part et d'autre, et dura près de sept ans. Les Bretons de la presqu'île armoricaine y prenaient une part trèsactive, et servaient d'arrière-garde aux cités libres de la seconde et de la troisième lyonnaise. « En 497, les Franks vinrent piller le territoire des Brelons, et Clovis enfin lança contre eux toutes ses forces. Malheureusement l'histoire ne nous a point conservé les détails de cette dernière attaque. Elle fut si vigoureusement repoussée, que Clov is, renonçant à vaincre une nation invincible, prit le sage parti de traiter avec elle (407). » Voici comment Procopc raconte celle capitulation mémorable : une telle pag«: mériterait d'être écrite eu lettres d'or dans nos annales, car elle réfute tous les volumes entassés pour ériger Clovis en souverain de la Bretagne.

« A cette époque, dit l'historien (dont on peut avoir le texte original dans le tome 11 de D. Bouquet), les Romains avaient pour derniers auxiliaires les Armoricains, qui conlinaient avec les Franks. Ceux-ci voulurent profiter de la révolution politique ( l'affranchissement et la colonisation) survenue chez leurs voisins, pour les soumettre comme le reste de la Gaule. Ils se jetèrent donc sur l'Armorique et y cxercèrentdes ravages; mais ils durent bientôt y porter la guerre dans toules les formes. Tant que celle guerre dura, les Armoricains déployèrent une grande valeur, et se montrèrent alliés fidèles des Romains. Enfin, les Franks, ne pouvant les dompter par les armes, leur proposèrent de s'unira eux par alliance; les Armoricains .uTcptèrenl. rar ils étaient chrétien* < nmmo les Franks, ot celte union des

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deux peuples augmenta la puissance du l'un et de l'autre. Quant aux derniers auxiliaires romains qui gardaient l'extrémité des Gaules, ne pouvant plus retourner à Home, et ne voulant pas se retirer chez les barbares ariens, leurs ennemis, ils remirent aux Franks et aux Armoricains leurs étendards et les terres qu'ils étaient chargés de garder, — à la seule condition qu'ils conserveraient les mœurs de leur pays.» Kl en effet, jusqu'à l'an 550 (lorsque écrivait Procope). les descendants de ces derniers Humains se reconnaissaient encore à leurs enseignes particulières, à leurs habits et à leur coiffure.

Alors vraisemblablement furent posées entre les Franks et les Bretons les limites territoriales auxquelles firent allusion les pères du concile tenu à Paris ou à Tours, eu 849; ces limites vont devenir la cause ou le prétexte de toutes les guerres qui ensanglanteront les deux pays.

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