SUITE DES COMTES ET DES ROIS
■"m n ht seconde lois, nus aïeux avaient sauvé leur indépendance, cl il- l'avaient garantie par un traité solennel. Si maintenant noua voyous Cluvis déchirer ce traité d'une main déloyale ol surprendre les Bretons endormis sur sa bonne loi: si nous voyons ses enfants cl leurs successeurs envahir à main armée la Bretagne, avançant de ce côté, reculant de celui-là ; quelquefois maîtres de tout le pays, aujourd'hui reconnus par ses rois, demain les reconnaissant à leur tour, jusqu'au jour ou Nominoë les chassera pour six •renia ans; cela prouve-t-il, connue l'ont soutenu Û pYigiiicr, Vertol cl autres écrivains stipendiés. t\\w Clevis »•! «-s successeurs furenl réellement souverains de h Bre
l\ BRETAGNE ANCIENNE. t ■ l
lagne, el que les chefs armoricains, cti repoussant leurs prétentions, se conduisirent en vassaux révoltés? Autant vaudrait dire que les rois d'Angleterre sont les vrais souverains de la France, parce qu'ils l'ont envahie au quatorzième et au quinzième siècle, que Charles VII, relégué à Hourges, était le vassal de Henri Y, couronné à Paris ; en (in que Louis XI, François I", Henri IV, Louis XIV. ne furent que des sujets rebelles et heureux de la monarchie anglaise. Si un tel argument, fortifié du texte de Procope, ne suffisait pas à quelques lecteurs difficiles, nous les renverrions à la savante dissertation de M. Daru. dont voici la conclusion.
«Soit que l'on approfondisse les [ails, soit que l'on interroge les critUpies, soit que l'on invoque le droit, soit que l'on consulte la raison, on ne trouvera aucune trace de la souveraineté de droit ou de fait que l'on a prétendu attribuer aux premiers rois franks sur la Bretagne . »
On saild'ailleurs que ces prétentions ont pour unique base deux lignesde Grégoire de Tours : Nam semper Britanui sub Franconim potestate, post obitum Clodovei, fuerunt, et comités, non reijes, appellati sunt. C'est à-dire : Car les Bretons, depuis la mort de Chris, furent toujours sous le pouvoir des Franks, et s'appelèrent comtes et non pas rois. «Et d'abord, répond cPArgentré. voilà un plus mauvais cah qu'il en futoneques. » Le fait est que ce car ne se lie aucunementau passagequi le précède ; elloin d'en être l'explication, il aurait besoin d'être expliqué lui-même. Nulle part, en effet, l'historien de Clovis ne dit un seul mot de cette domination du roi frank, qu'il donne tout à coup comme un fait accompli. C'est pourquoi beaucoup d'historiens ont douté avec raison de l'authenticité de celte phrase malencontreuse. Mais, fût-elle réellement de Grégoire de Tours, elle n'exprimerait qu'une prétention des rois franks, et ne prouverait rien contre une masse de témoignages el de fait* contraires. <« Si l'on m'oppose un évèque, dit encore d'Argenlré, je réponds par tout un couvent. » Quant à cette distinction entre le titre de comtes et celui de rois, nous avons prouvé d'avance qu'elle n'est qu'une subtilité; on va voir, d'ailleurs, plusieurs chefs bretons considérés et traités comme rois, par les successeurs mêmes de Clovis.
L'état de l'ancienne Bretagne, vis-à-vis des rois franks, ne fut donc pas autre chose qu'un étal de lullc : conquête d'une part, résistance de l'autre, avec les vicissitudes habituelles de la guerre. Si, dans celte lutte, l'héroïsme breton se vit souvenlécrasé parle nombre (et pouvait-il en être autrement?), il ne manqua jamais de se relever plus indomptable, el il finit par triompher..., jusqu'au jour où il se soumit de lui-même.
Ce jour devait coûter à la France dix siècles de combats et d'attente.
Clovis, suivant son usage, ne s'était allié aux Armoricains que poulies tromper. Ne pouvant les vaincre par la force, il espérait les enchaîner par la ruse. On sait que le poignard et le poison furent, sur la fin de sus jours, les instrumente habituels de sa polilique.il fit successivement périr
LA BRETAGNE A Mil KNNK.
lOUS les petits princes qui lui portaient ombrage1 « et il y a bien de l'apparence, dit D. Morice.qucle roi breton, Budik, futdu nombre de ces victimes.
Le fait est que Budik, en mourant subitement, laissa les frontières armoricaines assaillies par les Frisons, sujets ou complices des Franks. Ces nouveaux barbares s'emparèrent des principales villes de la haute Bretagne, et soumirent leurs conquêtes à l'autorité de Clovis.
Clovis mort (511). ses fils se partagèrent ses États, et Childchert (Hildebert), roi de Paris, hérita des prétentions de son père sur la Bretagne. Sa domination s'étendit particulièrement sur Nantes, sur Bennes, sur Vannes. Nous trouvons même, vers 520, le pouvoir de cet usurpateur représenté jusque dans le pays de Léon par un comte Withur ou Guythur, qui eut, du moins, la gloire de donner à l'Armorique un de ses plus illustres évèques.
Saint Pol, dit sa légende, était né dans la Bretagne insulaire, où il avait été élevé à l'école de saint Hydult ou Hildult, avec saint Samson, saint Gildas et d'antres saints personnages. Après quelques années de vie solitaire, il passa dans l'Armorique avec douze disciples et s'établit d'abord en l'ile d'Heussa (Ouéssant). « Il y bastit un petit monastère, consistant en une chappelle et treize cellules de gazon, couvertes de glays, où ayant vescu six mois. Dieu lui commanda, par un ange, de s'embarquer de rechef, parce
' Celte sanglante phase de la Tic île Clovis est exposée par Grégoire «le Tour» avec une naïveté effrayante. • Clovis envoya secrètement dire au fils du roi de Cologne, Sigebert le Boiteux : « Ton père vieillit, et boite de son pied malade : s'il mourait, je te rendrais son royaume avec mon amitié ... » Chlodéric envoya des assassins contre son père, et le fil tuer, espérant obtenir son royaume... El Clovis lui fil dire .• « Je rends grâce à ta bonne volonté, et je te prie de montrer les trésors à mes envoyés, après quoi lu les posséderas tous. » Cblodéric leur dit : « C'est dans ce coiTrc que mon père amassait ses pièces d'or. » Ils lui dirent : « Plonge la main jusqu'au fond pour trouver tout. » Lui l'ayant fait el s'étanl tout à fait baissé, un des envoyés leva sa hache, et lui brisa le crâne — Clovis, ayant appris la mort de Sigebert et de son fils, vint dans cette ville, convoqua le peuple et dit : «... Je ne suis nullement complice de ces choses, car je ne puis répandre le sang de mes parents : cela est défendu. Mais puisque tout cela est arrivé, je vous donnerai un conseil, voyez s'il peut vous plaire. Venez à moi. et niellez-vous sous ma protection. » |ye peuple applaudit avec grand bruit de vuix ci de boucliers, l'éleva sur le pavois cl le prit pour roi. — Il marcha ensuite contre Cbararic. ... le fil prisonnier avec son fils, et les fit tondre tous les deux. Comme Cbararic pleurait, son fils lui dit : « C'est sur une tiee verte que ce feuillage a été coupé ; il repoussera et reverdira bien vite : plût à (lieu que péril aussi vite relui qui a fait tout cela ! y Ce mot vint aux oreilles de Clovis. . Il leur fit à tous deux couper la tête. Eux morts, il acquit leur royaume, et leurs trésors et leur peuple. — Ragnacairr était alors roi à Cambrai... Clovis, ayant l'ait Taire des bracelets el des baudriers de faux or l car ce n'était que du cuivre dort'-), les donna aux leudes de Raguacairc pour le» exciter contre lui Ragnacaire fut battu et fait prisonnier avec son fils Richaire... Clovis lui dit : « Pourquoi as-tu fait honte à notre famille en le laissant enchaîner? Mieux valait mourir. » El levant sa hache, il U lui planta dans la téte. Puis se tournant vers Richaire, il lui dit : « Si lu avais secouru ton père, il n'eut pas élé enchaîné. » Et il le tua tout de même d'un coup de hache. — Rignomer fut tué par son ordre dans la ville du Mans. . Après avoir tué de même beaucoup d'antres rois cl ses plus proches parents, il étendit son royaume sur toutes les Gaules. Enfin, ayant un jour assemblé les siens, il parla ainsi de ses parents qu'il avait lui-même fait périr: « Malheureux que je suis' resté comme un voyageur parmi des étrangers, et qui n'ai plus de parents pour me secourir, si I adversité venait ! » Mais f* n'était pas qn il s affligeât de leur mort; il ne parlait ainsi que par ruse, el pour découvrir s'il avait encore quelque parent, alin de le luer ( Grégoire de Tour», I II. r. 12.)