‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 15 sur 103 · LANDIVISIAU · texte numérisé non relu

LANDIVISIAU

LA BRETAGNE ANCIENNE. us

que cp n'csloil pas là le lieu où il devoil s'arrester. A quoi il obéit, cl se mil en mer. rongeant la coslc tic Léon, de l'onesl à l'esl, sans perdre la lerre de venc, jusqu'au hasvre de Kcrnik, en la paroisse de Plounevez, où saint Pol cul révélation d'avancer encore en pays 1 : te qu'il list, tirant vers la ville de Léon. Proche d'iccllc. il rencontra un maistre berger du seigneur Witliur, gouverneur du comté, lequel lui dit que ce seigneur demeuroil en l'isle de Baaz. » Saint Pol se lit conduire droit « au palais de ce prince. » \Vithur le reçut « amiablcment. et devisa longtemps avec lui de ses voyages. Puis. « désirant le retenir près de soy, lui fisl présent de son palais avec Imites ses appartenances, et se relira lui-niesme en la ville de Léon. »\Yit)iur donna, en oulre. à Pol, un livre d'Kvangilcs « escrit de sa propre main, » lequel se voyait encore du lemps d'Albert, au trésor de la cathédrale de Léon. Kn 1552, l'cvèquc Guillaume de Rocheforl avait enrichi ce livre d'une couverture d'argent doré. « avec apposition des armes de Léon et de Mochefort. » Ce manuscrit, qui serait aujourd'hui si précieux, aura péri sans doute en 1795. Cependant les Léonnais, « clans destitués de pasteur, et voyans la sainteté admirable de Pol. le désirèrent avoir pour leur evesque. et comme il refusoit, voulu renl l'enlever de son monastère : mais le comte W'ithur les avisa d'y procéder d'une autre méthode; » et voici commenl il Irioinpha de la modestie du saint homme. Il le chargea d'aller remettre « des lettres de conséquence au comte Judual, lors réfugié (on verra bientôt pourquoi à la cour de Childebert, roy de Paris, à l'effel d'ohlcnir de ce prince la confirmation des donations faites au nouveau monastère. » Or, dans lesdites lettres, Witliur « supplioit instamment le roy de faire sacrer Pol. evesque de Léon : » de sorte que l'humble anachorète marchait au-devant des honneurs, en croyant leur tourner le dos. Arrivé à Paris, avec deux de ses confrères, après un voyage aussi long que périlleux à celle époque, il Tut très-bien accueilli du roi cl de Judual, édifiés d'avance sur ses mérite*. Tous deux lurent la lettre de Wilhur, et répondirent que a volontiers, ils accordoient aux Lconnois leur requestc; » puis, niellant aux mains de Pol un bâton pastoral, ils déclarèrent qu'ils le nommaient évèque de Léon. On se figure la surprise du messager, en apprenant ainsi l'objet de son message. « Se jetant à genoux, la larme à l'œil, il supplia Judual et le roi de ne lui imposer une charge trop pesante pour ses faibles épaules: mais il ne put divertir les princes de leur dessein ; de sorte qu'il lui fallut y consentir; et fut sacré à Paris le dimanche suivant. » Deux jours après, il reprit la roule de Léon, où il fut reçu à grande pompe par le comte Witliur. et installé dans son nouveau siège épiscopal. Il divisa son diocèse en I roi fi archidia-

* Pol était vans doute repoussé par le paganisme rl la barbarie ilr« habitant» de rc« rotes, rai tandis que Withur et »e» »ujet» étaient déjà catholique», et depuis de longue» année» probablement, l'idolâtrie la plu» gro*»iére régnait encore à trois lieues de là, tout le lonp des rivages de l'on tu» val. de (Hiissénv et d Abervrar h ( Frérninville. A»t w FiMmur. I. p TC

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conés, « tisl le dé pu rte me ni des paroisses. » rebâtit les églises cl les monastères rasés par les Barbares, choisit, comme nous l'avons vu plus haut, saint Gwévrok pour grand vicaire; puis se démit de sa charge aux mains de son disciple et neveu, saint Jaoua. auquel succéda bientôt Cetomerinus. Saint Pol acheva ses jours en son monastère de Batz, à l'âge de cent deux ans, « si atténué et décharné par les macérations, qu'il n'avait plus que la peau simplement étendue sur les os, et que ses mains sacrées, exposées à la lumière, en devenaient comme transparentes. » La mort et les funérailles de ce grand saint ont inspiré au pieux Albert une de ses pages les plus naïvement sublimes.

« Une nuit après matines, comme il se fust jctlé sursoit pauvre grabat pour prendre quelque repos, un ange entra dans sa cellule, laquelle fus! incontinent remplie d'une grande clarté, et luy disl : « 0 Pol! tu as puissamment combattu et as heureusement courru la carrière de celle vie mortelle; reste à présent que le Seigneur, auquel tu as si fidellemcnl servy, te donne le loyer el récompense que lu as méritez; c'est pourquoy liens toy prest et appareillé à dimanche prochain, que tu entreras en la gloire de ton Seigneur. » Cela disl, l'ange disparut, mais non la clarté qui remplissoit la chambre. Le saint, bien aise de si bonnes nouvelles, rendit grâce à Dieu, et, le malin venu, célébra la sainte messe avec une dévotion extraordinaire; puis, ayant convoqué tous ses moynes. leur fist une belle prédication, les exhortans à la charité, humilité, patience et toutes autres sortes de vertus. Il donna ordre au gouvernement de tous ses monastères et envoya prier l'evesque Cetomerinus de le venir voir : ce qu'il fist, accompagné des principaux de ses chanoines cl de nombre de noblesse et habilans de Léon. Il se mit au lict, se sentant saisi d'une violente fièvre, el fist ses dernières ordonnances; et, sur ce que le bon prélat Cetomerinus luy recommandoil sou église leonnoisc. Taisant un souris, luy disl, d'un esprit prophétique : « Ne vous niellez pas en peine, Dieu en aura soin cl y pourvoira d'un prélat qui vous succédera el sera tres-saint; il se nommera Goulven, el achèvera ce que j'avois bien avancé dans mon diocèse : » puis se tournant vers ses moynes, qui estoient tous agenouillez autour de sa couche, pleurant à chaudes larmes le deces de leur saint pere, leur prédit le différent qui sedevoit élever entre les chanoines de l'église cathédrale et eux. touchanl le lieu de sa sépulture, cl les pria de consentir qu'il fust enterré dans sa cathédrale, parce qu'il avoit secu par révélation que son corps devoist estre visité par les pèlerins, ausquels seroil chose incommode cl dangereuse de passer et repasser si souvent le courant de mer qui est entre le bourg et l'isle de Baaz : après, il leur donna sa bénédiction, leur demanda pardon, el, les entendant sangloltcr, leur disl : « Que veut dire cecy, mes chers frores? portez-vous envie à mon bonheur? Ne vous affligez pas de mon

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départ, vivez selon la règle el l'exemple que je vous ay monstre, cl Dieu demeurera avec vous. » — Ayant dist ces paroles, le mal le pressant, il pria l'evesque Cetomerinus de luy administrer le viatique et le saint sacrement d'exlresme-onclion, lequel il receut avec une grande révérence et dévotion, aidant luy-mcsmc etrespondantà l'evesque. Cette cérémonie aehevee, il se tourna encore une fois vers ses frères, et, levant la main, leur donna derechef sa bénédiction, disant : « La bénédiction de Dieu toutpuissant. Père, Fils et Saint-Esprit, demeure toujours avec vous ; » et, puis ayant les yeux collés sur l'image du crucifix, sans démonstration de douleur quelconque, il rendit sa sainte aine entre les mains de son créateur, le dimanche, deuxième jour de mars. »

Telles furent la vie et la mort d'un des plus grands saints de la Bretagne.

Pour honorer éternellement sa mémoire, l'église, la ville el l'évêché de Léon portent depuis cette époque le nom de Saint-Pol ; et Pile de Batz ellemême a voulu s'appeler Baz-Poi, aûn de se consoler d'avoir perdu le corps du grand évêque, comme on va le voir par le récit de ses funérailles.

« Le corps de saint Pol fut lavé, poursuit Albert, revestu de ses ornements pontificaux, et posé sur un lict honorable dans la nef de l'église du monastère de Baaz, où il se rendit si grande afllucncc de peuple pour révérer et toucher par dévotion ce saint corps, que le courant de mer, qui est entre le bourg de Hoscof et l'islc de Baaz, csloit couvert de batteaux, cocquereaux, chaloupes et gondolles, qui passoîent et repassoieut le peuple. — Tout l'appareil des obsèques estant prest, Cetomerinus, revestu ponlificalcment. accompagné de ses chanoines et du clergé Iconnois, se présenta pour lever le saint corps et le conduire à la barque qu'on avoit equippee pour le passer en terre ferme ; mais les moyncs de Baaz s'y opposeront, ne se voulans, pour rien, dessaisir de ce saint corps; les habitans leonnois en dirent de mesmc;ct, de parole en parole, en vinrent aux menaces. Les insulaires disoient pour leur raison qu'il esloit mort chez eux, là où il avoit premièrement résidé; les chanoines et habitans de Léon respondoient qu'il avoit esté leur evesque. et, partant, estoit séant qu'il fusl inhumé en sa cathédrale; que les dernières volontés, lorsqu'elles sont justes, doivent estre inviolablemcnt exécutées ; que le saint, au lict de la mort, avoit déclaré vouloir que son corps fust enterré en sa cathédrale. Enfin, après plusieurs répliques, l'evesque Cetomerinus, certain de ce que saint Pol luy avoit ordonné en ce cas, fist faire deux chariots , et à chacun fist joindre un couple de bœufs, les disposant tellement au milieu de la plaine, que l'un regardoit vers Léon, l'autre vers le monastère de Baaz : puis, ayant fait apporter le saint corps, on le mist également sur ces chariots, de sorte que la moitié estoit sur l'un el l'autre moitié sur l'autre, laissant en l'oplion du saint corps d'aller où bon luy scmbleroil. Chose merveilleuse ! si to>t qu'on oust levé le saint corps sur les chariots, il dis-

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