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navires allongés avaient la carène plate, la proue aigué, deux voiles blanches, une tète de lion, de taureau ou de dauphin à l'éperon: au bout du mât, un oiseau de mer, dont le vent faisait tourner les ailes. !..• navire du roi de mer figurait quelquefois un serpent-dragon dont la tète se dressait à l'avant, tandis que la queue se recourbait à l'arrière. Ces vaisseaux étaient accompagnés de bateaux de claies revêtus de cuir, pour descendre les moindres rivières. Bercés tout le jour dans leurs maisons Boitantes, au fond des cryptes solitaires, à l'ombre des forêts du rivage, les «enfants des anses» (WikingS) attendaient la nuit cl la tempête pour se livrer aux courants des Neuves... Tout à coup, le roi de mer sonnait de ce terrible cor
d'ivoire surnommé « le tonnerre » par les habitants de la Gaule. A ce signal. « le paysan, glacé d'horreur, emportait dans les bois ses enfants et son bagage, le moine et la noue allaient se cacher dans les souterrains avec les trésors et les saintes reliques du couvent: et le seigneur, levant les ponts de sa forteresse, murait au donjon faire la revue des armes, et enfouissait
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le tribul en argent recueilli dans la banlieue. » Cependant les pirates a'élaneent sur les deux rives, ils surprennent les villes et les villages, se font une cavalerie en marchant, forcent les monastères, escaladent les châteaux, pillent, massacrent, violent ou incendient tout ce qui se rencontre, et retiennent chargés de butin à leur flottille de bateaux. Lorsqu'un pont ou loul autre obstacle interrompait leur navigation, ils tiraient leurs navires à sec, les démontaient et les charriaient jusqu'au courant le plus proche. S'ils fixaient par hasard leur camp sur la terre, c'était dans quelque ilol inabordable, où ils se fortifiaient et entassaient le produit de leur pillage avec leurs prisonniers... Un fanatisme religieux et patriotique ajoutait encore à la férocité naturelle des Normands. Ils égorgeaient les prêtres avec délices, saccageaient de préférence les couvents et les églises, et faisaient de foule chapelle une écurie à leurs chevaux. « Nous avons chanté aux chrétiens la messe des lances, disaient-ils. elle a duré depuis l'aurore jusqu'à la nuit. » Us se liaient à leurs rois de mer, comme les clients gaulois à leur chef, cl ils obéissaient tous à sa voix comme un seul homme; mais ce roi devait être le plus brave entre les braves, n'avoir que l'Océan pour demeure, connaître toutes les « roules des cygnes. » ne jamais dormir sons un toit, ni vider la corne devant un foyer. Il devait «gouverner son vaisseau comme un cavalier manie son cheval, courir pendant la manœuvre sur les rames en mouvement, lancer en jouant trois piques au sommet du grand mal, les recevoir d'une main sûre et les lancer de nouveau, sans les manquer une seule fois.» Ses compagnons chantaient avec lui. dans la tempête. — Ln force du vent et des flots ajoute à la force de nos manœuvres. L'ouragan est à notre service: il nous jette où nous voulions aller'.
Charlemagne avait pressenti de loin les invasions normandes, l'assaut un jour dans une ville de la Gaule narbonnaise, il vit des barques Scandinaves aborder cl pirater jusque dans le port. Les uns dirent que c'étaient des commerçants juifs: les autres, des Africains ; les autres, des Hretons: mais l'Empereur les reconnut avec son regard d'aigle : « Ce ne sont point là des marchands, mais desennemis, » s'écria-l-il. EU demeurant à la fenêtre, tourné vers les mers orientales, il versa des larmes abondantes, dit le moine de Sainl-Call. « Savez-vous pourquoi je pleure, ô mes fidèles? dit-il ensuite aux grands de sa cour. Certes, je ne crains pas pour moi ces misérables pirates; mais s'ils viennent jusqu'ici, moi vivant, quels maux ne feront-ils pas à mes enfants et à leurs peuples?»
Charlemagne disait vrai : les flottes normandes rodaient autour de l'empire comme des corbeaux «autour du mourant qui promet un cadavre. » El quand
1 W union Geliorsodc iCniinv saxon , <j<l. GiMx>n, p. 130 et passiui ) — Cm»*. Joliau. Walliiifui.l irt D bei\ *><;ur.. «mit , l III, p. 552, «rte. — M.ilK-l, llist. w II»m\nK, i II, p. '293. — Wilkta Mahnetb., ne G«r. bec «st., lib. II — Hcnrki lliiiiliint. Hkt . lib. VI — ,\uu Tbh-rry. <'.,.v.m ït« i* i.'A%oi.»TuiRK p»n ii> S»n*\\i>*. I. I, In II
le globe factice se brisa en tombant de la main du grand Empereur ; quand tous ces peuples, unis pour un jour, rompirent les serments qu'ils s'étaient faits en langue romane, tudesque et celtique ; pêcheurs habiles à profiter de l'orage, les Normands s'élancèrent de tous côtés sur leur proie. On sait que leurs incursions en Gaule portèrent spécialement sur l'ancienne Neustrie, dont ils devaient faire, en l'occupant, la Normandie moderne, et sur la haute Bretagne, qui frémit encore au nom des Normands de la Loire.
Dès l'an 850, ils s'étaient emparés de l'île d'Herou d'Herio (aujourd'hui Noirmoulicr), et Nominoë les avait combattus jusque dans le pays de Léon; mais leur plus formidable invasion fut celle que provoqua le perfide Lantbert.il les amena lui-même sur leurs soixante-sept bateaux de cuir, en face de Nantes, le 24 juin 843, jour de la fêle de saint Jean-Baptiste. Les moines d'Aindre et la population des rives accouraient devant eux, portant leurs reliques et leurs trésors. La ville regorgeait de pèlerins, mais elle manquait de soldats. Ce fut un massacre et un pillage inouïs ; qu'on en juge par le récit d'Albert. Le peuple s'était rassemblé dans la cathédrale, implorant le secours du ciel. « Les Barbares estant arrivés à Saint-Pierre y donnent l'assaut, les uns d'arrivée mettent les portes en pièces, les autres entrèrent à l'escalade par les vitraux et fenêtres, et ayans comme loups carnaciers forcé le parc de la bergerie de Jésus-Christ, se ruèrent de force sur celle populace désarmée, frappant à tort et à travers, écrasant la tète des petits enfants contre les paroirs, ouvrant les entrailles des femmes grosses pour en tirer leurs petites créatures my-vivantes, traînant les vierges par les cheveux, et usant de toutes les cruautez et insolences dont ils se purent adviser. Tandis que ces cruels massacres se commeltoient en la nef de l'église, le glorieux pontife saint Godard csloit à l'autel et célébroit la messe, pontilîcalcment servy et assisté de ses archidiacres, tous ses chanoines, chantres et chapelains, et les moyncs du monastère d'Aindre estans dans le clneur en leurs sièges; et encore bien que les cris pitoyables de cette multitude qu'on égorgeoit peslc-meslesans pitié, ny mercy, fust capable de troubler les esprits les plus rassis, si est-ce que le saint prélat, et à son exemple ses officiers et chanoines ne se troublèrent ny ne prindrent la fuitte, ains attendirent constamment que les Barbares ayans forcé les barrières et clostures du chœur, les vinrent massacrer en leurs sièges, chacun tenant son rang et faisant son office; ils montèrent insolemment à l'autel ayant forcé les chanceaux, tuèrent les ofliciers assistans du saint pontife, lequel disant le snrsùm corda à l'entrée du préface de la messe, fut rudement arraché de l'autel par un de ces barbares, lequel l'ayant jetté par terre, luy fist voler la teste dedessus les cspiulcs, tout revestu de ses habits pontificaux comme il estoit. »
Ces déluils n'ont rien d'exagéré ; mais Albert ne manque pas d'y ajouter un miracle : «Les barbares Normands ayant massacré saint Gohard. lais-
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sèrenl son corps séparé de la leste panny les autres morts, pour les faire brûler en l'incendie de son église, mais nostre Seigneur pourveut d'honuorable sépulture à son saint martyr par un cslrangc miracle, car les Normands estant près de donner le feu à la pile de fagots et meubles qu'ils ivoient dressé au milan de l'église, lecorpsdu saint pontife Gohard se leva sur pied, et tenant sa teste en ses mains sortit de l'église au grand estonnement des infidèles, cl alla directement au faux-bourg nommé de Richebourg, situé sur le bord de Loyre, suivy de grand nombre de Normands curieux de voir quelle issue auroit celte merveille. Estant arrivé au bord «le l'eau, il monta dans un batteau qui s'y trouva miraculeusement disposé, ayant deux flambeaux allumez d'un costé et d'autre, lequel monta amont la Loyre, sans ayde de voilesny de rames, et estant arrivé à la pointe, laissant le canal de Loyre à droite, entra dans la rivière de Mayne et se vint arresler au port d'Angers, sans que les flambeaux se fussent esteints ny consommez, le long d'un si grand chemin qui est de dix-sept lieues de Bretagne. » Les chanoines de Saint-Pierre vinrent le lendemain recueillir et ensevelir « en beaux linges blancs » le corps de leur saint évèque.
Les pays de Mauge, de Tiffaugc et d'IIerbauge eurent le même sort que Nantes; aprèsquoi, les Normands, chargés du butin, emmenant des milliers de captifs, regagnèrent Noirmoutier. Là, tandis qu'ils se disputaient à coups d'épée leur proie, les prisonniers s'échappèrent ; et bientôt eux-mêmes disparurent. Rentré en possession de Nantes, ou plutôt de ses ruines, Lanthcrt fut rejoint par Nominoé,qui venait d'enlever le comté de Rennes à Charles le Chauve, et tous deux « firent le dégât » jusqu'aux villes du Mans et d'Angers. Empereur frank et roi breton avaient également levé le masque. Les fureurs de la guerre succédaient aux ménagements de la politique. En 844, Nominoë, ravageant le Poitou, élève sur le monastère de Saint-Florent sa statue, le visage menaçant, tourné contre la France. Charles apprend cette insulte, fait renverser l'effigie du Breton, et y substitue la sienne, montrant une face grimaçante à la Bretagne. Mais Nominoë revient sur les entrefaites, et le monastère et la statue croulent dans les flammes. Les riches dépouilles de Saint-Florent passèrent «à Saint-Sauveur de Redon.
Cette querelle se vida, l'année suivante, entre Charles et Nominoë dans les plaines marécageuses de Ballon, qui s'étendent de l'Oust à la Vilaine. Les Franks et les Bretons, commandés par leurs rois en personne, luttèrent deux jours entiers. La grande force de ceux-ci était leur cavalerie légère. Montés sur de petits chevaux vifs et rapides, au pied ferme et infatigable, habitués à franchir les bois, les marais et les bruyères, les cavaliers bretons avaient pour armes « le pot de fer, » la cotte de mailles, un grand bouclier peint, et ces terribles traits qu'ils lançaient en voltigeant jusqu'aux derniers rangs ennemis. Les Franks avaient à peu près le même équipage, mais des chevaux plus lourds, et des armes propres au combat
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corps à corps : haches nationales, largos et courtes épées. sans pointe, cl demi-piques de six pieds de long. Connaissant la tactique bretonne, l'Empereur couvrit ses Franks d'une ligne de Saxons lestement armés; mais celle troupe mercenaire fut culbutée dès le premier choc; et les Bretons s'élancèrent contre les Franks, les attaquant à la fois par la droite et par la gauche, par devant et par derrière, tantôt courant sur leurs flancs criblés d'une grêle de traits, tantôt fuyant pour diviser leur masse, et revenant les écraser en détail. Ce sanglant exercice dura toute une journée. Les combattants se reposèrent pendant la nuit, et revinrent à la charge le lendemain. Même système et mêmes avantages des Bretons : nouvelles pertes des Franks. La bataille allait recommencer le troisième jour, lorsque l'armée de Charles apprit la fuite de son chef. Alors la déroute devint générale; les Bretons poussèrent un cri «le joie si sauvage, qu'ils achevèrent d'épouvanter leurs ennemis, puis ils se mirent à tuer des Franks par milliers, et ils restèrent maîtres du champ de bataillc.de la tente et de «l'appareil royal.» d'un butin considérable, et d'une multitude de prisonniers.
Non-seulement celle victoire assura l'indépendance de la haute et delà basse Bretagne, réunies de nouveau sous le même chef; mais la renommée nationale de Nominoë traversa l'Europe ; et ce fut le tour des Franks de redouter ces Bretons qu'ils avaient opprimés pendant plusieurs siècles.
Délivré du comte Lanlbert, et reconnu «par le pays entier.» Nominoë conquit encore une partie de l'Anjou et u*u Maine, accorda la paix aux ambassadeurs de Charles le Chauve, repoussa de nouveaux Normands, après trois échecs, en les gorgeanl d'or, et couronné par les hommes, voulut être couronné par Dieu (847). Or, la plupart des évèques bretons nommés par l'Empereur, et retombés sous l'obédience du métropolitain de Tours, refusèrent de sacrer un roi de Bretagne. On voit combien le clergé national était dégénéré depuis Hoël le Grand ! Nominoë résolut de le régénérer en bloc, par un de ces coups d'État que le succès justilie. C'est ici que reparait l'abbé Conwoïon.Soitqu'il fût d'accord avec son bienfaiteur, soit qu'il fût poussé par sa seule conviction, l'homme de Dieu sort un jour de son monastère, et vient dénoncer au roi, comme coupables de simonie, les évêques de Vannes, d'Alcth, de Quimper et de Saint-Pol-de- Léon. C'étaient justement les quatre adversaires de Nominoë. Ils n'en méritaient pas moins la sainte colère de l'abbé de Bedon, car ils avaient trafiqué do l'ordination des clercs, de l'administration dos sacrements et d«' la collation des bénéfices. « J'ai l'amour de Dieu, mais je n'ai point la science, répondit adroitement Nominoë ; je vais réunir les doctes de mon royaume. » La réunion ne se lit pas attendre, et les charges furent si graves, qu'on porta l'affaire à Borne. Conwoïon va présenter au pape Léon IV une couronne d'or et des lettres de Nominoë, sollicitant la déposition des évoques simoniaques : mais voilà qu'au même instant arrivent deux de ces
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évèques. chargés tle la défense eommune; de sorlc que le pape assemble un consistoire solennel. Là. les évcques « se purgèrent fort mal. » s'ntlachant moins «à nier qu'à expliquer leur faute; cl «le bonhomme abln» les pressant d'auctorités de l'Kcriturc et des saints canons, prouva que leur dire n'était que vainc capitulation de conscience. » Le pape blâma hautement les actes de simonie, déclara les coupables indignes de la mitre
mais éluda l'application de la peine en exigeant une procédure interminable. Nominal vit que Charles le Chauve était aussi représenté à Home, et il osa ce que l'Empereur lui-même n'eût pas osé; il prit sur lui de faire juger quatre chefs de l'Église. Les accusés comparaissent dans la salle royale de Coëllou devant un synode d'évèques, d'abbés et de seigneurs bretons. Pendant que vingt témoignages les accablent, l'adroit monarque leur fait espérer que, s'ils avouent leur faute, on les laissera mourir dans
leurs sièges Ils avouent, déposent le bâton et l'anneau pastoral, et sont dégrades à l'instant même. Nominoë relève alors la métropole bretonne de Hol. y fait ordonner les nouveaux évèques. en crée deux de plus à Sainl- Brieuc et à Tréguier, et reçoit lui-même l'onction sainte et la couronne devant tous ces pasteurs réunis H\H).
Irrité de tant d'audace, le pape écrit de sa main au roi breton; eelui-ci refuse de recevoir la lettre. L'année suivante, un concile assemblé à Tours le menace de l'excommunication. Quelle est sa réponse? Il rentre en campagne contre Charles le Chauve, s'élance sur le Maine et l'Anjou, en prend les deux capitales, revient enlever Rennes et Nantes à l'Empereur, qui les avait occupés en son absence, retombe victorieux sur le Maine, dépasse