‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 20 sur 103 · ALAIN LE GRAND. - INVASION NORMANDE · texte numérisé non relu

ALAIN LE GRAND. - INVASION NORMANDE

Alain, frère de Pasqvviten, et Judicaël, fils de Gurvvan, héritèrent de l'animosité, comme des États de leurs parents. La Bretagne se vit alors disputée entre tous ses chefs. Alain et Judicaël, comte de Vannes et de Rennes ; les comtes de Léon et de Goello. petits-fils des anciens rois, et les comtes de Cornouaille et de Poher. Au milieu de ces conflits, reparurent les hommes du Nord. Ils venaient d'assiéger le roi de France dans Paris, avec le redoutable Rollon Roll le Marcheur) : tout couverts des dépouilles et du

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sang français, ils saccagèrent encore une fois la ville de Nantes et envahirent la Bretagne depuis la Loire jusqu'au Hlavet. Alain et JudicaëJ sentirent enfin que l'union seule pouvait les garantir (888) ; tous deux marchèrent donc contre les Barbares. Judicaël les battit le premier à Traut, mais paya sa victoire de la vie ; Alain vint à son tour, extermina quinze mille Normands à Quinlambert (Qucalembert), sauva la Bretagne, cl devint Alain le Grand, roi des Bretons (890).

Alain 111 usa noblement de son triomphe et de sa puissance. Il laissa ses rivaux en paix, répara les villes, releva les églises, acheva les Normands en reprenant Coutanccs, et mourut en 907, « comblé de gloire et de mérites. »

Les trente années qui suivirent la mort d'Alain le Grand furent trente années de malheur pour la Bretagne. Accablé, coup sur coup, par ces invasions normandes qui revenaient comme les flots de la marée montante, ce malheureux pays fut, pour ainsi dire, bouleversé de fond en comble. Les Normands de la Loire ravagèrent tellement le comté de Nantes, qu'euxmêmes n'y trouvèrent plus «le subsistance. Une colonie des compagnons de Boll, dit la chronique de Nantes, s'établit par le meurtre et t'incendie jusque dans la Cornouaillc, « et aucun roi, aucun duc, aucun défenseur ne surgissait contre eux. » Le jour de la Saint-Michel enfin, cette énergique population se leva en masse et massacra jusqu'au dernier de ses oppresseurs. Mais bientôt de nouvelles nuées de Barbares arrivèrent par terre et par mer; et une telle épouvante se répandit en Bretagne, que chefs, magistrats, comtes, mac-tierns, seigneurs, allèrent réclamer en Angleterre l'hospitalité que leurs aïeux avaient jadis trouvée en Armoriquc. Les abbés et les évêques les suivirent avec leurs reliques et leurs trésors, ou se retirèrent dans les diocèses français les plus rapprochés de la Bretagne. Ce lut une désertion, et partant une désolation générale : « les pauvres Bretons cultivant la terre demeurèrent sans chefs et sans secours, sous le fer ou la torche des Normands. » Un seul comté, celui de Léon, ne fut pas abandonné, dit M. de Courson dans son Essai. « Là régnait le comte Even,qui mérita plus tard le surnom de Grand. Ce vaillant prince, se souvenant de son aïeul, le comte Morvan, n'offrit que du fer aux guerriers du Nord. »

C'est vers ce temps-là que la plupart des historiens placent la cession de la mouvance de Bretagne, qui aurait été faite par Charles le Simple et Hobert au chef normand Bollon; cession stipulée, disent-ils, dans le traité de Saint-Clair-sur-Epte, dont personne n'a jamais vu ni cité le moindre fragmenl... Pour croire un pareil fait, sans preuves matérielles, il faut admettre qu'un vaincu ait pu céder ce qu'il ne possédait point, et qu'un vainqueur ait été assez niais pour accepter un pareil don ! Mais comment expliquer l'affirmation d'une chose si douteuse par les écrivains les plus graves rt les plus recommandables? — Par une confusion toute naturelle. On sait que les rois bretons avaient conquis rt s'étaient fait concéder dos terres

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dans le pays d'Avranches el de Coutanees ; et que pour ces terres, comme pour certaines portions des comtes de Rennes et de Nantes, également conquises, ils rendaient l'hommage simple aux rois des Frauks. Telles furent sans doute les « terres bretonnes» (Flodoard les nommait ainsi jusqu'en 955) dont Charles le Simple céda la suzeraineté aux Normands, en même temps qu'il leur abandonnait la ^ieustrie. Et voilà ce qui a fait dire à Dudon, de Saint-Quentin, très-humble flatteur des ducs normands, et à tant d'écrivains après lui : que la Bretagne avait été donnée à Rollon ; ce qui. déclare un auteur moins crédule, est absolument faux.

On voit qu'ici la dénégation n'est pas nouvelle, et ne nous appartient pas, A tout seigneur tout honneur î C'est le vénérable et savant Lobineau qui opinait ainsi en 1707 '.

Telle est vraisemblablement l'origine de l'hommage que plusieurs ducs de Bretagne vont rendre aux ducs de Normandie, successeurs de Rollon. leurs formidables voisins ; — hommage que les seconds voudront étendre à toute la Bretagne, quand les premiers le maintiendront dans ses termes' originels. — El de là. la sanglante répétition, pendant trois cents ans, des guerres éternisées déjà pour le même motif entre la Bretagne et la France.

Ainsi prise entre les Normauds de la Seine et les Normands de la lx>ire. abandonnée par ses plus nobles défenseurs, et par Dieu lui-même, dont les saintes images avaient passé la mer, la Bretagne était depuis trente ans la proie des hommes du Nord, lorsque le digne rejeton de Nominoë, Alain, dit BarbeTortc, vint la* délivrer de ce fléau.

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