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demeures fortiliées , de leurs armes. » La population noble des Gaules s'élevait dès lors à plus d'un million d'individus, le nombre des guerriers dépassait cent mille. Ou comptait à peu près soixante-dix mille fiefs, dont trois mille titrés, et parmi ceux-ci près de quatre-vingts à cent Ktals souverains, grands ou petits. On peut évaluer approximativement la population cléricale au onzième siècle d'après le relevé suivant, fait en 1420: trente mille quatre cent dix-neuf églises curiales, dix-huit mille cinq cent trentesept chapelles, quatre cent vingt cathédrales, deux mille huit cent soixanh douze abbayes ou prieurés, neuf cent trente et une maladrerics. Jacques Cœur «'t la Satire Ménippée portèrent le nombre des clochers eu France jusqu'à un million sept cent mille.
Sur les quatre-vingts ou cenl Étala féodaux, il y avait neuf principaux Ktals, dont les souverain* étaient à peu près indépendants du souverain par excellence, qui s'appelait le roi.
(les Klats étaient :
I " Le ni ent m Bretagnk ; k2° Le duché de Normandie:
-T Le duché de Bourgogne; \" Le duché d'Aquitaine; .V Le duché de Gascogne ; Hu Le comté de Toulouse ; 7° I/O comté de Flandre ;
X" Le comté de Vcrmandoi« :
tl" Le comté de Paris, dont les souverains devinrent rois de France avec Hugues Capel, — noyau de l'unité politique et de la nationalité française.
Ces neuf principaux souverains avaient d'autres souverains pour vassaux et relevaient quelquefois les uns des autres, suivant la chance de la guerre, des traités et des mariages. Ainsi, nous avons vu les ducs de Bretagne relever nominalement des ducs de Normandie. Les comtes d'Anjou relevaienl <les rois de France. Les comles d'Augoulème, de la Marche, du Périgord, relevaient des ducs d'Aquitaine. Les comles d'Armagnac et de Bigorrc relevaient des ducs de Gasgogne, etc.
Pairs entre eux et le plus souvent ennemis, les grands vassaux n'avaient rien de commun que la suzeraineté. Il en était ainsi de leurs vassaux el arrière-vassaux, tous seigneurs sur leurs terres, jusqu'au propriétaire du plus pelil lief. Cependant, comme l'a dit M. Guizot. cette échelle ne fut jamais complète. Il y eut toujours dans la hiérarchie féodale une multitude d'exceptions, de caprices et d'incohérences, qui tenaient à l'essence même du système, l'indépendance individuelle. L'association des possesseurs, fondée sur les hasards de la guerre el des localités, ne fut jamais sincère ni durable : c'est ce qui empêcha le système féodal de produire une
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société régulière, cl permit h la royauté «h- l'absorber «bus son unité poissaule. Toutefois, la féodalité était assez puissante elle-même pour que celle absorption ait duré près de sept cnits ans.
Durante a compte, dans la France féodale, jusqu'à quatre vingts espères df possesseurs «le liefs. On peut les réduire à cinq classes :
I" Les vassaux souverains, depuis pairs de France:
2" Les possesseurs «le (i«'fs à grande mouvance ( liante noblesse) ;
r>* Les possesseurs de liefs de bannière, ou baniierels. qui devaient à leur icigneur Miserait! de «lix à vingt-cinq hommes:
\ Les possesseurs de liefs de haubert, ou chevaliers, qui devaient un Cavalier armé avec deux ou trois valets :
.V Les possesseurs do liefs d'ecuyer, «] il i devaient un vassal en armes.
Quelque arides que paraissent ces détails, ils sont indispensables à l'intelligence de l'histoire : nous ne saurions les compléter avec plus de précision que par le tableau suivant, indiquant les Ktals de la France jusqu'à leur (union les uns dans les autres, ou leur réunion à la couronne l.
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Le clergé marchait do pair avec les barons, dans le système féodal « sinon comme corps, du moins comme propriétaire. ». Les évèchés el les abbayes étalent des seigneuries féodales, tout comme les seigneuries laïques, exerçant les mêmes droits sur leurs terres et leurs vassaux. Ouelques-une* même avaient une supériorité notable, c'est qu'elles ne relevaient ou prétendaient ne relever que du saint-siège, c'est-à-dire de lueu. Mais les rois profitaient de la non-hérédité des fiefs ecclésiastiques pour les transmettre à prix d'argent. On sent combien de troubles, de querelles, de procès devaient naître de cette lutte ou de cette confusion des deux pouvoirs spirituel el temporel, de cette dépendance politique des évèquos comme propriétaires, el de leur supériorité religieuse comme pasteurs.
Tout, dans le système féodal, devint matière à liefs ou en prit la forme, meubles et immeubles. La terre seule donna valeur à l'homme; sans elle on n'avait pas même de nom. (l'est là le grand caractère de la féodalité'.
Le vassal rendait hommage au seigneur, qui lui donnait l' investiture, OU le droit de posséder. L'Iionunage était simple ou l'nje. « Celui qui rend l'hommage simple, dit Chanlereau, a son épée au coté, se tient debout et a l.i main libre, sans s'obliger à servir envers et contre tous. Celui qui rend foi et hommage ligemeut doit être sans éperons, à genoux, les mains jointes dans celles du seigneur. « L'hommage simple, entièrement honorifique, était une alliance el promesse de féauté qui n'obligeait à aucun service effectif: c'était l'hommage des grands vassaux envers le roi de France. L'hommage lige engageait le vassal à servir son seigneur envers el contn toute créature qui pût vivre et mourir, « à défendre son corps et son honneur, à le tirer de prison, à le délivrer de danger, à se mettre en otage pour lui. — Je deviens votre homme de vie et de membres. » disait l'homme lige dans son serment d'hommage. Il devait à son seigneur des services de guerre pour un certain temps et un certain nombre d'hommes ; il devait assister à ses plaids et lui payer des aides pour le délivrer de prison, armer son lils el marier sa lille.
La vassalité était moins une servitude qu'une association. Les plus puissants n'en rougissaient point. Les rois de France relevaient de l'abbaye de Saint-Denis pour le Vcxin. <f Autant l'homme doit de foi el de loyauté au sire, autant le sire eu doit à son homme. Filtre l'un el l'autre il n'y a que la foi.»»
Le jugement par les pairs élait toute la justice féodale. « L'offensé, vassal ou seigneur, s'adresse à rassemblée, ou cour îles pairs, qui seule juge. » Si le seigneur refuse justice ou rend un jugement qui déplaît. îe
• Le •HÙ^nciir avait un moulin Iwnal où tout le inonde était olili.ro «le venir moudre son Idé ; nu foor I'. m il où lout le monde étui utilisé «le venir cuire son nain : el chu un île juver le droit n<" moulure cl do cuisson. Le seigneur louchait les amendes m-niotu éV> uar le ju-to en son nom 11 afufuwl leplan* aux halles. Il avait droit dcUup, .le iMivniie. île Euh*. île •-•mie, «le péi^e, de |.<mV, et.- . rtr Mi-iKi.il. MaOkuia >mi'*iiiri>1 I«*om< I. y *2?M '
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vassal porte plainte au seigneur suzerain, en ddfaut de droit ou en faux jugement; et celui-ci juge de nouveau l'affaire avec ses pairs. Enfin, si ce jugement définitif ne satisfait pas, comme il n'y a pas de force publique capable de le faire exécuter, on a recours au droit naturel de lu force privée : c'est la guerre ou bien le combat singulier. Les barons préféraient ce dernier expédient. La guerre et le combat judiciaire devinrent des institutions réglées, dont l'influence a laissé le duel dans nos mœurs.
Telles étaient les classes des hommes libres et égaux, des maîtres et des possesseurs. Les classes des vilains, des serfs el des possédés s'aggloméraient sous celle aristocratie des barons et des évèques. Les vilains (de villa, métairie) rappelaient les clients gaulois, les colons romains cl IV.mks. Le seigneur était leur propriétaire et leur souverain : à ces deux litres il leur imposait des redevances lixcs, et des tailles ou corvées à sa merci. « Mais sache bien, lui disait le législateur, que tu n'as pas pleine puissance sur ton vilain ; donc, si tu prends du sien hors des droites redevances qu'il te doit, tu les prends contre Dieu et sur les périls de ton âme, cl comme voleur. Et quand on dit que toutes choses que le vilain a sont à son seigneur, c'est-à-dire à garder; car si elles étaient à son seigneur propre, il n'y aurait nulle différence entre serf cl vilain. » La différence était grande, en effet. Les droits et la condition fixe des vilains engendrèrent les communes. Sans le christianisme, les serfs n'eussent engendré que des esclaves. Les serfs avaient le sort des obœrati, des pene servi, dont nous avons parlé. « Leur sire peut prendre tout ce qu'ils ont, et les corps tenir en prison toutefois qu'il lui plaist, soit à lort, soit à droit, el il n'est tenu d'en répondre à personne, fors à Dieu. » Cependant ( c'est ici l'œuvre admirable de Jésus-Christ) le travail plutôt que la personne du serf devint peu à peu la propriété du seigneur. Sous les derniers Carolingiens, le seigneur ne pouvait détacher le serf de la glèbe, ni lui enlever arbitrairement son nom, sa famille, son existence civile et religieuse. Il lui devait même l'éducation morale, la nourriture du corps et la défense de la vie. La religion dominait l'un et l'autre, les proclamant égaux, appelant le serf son élu, protégeant l'opprimé contre l'oppresseur. Le sujet comme le souverain pouvait devenir moine ou prêtre, par conséquent supérieur du souverain lui-même. On peut donc affirmer, avec un historien d'aujourd'hui, que, malgré quelques droits cruels ou infâmes, rarement exercés d'ailleurs, (tels que le droit de marquette ou de nuit des noces, dont ou a exagéré le but et les effets), le servage du moyen ûgc fut la moitié du chemin • litre l'esclavage*anliquc et la liberté moderne. Au servage a succédé le salaire, qui se modilicra à son tour, dit M. de Chateaubriand : nouveau progrès qui signalera h troisième ère du christianisme.
tas principes moraux de la féodalité n'ont pas été moins féconds que ses principes politiques : ils ont développé cet antique dévouement de
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l'homme à l'homme, inné chez les premiers Gaulois comme chez les premiers Germains, « l'honneur el la loyauté, la foi du serment, le sentiment tles devoirs réciproques, l'amour délicat et respectueux des femmes, la sainteté du mariage, la courtoisie cl l'élégance des manières, » en un mot la ciievaleiue, ce résumé de tout ce qu'il y avait de heau et de hon dans le moyen âge. Bref, la féodalité a donné au monde le spectacle, unique dans l'histoire, d'une monarchie universelle, la monarchie de l'Église catholique. A l'ombre de cet arbre immense, arrivé à ses derniers développements, l'Europe ne forma qu'une seule nation, ayant pour chef le représentant de Dieu sur la terre, pour mobile la grande passion par excellence, la foi; les populations s'accrurent sans s'écraser entre elles; les cités fleurirent sous des institutions libérales; l'industrie porta ses trésors jusque sous le toit du serf: la Trêve de Dieu sauva de l'épée l'ancre et la charrue. Après avoir défriché le sol, les moines défrichèrent l'esprit humain ; les sciences et les arts naquirent dans les cloîtres. Les trouvères et les poètes répandirent et formèrent les langues : une végétation d'admirables monuments sortis de terre immortalisa, sous mille formes, les idées et les sentiments, les hommes et les choses de l'époque.
(le corps féodal était si solidement constitué, qu'il lui a fallu, pour se dissoudre, des siècles d'excès de tout genre. M. Monleil cite, dans son Traité des Matériaux, une table alphabétique des fiefs, entreprise à la lin du dix-huitième siècle, et dont l'interruption au milieu de la lettre R lui inspire cette réflexion terrible : « L'auteur, surpris par la cloche de la mort, ou plutôt par la cloche de la révolution de 1781). garda le reste de son encre et de ses plumes pour aller écrire, dans la nouvelle France que le 14 juillet venait d'ouvrir, «les procès-verbaux de séquestre des biens d'émigrés, des domaines nationaux, par quoi s'est terminé cet antique et immense monde féodal l.