LA FÉODALITÉ EN BRETAGNE
Le germe de la féodalité, inhérent aux vieilles institutions gauloises, et que n'avaient pu étouffer les invasions romaine et germanique, se développa lentement en Bretagne avant d'arriver au système complet dont nous venons d'esquisser le tableau. Les matériaux nous manquent poursuivre et constater les divers progrès de ce développement; mais l'histoire nous a conservé un document inestimable, le recueil des lois galloises d'Hoël-dda (Iloél-le-Bon), qui jette la lumière la plus vive et la plus curieuse sur les institutions bretonnes antérieures et contemporaines au dixjèmc siècle. A ceux qui nous reprocheraient d'aller étudier les lois de la petite Bretagne dans
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les lois de la grande, nous rappellerons les relations fraternelles établie* de temps immémorial entre les deux contrées 1 , et particulièrement la colonisation de la Bretagne continentale, du quatrième au sixième siècle, par les peuples de la Bretagne insulaire émigrant devant l'invasion saxonne. On sait que les institutions de ces peuples se fondirent dans celles des Armoricains avec d'autant plus de facilité que la différence était déjà presque insensible entre les unes et les autres. Or, il est démontré aujourd'hui que le code donné vers 920 aux Gallois par Hoèl-le-Bon ne fut que la révision et la confirmation de la plupart des vieilles coutumes communes aux deux Bretagncs. Les points essentiels de ce code se retrouvent en effet chez les Bretons continentaux, plusieurs siècles après celui qui les sépara des Bretons insulaires. C'est donc en cette circonstance ou jamais que l'induction par analogie peut conduire à la vérité.
Le code d'IIoël s'ouvre par ce préambule 2 : « Hoël, tils de Cadwcl, brenin (chef ou roi ) du pays des Cambricns, après avoir imploré la grâce de Dieu par le jeûne et la prière, a donné ces lois aux terres soumises à sa puissance... C'est pourquoi il lit venir six hommes de chaque commole à Ty-Gwin (maison blanche), sur les bords du Taf. Parmi ces hommes, les uns avaient le droit de verge, les autres étaient archevêques, évèques, abbés ou docteurs... Ils achevèrent ce code, et appelèrent contre ceux qui le violeraient les malédictions du ciel, celles de l'assemblée, et la vengeance des Gallois en état de porter les armes. »
Le premier livre du code d'IIoël-dda règle les droits et les devoirs du brenin et de sa cour.
Les vingt-quatre officiers ordinaires sont : 1° le préfet du palais ; 2° le prëlre du palais : 3° le dispensateur ; 4° le préfet des faucons; 5° le juge de la cour; 6" le préfet des ccuyers ; 7° le chambellan ; 8° le musicien du palais ; 9° le silenciaire ; 10° le préfet des chasses ; 1 1" le faiseur d'hydromel ; 12* le médecin; 15° Péchanson; 14° le portier ; 15" le cuisinier; 10° le préposé aux luminaires ; 17° le dispensateur de la reine ; 18° le prêtre de la reine; 19° le préfet des écuyers de la reine; 20° le chambellan de la reine ; 21° la servante de la reine ; 22" le portier de la reine; 2.T le cuisinier de la reine ; 24° le préposé au luminaire de la reine.
Le brenin doit à ses officiers des vêtements de laine, et la reine des vêtements de lin, trois fois l'an : à Noël, à Pâques et à la Pentecôte.
La femme du brenin a droit au tiers du produit que son mari tire de ses terres, et ses serviteurs au tiers du salaire qui revient aux serviteurs du roi.
1 Relations spécialement intimes entre les Gallois d'Angleterre el nos bas Bretons, i|ue nous verrons se reconnaître au même langage après plus «le mille ans de séparât ion et de dominai ion étrangère * LrcR* Wumcje. — l'iumno... ete A deCotirson, K«s»is si<* i.nisTniiu.T t» userr. kt im institi i* BnrTw.Nf inxntticuxE. p. 1% Notes idem, p 44i»
\jcs chapitres suivants règlent les amendes pour meurtres cl injures envers le roi, envers ses clients; envers sa femme, envers les époux, etc. — « L'auteur d'une injure envers le brenin d'Abcrfraw lui payera cenl vaches par chaque centenc (mesure de lerrej que possède ce coupable, et par chaque cent de vaches, un taureau à oreilles rouges, une verge d'or de la longueur du roi et de la grosseur d'un doigt. »
Le seigneur de Dinévorc a le privilège de recevoir, pour compensation d'injures, des vaches blanches, à oreilles rouges, autant qu'on en peut trouver d'Argoël à Dinévorc, et avec chaque vingtaine de ces vaches, un taureau de pareille couleur.
Le prince désigné pour succéder au brenin reçoit les plus grands honneurs. Sa suite est composée des jeunes nobles. Il ne peut découcher sans la permission du brenin. Il y a trois étals au pays de (îallcs : celui do brenin, celui de noble, celui de vassal.
Suivent les attributions et les droits des divers officiers : du préfet du palais, dont le meurtre ou l'injure est estimée le tiers de ceux du brenin : du chapelain, qui reçoit à Pâques les habits du roi ; de l'intendant, dont le meurtre est évalué quatre-vingt-neuf vaches, et qui a ses droits sur le produit des chasses cl sur le butin des guerres ; du préfet des fauconniers, qui reçoit pour ses oiseaux le cœur et les poumons de tous les animaux tués à la cuisine, une brebis stérile de chaque village de serfs, etc. ( s'il prend un héron étoilé, un héron ordinaire ou une grue, le brenin lui lient l'étricr) ; du préfet des écuries, à qui reviennent les poulains du butin royal, les vieux chapeaux, selles et harnais, les peaux des bètes tuées à la cuisine, etc.; du juge de la cour, qui couche près du brenin, entre et sort par la grande porte, reçoit pour lui et ses assistants vingt-quatre deniers par cause, porte un échiquier d'ivoire et deux anneaux d'or : et du chambellan, qui couche dans la chambre du brenin, hérite de ses vêlements, garde son trésor, ses cornes à boire, ses bijoux, et reçoit toutes les vaches prises sur l'ennemi, dont les oreilles sont inégales. Son meurtre est compensé par Cenl vingt-six vaches, son injure par six vaches et cent neuf deniers.
Toutes les terres de ces officiers sont libres, et ils onl un droit de patronage plus ou moins étendu sur les accusés.
Les ofliciers inférieurs, depuis le barde jusqu'à la laveuse de la cour, s'élèvent au nombre de vingt-huit : les débris du butin, de la bouche, de la garde-robe du brenin, sont le payement de leurs services. Les oflices du barde et du musicien sont très-différents. Le premier ne chanlc qu'à la cour, pour le roi et la reine. Le second chante dans les rues, aux noces, pour tous ceux qui le payent.
Le brenin a huit bètes de somme (ce sont, dit M. de Courson, les droits easuels seigneuriaux) : V la mer; 2" le désert du roi...; 5° l'étranger sans domicile ni propriété au domicile du roi : 4" le voleur: 5" l'échule des biens