CLERGÉ. - É VBQUES. -CHANOINES.— CLERCS
« Le soleil, dit le père Maunoir, n'a jamais éclairé canton dû ait paru une plus constante et invariable fidélité dans la vraie foi qu'en Bretagne. Aucune infidélité n'y a jamais souillé la langue qui a servi d'organe pour prescher Jésus-Christ ; et il est à naistre qui aysl vu un Breton bretonnant prescher autre religion que la catholique. » Ces paroles, appliquées à des temps qui ne sont plus, seraient encore aujourd'hui l'expression de la vérité. Qu'on juge donc de l'influence et de l'autorité du clergé en Bretagne à l'époque qui nous occupe ! Si dans le reste de la France les prêtres étaient des rois, on peut dire qu'en Armorique ils étaient des dieux . Sans doute les Faiblesses de l'homme se trahirent chez eux plus d'une fois, et les Bénédictins eux-mêmes vont nous raconter ces faiblesses. (Quelle plus grande preuve de la toute-puissance d'une religion, que l'infirmité même de ses ministres?) Mais on ne peut nier sans aveuglement et sans impiété, pour ainsi dire, que la Bretagne ne doive à sa « sainte Église» tout ce qu'elle eut do noble et de beau, d'utile et de durable, dans son indépendance, dans ses institutions, dans ses mœurs, dans son élat politique, civil et matériel.
Nous avons retracé, d'après Albert le Grand, le sublime et naïf tableau des premiers temps du christianisme en Bretagne. On a vu la divine semence apportée à Nantes par saint Clair, à Rennes par saint Modéran, à Vannes par saint Paterne, à Dol par saint Samson,à Aleth par saint Malo. à Sainl- Brieuc par l'évéque de ce nom, à Tréguier par saint Tugdual, en Léon par saint Pol, en Cornouaille par saint Corcntin ; enfin dans tout le pays par ces armées d'apôtres et d'anachorètes qui allaient et venaient de la grande à la petite Bretagne durant les quatrième, cinquième et sixième siècles. Ces anachorètes et leurs disciples n'éclairèrent pas seulement l'esprit des Bretons, ils peuplèrent et défrichèrent les solitudes de la Domnonée, dont ils furent ainsi doublement les civilisateurs. Les hérésies qui ébranlèrent alors l'Kglise naissante ne firent que passer sur l'Armorique ; celle du Breton Pelage lui-même ne put y prendre pied et dut émigrer dans la Bretagne insulaire, d'où la chassèrent bientôt saint Germain et saint Loup. Déjà les évèques et les abbés armoricains dominaient les conseils des rois et les assemblées nationales *. La cupidité et le relâchement des mœurs arrivèrent à la suite de la richesse. « La simonie, dit D. Moricc, devint publique, et les ordinations ne se firent point sans argent ou sans cadeaux.»
1 Le clergé fui longtemps en Bretagne le premier corps de l'Étal. Dam le* actes de fondation d.- Ijandlvennek, aousGradlon. et du couvent de Saintc-Ncnnolc, sous Kit k. les évoques ont la préséant* mit les comtes, et Tiennent immédiatement aprës le roi [Cart de Ijmdévennek et de Quimperlé. > II» occupent la même place dans tous les actes relatifs a l'abbaye de Redon, sous Nominoô. Frxpo*. Silomon III. Alain Fergent. de Cnrtulaire de Redon
LA BKETAUKË ANCIENNE. 257
Un a vu comment la pieté de saint Conwoïon et la politique de Nominoë arrêtèrent ces désordres au terrible synode de Coëtlou. Mais à peine le haut clergé de Bretagne était-il réformé1, qu'arriva l'horrible invasion des Normands. Au milieu des scènes de désolation que nous avons décrites, après avoir inutilement levé les mains au ciel, prêtres et moines s'enfuirent avec les reliques des saints et les Irésors de l'autel. Pendant leur absence, la Bretagne, abandonnée de Dieu, vit naître un abus pire que tous les autres: « les laïques se mirent en possession des églises et des biens qui leur avaient été légués par la piété des lidèles. Incapables d'administrer ces églises par eux-mêmes, ils en confièrent le soin à de pauvres prêtres, à qui ils assignèrent un assez modique revenu pour leur subsistance. D'autres, pour couvrir leur usurpation, firent ordonner leurs enfants sans leur avoir donné préalablement une éducation convenable à l'état ecclésiastique. De tels prêtres ne trouvèrent point de meilleur moyen pour conserver leur héritage paternel que de se marier publiquement. De là tant d'évèques et de prêtres mariés,» de là ces titres de prêtresses et d'enfants ecclésiastiques qui fourmillent dans les actes du onzième siècle. Instruits de ces scandales, les papes ne purent y remédier avant d'avoir repris aux laïques les biens des églises. Or, ces restitutions exigèrent bien des années et plus d'un concile. Les foudres de l'excommunication soumirent enfin les usurpateurs, et la meilleure partie du clergé retrouva sa dignité en retrouvant ses droits. Mais malgré la sévérité des Robert d'Arbrissel. des Raoul de La Fustayc, des Vital de Mortain et de tous les réformateurs qui les suivirent, on vit encore, — tant les abus sont longs* à déraciner ! — plus d'une querelle de ménage ecclésiastique a affliger les échos du sanctuaire. « Plusieurs prêtres, ajoute le Bénédictin, crurent se mettre
1 Tous les simoni.tqucs nu Curent point corrigés p.ir et exemple; car, dans une allocution attribuée au pape Sylvestre II, on voit ligurcr un évéque qui se vante ainsi du trafic des choses les plus saintes : * Dernièrement j'ai été sacré évëquc par un archevêque; il m'en a coûté cent sols pour obtenir ce grade : mais si je ne les avais pas donnés je ne serais pas évéque aujourd'hui. Bien m'en a pris de tirer de l'or de ma poche plutôt que de manquer un si grand sacerdoce. J'ai déboursé, mais j'ai reçu l'épiseopat ; et si Dieu me prête vie, j'espère bien rentrer dans mon argent. J'ordonne un prêtre, et je reçois de l'or; je fais un diacre, et je touche une lionne somme d'argent. Les ordinations, les bénédictions des églises et des abbés, voila des profits assurés, et tout mon argent revenu dans mon escarcelle. » KrxiTiL df> hist. vx Fhavr, t. X, p. ôô'i cl IIist. «i cuL«I4St, de Flcury, t. XII, p. 309.
* Un juge aussi peu suspect en celle, matière que I). Morice, I). Lohincau parle ainsi de plusieurs évéque* bretons des dixième et onzième siècles : « Cet Orscand ( évèque de Cnrnouaillc j a plus honoré I épiscopat par sa naissance que par sa vie Itt'uédicl élait évèque dès ce temps-là, et l'a été toute sa vie. 11 y a bien de l'apparence qu'il >e maria étant évéque, aussi bien que Guérech, qui fut évéque et puis comte de Nantes. La femme de llénédict s'appelait Guinocdau. Il en eut cinq enfants, dont Orscand, qui suivit l'eieniple de son père. Il lut fait évèque île (Juimper; cela ne l'empêcha pas de se marier publiquement en face de l'Église. L'exemple de son |>ère, que lepiscopat n'avait pas empêché de se marier, lit impression sur l'esprit d'Orscand. Il rechercha la lillc de Rivelen de Croion ; et les noces étaient près de se célébrer i la face de I Église, lorsque Alain Cagmirl s'y opposa. Mais l'oppo- Mtion cessa aussitôt que ce prélat eut abandonné an comte son frère une partie des terres de son église
la hukvacm; \>ciknm:.
à couvert des censures canoniques en prenant des concubines au lieu d'épouses; et l'on vit jusqu'au milieu du quatorzième siècle de ces femmes entretenues dans des maisons particulières. »
Cependant les restitutions multipliées avaient rendu au clergé breton soit premier éclat. Armés des mêmes droits que les barons, conseillers prépondérant* des princes, et souvent plus puissants que les princes euxmêmes, les évoques du onzième siècle avaient leur cour, leur tribunal (les fameuses régales ou regaircs. royauté de la ville), leur bannière cl leur armée; leur sacre n'était pas moins solennel que le couronnement des ducs. En un mot, le faste de plusieurs allait si loin, que I). Morice leur reproche d'avoir complètement oublié l'humilité chrétienne.
Qu'on en juge par les cérémonies observées à l'entrée de l'évèque de Ouimpcr dans sa ville épiscopale :
Le nouvel évèque allait coucher la veille de son entrée au prieuré de Locmaria. Pour accueil, la prieure de la maison s'emparait de son manteau, de ses gants, de son bonnet, de sa bourse, et lui donnait seulement un lit. Le prélat montait le lendemain à cheval, passait le pont et se rendait à la porte de la ville, où le ejergè l'attendait. Le sire de (iuengal lui aidait à descendre de cheval £l lui otait ses IhjIIcs. Pour ce service il avait le cheval et les bottes. Le seigneur du'Yicux-Chàlcl présentait au prélat un bâton blanc, et le prélat lui donnait son manteau. Itevètudcs habits pontincaux, le prélat se mettait dans une chaire, qui était portée par le vicomte du Faon cl par les seigneurs de Ncyet. de IMu-uc et de (luengat. Lnlin il Taisait serment au chapitre et à la ville de maintenir leurs privilèges. L'évèque de Nantes
l i fille île Hivelcn de Cru/on s appelait Oiiwch, et I évèque en eut trois cniauU; Heuoisl ou liéuéduC qui sunéda à son pîw; Cuigou, doyen «le l.i cathédrale de Ouimpcr. i l Connu, La qualité «le femme d évèque ne taisait jMjiiil île houle à Unwen : elle portail même celle qualité fort liant, jusqu'à nedaipuer plus se lever en présence «le la iOiules.se Julilh Jchoiiens avait iiMirpé le siège de Itolel laqualilé d archevêque Si vie avait répondu à celle entrée illégitime ; il avait pillé mm église pour cnruliii ses filles i. i l.obmeau, p 101
« C'est dans les actes publiés rédigés par les prêtres eux-mêmes que l'on apprend que des évéques Ile Vannes, de Ouiliipcr, de Rende* et de Nantes oui été mariés, cl, pendant leurépisropat. ont eu<lcv entants qui lurent ensuite, comme leurs pères, évéques el mariés C'est encore laque l'on apprend que les piètres n'étaient ni meilleurs, ni 'plus chaste* que leurs prélats Les femmes de ces cccléswsliquei prenaient publiquement la qualité de prêtresse* Les ecilé>i.islicpies de la première espèce repar laient leurs bénéfice* eouinie un pal -luge de leur famille : et pour empêcher qu'ils ne changeassent de uuiu>. ils ne IfOuvaR'Ul point MDfl doute de. meilleur expédient que le mariage s [ Lohiueau, p 110 ;
Les conciles. noii> le rcjiéloiis. n'avaient pas assez de foudres contre de tels dérèglements, et les profanalioni des minislres de la religion ne firent que mettre en lumière la sainteté de la religion même
Quelquefois le peuple n'attendait pas la tour de Home pour faire justice de ces al» inahles évéques
Jéhovéc, nommé en 10U8 archevêque à l>ol, ou plutôt an hiloup ixu uiciuriiseoits ohm aiu uiui-i-s. disent les Actes de. saint Uclduiu), devint tellement odieux à ses ouailles, qu'elles le chassè rent de son siège et de la ville, < d'où estant sorti à toute peine, il s'empara du mont Sainl-Michel, * y lorlifu, ri, par de fréquentes sorties el pillrries jusqu'aux portes de IM. incommodait extréinemeiit le plat
P«« i Albert le Grand, Vm p» mimCum i\ }
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lui porté plud lard, à son entrée dans celle ville, par les barons de lin/ <>n Relz, île Pcntclialrau. *l «» Chateaubriand et d'Anccuis. Le premier avnil
pour son service \c linge qui servait au festin du prélat, cl le second avait *nn cheval.
L'évêque était juge suprême et à peu près maître absolu dans sa ville. Il l'agrandissait et l'ennchissait à son gré, — témoin saint Félix et ses immenses travaux. — A Ouimper. le duc n'avait que la moitié d'une taille (la levée de mai), avec l'amende du sang versé, des duels el des larcins. Une partie de la Bretagne fut mise en interdit parce que Guy de Thouars avait hàti malgré l'évêque une maison dans le lief de Sainl-t'orenlin. A Nantes, pour toute assise générale el tout règlement public, il fallait l'autorisation de l'évêque. Il ne prêtait point serinent au duc avant le règne de (leoffroi II (1109), et les Nantais ne le prêtèrent à ce prince que a sauf la fidélité due à l'évêque. » En temps de guerre, les hérauts du duc et ceux de l'évêque faisaient marcher les deux armées sous leurs bannières respectives. L'une et l'autre gardaient le nom d'osl si le duc les commandait; si c'était l'évêque, elles prenaient le nom de httreUe. La régale ou justice de l'évêque était complètement indépendante de la justice ducale. Ses droits d'amende.
<lc Lan, de crédit, etc., n'avaient point de bornes *. Plusieurs évêques interdisaient aux ducs de battre monnaie dans leur ville. A Dol, l'évêquc donnait le champ pour les duels, droit qui n'appartenait qu'aux souverains. Tous les évoques n'étaient pas aussi puissants, mais tous avaient leurs sénéchaux, et parlant leur juridiction temporelle.
L'irrésistible instrument de cette juridiction, la foudre épiscopale, non moins redoutée que celle de Dieu même, était l'excommunication, — cette grande peine du moyen âge! — Les cérémonies qui l'accompagnaient faisaient trembler les plus intrépides. Si un homme, par exemple, avait violé les libertés de l'Église, on l'excommuniait en jetant par terre la croix et le livre des Évangiles ; ou éteignait les cierges et on sonnait toutes les cloches. Les curés étaient obligés, sous certaines peines, d'avoir deux tableaux des excommuniés: l'un posé sur l'autel ou attaché au mur de l'église, et l'autre dans leur presbytère, qu'ils devaient porter à tous les synodes. Les chapelains qui manquaient, lorsqu'on leur dénonçait un excommunié, à en prendre le nom, étaient condamnés, dans quelques diocèses, à jeûner trois vendredis au pain et à l'eau, ou à douze deniers d'amende. Celui qui différait pendant quinze jours de signifier au curé les lettres d'excommunication obtenues contre un de ses paroissiens, payait, dans certains diocèses, une amende à l'église cathédrale.
Tout ecclésiastique qui avait passé quarante jours dans l'excommunication était emprisonné; ses biens saisis ne lui étaient point rendus si l'excommunication n'était levée avant un an. La terre sainte était refusée à son corps, à moins d'autorisation de l'évoque. Quand des juges laïques attentaient aux droits de l'Église, ils étaient excommuniés ipso facto. Si l'attentat allait jusqu'à la violence et à la prise de corps, l'excommunication enveloppait quelquefois tout un pays.
Le seul pouvoir qui balançât l'autorité épiscopale était celui du chapitre, sorte de parlement ecclésiastique qui partageait avec le peuple* l'élection
1 Dans une production d Amaury d'Acigné, évéque de Nantes, on lit : « 1° Que- son église n'était • "M - la dépendance ni du duc, ni d'aucun autre prince, cl que c'était un (icf plus noble que comté ou Imronnic ; 2° qu'elle était la troisième de la chrétienté Fondée en I honneur de saint Pierre et de saint î'aul : 3° qu'elle possédait de très-grands biens, cuire autres toute la ciléde Nantes; A" que saint FéJit, l'on de ses érèques, avait fait passer la rivière de Loire pris de ladite ville pour l'utilité, des habitant»; 5° que l 'Eglise était sous la garde du pape, et ne reconnaissait aucun pouvoir temporel; 6* qu'elle mût droit de régale et de juridiction ; 7° que jamais aucun évéque de Nantes n'avait reconnu tenir M de son église des ducs de Bretagne ; 8" que le duc ne pouvait faire exécuter ni jugements, ni contrats, ni uulres exploits sur le (icf de l'évcquc, sans son consentement, quoiqu'il put le faire sur le fief de» barons; 9° que des sentences rendues par les sénéchaux de I évéque, i Nantes et âGuérandc. on n'appelait qu'au conseil dudit évéque, et non au parlement dn duc ; 10» enfin que le duc ne pouvait étendre sa main sur la régale de l'évéché, qu il fût ou non vacant. » ( EsqrtrK un les t*om ws éveoces ne Nantes [ 1206). — Actes de Bset., 1. 1, col. 303. — Courson, Essai, p 208.
' Ce mot veut dire ici les bourgeois, les hommes libres do la cilé Kie< tiose atote wriirro ctai srr iiebis Sirmundiis, Coxni G au*.
LA BRETAGNE ANCIENNE. m
des évoques. Les ducs n'avaient aucun droit dans ces élections, mais ils les influençaient par l'intrigue , et c'était leur seul et unique moyen de réprimer les ambitions cléricales. — Le chapitre de Saint-Malo donnait des lettres de naturalisation et de bourgeoisie , des certificats de noblesse et des rémissions de peines. En 1562, il leva un interdit jeté par son évéque sur des particuliers du diocèse. Les chapitres veillaient au partage* des revenus et des fonds de l'Église, ainsi ordonné par le concile d'Orléans en 511 : un quart à l'évoque, un quart au clergé diocésain, un quart aux pauvres, un quart à l'entretien des églises.
Les ecclésiastiques se divisaient en deux classes: les chanoines et les prêtres, ou clercs. Les chanoines faisaient l'office dans les cathédrales et vivaient en commun. Les prêtres ou clercs desservaient et habitaienlchacun sa paroisse.
Les habits des clercs étaient fermés de toutes parts, ainsi que les chapes des chanoines. En 1455, on leur interdit les habits fendus par derrière sous peine de cinquante sols d'amende. A la même époque on réprouvait les chapeaux sans cornettes, à la façon des séculiers. L'usage des chapeaux ecclésiastiques parait avoir été très-ancien en Bretagne. Mais c'était d'abord, dit D. Moricc, des espèces de bonnets carrés. Ils se sont agrandis pou à peu comme les mitres, «jusqu'à l'énorme Ggure qu'on leur donne aujourd'hui.»
Les ecclésiastiques se sous-divisaient en recteurs ou curés , vicaires . chapelains, abbés, diacres, sous-diacres et clercs. La plupart de ces titres s'expliquent d'eux-mêmes.
Souvent le même prêtre disait deux ou trois fois la messe en un jour : aux funérailles, à Pâques, à Noël, etc. Quelques évêques n'imposaient aux fidèles l'audition de la messe qu'une fois par mois. Le prix d'une messe au quatorzième siècle était de deux sols et quelques deniers. Pendant la messe paroissiale, toute autre messe se disait portes closes.
Les revenus ecclésiastiques étaient innombrables. « Les curés , sans compter la dîme1, tiraient de l'argent des mariages, des baptêmes, des relèvements de couches, des confessions de Pâques et de l'A vent, de la visite des malades, des enterrements, des serments sur la Sainte-Croix, des confréries, des adultères, des sacrilèges, de certaines impositions par tête, des chandelles de la Purification et d'autres choses semblables. Ceux qui se mariaient payaient le droit do pasl ou repas nuptial, non-seulement au curé qui les mariait, mais opeore à celui dans la paroisse duquel ils allaient s'établir après leur mariage.
1 Cette portion du revenu des fidèles avait été d'abord, comme tous les biens ecclésiastiques, une ofTrande, une aumône volontaire. Ce fut d'après ce principe que « les peuples doivent l'aliment et l'entretien sut ministres de Dieu, » que la dlme ecclésiastique passa en loi, sous peine d'wcoromunication. v. rs le nnl.ru du sixième siècle (Sirmond, t I. p. 384 )
•m LA KUKTMiNi; ANCIKtNNK
Mais la source la plus féconde des CMliels ecclésiastiques était les enterrements. Aussi les prêtres prenaient-ils la peine de sonneries cloches, de chanter des vigiles, de dire des septains, des trentaius et des anniversaires. Ouelques-uns même ajoutaient dans to\ttes leurs messes une collecte particulière pour le défunt.
Comme on avait plus de confiance aux prières des moines qu'à celles des pi ètres séculiers, on s'adressait aussi plus souvent à eux, « et on leur Tondait des pitances extraordinaires, qui représentaient peut-être les festins de charité qu'on faisait anciennement au tomheau des martyrs.» On enterra d'ahord dans les églises les évêques, les abbés, les prêtres et les patrons, puis «chacun y trouva place pour son argent.»
fn des plus beaux privilèges des gens d'Église était de ne payer aucun droit pour le passage et le transport de leurs meubles et denrées, à moins qu'ils ne se mêlassent de commerce. Le prêtre accusé sans preuves d'un crime capital était relâché sur le serment d'un tiers. Celui qui plaidait comme avocat en cour ecclésiastique jurait qu'il croyait sa cause juste.
Les étrangers ne pouvaient posséder de bénéfices1 en Bretagne. Ce pri- \ilégo national était si sacré, qu'un pape l'ayant violé, en 1490, malgré les bulles conlirmalivcs de ses prédécesseurs, la duchesse Anne défendit aux chapitres de Vannes et de Saint-Mclaine de recevoir les pasteurs nommés par ce pape.
Mais le droit ecclésiastique le plus hostile à l'autorité temporelle était le droit de mink'hi ou ménéc'hi (asile, franchise)1. En vertu de ce droit, tout criminel réfugié en tel lieu sacré était à l'abri du châtiment. La Bretagne était couverte de minichou, et il y en avait d'une étendue considérable. C'étaient le plus souvent les lieux consacrés par la pénitence ou la mort de quelque saint. La ville de Sainl-Malo tout entière était un minic'hi. On se souvient qu'Alain Barbc-Torle, pour repeupler Nantes, en (it un lieu d'asile. La violation des minic'hou était punie d'excommunication.
Voici d'autres coutumes ecclésiastiques relevées dans les Actes de Bretagne. — Jusqu'au septième siècle on appelait encore les évêques papes ou pères. — Malgré leur respect pour le pape de Rome, les Bretons n'attendaient pas toujours son jugement pour rendre un culte public aux morts honorés par des miracles. Une grande partie de leurs saints (et ils sont innombrables) n'ont pas d'autre canonisation que la voix du peuple.
1 Bien* GcdéMWlîquos on usufruit. L'origine des liénéfircs remonte Irës-haut. Dès aranl le rinquième sièrlo, les évêques aerordaient aux ecclésiastiques l'usufruit des biens-fonds «le leur* éîliscs (Sirmoinl, Coscit.ES nr.s Cxus , I. 1, p. 2TiO.)
* « Je lit» doute pas, «lit notre tarant prammnirien Le tïonidec, que re mol no soit composé «Je Mixte », pluriel ilo nas.m.'ii. moine, cl «le Tf, maison Méné< ïii a ilonc do signilier dans le principe monastère, maison de moines. « De tout temps, en effet, les monastères ont été un lieu de rofuf e ; et peut-èiro même fiirenl-iN le* premier viNic'itnr
• LA BKKTAG.Xb ANCIENNE. 2<>â
L'église ilu Tréguier fêta publiquement saint Yves avant que le conclave eu eût donné la permission. La dévotion patriotique de ce bienheureux fit tomber les pèlerinages à Rome. — C'était un très-ancien usage de couvrir les autels et les tombeaux des saints de lapis ou d'élofTcs précieuses appelés imllta ou jiulliola. Les fidèles baisaient pieusement ces tapis, les appliquaient sur leurs membres malades et en achetaient les lambeaux au poids de For. — Un autre usage consistait à inscrire dans un livre appelé le litre île vie, les noms des personnes pour lesquelles on s'engageait à prier. — On ne travaillait point les jours de fêle, ni le samedi après vêpres. Ceux qui violaient ce précepte étaient condamnés, dans quelques diocèses, à payer cinq sols à l'église pour le luminaire, ou à assister en chemise et en caleçon pendant cinq dimanches à la procession, portant au cou l'instrument dont ils s'étaient servis pour travailler. Les barbiers eux-mêmes, exempts « du repos des saints jours » partout ailleurs, y étaient soumis en Bretagne. — La coutume de sonner les cloches aux Approches du tonnerre est très-ancienne ; « mais ce n'était pas seulement pour ébranler l'air qu'on les sonnait, c'était encore pour assembler le peuple dans les églises, où l'on priait Dieu de préserver les paroisses de ce terrible météore.» — Il n'y a point d'abus que le clergé breton ait eu plus de peine à déraciner que celui du charivari ou chelevalet. « jeu profane, l'ait pour insulter ceux qui passaient à de secondes noces. » — On pouvait, dès le onzième siècle, se racheter par une amende des pénitences publiques imposées aux grands crimes; mais ces pénitences duraient encore au treizième siècle. D. Morice en cite deux exemples : Une femme, ayant battu et blessé un moine à l'autel, fut, devant l'autel même, fouettée en présence de tout le inonde. La même peine lut infligée à un gentilhomme qui avait « cmblé » quelques bestiaux d'un monastère, avec celle différence qu'on lui donna douze deniers après la flagellation. — Les grands personnages se confessaient quelquefois, cl recevaient l'absolution par correspondance.
L'usage des cloches est très-ancien en Bretagne. On a vu que saint Pol de Léon en apporta une petite de la Grande-Bretagne. «Avant la fin du neuvième siècle, dit Dcric, il y avait en Bretagne des cloches remarquables par leur grandeur, notamment celle que le roi Salomon avait donnée au monastère de Plelan, cl qui servit de modèle à beaucoup d'autres.»
MONASTÈRES. - ARBÉS - MOINtS.
On a vu comment saint Jagu et saint Gwcnuolé fondèrent les premiers monastères en Armorique au cinquième siècle, et quelles processions de moines y arrivèrent, dans le siècle suivant, de la Grande-Bretagne. On ne sait sous quelles lois vécurent d'abord toutes ces communautés. Bientôt elles se soumirent aux règles traeées par saint Grégoire, saint Benoit el saint Coulm, qu'il ne faut pas confondre avec saint Coloinbail. Saint Coulni.
■>ù\ LA BRETAGNE ANCIENNE.
de la famille des Netl d'Irlande, avait formé dans l'ilc d'I-Colm-Kill celle pépinière d'anachorètes qui envoya tant de saints apôtres à la Bretagne armoricaine. On l'a déjà dit, ces pieux colons défrichèrent les solitudes dr leur nouvelle patrie. Les bourgs et les villes, les églises surtout s'élevèrcul sous leur inspiration féconde. Redon et Quimperlé n'ont pas d'autre origine. A côté de l'agriculture, l'industrie, les arts mécaniques, l'histoire même, naquirent dans ces monastères. L'éducation surtout y prit des développements merveilleux. Toutes les nobles familles y envoyèrent «par nuées » leurs enfants à l'école des vertus, non sans payer leur instruction par des dolations de loulc nature. On se souvient que l'exemple de ces générosités était donné chaque jour par les rois les plus illustres. «Il n'était pas rare de voir ces princes échanger le sceptre contre la hairc, et s'agenouiller devant un paysan de leur domaine » élevé par eux-mêmes au rang d'évèque ou d'abbé. Dès le neuvième siècle, les moines héritaient de leurs parents laïques, tandTs que les laïques n'héritaient pas de leurs parents moines. Cette inégalité n'arrêta point le cours des dotations. Elles se faisaient solennellement, dans les églises, au milieu des places, sur les grands chemins, devant plusieurs témoins convoqués avec l'agrément du prince et du seigneur de l'endroit et de toute la famille du donateur; on les publiait sur les terres concédées, par l'organe des mac-tierns, ou des officiers de justice. Sur l'acte dressé en conséquence, le donateur inscrivait son nom ou traçait une croix: souvent même il se bornait à toucher l'acte delà main, après qu'on l'avait lu publiquement. Le consentement du suzerain et du seigneur de la terre se manifestait par un serment du second, la main droite dans celle du premier, et par un baiser de paix. Le seigneur se réservait parfois une place gratuite dans le monastère pour lui ou pour quelqu'un des siens. Ou bien il exigeait de l'argent, des chevaux pour aller à la guerre ou à la cour. Mais souvent il se contentait des prières promises par les moines. Après la concession venait l'investiture, qui complétait le transport de la propriété. Le donateur y procédait en fermant ou brisant un couteau sur l'autel. D'autres transportaient leurs présents « par un bâton , par les cordes des cloches , par une branche de laurier ou de fougère, par une tablette d'argent, par un anneau, par un chapeau, par de la terre prise dans le lieu donné, cl par d'autres choses semblables, que l'on mettait sur l'autel ou entre les mains de ceux que l'on gratifiait. La plupart des transports étaient accompagnés de baisers de paix , cérémonie essentielle dans les accords, cl dont les femmes s'acquittaient par une personne de l'autre sexe , lorsque la bienséance ne leur permettait pas de s'en acquitter elles-mêmes ». »
1 Ogée Ole un ancien modèle d'acte de donation Tait par un seigneur du lligron, eu l'année 1050 Y.n voici la traduction ou plutôt l'analyse, car la pièce e»t d une respectable longueur.
Aprè» de pieuse» réflexion» mr h v.milé de* bien? de rr monde et l'usage qu'on en Hou hirr ;
Après le tlroil d'éducation, c'est-à-dire de domination, le droit de sépul- Inre fut une autre source de richesses pour les monastères. L'orgueil ou la faiblesse de l'homme le suit jusque dans la tombe. Depuis le onzième siècle, les princes et seigneurs bretons payèrent au poids de l'or six pieds de terre pour leur cadavre dans les chapitres ou dans les cloîtres, au milieu des lombeaux des abbés et des moines, sous ces dalles consacrées jour et nuit par la prière. Ces inhumations se faisaient, d'ailleurs, avec la plus pompeuse solennité. Pour les rendre plus lugubres, on y procédait la nuit, à la lueur des lampes, des llambcaux et des cierges l. Les religieux portaient Imites les reliques au devant du corps des grands seigneurs. Souvent même ceux-ci n'attendaient pas la mort pour entrer au couvent. La veille de leur dernier jour, ils y venaient prendre l'habit monastique, afin d'être mieux accueillis à la porlc du ciel. Cette dévotion ne leur coûtait qu'une partie des biens d'ici-bas. On vit jusqu'à des femmes mourir sous le froc de moine. Ceux qui n'étaient pas assez riches pour- ces morts somptueuses avaient un aulrc usage : leur famille implorait et payait les prières des religieux, en leur faisant savoir les décès par lettres circulaires. Les services anniversaires, les lampes entretenues sur les tombeaux, les messes commandées par centaines, ajoutaient encore aux revenus des couvents. Kntin. les seigneurs menacés d'excommunication pour détenir les biens des églises, s'en défaisaient presque toujours aux mains des religieux, qui pouvaient, mieux que les ecclésiastiques séculiers, ■ reconnaître généreusement » cette faveur. Le droit de morl et de sépulture dans l'habit de l'ordre
« Nous, poursuit le donateur, Draolius, fils <le Frédur. soigneur -lu (listeau du Migron, considérant lénormité de nos péchés et le peu de séjour et demeure <|ue nous avons en ce siècle, où nous n'avons apporté aucune chose, et d'où nous sortirons les mains nettes et villes, fors ce que, sur l'espérance et attente d'une récompense et d'une rétribution étemelle, nous aurons donné, départi et élargi au trésor céleste par les mains des pauTres, et pareillement de co que nous aurons employé de nos facultés pour le bien, augmentation cl cntrclrncmc ni du service divin, en notre mère la sainte Église, invité el mu par ce* passades et autres de la divine Écriture, que nous avons appris de la bourbe des sapes, nous avons entrepris le voyage de Saiiil-Sauveur de Redon par forme de pèlerinage, accompagné d'Oredienne, noire femme cl coinpguc, eldc nos deux enfants, Hivalon et liellegron. » Il raconte ensuite fort au long son arrivée à Redon, les prières el les dévotions qu'il y lit ; la manière dont il en usa avec les moines et l'abbé, qui lui donna, et à toute sa famille, sa bénédiction en plein chapitre, pour les rendre a ceiipéti itk partki paxts de* (.nvers, hkhitf*, scrrmr.Es el pamhixs dcdit momstèiik. Il annonce ensuite (pie depuis longtemps il avait fait vueu de consacrer à Dieu son fils Judicaël, cl comme l'occasion lui semblait favorable, il prie l'abbé et les moines île le recevoir dans leur société. L'offre est acceptée par les religieux : el les parents du jeune homme, pleins de joie, vont en rendre grâce à Dieu au pied des autels ; puis, par reconnaissance, et pour l'augmentation et honneur de la sainte église de Redon, ils donnent à l'abbaye, par forme d'aumône perpétuelle, du consentement d'Airard, évoque de .Nantes, le monastère de Noire-Dame de Frossay [prêt Dainibœur) avec son cimetière. » (Ogée, Dtrr. . t. 1, p. 298. Ed. Mullicx )
* Encore un souvenir des cérémonies druidiques, qui avaient toujours lieu la nuit. « Les sacrifices, les repas sacrés, les funérailles, le chaut des hymnes, les délibérations même des druides au milieu des redoutables cercles de pierre n'avaient lieu chez les Gaulois que durant la nuit... Ouoiquc pour ces exercices on choisi le temps on la lune pouvait éclairer, cependant chacun portait son flambeau on sa torche allumée » ( Deric. Hist. Err: r* Huit.. « I. p. 183.)
tttt LA IKEÎAIrKE ANCIENNE.
en était la première récompense, cl ec|a s'appelait «se donner pour la vie et pour la mort. » Nombre de prieurés n'eurent pas d'antre commencement.
Dès la fin du huitième siècle, des églises paroissiales furent données en Bretagne aux monastères, qui en tirent le service spirituel et eu louchèrent les diuies, le casuel elles ohlalions. Ces dons se multiplièrent de siècle en siècle.
Tout en absorbant ainsi une partie des richesses de la Bretagne, les cloitres attirèrent à eux la puissance, liée si intimement à la propriété. Tandis que les nobles mouraient ça et là sur les champs de bataille, les moines, seuls capables de les remplacer, héritèrent de leurs pouvoirs civils et judiciaires. Les abbés devinrent de hauts barons dans leurs opulentes abbayes: ceux de Sainl-Jagu exerçaient en souverains le droit de bris sur leur vaste rivage: il n'y eut pas enfin jusqu'à l'exercice de la médecine qui ne vint 1 compléter l'influence populaire des «hommes de froc. »
Ce fut alors que les abus et les désordres entrèrent par toutes les portes, el on peul les compter parles sentences multipliées dont les foudroya l'Eglise. Les maisons qui avaient été, dit I). Moricc, «la bonne odeur de Jésus- Christ en Bretagne, tombèrent dans le relâchement » le plus déplorable. Les abbés, établis pour garder « les murs de Jérusalem. » furent les pre-
. niera à déserter leur posle. Amoureux des femmes blanches et du vin rouge, comme dit un troubadour, des beaux habits et des beaux chevaux, vivant richement, tandis que Dieu a voulu mourir pauvre, ils se répandirent dans le monde, à la cour, et y dépensèrent follement leur temporel. Ils prodiguèrent les bénéfices à leurs parents et à leurs amis, quand ce n'était pas à leurs Hls et à leurs tilles, s'écrie le pieux Lobineau. Après quelque vaine résistance, la cour <'e Home fut entraînée par le torrent. Un légat du pape, en 1245, autorisa la cession des bénéfices aux séculiers : de là la ruine des moines fidèles, le renversement des règles, et les déportements dont les religieux de Rhuys nous ont offert l'exemple L'histoire ne doit, certes, pas être plus indulgente pour de tels scandales que ne le fut l'Église ellemême, que ne le furent les saint Bernard et les Grégoire ; mais l'indignation, ou la partialité a grossièrement trompé les écrivains qui ont fait un crime à l'Église elle-même des égarements des moines, et qui, confondant l'usage et l'abus, ont condamné, en thèse générale, la richesse et le pouvoir temporel du clergé. A ces écrivains on peut répondre, les Actes de Bretagne en main, que le clergé breton dut à son autorité temporelle de civiliser et d'améliorer la Bretagne, de maintenir l'équilibre entre les seigneurs et les vassaux, de protéger (toutes les vies des saints, tous les titres des abbayes en sont la preuve) le faible contre le puissant, l'opprimé contre l'oppresseur, de frayer à travers ses rangs, ouverts à tous, une route au plus pauvre et au plus petit, vers les plus grandes destinées, et, par-dessus tout, de sauver l'indépendance et les libertés nationales des usurpations du dehors et des tyrannies du dedans. Une telle gloire et de tels bienfaits ne compensent-ils pas bien des erreurs?
Tout le monde connaît l'habit des ordres religieux. La tonsure des moines fut longtemps la même que celle des prêtres. Les uns et les autres, suivant la règle de Saint-Benoît , avaient tout le crâne rasé, avec un seul cordon de cheveux au-dessus des oreilles Les moines gardèrent jusqu'à la fin cet ancien usage, mais les prêtres se rapprochèrent peu à peu de la coiffure laïque.
Ne terminons pas celle revue de l'ancien clergé breton, sans parler des hôpitaux, qui furent encore un de ses bienfaits. Il y en avait un àLanmaelmon dès le temps du prince Judok, frère de Judicacl. Conwoïon en fit élever un près de son abbaye, et en donna la direction à ce moine Louheinel, dont la parole était si persuasive. Enfin les Actes de Bretagne mentionnent une quantité d'établissements de ce genre. Ils étaient fondés cl entretenus par
1 Antérieurement à la toiiMire et à l'habit de la règle de Saint-Benoit, introduit* en Bretagne, comme on a vu, psr Louis le l)él tonna ire, les moines bretons portaient le costume et la coiffure des moines d'Kcosse, apportés de l'île de Bretagne par les premiers anachorètes. Chaque moine alors n'avait qu'une seule tunique pour le jour et pour la nuit ; il mettait par- lessus une peau de chèvre avec sou poil, ou de brebis avec sa laine ; en voyage il pouvait ajouter un petit manteau La tonsure formait un demicercle qui s'étendait d'une oreille a l'autre, de façon que le derrière de la tète gardait tous ses cheveux
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les églises, à leurs risques el périls. Les uns recevaient les pauvret, les au- . très les malades, ceux-ci les vieillards, ceux-là les enfants ; tous s'ouvraient aux pèlerins dont le bâton frappait à leur porte1.