JEAN 1" (LE ROUX).— JEAN II. - ARTHUR M. -JEAN III (LE BON
Après avoir lait hommage au roi de France. Jean I" vint se faire installer à Hennés, en recevant des mains de l'évèque l'épée et la bannière ducale.
Puis il se lit reconnaître par les États, s'engagea à maintenir les privilèges des seigneurs et refusa la même faveur au clergé, déclarant annuler les dernières concessions de sou père, ce qui lui a valu te surnom de Mauvais (12.T7). C'était rouvrir solennellement la lice religieuse. 11 faut dire que ce siècle était celui des papes ambitieux, et que la moitié des princes de l'Europe agissaient comme Mauclerc et Jean le Roux. Louis IX lui-même, ce grand saint, dut résister aux usurpations ecclésiastiques.
Jean ne. ménagea pas non plus les prérogatives des seigneurs. Ses premiers démêlés furent avec le baron de Lanvaux et le sire de Ciaon, qui ravagèrent ses domaines ; il les emprisonna tous deux et confisqua la baronnic de Lanvaux. Cet énergique début lui valut une longue paix.
En 1240, les Étals assemblés à Ploërmcl proscrivirent les juifs de la Bretagne; Cl prélats, seigneurs, bourgeois et paysans exécutèrent san> pillé l'ordonnance du «lue à l'égard de ces misérables.
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Jean le Houx suivit, avec son père, saint Louis à la fameuse bataille de Tnillcbourg. Il entra, en 1 247, dans la grande ligue de la noblesse de France contre les empiétements du clergé ; il en fut même un des chefs avec Mauilerc, le comte d'Angoiilème et le comte de SainH\>l . Kxcommunié à son tour, il ne suivit point d'abord sou père à la terre sainte ; il réprima la croisade populaire des Pastoureaux, qui s'était étendue jusqu'en Bretagne, et se vit obligé, en 1250, d'aller solliciter à Home son absolution. Il ne l'obtint qu'eu restituant au clergé presque tout ce qu'il lui disputait. Ainsi, la querelle s'éternisait en retombant toujours à son point de départ. Lésés, d'ailleurs, pnr les concessions du duc, les barons refusèrent de les approuver. Ils rejetèrent notamment le lierrngcct le past nuptial, et l'on vil leurs hommes d'armes, aux prises avec les soldats des évèques. désoler les villes cl les campagnes (1259). ta misère s'ensuivit avec la famine et les épidémies, et les petits moururent par milliers, victimes des grands.
Jean crut racheter les fautes ou les malheurs de son temps en suivant saint Louis à la dernière croisade. Outre les seigneurs inscrits à Versailles, il emmena, disent les Bénédictins, sa femme, son fils aîné et sa belle-tille, le vicomte de Tonqucdec, le vicomte de Coalmeii. Alain de Buxeuil, (iuil- Inume de Loyans, etc. Celui qu'il semblait affectionner le plus particulièrement était Pierre III de Kergorlay à qui il prêta l'énorme somme de mille livres tournois.
Après avoir vu mourir saint Louis devant Tunis et guerroyé un an dans la Palestine, Jean revint en Bretagne, laissant le comte de ltichcmond. son tils, suivre le roi d'Angleterre à Plolémaïs cl à Césarée. Il consacra ses dernières années à l'amélioration des coutumes administratives, et mourut paisiblement, en 1200, après un règne de cinquante ans.
Jean le Boux est un des princes qui ont le plus agrandi le domaine ducal. 11 acquit, par des traités, la meilleure partie des terres de la maison dcClisson, de Henri d'Avaugour et d'Hervé de Léon, « homme de peu de conduite, abismé de dettes, et qui vendoit tout pour avoir de l'argent comptant. » Il céda, dit-on, la place de Brest au duc pour une haquenée blanche cl cent livres de rente. Ces agrandissements du domaine ducal effrayèrent tellement les Mais, que bientôt après ils interdirent au prince d'acheter les biens des barons et ajoutèrent cette clause à son serment.
Sous le règne de Jean P\ l'autorité du roi de France, toujours envahissante, s'étendait sur la monnaie de Bretagne. Le due ayant fabriqué des pièces de douze sous qui ne contenaient que la matière de neuf sous, le parlement de Paris lui enjoignit de les rétablir sur l'ancien pied. .
' Celle pr.in«lcel très-ancienne imUofl, m noblement représentée <l.ms I liMoirc «le Hrelagne depuis su cents an* et jusqu'à no» jours , mil fourni à Ij crni>a«le d'Alain Ferment . en t09C> , un hannrret «lonl le nom a été omis au musée île Versailles. — O M f*l jusiilié par un litre «lu château oV Vitré .lont récriture parait être «lu douzième «mVIe.
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Voici d'aul n>s ordonnances «le Jean le Roux. Aux termes do l'assise «If (icolïroi, les biens des juveigueurs ou cadets, morts sans enfants, revenaient au prince; Jean les rendit aux aînés, sous la réserve de l'hommage. Dp concert avec le roi de France, il abolit l'usage des appels et des ajourne» monts des cours seigneuriales à la cour du souverain, « de manière à forcer chacun de plaider diins le ressort do la juridiction à laquelle il appatlenait, sauf seulement à poursuivre «levant la cour ducale la réforme de la sentence en cas d'irrégularité. » Un autre usage avait passé d'Angleterre «•il Bretagne. Lorsqu'un lief tombait en minorité, le seigneur de qui ce fief relevait en prenait l'administration et s'en réservait la jouissance. La loi en Bretagne était formellement contraire à colle coutume : l'article 7* des règlrments faits dans l'assise du comte (îeolïroi attribuait ce droit d'administrer les biens des mineurs à l'oncle paternel ou, à défaut d'oncle paternel, au tuteur désigné par le père ; mais, comme ce choix devait être soumis a l'approbation du seigneur, les barons s'emparèrent de la régie des biens, sous prétexte de pourvoir au service militaire du par le lief. et ils jouissaient du revenu sans assurer ce service, sans acquitter les dettes du précédent propriétaire, sans mémo faire donner une éducation convenable au mineur possesseur actuel. Ce droit onéreux, qu'on appelait le droit de bail, fut aboli par Jean le Roui et remplacé par le droit de rachat, c'est-à-dire par l'abandon d'une année do revenu \ Ce règlement n'était qu'une espèce de transaction avec les seigneurs. Les évoques de Nantes refusèrent de s'y soumettre et conservèrent le «huit do bail.
Lu épousant Béai ri \ d'Angleterre, lillo do Henri III. le lils de Jean le Houx avait recouvré le comté de Bichemond : il succéda donc à son père, sous le nom de Jean II, duc de Bretagne et comte de Hichemond. Il se montra aussi faible et aussi bénin que Ma u clerc et Jean I" s'étaient montrés fermes et sévères. Bans les guerres que se firent les rois de France cl d'Angleterre, Kdouard Ier et Philippe le Bel. il passa trois fois d'un parti à l'autre. L'état de son osl. convoqué pour une de ces guerres à Ploormcl. ne s'élève qu'à cent soixante-six chevaliers, dix-sept ecuyers et une compagnie d'archers malouins2. Jean II sentit bientôt que toute alliance avec l'Angle-
1 Dont Lobmeau fait observer, livre XXII, qu'un trouve îles exemples du radial dès l'aimée 1*257 * Gel étal est évidemment trè.«-incomplel, la majorité des seigneurs qui se devaient à l'ost du doc ayant refusé leur concours au roi d'Angleterre. Néanmoins, comme la Heur de cette vieille nobles»vi bientôt |>érir dan* les sanglants débats de Jeiu de Monlfort et de (maries de Blois, nous transer.vons ici li liste de cet ost, telle que D. l>obiucau la donne dans sou bistoirc « On vil donr comparaître : — du diocèse de Rennes .- Guy de Laval, seigneur de Vitré; le seigneur de Cbaleaubriand. Bernard de la llorbe, seigneur de l.obé ic ; les gens du comte île la Marrbe pour les liefs de Fougères et de I'ocrlioél. (itllerin et Guillaume de Cli.ïl. nu-dirun. le» seigneurs de Fouteuay il de Mélece, et Jean de Beaumont, seigneur de h Guerebe ; — du bailliage de .Nantes : les seigneurs de Boebefort, de Bougé. d'Aiireui», de Bai/, diClisson, île Poulibàti au. Bnenl-le-flrruf. de Biens, de la Bocbe- Berna ni. d< Guènnde, île Monlielitx. Guillaume et Geollnu S. bran, Geoffroi de la Tour. Guillaume B«ll<mu
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terre lui était impossible. Les soldais d'Kdouard 1" ne faisaient que piller la Bretagne. Ils incendiaient le Complet en \->*\l A la seule vue des vaisseaux anglais, les habitants de Saint- .Mahé s'enfuyaientdans les bois, laissant hrùlcr leurs maisons à « ces alliés alfa mes. » A Brest, on enterrait les vivres à la nouvelle de leur approche. A Saint-Mathieu, ils massacraient h population et pillaient le monastère. Bref, ils ne portaient sur les côtes de Bretagne que la terreur ou la désolation. C'est pourquoi Jean II se retourna brusquement vers Philippe le Bel, taudis qu'Anglais et Bretons continuaient de se poursuivre à travers la Manche, préludant aux terribles courses qui devaient un jour ensanglanter ce détroit.
Philippe le Bel protita de l'occasion pour rattacher irrévocablement la Bretagne à la France, en érigeant la première en duché- pairie. {Depuis celte époque. les princes brelons ont porté irrévocablement le tilre de ducs.) C'était une chaîne brillante, mais c'était une chaîne. Eu se la laissant mettre au cou, Jean II stipula toutefois que celte mesure ne porterait aucun préjudice aux ducs, ni à leurs enfants, ni aux coutumes du pays. Vaines paroles que les faits ne tardèrent pas à contredire. « Ku effet, dit Daru. lorsque Philippe le Bel. un des rois qui ont le plus mal administré les monnaies, crut remédier au désordre de ses finances en ordonnant à tous ses sujets de porter à l'atelier monétaire au moins la moitié de leur vaisselle d'argent, cette ordonnance fut adressée au duc de Bretagne, avec injonction de la faire exécuter dans ses Ktats. A l'époque du couronnement de Philippe le Long, eu I3i(>, le duc de Bretagne, ayant négligé do se rendre à cette cérémonie et ne s'étant par fait excuser, fut obligé d'oblenir pour ce défaut des lettres de rémission. Iuformait-on contre des usuriers pour les soumettre à des exactions, c'étaient des juges commissioniiés par le roi qui venaient en Bretagne exercer cette espèce de justice, recueillir les charges, provoquer rincarcératiou et régler les amendes dont
M il lin. u de ta Celle, «le Bougon, île ta Muec. de Siori cl .le HoïtJ ; — ilu bailliage de l'Ioërmel el de llroerek : les seigneurs de Maleslroit, de Moritforl, de ta Molle, de Maure, Normand de Kuer, Hervé de Léon, pour le lie! de (Jucrncnelhboé : GeolTroi de Boubri, le vicomte de Bolian, Pierre Malor Olivier île Tinléniac el Sytaeslre de la Bouledlerie : — du fief de IVnthicvre : Bolland de Ih'nan, pour le liel •IcCourrvnii ; t'ierre Touniemine, (nniDroi de Saint- Dougal, Ceolïroi le Boux, Boland de la Molle el le vicomte de i'ouimeril : — de Tréguier : Henri d'Avaugour ; pour les lier* de doello et de Quiulin : le vicomte de Toiu|U«dec, la dame de Kergortay, Kvcn du l'onlou, Alain de Trogouf ou TrogoC, du l'érier, Bieliard de la Ilochc-Jagu , Henri Charrue I , Henri le Long, Alain de Cuël-Uiviscn , de la Ville- Robert, «le ta Ville-I.oys, de ta Ville-Coureut, Morerdre, du Lelluel, de Launoi-Morvan, Kar.idcc «l Aufalcon; — de Cornouaille : les seigneurs de Krrgoriaj, duJuch. do Fouesiianl, de Lisliale OU 1 i --u île de Nevcl, île Hosmadcc, (iuriuailliou lil>, Sanguin, de Hoslreiieu, de kiter-Hodieru, de li Hoehe et du l'ont, le lils Yserguent, de Ileinn, du l'Iessiz, du Hautbois et de Lezougar, le \ inutile du Fou ; les seigneurs du Mené, de Treshrivieu, de Caelhuhal, pour le vicomte de Coin vrin; — de Léon : Hervé de Lcou, A tain de Keriiiorvau, le momie du Fou, Alain Nuz, Bertrand de Kcraurau el Hervé ilttChafteL ► l> Alexis I. obi n. jii. IlivrouU h Butas», t I". p. I&i.)
le roi profilait. Supprimait-on, en France, l'ordre des Templiers, le roi envoyait confisquer à son profit les biens que cet ordre possédait en Bretagne. » (On verra qu'ici, du moins, le duc sut résister.) « Enfin, dans plusieurs circonstances, les rois affectèrent de confirmer les privilèges de la Bretagne, ce qui énonçait implicitement que ces privilèges émanaient d'eux et n'étaient qu'une concession; et cette circonstance était d'autant plus naturelle, que quelquefois, hélas ! ces actes de confirmation étaient sollicités par les ducs eux-mêmes. »
Jean II devait périr victime de l'interminable querelle des barons et des évoques. Le tierçage et le past nuptial furent supprimés, comme droits abusifs, dans un parlement solennel (1288). Mais les évoques réclamèrent si bien, suivant l'usage, que le duc alla trouver le pape Clément V à Lyon, où ce pontife se faisait introniser. Au milieu même de cette cérémonie, tandis que le roi de France conduisait par la bride la baquenée du saintpère, un mur chargé de peuple s'écroula sur le cortège, où le duc de Bretagne figurait à pied avec les pairs et les barons. Le pape fut renversé de cheval, le frère du roi fut blessé grièvement, et Jean II, retiré tout meurtri des décombres, mourut quatre jours après.
Ce prince avait, comme ses prédécesseurs, amélioré la législation du pays. Ses Ordonnances ', calquées généralement sur celles de saint Louis, ont servi de base à la coutume écrite de Bretagne, et simplifié la multitude des usages qui se partageaient la province. — Un passage de son testament, plein d'ailleurs d'œuvres pies, fera sentir combien la domination des rois de France empiétait à chaque règne en Bretagne. Après avoir imposé à son fils l'obligation , par serinent , d'observer ses volontés suprêmes : « Se il advenoit . ajoute le duc, que je me voulsissc efforcer dou contraire, je veuil que monseigneur le roy de France me dcslraigne à garder e tenir icelles choses et estât aucun de les, si avant comme il lui plaira et comme il verra que mestier soit. »
1 Voici quelques dispositions de ces ordonnances tirées des Arles de Bretagne (t. 1", col. 1 166, ele ) :
u Gentilhomme ne peut donner a ses enfants puiuez de son lu' Triage que le lier; mois il peul donner de ses achats auquel il li plaira de ses enfant*, et les couquels, si seroit-il à un étranger s'il vouloir
« Si aucuns est en ville et iait volonlier à la taverne et ne gaigue rein», ait» dépense sans avoir rien de propre, justice le doit prendre pour savoir île quoi il vit.
« Nul gentilhomme ne rend conslunic ne passage de rien qu'il acUeple en sa maison pour son (ail. s'il ne l'acliepte pour revendre.
« Gentilhomme n'a pas âge de se comhnllre jusqu'à te qu'il n'ait vingt-un ans passe* : »et a quarante ans il éloit dispense du duel.
« Si un roturier appelle un gentilhomme de cas de terme par quoy bataille soit jugée cuire eux, le gentilhomme ne combattra pas a pied : mais si un gentilhomme appelle un vilain, il le combatten-rt à pied si le vilain voudroit.
<i Si un gentilhomme faillit si maison, ou son moulin, ou sou étang, et un xm boiiiuie cu«t pitic de terre qui lus! nécessaire à cela, il l'auroit. donnant exhange sullisaiil »
Arthur II, fils et successeur de Jean II, termina l'affaire du tierçage et du pasl nuptial. Le tier«;agc fut réduit au neuvième des successions mobilières, les dettes du défunt prélevées. Les nohles en furent exempts. Le past fut réduit à deux ou trois sols, suivant la richesse des mariés. Ceux dont le mobilier ne valait pas trente sols furent dispensés de tout droit.
Aux Etals qui réglèrent ces choses a Ploérmel (1309). parurent des députésqui n'appartenaient ni au clergé ni à la noblesse, et par conséquent représentaient ce qu'on a nommé le Tiens État. 11 s'agissait en effet des intérêts de cette classe. C'est à ce titre sans doute qu'elle fui admise au parlement.
I n projet de mariage entre Edouard d'Angleterre el la fille de Philippe le Bel faillit replacer la Bretagne sous la suzeraineté de l'Angleterre. Mais Arthur el ses barons se refusèrent à ce marché, qui fut déclaré illicite par le célèbre Azon, professeur légiste, de Bologne. Que fussent devenus, quatre cents ans plus toi, les prétentions des Normands, si l'on eût consulté les jurisconsultes? C'est pendant le règne d'Arthur que Philippe le Bel brûla les templiers el confisqua leurs biens. 11 envoya ses commissaires à Nantes recueillir les bénéfices de celte spoliation : mais le duc leur enleva eelte riche proie pour la donner aux frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
Arthur II mourut en 1512; il avait eu deux femmes. La première, fille du vicomte de Limoges, lui donna trois fils : Jean III, qui lui succéda; — Cuy, qui fut comle de Penlhièvre et vicomte de Limoges; — et Pierre, qui mourut sans héritiers. La seconde femme d'Arlhur, fille de BobertIV, de Dreux, comlessc de Monlforl-l'Amaury, mit au monde un fils et cinq filles. Le fils s'appela Jean de MoimonT. Que le lecteur retienne bien ce nom. C'est un des plus grands événements de notre histoire.
Jean III. le duc de Bretagne le plus aimé de son peuple, mérita d'être surnommé le Bon, par son humeur douce el pacifique et par ses vertus personnelles. 11 ne se battit guère qu'avec la parole pour défendre ses droits contre l'ambition de plus en plus menaçante de son suzerain de France.
Philippe le Bel, qui ne manquait pas une occasion d'empiétement, avait imposé aux grands vassaux de la couronne des règles pour la fabrication des monnaies. Jugeant ces règles violées par Jean III. il fil saisir par ses
commissaires en Bretagne les coins et les espèces qui s'écartaient de son ordonnance. Le duc se dédommagea de cette humiliation aux États do Hennés en 1315. 11 y Ht déclarer, par les évèqueset les chapitres bretons. » qu'ils ne reconnaissaient que lui pour seigneur, — que les églises étaient sous sa protection immédiate et exclusive de toute autre, — que lui seul avait droit à la régale (cette jouissance si débattue du revenu des évèchés vacants i ; enfin que les appels des juridictions temporelles du clergé ne pouvaient être portes qu'à la cour ducale et de là au pape. »
Les lettres et l'éducation publique ont les plus grandes obligations au régne de Jean III. Pour faire participer les écoliers bretons aux bienfaits de l'Université de Paris, Galeran, Nicolas et Jean de Guistry fondèrent dans cette ville un collège de Cornouaille. Geoffroi Duplcssis-Balisson, gentilhomme des environs de Saint-Malo. donna ses biens pour entretenir, rue Saint-Jacques, un principal et quarante boursiers. Guillaume de Coatmohan, chanoine de Tréguicr, créa de même le collège de ce nom, qui est devenu depuis le collège royal de France. Les noms de tels bienfaiteurs méritent d'être immortels, avant ceux des destructeurs d'hommes. Leduc de Bretagne ne resta pas en arrière de ce mouvement. Il fit recueillir cl rédiger le recueil d'ordonnances connu sous le nom d'Ancienne coutume.
Les velléités belliqueuses de Jean III se bornèrent à réclamer un moment le comté de Savoie, du chef de sa troisième femme (1328), et à suivre le roi de France dans ses expéditions contre les Flamands et le roi d'Angleterre (1340). Ce fut dans celle-ci que brilla le célèbre marin Kerret Barbe- Noire, lequel sauva la flotte bretonne au sanglant combat de l'Ecluse et ramena quatre vaisseaux anglais à Saint-.Malo. Les larmes que chaque coup d'épée coûtait à Jean le Bon étaient un pressentiment de sa lin. Il mourut au retour de la guerre de Flandre, à Cacn, le 30 avril 1341. La Justice et la Paix descendirent avec lui au tombeau, tandis que, s'échappant de son cercueil comme de la boite de Pandore, tous les maux fondirent sur la Bretagne 1 .