I.ors il gémit en la prison
Longtemps sans cause et sans raison.
La prise de Nantes et l'incarcération de Moutfort semblaient devoir terminer la guerre et trancher la question. Les plus braves partisans du comte perdaient courage. Toujours infidèle au malheur, l'opinion publique se tournait vers Charles de Hlois. Il ne restait plus à la cause de son rival qu'une jeune femme pleurant sur un enfant au berceau. Mais laissons Froissart et d'Argent ré nous dire comment celte femme releva la tète. Et d'abord, apprenons iious-mème sou origine et sou nom.
Cette princesse, si justement et si glorieusement adoptée par la Bretagne, était en son nom Jeanne de Flandre, sœur de Louis, dit de Cressé, comte de Nevers, de Hhctel et de Flandre : fille de Louis, comte de Ncvers. et de Jeanne, fille et héritière de Hugues IV. eomle de Bégistcst. Jean de Montfort l'avait épousée en 1329, à Notre-Dame de Chartres, en présence du roi Philippe de France. Klle ne lui avait apporté en dot, avec sa beauté, que trois mille livres de rentes sur le comlé de Nevers, et deux mille sur celui de Khetel : mais sa véritable dot était son courage héroïque cl son habileté, qui assurèrent la couronne de Bretagne sur la tète de son enfant.
La comtesse Jeanne de Montfort était à Bennes lorsqu'elle apprit l'infortune de son mari. « Si elle en fut dolente et courroucée, se peut chacun penser et croire; » car elle supposa qu'on mettrait le comte à mort plutôt qu'en prison, et elle se trouvait délaissée, à la merci du vainqueur, «seule, ayant à se soutenir «Ile-même,» avec un enfant abandonne. Mais malgré
qu'elle eùl «grand deuil en l'âme et fust pasméc d'angoisses, elle montra qu'elle avait bien courage d'homme et cœur de lion ; car elle se résolut en peu de jours, reprit ses esprits, non comme femme déconforlée, mais comme guerrier fier et hardi; cl au lieu qu'elle avait affaire d'être consolée, elle lit cet office à l'endroit de ses villes et sujets, confortant les habitants et soldats avec toute assurance. Kl portait dans les assemblées son petit fils sur le bras, qui fut appelé Jean de Bretagne, successeur de la vertu paternelle et maternelle, et disaità ses partisans et soudoyers : — Mes amis, ne vous défiez de la grâce de Dieu. Nous sommes grandement infortunés de ce qui est advenu en la personne de monseigneur; mais j'espère, par la grâce de Dieu, qu'il sortira de là où il est, tôt ou tard, et qu'encore nous le verrons sain et sauf. Prenez cœur, et ne veuillez abandonner celui qui a mis toute son espérance, après Dieu, en vous et en votre loyauté; et si Dieu nous défavorise tant qu'il y demeure, voici son enfant légitime de son sang, et nourri sous espérance que. par la grâce de Dieu, il sera un jour homme de bien et de valeur; et croissant rétablira la perte du père, et malgré ses ennemis, lesquels, à cette heure, lui occupent sa terre. Ah! seigneurs, disait-elle aux barons, ne vous déeonforlez mie, ni ébahissez pour monseigneur que nous avons perdu, ce n'était que un seul homme : véez (voyez) ci son petit enfant, qui sera, si Dieu plaît, son restorier (vengeur), et qui vous fera des biens assez. Et je ai de l'avoir en plenté (abondance) si vous en donnerai assez, et vous pourchasserai tel capitaine et tel maiubour (gouverneur), par qui vous serez tous reconfortez. »
Partout où elle allait, «de semblable fa<;on clleassuroit les villes et liabilans, qui ne se pouvoient tenir de larmes, voyant un si grand courage dans une si grande défaveur de fortune; et celte femme sans appui, avec ce pauvre petit sans gouvernement, comme dit saint André.
Trois ans avoil ou environ,
lx>n le nourrissoit au giron
Kl n'avoit avoué n'amy
Qui loul ne fui en contre luy
For» que trop peu qui n'entent une
Se découvrir Je sa partie,
De peur de perdre leur renom
Kl la forme du chaperon
(Le moule du chapeau, la tète).
Or fallut que sa mère allât
Hors du pays, et l'emportât,
Comme pauvre gens en tnpinage :
Car ils n'avoient argent ni gage,
Seigle, Tourment, ni vin, ni grain.
Ils n'en étaient pas encore là. quant à l'argent : on va voir que le trésor de Limoges n'était point épuisé.
Jeanne île Monlfort passa à Hennés l'hiver de 1341, « nourrissant son iiU et elle d'espérance parmi ses malheurs. » Au printemps de 1342. Charles de Blois, que la plupart des seigneurs bretons étaient allés rejoindre a Nantes, se remit en voyage avec son armée, croyant abattre bientôt un parti sans tete, et n'avoir qu'à frapper aux portes pour les faire ouvrir. Mais la comtesse avait prévenu les ennemis dans toutes les villes de son obéissance. « renforçant les garnisons, payant ses soldes libéralement, les faisant revisiter souvent, gagnant les esprits par l>eau parler, par promettre et par donner, n'oubliant rien enfin de ce qu'un bon chef pourrait ou saurait faire;» montrant un jugement solide et lin dans le conseil comme un cœur valeureux ethardi dans l'action; « car les plus habiles négociateurs ne purent jamais la surprendre. Klle sa voit très-bien discerner la réalité d'avec l'apparence, et elle donna toujours le change plutôt qu'elle ne le prit. » Sa course se termina à Hennebont, « bonne et sûre ville » près la mer. à l'embouchure du Blavct, et d'une garde plus facile que Kennes.
Voyant son neveu moins avancé qu'il n'avait cru. Philippe M Ht jouer U-s ressorts dorés de sa politique pour enlever à Jeanne de Mont fort ses partisans. Le plus grand nombre céda par intérêt ou par conviction ; mais plusieurs imitèrent la noble fermeté de Tanneguy (Tanguy) du Chastel. Presse par son cousin Henri de Malestroit, il écrivit au roi de France: «Qu'il n'avait jamais eu dessein de porter les armes contre Sa Majesté, qu'il s'était seulement mis en défense contre Charles de Blois, qui voulait sa ruine parce qu'il soutenait le parti de son seigneur lige et issu du vrai sang de Bretagne; et qu'il continuerait de se défendre si Sa Majesté ne lui ordonnait le contraire, le suppliant de lui accorder l'honneur de sa protection.» Cette lettre est aussi adroite que courageuse.
Les négociations avaient rempli l'hiver. La guerre recommença au printemps (4342). La royale armée de Charles alla assiéger Rennes, dont Jeanne avait confié la garde à Guillaume de Cadoudal « gentilhomme durement, qui avait sa maison près de Vannes. » Les Espagnols et les Génois firent rage à l'assaut; mais les Bretons se défendirent aussi sagement que vaillamment. Cependant, fatigués d'un long siège, les bourgeois voulurent se rendre: l'intrépide Cadoudal s'y refusa. Alors les bourgeois le mirent en prison et capitulèrent, en lui assurant vie et bagues sauves. 11 quitta la ville avec ses gens, et rejoignit la comtesse à Hennebont.
Jeanne avait envoyé Amaury de Clisson chercher les secours d'Edouard en Angleterre Ce seigneur remit au roi le petit Jean de Monlfort, fit hommage de la Bretagne en son nom et en celui de la comtesse, promit de livrer aux commissaires anglais les meilleures villes" et ports d'Armorique, et reçut la parole du monarque pour le mariage d'une de ses filles avec le jeune Monlfort. On voit qu'Edouard vendait fort cher ses faveurs, encore se firent-elles longtemps attendre.
Kn quillant (tenues, Charles de Blois et son armée allèrent droit à Ilennebont, se flaltant d'y prendre la comtesse et de la renvoyer à ses fuseaux. Ils comptaient sans le courage de la noble femme et de ses dignes compagnons. Les principaux étaient Guy, évèque de Léon, oncle de Henri; Yves de Trésiguidy. Guillaume de Cadoudal, le châtelain de Guinguamp, les deux Qtiiric ou Kerriee, le sire de Landcrncau, Henri et Olivier de Spineforl. tous prêts à défendre jusqu'à la mort la ville et le cliAteau (dont les restes se voient encore à Hennebont), et tous attendant de jour en jour les Anglais que devait amener Amaury.
Dès que la comtesse vit arriver l'armée franco-bretonne, elle Ht sonner la bancloche (le beffroi; pour que chacun courût aux armes. Les ennemis trouvèrent donc la ville en meilleur état de défense qu'ils ne s'y étaient attendus. Tandis « qu'ils faisaient les approches et logeaient leurs gens pour le siège, » déjeunes compagnons espagnols, génois et français, allèrent jusqu'aux barrières « pour palelcr et escarmoucher. » Une troupe d'assiégés fondit sur eux, et « perdirent plus les Génois qu'ils ne gagnèrent à ce coup d'essai. » L'armée logée, les escarmouches reprirent de plus belle le lendemain; et ceux de la ville chargèrent si vivement, qu'un grand nombre de Français demeurèrent « sur le carreau, » tandis que beaucoup d'autres étaient rapportés blessés aux tentes. Les seigneurs et chefs de l'armée furent «si merveilleusement desplaisanls » d'un tel désordre, que voyant
revenir leurs soudovers, ils les renvoyèrent au champ de bataille à grands coups de bâton, «doublèrent l'escarmouche,» et recommencèrent le combat. •
Pendant ce temps-là, la comtesse. « armée de corps et montée sur un
bon cheval, galopait de rue en rue par la ville, semonant ses gens do se bien défendre, renforçant les endroits où il estoit besoin d'hommes, • employant femmes et enfants, dames et damoiselles à ramasser des pierres cl à les porter aux soldats sur les murailles, avec désarmes, de la chaux vive, des bombardes et des pois à feu pour jeter aux ennemis. Elle ne larda pas à faire mieux encore; «car, montant en une tour tout au haut, pour voir mieux comment ses gens se mainteuoient. si regarda et vit que tous ceux de l'ost (armée), seigneurs et autres, avoient laissé leurs logis et esloienl presque lous allés voir l'assaut. Lors s'avisa d'un grand fait et remonta sur son coursier, ainsi armée comme elle étoit, et lit monter environ trois cents hommes d'armes avec elle à cheval, qui gardoient une porte que on n'assailloit point. Si issil (sortit) de eelte porte à avec) toute sa compagnie, et se ferit (jeta; très-vassalemenl (vaillamment en ces lentes et en ces logis des seigneurs de France, qui tantôt furent toutes arses (brûlées), tentes et loges qui n'étoient gardées fors de garçons et de varlels, qui s'enfuirent sitôt qu'ils virent bouter (mettre) le feu. et la comtesse et ses gens entier. Quand ces seigneurs virent leur logis ardoir (brûler) et ouïr le hu (bruili et le cri qui en venoit, ils furent tous ébahis et coururent tous vers leur logis, criant : « Trahis ! trahis ! » Et ne demeura adonc nul à l'assaut. Quand la comtesse vil l'ost armée émouvoir et gens courir de toutes paris, clic rassembla lous ses gens, et vil bien qu'elle ne pourroil rentrer en la ville sans trop grand dommage. Si s'en alla un autre chemin droit par devers la place d'Auray, qui sied à trois lieues de là. Quand lout l'ost (armée) fui venu aux logis qui ardoienl (brûlaient) et vit la comtesse et ses gens qui s'en alloient tant qu'ils pou voient, il se mit à aller après pour les nconsuîr (atteindre) s'il eût peu, et grande foison de gens d'armes avec lui: si les enchâssa et fit tant qu'il en tua et méhaigna (maltraitai aucuns qui étoienl mal montés et qui ne pouvoient suivre les biens montés. Toutes voies ladite comtesse chevaucha tant et si bien qu'elle et la plus graud'partie de ses gens vinrent assez à point au bon chàlel d'Aurav. où elle fut reçue et fêtée à grand'joie de ceux de ra ville et du chàlel très-grandement. Quand messire Louis d'Espagne sut par les prisonniers qu'il avoit pris que c'étoit la comtesse qui tel fait avoit fait et qui échappée lui étoit, il s'en retourna en l'ost (armée), et coula son aventure aux seigneurs et autres, qui grand merveille en curent. Aussi eurent ceux qui étoienl dedans Hennebonl; el ne pouvoient penser ni imaginer comment leur dame avoit ce imaginé ni osé entreprendre. Mais ils furent toute la nuit en grand'euisançon (inquiétude; de ce que la dame ni nul des compagnons ne revenoient, si n'en savoient que penser ni que aviser. »
Le lendemain les assiégeants, privés de leurs tentes et de leurs provisions, vinrent se loger « d'arbres et de feuilles» plus près de la ville, résolus de se maintenir «plus sagement. » Et ils criaient à ceux de la ville : — Allez.
seigneurs , allez querrer (quérir) votre comtesse; certes, elle est perdue, vous ne la trouverez mie en pièces.» Les assiégés demeurèrent cinq jours dans celle cruelle perplexité, sans aucune nouvelle de Jeanne; et ils commençaient à perdre l'espérance , lorsqu'un beau malin l'intrépide femme revint au milieu d'eux. « Elle s'était tant pourchassée pendant son absence, qu'elle avait réuni cinq cents compagnons armés et bien montés; puis se partit d'Auray autour mie nuit, et s'en vint à soleil levant et chevauchant droit à l'un des cotés de l'ost ennemi, et fit ouvrir malgré tous les hommes une des portes d'Hcnnebont, et rentra dans sa bonne ville à grand' joie et à grand bruit de trompelles, lambours et clairons, qu'il sembloit que tout dust renverser de l'allégresse des gens d'armes. »
Les ennemis ne furent jamais « si honteux ni si courroucés que d'être tellement menés d'une femme, à la vue de leur camp. » Aussi, voulant «recouvrer leur honneur, » ils donnèrent à la place un grand assaut qui dura jusqu'après midi. Mais ils n'y gagnèrent que de voir tuer et « nourer » leurs gens sans raison, et ils revinrent presque tous blessés à leurs retranchements. Alors ils tinrent conseil, et décidèrent que les Espagnols et les Génois resteraient seuls devant Ilcnncbont, sous les ordres de Henri de Léon (qui avait définitivement quitté le parti deMontforl), de don Louis d'Espagne et du vicomte de Hohan, tandis que Charles de Blois et les troupes francobretonnes iraient assiéger Auray.
Louis d'Espagne, renonçant aux assauts, lit venir de Hennés les chats et douze grands engins (machines de guerre), avec lesquels, jour et nuit, il « débrisa et froissa» les murs d'Hcnnebont, d'une telle force que la lerreur se mit parmi les habitants et que les plus effrayés commencèrent à parler de capitulation. En vain la comtesse leur rappelait les secours promis par Edouard, et qui devaient arriver d'Angleterre avec Clisson... Tous les yeux, égarés sur la mer, y cherchaient en vain les voiles anglaises... Hien ne paraissait... Et les murs croulaient toujours sous le coup des machines. Four comble de malheur, l'évoque Guy de Léon sortit de la v ille, alla s'entendre avec son neveu dans le camp des ennemis, et revint annoncer aux assiégés que s'ils voulaient se rendre, Henri de Léon leur laisserait la vie sauve. Jeanne connut ces mauvais pourchas (tentatives), et « priant les bourgeois pour l'amour de Dieu, » elle obtint un délai de trois jours. Elle passa ces jours décisifs à une fenêtre du château qui donnait à la fois sur la côte et sur la mer. Là, les yeux iixés alternativement sur les Ilots et sur le rivage, elle regardait si les voiles anglaises ne blanchissaient point a l'horizon , ou si du moins quelque messager d'Amaury ne soulevait point le sable de la grève. Le premier jour rien ne parut, et la comtesse songea à son mari et à son fils avec de noirs pressentiments. Le second jour, rien encore; et le nom d'Edouard d'Angleterre allait être maudit par les chevaliers bretons. Le troisième jour enlin, le jour fatal, les bourgeois frappent à la
5«i LA BRETAGNE ANCIENNE
porto de la comtesse et la somment de tenir sa parole en capitulant avee l'ennemi. Jeanne, éperdue, cherche à leur rendre une espérance qu'ellemême conserve à peine; elle emploie tour à tour les prières et les ordres, les reproches et les menaces, les exhortatious et les larmes... Tout devient inutile. Enfin l'évèque de Léon parait et annonce que le terme est arrivé, que les assiégeants passeront la ville au (il de l'épée, si elle ne se rend avant un quart d'heure. Les bourgeois répondent qu'on va livrer les clefs à l'instant même. C'en est donc fait ! La comtesse se retourne une dernière fois vers la fenêtre, et jette un regard désespéré sur ln mer. Mais soudain voilà qu'elle pousse un grand cri de joie. D'une main elle retient les bourgeois sur la porte, de l'autre elle fait signe à l'évèque de sortir... El tous les yeux instinctivement se portent vers la fenêtre... A ln lueur d'un soleil radieux, vers le point indiqué par le doigt frémissant de Jeanne, on aperçoit une voile, puis deux, puis vingt, puis trente... toute une flotte rouverte de soldats et débouchant, enseignes déployées, de la mer dans la Hlnvel ! — Voilà ! voilà, s'écrie ln comtesse triomphante, voilà les secours que nous ntlendions, mes amis ! voilà notre snlul et celui de In Bretagne!
Et véritablement, c'étaient les vaisseaux donnés par Edouard à Clisson. avec six mille archers sous les ordres de Gnuthier de Mnuny. « maître et souverain:») des deux Lnndehall, de Ha/e de Hrabant, de Hubert du Kresnoy, d'Alain deSircfond et de la fleur des chevaliers anglais.
Ce terrible secours devait, en effet, sauver Jeanne de Monfort et assurer un jour la couronne ducale à son fils.— Mais loin d'apporter à la Bretagne le salut invoque par la comtesse, les Anglais ne lui apportaient, hélas! que le meurtre et l'incendie, que la ruine cl la désolation.
Parti de Londres vers le commencement d'avril avec les seigneurs anglais, les vents contraires avaient retenu Clisson dans la Manche deux mois durnnl. Ceci se passait donc vers In fin du mois de mni
Après de vains efforts pour renouer ses négociations, l'évèque de Léon reprit son serment à ln comtesse, cl pnssn dnns le camp de son neveu.
Furieux d'échouer ainsi nu port, les nssiégennts s'avancèrent nvec leurs plus formidables machines, et ne cessèrent tout le jour cl toute la nuit de lancer des pierres contre la ville; mais ceux du dedans avaient repris une telle confiance qu'ils répondaient à ces coups par de grands éclats de rire. La comtesse elle-même méprisa cette attaque au point de recevoir et de fêter, comme en pleine paix, ses nouveaux botes, « faisant appareiller salles et chambres et hôtels pour héberger aisément ces seigneurs, et envoyant à l'encontrc d'eux moult noblement. » Quand ils entrèrent dans la place, elle alla de sa personne au-devant d'eux « a grand' révérence, et si elle les gracia grandement, ce n'est pas merveille. » Elle les emmena tous, chevaliers el écuyers, nu cluUel et dans In ville, et le lendemain, au milieu du bruit des machines ennemies, elle leur donna magnifiquement à dîner.
LA UN ET AG NE ANCIENNE. 7>t7
Jl.s étaient encore à table, lorsque Gauthier de Manny avisant, par la fenêtre, un énorme engin qui incommodait fortement la ville « et si grand ennui leur faisoit, » s'écria qu'il avait bien envie, pour son coup d'essai, de l'aller abattre et démolir. Trésiguidy et Landemau s'offrirent les premiers d'être de la partie. Les gentilshommes présents les imitèrent, et. courant tous aux armes, ils sortirent avec trois cents archers. En quelques instants, les soldats qui entouraient la machine sont culbutés ; la machine elle-même est renversée et mise en pièces. Mais une victoire si facile ne pouvait suffire à de tels champions. Ils « donnent de course » jusqu'au camp ennemi, brûlent les lentes et pourfendent les bataillons, jusqu'à ce qu'ils voient toute l'armée accourir, « comme gens forcenés. » Alors seulement, ils font retraite en bon ordre, frappant encore ceux qui les approchent et les bravant jusqu'aux portes de la ville. Ainsi, voyant les plus acharnés s'élancer contre lui : « Jamais, dit Mauny, ne sois-je baisé de ma chère dame, si je rentre en thàtcl ni en forteresse, que je n'aie l'un de ces venants renversé à terre, ou je serai versé. » En même temps, il fond l'épée au poing sur les premiers qu'il rencontre. Ses compagnons ne restent pas m arrière. Les rangs des assiégeants se grossissent. Les assiégés volent au secours des leurs, et la mêlée devient générale. « Là put-on voir de part et d'autre belles incursions, belles rescousses, beaux faits d'armes et belles prouesses à grand' foison. Sur tons les autres faisait bien et avait la huée le gentil chevalier messirc Gauthier de Mauny. Si en fit plusieurs verser les jambes contre mont... Mais versèrent aussi de même nombre des siens, tout en gardant bonne contenance jusqu'à la ville, où ils n'entrèrent à sauveté qu'après leur dernier soldat. » La journée se termina par une nouvelle boucherie que firent des assiégeants les archers de la garnison, tirant sur eux du haut des murs, « comme en bercail (à la cible) et leur navrant foison d'hommes et de chevaux. Qui adonc vit alors la comtesse descendre du chàlel à grand' chère à l'cncontre des chevaliers vainqueurs, et baiser messire Gauthier de Mauny et ses compagnons les uns après les autres, deux ou trois fois, bien put dire que c'était une vaillante dame ! »
Le surlendemain, l'armée franco-bretonne levait le siège d'Hennebont et allait rejoindre à Auray Charles «le lilois. Ce prince divisa de nouveau son armée et envoya Louis d'Espagne à la conquête de plusieurs places. C'était enlever à ce lion du Midi le frein qu'on lui avait imposé jusque-là. Plus cruel encore qu'audacieux , don Louis prit le Conquet et en fit passer la garnison au iil de l'épée. Celle qu'il y mit fut bientôt surprise et massacrée à son tour par Gauthier de Mauny. Ou reconnaît là les douceurs de la guerre civile. Louis se vengea sur Guingamp, dont les habitants assassinèrent leur gouverneur pour se rendre. Ensuite, il attaqua (îuérande par terre et par mer, remporta d'assaut et en livra le pillage à ses soldats. Ceux-ci égorgèrent toute la population et brûlèrent toutes les églises. Louis approuva le massacre, mais il punit le sacrilège, en faisant pendre
vingt-quatre coupables. Après quoi, gorgé do butin, ne trouvant plus rien à saccager, il prit tous les navires commerçants de ces parages, s'embarqua au Croisic avec Doria et alla ehereber aventure en mer.
Le siège d'Auray continuait toujours, car l'activité n'était pas la vertu du Charles de Blois. « Ceux du dedans étaient si près menés et si oppressés de famine, qu'ils avaient mangé par huit jours tous leurs chevaux. » Ils proposèrent une capitulation à Charles; mais ayant entendu deux messes et communié à la seconde, le prince refusa toute composition. Alors, «voyant que mourir leur convenait, ces braves gens sortirent cou vertement par la nuit, se mirent en la volonté de Dieu et passèrent tous parmi l'ost. dont aucuns furent aperçus et tués. » Les deux Spineforl échappèrent toutefois et rejoignirent la comtesse de Montfort à son quartier général d'Bennebont. Ayant mis garnison dans Auray, Charles battit les gensdclMoêrmel, et, réveillé enfin de ses lenteurs, il s'empara de Vannes et de Carhaix. Vannes lui fut rendu « bien malgré Gcoffroi de Malcstroit, « moult gentil seigneur, » qui eu sortit honorablement et se rendit aussi à Hennebont.
Cependant, Louis d'Espagne, après avoir écumé les côtes du Morbihan et de la Cornouaille, était entré dans la rivière de Quimperlé. Il fit débarquer ses gens, et ils « allèrent ardoir et rober tout le pays, où ils trouvèrent si grand avoir que merveilles serait à raconter. >» Le cri des populations en détresse arriva jusqu'à Hennebont. Aussitôt, Malcstroit, Clisson, Trcsiguidy, Landernau, Mann y, le sire de Guingamp, les deux Spineforl. Cadoudal, s'élancèrent avec trois mille archers sur les navires anglais, atteignirent la llotte de Louis d'Espagne et s'en rendirent maîtres. Fuis, courant aux bandes espagnoles, à la lueur des incendies et à la clameur des paysans, ils rencontrèrent don Louis qui s'en revenait. « tous ceux du pays le poursuivant, hommes et femmes ayant perdu leur avoir. » Pris de la sorte entre deux ennemis, il fit pourtant si rude contenance, qu'il ébranla le premier corps des Anglo-Bretons. Mais, prévenus par les habitants, les autres corps arrivèrent, de sorte que gens d'armes et manants réunis écrasèrent l'armée des pirates. Pendant que les bas Bretons assommaient les prisonniers à coups de penhaz (bâtons à tète) et achevaient les mourants avec leurs propres armes, don Louis, « durement navré » lui-même, s'enfuit vers ses navires avec trois cents hommes, de six à sept mille qu'il avait naguère. Quelle fut sa surprise de trouver sa flotte, sa dernière ressource, au pouvoir des ennemis ! Il se jette à la hâte dans une barque et prend le large à force de rames. Acharnés après lui, ses vainqueurs le poursuivent de côte en côte jusqu'à Bedon. Là, il débarque, monte à cheval, laisse sa suite aux mains du chevalier de Mauny, et trouve enfin un asile dans les murs de Bennes. Mieux eut valu le prendre que de prendre ses navires, car il devait encore faire bien du mal à la Bretagne.
Mauny et ses frères d'armes retournèrent à Hennebont par eau et par terre, car une lempèle les surprit et les jeta sur la côte. Ku passant prè>
d'un chàlcau donL la position n'est pas établie clairement : — (Certainement, seigneurs, dit Mann y. j'irais volontiers assaillir ce fort chàtel, si j'avais compagnie, tout travaillé que je sois, pour voir s'y nous n'y pourrions rien conquéter. — Sire, allez-y hardiment, répondirent tous les chevaliers ; nous vous suivrons jusqu'à la mort.
L'assaut fut rude et périlleux. Gérard de Maulin ou de Malain, qui était dans la place, la défendit vivement. René, son frère, qui commandait le Faouëlprèsdelà, vint à son secours. Le sire de Porlebœuf accourut aussi de Guingainp ; de sorte que voyant ses meilleurs compagnons blessés, entre autres Jean le Bouteillcr et Hubert du Fresnoy, Mann y reprit la roule d'Hennebont. Mais avant d'y arriver, il se dédommagea sur le château de Goëlet- Forest\où il entra, son bouclier au col, et passa la garnison au fil de l'épée.
Après tant de périls cl d'exploits, on juge si les Anglo-Bretons furent
bien reçus de Jeanne de Moiilfort. « Kilo alla contre eux et les fêta liement (gaiement) et baisa cl accola chacun de grand err-ur ; et avait fait appareiller
• Forêt d'en bas C'eat par corruption ijuc tous les historiens disent Goy-la-l'orit.
au ehàtel pour mieux eux l'ester, et donna à dîner moull noblement à tous les chevaliers et écuyers de renom, et leur demanda moult iiitcntivemcnt (avec intention) de leurs aventures, combien qu'elle en sût jà grand* partie. Chacun lui conta ce qu'il en savoit, et des bienfaisants ce que chacun en avoil vu. Là endroit lurent ramenteues (racontées) maintes prouesses et plusieurs travaux, maint grand fait d'armes et périlleux, et maintes hardies entreprises faites par ceux qui là furent; ce peut et doit savoir chacun qui a été souvent en armes, et les doit-on tenir et réputer pour preux : mais sur tous emportoit la huée (renommée) et le chapelet (la couronne) inessire Gauthier de Mauny. »
Charles de Blois gagnail chaque jour du terrain. Il avait pris Carhaix « par assauts et par engins. » et la comtesse ne recevait point de nouveaux secours d'Angleterre. Elle y envoya des députés, qui se croisèrent avec les troupes d'fidouard. La Bretagne tenait au cœur de ce prince, cl il n'avait garde de l'oublier. Guillaume de Bohain, comte de Noiihampton: Robert d'Artois, comte de Devonshirc; le sire de Courtenay, Baoul de Stalïorl, Jean d'Arcy et autres seigneurs anglais débarquèrent avec leurs soldats à Brest, au commencement d'août. Jeanne alla les y recevoir avec Mauny, et deuv expéditions furent résolues, l'une conduite par Gauthier de Mauny et Tanncgiiy du Chaste], l'autre par Robert d'Artois. Les deux premiers allèrent enlever le château de Trégaranlek, où ils prirent 11. de Léon, Alain ou Erard, son frère, Olivier, leur cousin, kmery du l'ont, Kmery deCharuel. Emery de Pont-IMancoël, Baoul de Rosinadee et Jean de Joue, partisans de Charles de Blois. Robert d'Artois se dirigea vers Morlaix, où il attira la cavalerie de Charles dans un piège et lui tua ou prit cinquante chevaliers de marque, entre autres Geoffroi de Cliarni. Ce fut alors que Charles de Blois se décida à remettre le siège «levant Hennebont.
Son premier soin lut de recommander à son aumônier Alain du Tenou de porter du pain, du vin, de l'eau et m du feu dans un pot, » pour dire la messe en chemin. C'est ce qu'il fit, en effet, n'ayant point remontré d'église. Charles avait obtenu du pape, pour ces circonstances, la permission d'entendre une messe et même deux avant le jour. Voyant toute la marche du camp suspendue par celte dévotion intempestive, les chevaliers murmurèrent , el Auffroi de Montbourcher s'écria : — Seigneur, vous voyez que nos ennemis sont ici près, et vous vous arrêtez plus de temps qu'il ne leur faut pour vous surprendre! — Sire Auffroi, répondit le comte, nous aurons toujours des villes et des châteaux, et s'ils sont pris, nous les recouvrerons; mais si nous manquons la messe, c'est une perte que nous ne saurions réparej*. Charles fut rejoint devant Hennebont par Louis d'Espagne, remis de ses blessures, par nombre de seigneurs français qui revenaient de la guerre d'Espagne, et par la plupart des chevaliers bretons qui se ralliaient à lui de jour en jour. Tant d'ennemis ne purent effrayer les
défenseurs de Jonnne de Monlfort : — Vous n'èles mie encore assez, criaientils du haut des remparts: allez, allez quérir vos compagnons qui reposent aux champs de Quimpcrlé! Et quand les seize engin» de Charles faisaient pleuvoir les pierres contre la muraille, ils affectaient de l'essuyer en riant avec leurs chaperons.
Os bravades réveillèrent toute la rage de don Louis. Il courut à la tente de Charles de Blois et l'apostropha ainsi devant tous :
— Monseigneur, longtemps y a que je vous sers, sans que je vous aie encore requis de m'en donner recompense. Or, je viens vous demander un don ; ce sera le loyer de mes services.
Le courage hrutal de don Louis l'avait rendu aussi terrible qu'utile ; Charles promit légèrement de remplir sa demande, quelle qu'elle fût.
— (îrand mercy, monseigneur, reprit le pirate; adonc. je requiers que vous fassiez venir les deux prisonniers qui sont à votre chàtcl du Faouël. messires Jean leBoulcillier el Hiihert du Fresnoy ; et que vous me les donniez, pour en faire à ma volonté. Ces Bretons m'ont chassé, déconfit et navré: je ne m'en sais autrement venger que je leur ferai couper les tètes par devant leurs compagnons qui sont enfermés en celte place.
Charles fut tout « ébahi » d'un tel langage, et regretta fort sa promesse. Obligé toutefois d'agir courtoisement :
— Certes, sire Louis, dit-il. les prisonniers vous donnerai volontiers, puisque vous demandé les avez, mais ce serait grande cruauté et blasmc à vous, si vous faisiez deux si vaillants hommes mourir; et nos ennemis auraient motif de faire ainsi aux nôtres quand les pourraient tenir, et nous ne savons ce que nous peut advenir de jour en jour: pourquoi, cher sire et beau cousin, je vous prie que veuillez être mieux avisé.
Don Louis lui répondit : — Si vous ne me tenez convenant, je me départirai de votre compagnie, et ne vous servirai tant que je vive. Il n'en sera autrement, quand tous les seigneurs du monde m'en prieroient. »
Charles vit qu'il fallait opter entre une faiblesse inhumaine et la perle d'un puissant défenseur, ou plutôt il fut assez superstitieux pour n'oser parjurer son serment. 11 fit donc venir les deux captifs du Faouët.
— « Ha î ha 1 seigneurs chevaliers, leur dit le féroce Espagnol, vous m'avez blessé du corps et ôté de vie mon cher neveu Alphonse que je tant aimois : si convient que votre vie vous soit ôlée aussi ; de ce ne vous peut nul garantir. Si vous pouvez confesser, s'il vous plaît , et prier mercy à noire Seigneur, car voire dernier jour est venu.
Les deux chevaliers répondirent qu'ils ne pouvaient croire un gentilhomme capable d'une telle lâcheté « que de mettre froidement à mort deux guerriers pris en fait d'armes. »
Tous les seigneurs présents n'eurent qu'une voix pour les défendre; niais prières ni raisons ne purent ôter don Louis « de son propos. »
— Je veux leurs tètes , et je les ferai décoller après dîner, devant les murs d'Hcnncbont.
Charles de Blois insista encore; ce Tut inutilement. Cependant, prévenus par ses soins peut-être, les seigneurs assiégés avaient tout appris. Jeanne de Montfort n'eut pas besoin de les prier deux fois de sauver leurs frères d'armes. Voici comment ils firent le coup.
A l'heure même du dîner de Louis d'Espagne, Amaury de Clisson plaça sur les remparts mille archers, et suivi lui-même de trois cents armures de fer, il alla droit au quartier de Charles en poussant de grands cris. Là « ils renversèrent lentes et pavillons, tuant et découpant les gens où ils les trouvoient. » Tout le camp s'émut de cette brusque attaque et courut aux armes. Alors « y eut dure escarmouche et forte, et maint homme reversé de côté cl d'autre :» c'est ce qu'attendait le seigneur Amaury. Reculant aussitôt « tout bellement en combattant, » il attira l'ennemi jusqu'aux portes de la ville, où ses archers et ceux de Charles se criblèrent réciproquement d'une grêle de traits. Or, pendant ce temps-là, Mauny et sa troupe, sortant par une poterne, étaient allés, guidés par un bon espion.
droit aux lentes de Charles, et y avaient trouvé Le Bouteiller et Du Fresnoy. «qui n'estoient mie à leur aise... Mais ils le furent sitôt qu'ils virent Mauny cl ses gens..., et c'éloit bien raison ! » Délivrés de leurs chaînes et
LA BBBTAGNE ANCIENNE. 353
installes sur de bons chevaux, ils «irrivèrent avec leurs sauveurs à Hcunebont, « et vinrent la comtesse de Monlfort et les habitants contre eux qui les reçurent à grand joie, m
Clisson Ht alors rentrer sa troupe en criant aux seigneurs de France : — Seigneurs! seigneurs! vous gardez mal vos prisonniers; jà les ont rescous (délivrés) ceux d'Hennebont et remis en leur forteresse.
On juge si Louis d'Espagne fut « durement courroucé. » Il voulut se dédommager en réclamant deux autres prisonniers faits dans l'escarmouche : les sires de Landerncau et de Guingamp. Mais quitte envers lui , Charles les refusa noblement; et cette fermeté lui valut deux braves serviteurs de plus. «Tant et si bien furent preschés, en effet, ces deux seigneurs , qu'ils lui firent féauté et hommage, » abandonnant la comtesse qui les avait comblés de faveurs, «de quoi on parla moult et murmura dedans la ville. »
Cela n'empêcha pas Charles de Hlois de se voir bientôt réduit à lever le siège d'Hennebont, et à reculer pour la seconde fois avec toute son armée devant une femme. Il se replia sur Carhaix.
En ce temps-là. il y avait un riche et accrédité marchand de Jugon, qui « faisoit toutes les provisions de la comtesse. » Il fut pris par Robert de Bcaumanoir, maréchal de Bretagne sous Charles de Blois, et racheta sa liberté en livrant les clefs de Jugon pour six cents livres de rente. On voit que les trahisons étaient alors beaucoup moins chères qu'aujourd'hui. Girard de Rochefort, gouverneur de la place, en garda le commandement, croyant laver sa défection par la pendaison du traître.
Jeanne fut bientôt consolée de cet échec par l'envoi d'un nouveau secours d'Angleterre. En échange d'un nouvel hommage, Edouard équipa quarante-six navires sous les ordres de Robert d'Artois '. des comtes de Pembrok, de Salisbury, de Suffolk et de Stanforl. Arrivée a la hauteur de Gucriiczcy, dit Froissart, cette flotte fut avisée par trente-deux gros vaisseaux que Charles de Rlois et Louis d'Espagne amenaient à sa rencontre — Armez-vous, seigneurs, dirent les mariniers aux AngLi.?. et ordonnezvous, car voici Génois et Espagnols qui viennent et qui vous approchent . Les chevaliers firent sonner les trompettes, arborèrent leurs pennons « armoriés de saint George, » s'entourèrent de leurs archers et cinglèrent à pleines voiles sur la flotte ennemie. On voyait se dresser au milieu de celle-ci les énormes vaisseaux de Louis d'Espagne, dépassés encore par les trois galères où se tenait ce pirate avec Charles et Antoine Uoria. « Il n'est mémoire, dit d'Argentré. que jamais en mer il se fit tant d'armes que fut fait lors, car ils se chargèrent à outrance: et venant aux mains, il ne fut
1 Ce pritv:e «lu s.mg frine-iis rebelle à non pays et à son roi, piml homme d'ailleurs et comblé Hc< bienfait* du roi d'Angleterre, *e vengeait en servant contre compatriotes, de l'injuste seulenee pr liqiielU Philippe le IU'1 l avait dépouillé ilu ronité d'Arloi*. en 101(1.
3,-il LA MET A» NE ANCIENNE
jamais si furieux combat. » Les Génois lancèrent d'abord une nuée de Bêches, les archers anglais ripostèrent de même, «et là maint homme fut navré. » Bientôt les chevaliers furent assez près les uns des autres pour manier la lance et l'épëe, « et fut alors entre eux dure bataille et crueuse (cruelle), et trop bien se portèrent et éprouvèrent mutuellement.» Hobert d'Artois y fut « très-bon chevalier. » Louis d'Espagne vengea sa défaite récente « en faisant grand'foison de belles appertises d'armes, et en lançant, par la main de ses soldais, grands barreaux de fer et archegaies javelots}.» Mais, s'il faut en croire Froissart et d'Àrgcntré, l'héroïne de ce combat fut Jeanne de Montforten personne, qui revenait sur cette flotte d'un voyage à la cour d'Edouard. «La noble femme, qui bien valoit un homme (car elle avoit cœur de lion), combattit de grand courage sur son navire, armée de pied en cap, et tenant un glaive moult roide et tranchant, autant et si bien que soldat eût pu faire.» Surprises dans l'action par la nuit, les deux flottes devaient revenir à la charge le lendemain, mais une tempête les dispersa avant le jour. Les Franco-Bretons gagnèrent la haute mer après avoir perdu deux navires; et la comtesse, laissant quatre galères au pouvoir de Louis d'Espagne, aborda dans un petit port près de Vannes.
La chronique de Flandre raconte autrement cette affaire Elle dit que la flotte anglaise fut battue sur les côtes du Poitou, et que ses débris seuls atteignirent le Morbihan. Quoi qu'il en soit, Robert d'Artois et la comtesse, à peine débarqués, assiégèrent Vannes et l'enlevèrent malgré la résistance de Henri de Léon.dcTourneminc, de Lohéac et d'Olivier de Clisson. (Cette famille, comme beaucoup d'autres, fournissait des combattants aux deux partis.) D'aussi braves chevaliers ne pouvaient supporter une telle défaite et encore moins les railleries qu'elle leur attira des deux camps. Rejoints par Robert de Beaumanoir. ils revinrent à la charge , rentrèrent vainqueurs dans Vannes et y tuèrent un grand nombre d'Anglais. Robert d'Artois se défendit en héros; mais criblé de blessures et couvert de sang, il fut porté mourant à Hcnnebont. De là il voulut aller se faire soigner en Angleterre et mourut dans la traversée. Les graves motifs de sa vengeance ne le justifient pas d'avoir attiré un déluge de maux sur son pays, en inspirant au roi Edouard le projet et l'espoir de conquérir la France.
Ce monarque, dont Robert était l'idole, se décida, sur la nouvelle de sa mort, à venir eu personne conduire la guerre. — Je jure, disait-il. de tourner si mal ce pays félon, que dans quarante ans il ne sera pas recouvré ! Il publia aussitôt son ban par le royaume, sommant chacun, noble ou non. « d'appareiller pour se mouvoir avec lui » dans un mois. A cette époque, en efTet. il dirigea sur la Bretagne un « grand amas d'hommes et de vaisseaux.» prit terre à Brest, alla droit au cœur du pays, saccagea Rohan, enleva l'onlivy, le Faouet, la Roche-Dcrien, lMoermel, Malestroit, fut reçu et festové licmenl par la comtesse de Montfort; laissa une partie de ses troupes
(lovant Vannes, une autre devant Bennes, une autre devant Nantes, et m mit lui-même à ravager et à- tuer tout ce qui se trouvait sur son passage, — déclarant bien haut ne rien vouloir entreprendre contre le roi de France, mais défendre l'héritage du jeune Monlfort, son futur gendre. Etrange manière de défendre un pays que de le mettre à feu et à sang ! Edouard revint ensuite au siège de Vannes, où se faisaient les plus brillants «pougneis, boutis et appertises. » Les assiégés portaient l'audace jusqu'à ouvrir les portes et à se ranger devant les murs, rompant des lances contre tout venant. Mais un jour qu'Olivier de Clisson et Henri de Léon repoussaient les Anglais à grands coups de hache, on ferma les portes sur eux, et ils lurent obligés de rendre les armes. En même temps, Louis d'Espagne maltraita la flotte d'Edouard à tel point, qu'il fallut la mettre à couvert aux ports de Brest et d'Hennebont.
QuedevenaitcependanlCharlesde Blois?Il recevait de Philippe, sou oncle, quatre mille armuresde fer et trente mille hommes de trait. Sur la lin de novembre, cette nouvelle armée marcha vers Nantes sous les ordres de Jean, duc de Normandie, des maréchaux de Montmorency et de Saint-Venant, du roi de Navarre, du duc de Bourbon, des comtes d'Alcnçon.dcBlois. de Ponthieu, de Boulogne, de Vendôme, de Dommartin, des sires de Craon, de Coucy, de Sully, deFrcsncs, de Bougé, etc., etc. A leur approche, Edouard rappela ses troupes de Nantes et de Vannes , où elles n'avaient rien pu contre l'évèque, le baron d'Anccnis, le sire du Pont, Jean de Maleslroit (encore une grande famille partagée entre les deux camps), Yves Charruel et un jeune écuyer dont le nom devait bientôt remplir le inonde : il s'appelait Behtha>d du Guesclk.
L'armée franco-bretonne poursuivit sa marche, cl se trouva bientôt en face des Anglo-Bretons dans les plaines de Vannes. «Ce fut alors sans doute, dit Morice, que Godcfroi d'IIarcourt, Olivier de Clisson (ce dernier récemment échangé contre le comte de Stanfort), traitèrent secrètement avec le roi d'Angleterre, sans changer à l'extérieur de parti. Salisbury reçut leur secret et leurs engagements envers Edouard, m On croit qu'ils conseillèrent à ce prince d'oflrir la bataille au duc de Normandie, avant que le roi de France l'eût rejoint avec de nouvelles forces. Le duc accepta le défi, et les deux armées allaient jouer leur va-tout. lorsque l'arrivée de Philippe VI décida Edouard à remettre la partie. Le roi de France l'attendit cinq jours à l'endroit désigné pour la bataille... El toute l'Europe avait les yeux fixés sur ces formidables champions... Mais on vil s'avancer entre les deux années deux vieillards en robes et en bonnets rouges, le crucilix au col et le bâton à la main. Celaient deux légats envoyés par le pape Clément VI pour suspendre cet égorgement de soixante mille hommes, et calmer avec le signe de la croix la fureur de ces deux lions couronnés. Sur la prière des hommes do Dieu, les plénipotentiaires do Philippe et d'Edouard.
5;* LA BU ET A(i NE ANCIENNE.
réunis an prieuré de lu Madeleine de Malestntit. jurèrent sur l'Evangile, au nom de leurs maill es, une trêve de trois années ( li) janvier 154«">). N'est-ce pas le cas d'appliquer à la religion qui Tait de tels prodiges, ees paroles divines : — Oh ! qu'ils sonl beaux les pieds des messagers qui descendent de la montagne , annonçant aux peuples l'amour et la paix !
.Mais, hélas ! le traité de Maleslroit ne laissa guère à la pauvre Bretagne qu'un instant pour respirer sur son lit de douleur. Tout en réservant au pape la déeision des différends personnels de Philippe et d'Edouard . ce traité ne décidait rien entre Charles de Blois et Jean de Montfort. — toujours enfermé au Louvre.— et autorisait, étrange contradiction ! chacun des deux partis bretons « à entreprendre sur l'autre ; » de sorte qu'à peine Edouard et ses Anglais furent-ils rembarques pour l'Angleterre, à peine Philippe et ses Français eurent-ils repris le chemin de la France, que Charles de Blois, devenu sous l'impulsion de sa femme aussi batailleur qu'il avait été pacifique, recommença les hostilités contre Jeanne de Montfort, et ralluma celle guerre de partisans qui ne devait linir qu'à la bataille d'Auray.
Philippe M, d'ailleurs, tout en signant la paix d'une main, frappa de l'autre un coup qui ranima l'ardeur des deux partis. Le comte de Sa lislui r\ . à son retour en Angleterre, avait appris le déshonneur de sa femme consommé par Edouard III. Son dépit le ramena en France; et, se vengeant de son roi sur des gentilshommes qui n'étaient pour rien dans son injure, il livra, dit-on. à Philippe le pacte attribué à Olivier de Clisson et à Godefroi d'Hareourt, pacte dont nous avons fait mention tout à l'heure. Qisson était alors à la cour de France. Philippe le lit arrêter dans un tournoi et décapiter sur un éehafaud, sans autre forme de procès. Son corps alla pourrir aux fourches de Montfaucon, et sa tète, envoyée à Nantes, fut attachée au bout d'une pique, sur une porte de la ville. Quelque probable que fût la défection d'Olivier, une pareille exécution était une barbarie. L'horreur qu'elle inspira durait encore, lorsque Philippe, sans plus d'explication, mit la main sur quatorze autres seigneurs bretons, et les livra aux derniers supplice*. C'étaient les sires d'Avaugour et de Laval, Geoffroi de Maleslroit. Jean son lils, Jean de Mon tau ban, Alain de Ouedillac. Guillaume. Jean et Olivier des Brieux, Benysdu Plessis, Jean Malard, Jean de Senedavy. Thibaut de Morillon el Oenys de Calac. Ils furent (rainés tout nus aux halles, décapités et livrés aux outrages de la populace.
Ces sanglants opprobres, infligés arbitrairement aux plus grandes maisons de la Bretagne, soulevèrent toute In noblesse d'indignation. Une foule de partisans de Charles de Blois brisèrenl leur épée ou allèrent chercher la sécurité dans le parti de Montfort; — et Jeanne de Belleville. veuve de Clisson. eu vengeant le meurtre de son mari, se montra digne de ce siècle d'héroïnes.
A la première nouvelle du supplice do Clissnn. elle s'arme du coiirugr
en même temps que de l'épée des chevaliers, « elle assemble quatre cents gentilshommes, se dirige vers un château occupé par les troupes de Charles de Blois. laisse, en approchant, une partie des siens en embuscade, se présente accompagnée seulement de quarante cavaliers. On ignorait le sort de Clisson. On croit qu'elle voyage pour une partie de chasse, on l'introduit sans défiance. Dès qu'elle est entrée, le son du cor avertit ses partisans cachés dans les bois; ils accourent, ils attaquent les portes, on combat dans le château: Jeanne en est bientôt maîtresse, et tous ceux qui le dérendaient, à l'exception d'un seul, sont passés au fi 1 de l'épée. Elle surprend, grâce à sa diligence et à son audace, quelques places plus importantes ; parcourt le pays, y répand la terreur, et signale par des vengeances cruelles une douleur trop légitime. Le roi de France confisque les biens de la maison de Clisson et en enrichit ses courtisans. La belliqueuse veuve arme quelques vaisseaux, va désoler les côtes voisines, attaque tous les bâtiments français qu'elle rencontre, et, chargée de leurs dépouilles, elle vient offrir à la comtesse de Montfort ses armes et son ressentiment. Elle lui présente son jeune fils Olivier, à^é de sept ans, qu'elle avait toujours tenu à ses côtés au milieu des combats, et qui. depuis, fut le fameux connétable. La comtesse voulut que cet enfant fût élevé avec son fils. » Qui eût dit alors à ces deux mères si dignes l'une de l'autre, que ces deux enfants, affligés des mêmes malheurs, menacés des mêmes périls et recevant la même éducation, deviendraient un jour des ennemis irréconciliables !
Philippe s'était engagé, par le traité de Malestroit, à exécuter le traité fait à Nantes en 1541, — traité violé, on l'a vu, par l'incarcération de Montfort. Il fit donc proposer à ce prince la liberté, mais à la condition qu'il n'irait point en Bretagne, et qu'il renoncerait par serment à ses prétentions sur le duché. Celui qui proposa cette transaction à Montfort tenait d'une main l'acte de renonciation, de l'autre la porte de la prison entr'ouverte. Le captif se mourait depuis deux ans dans la souffrance et le chagrin, loin de l'air et du soleil, loin des champs de bataille remplis de son nom, loin de sa femme et de son enfant; la cruauté de Philippe lui réservait des tortures pires encore que celles qu'il venait de souffrir... N'importe ! Montfort fut digne de sa femme, digne de lui-même. 11 déchira l'acte, laissa refermer la porte, et se remit les fers aux pieds pour garder la couronne au front.
En ce moment, il faut bien le dire, si la justice et la sainteté étaient du côté de Charles de Blois, l'héroïsme et la grandeur d'âme étaient du parti de Montfort. Edouard lui-môme sut rendreà Philippe le bien pour le mal. tjuand il apprit l'odieuse mort de Clisson, son premier mouvement fut d'user de représailles sur la personne d'Henri de Léon, qui était toujours son prisonnier; mais le comte de Derby, son cousin, le détourna de cette vengeance. Edouard lit alors venir le seigneur breton, et, frémissant encore de colère : - Ha. messire Henri ! messire Henri ! s'éci ia-l-il. mou adver-
sa ire Philippe de Valois a montré sa félonie tropcrueuscment (cruellement), quand il a Tait mourir vilainement tels chevaliers que le seigneur de Clisson, le seigneur d'Avaugour, le sire de Malestroit et son fils, dont il me déplaît grandement, et semble à aucuns de notre patrie qu'il l'ait fait en dépit de nous; et si je voulois regarder à sa félonie, je ferois de vous le semblable, car vous m'avez fait plus de contraires en Bretagne et à mes gens que nul autre; mais je me souffrirai et lui laisserai faire ses volontés et garderai mon honneur à mon pouvoir, et vous laisserai venir à rançon légère et gracieuse, selon votre état, pour l'amour de mon cousin le comte Derby, qui ci est, qui m'en a prié, mais pourvu que vous veuillez faire ce que je vous dirai. » Henri de Léon, qui s'attendait à mourir, répondit avec joie et reconnaissance : — Cher sire, je ferai à mon pouvoir loyalement tout te que vous me commanderez. — Je sais, reprit le roi, que vous êtes un des riches seigneurs de Bretagne, et que si je vous voulois presser, vous paieriez bien trente mille ou quarante mille écus. Je vous dirai que vous ferez : Vous irez devers mon adversaire Philippe de Valois, et lui direz de par moi que pourtant (attendu) qu'il a mis à mort vilaine si vaillants chevaliers et si gentils comme ceux de Bretagne étoient, en dépit de moi. je dis et vueil (veux) porter outre qu'il a enfreint et brisé les trêves que nous avions ensemble, si y renonce de mon côté, et le défie de huy en avant. Et parmi ce que vous ferez ce message, je vous laisserai passer pour dix mille écus que vous paierez ou enverrez à Bruges dedans cinq mois après ce que vous aurez repassé la mer. Et encore direz-vous à tous chevaliers et écuyers de par de là que pour ce ne laissent mie à venir à notre fête, car nous les y verrous moult volontiers; et auront sauf aller et sauf venir et quinze jours après la fête. — Monseigneur, ce dit alors mess ire Henri, je fournirai votre message à mon pouvoir, et Dieu vous veuille rendre la courtoisie que vous m'avez faite, et à monseigneur le comte Derby. •
Le sire de Léon s'embarqua bientôt; mais une tempête le retint trois semaines en mer, et le força de jeter à l'eau tous ses équipages. Luimême fut si «■ tourmenté et travaillé, » qu'en débarquant au Crotoy il n'eut que la force de se Taire porter en litière jusqu'à Paris, où il transmit à Philippe, • bien et à point, » le défi du roi d'Angleterre. Après quoi il alla mourir à Angers sans avoir revu la Bretagne (1544).
Ainsi l'œuvre de l'Église était détruite et la trêve de trois ans rompue dès la première année. Edouard signifia au pape ses griefs contre Philippe, et une guerre d'extermination se ralluma entre les deux rois. Cette fois la Bretagne n'en fut pas seulement le théâtre. La Normandie, la Guyenne et bientôt toute la France furent la proie des Anglais.
Placé à la tète d'une troisième armée, Charles de Blois vint assiéger tjuimper. Homme on lui faisait observer qu'en attaquant la ville du côté de la mer il s'exposait à s»« voir surpris par la marée : « Puisque nous avons
choisi ce lieu, répondit-il, nous ne le changerons pas; et par la grâce de Dieu, la nier ne nous fera aucun tort. C'était jouer gros jeu, mais il gagna la partie. 11 était entré dans la ville avant que la marée haignàt les murs. Quand il s'agit de le canoniser, ce coup de tète fut donné pour un miracle. Au lieu de braver follement les flots, Charles eût mieux fait d'arrêter la fureur de ses soldats. Ils massacrèrent dans Quimper quatorze cents personnes de tout âge et de tout sexe. Enlin l'aumônier de Charles lui montra un enfant qui suçait la mamelle sanglante de sa mère égorgée... Et le carnage fut suspendu. Il est vrai que le pieux comte avait interdit à ses soldats, sous peine de la corde, de toucher aux biens et aux personnes ecclésiastiques, aux églises, aux reliques et aux vases sacrés. Il poussa le respect (voulant ménager sa garnison) jusqu'à démolir les fortifications qui appartenaient au duc, sans toucher à celles qui étaient la propriété de l'évcque. Quant à ses prisonniers, il les emmena à Paris et les livra aux bourreaux de Philippe de Valois. Le sire de la Rochetesson, Guillaume Bacon et Richard de Prcssi furent décapités cl pendus le samedi saint. Henri de Malestroit, qui était diacre, fut réclamé par l'évoque de Paris: mais Philippe le lui envoya sans chaperon, lie de chaines de fer dans un tombereau, sur une pièce de bois posée en travers, « afin de le mieux vilipender et que tous le puissent voir à leur aise. » Et dans la suite, « par commission que ledit Philippe impétra, de le dégrader de son titre de diacre, • le malheureux fut exposé sur une échelle aux yeux de la populace, qui le lapida « à la faveur du roi , »Tlont il mourut trois jours après.
Os cruautés furent plus fatales à Charles de Blois que la perte de Quimper à Montfort. En les apprenant au fond de son cachot, le prisonnier du Louvre se trouva dégagé de tout serinent. Il prit des habits de marchand que lui firent passer ses amis, et il s'évada. Il courut en Flandre et en Angleterre chercher des secours , lit hommage à Edouard pour la Bretagne, et ne larda pas à expier cette faute en mourant à Hennebont (1545). Les geôliers de Philippe de Valois avaient usé en trois ans cette vie qui devait encore durer un demi-siècle.
Les malheurs de Jean de Montfort doivent-ils l'excuser d'avoir soumis la Bretagne à Edouard? Notre histoire ne sera ni trop sévère ni trop indulgente pour lui. Elle lui pardonnera beaucoup, car il était Breton; mais elle ne l'admettra pas plus que son rival dans la liste des ducs de Bretagne.
Nomme par Montfort mourant tuteur de son fils , Edouard envoya de nouvelles troupes en Bretagne , et s'avança bientôt lui-même jusqu'aux portes de Paris, à la tète d'une armée formidable. L'heure fatale de Crécy sonna pour la France. La mort ou plutôt « la boucherie» de onze princes, «le quatre-vingts seigneurs portant bannière et de douze cents chevaliers , vengea cruellement les barbaries de Philippe de Valois.
Au milieu de ce désastre général, les partis de Blois et de Montfort
Doo LA BRETAGNE ANCIENNE
continuèrent avcç acharnement leur guerre d'escarmouches, guerre plus funeste encore nu pays que les grandes batailles; « car éloil la campagne courue, battue, exilée et rançonnée par les gens d'armes, et tout payaient toujours les pauvres gens.» Ajoutons que la famine vint mettre le comble à ces maux en désolant cette année-là toute la province (1540).
Et cependant rien ne pouvait abattre le courage de la veuve de Monlfbrl. qui, tenant à deux mains la grande épéc de son mari, suivie de ses bas Bretons, indomptables comme elle, promenait à travers les champs de bataille sa cotte d'armes noire sur son armure de fer.
CII APITItK 1)1 XI KM K.
ii.\r.it dk HmitMKI et Jkvsne ut PsHTMt«M. — Pri<e et reprise de la Rorhc-Dernen. — BrigMkfaffN de* Anglais. — Bxftotll et morl de Humus d'Agwnrtli — Nouvelle Trêve. — Le CoMMI m* Thesu.— Ses preuve*. — Ses causes. — Son importance. — Liste des combattants. — Victoire des Bretons. — Se> resnltaK — Poème du Combat des Trente — Chapitre de Froissait. — Le iiionomenl de Mi-Voie.