JEAN DE M ONT FOUT ET CHARLES HE BLOIS (SUITE
dt» joindre la grande armée anglaise, le comte de Norlhampton , eapilaiue général d'Kdouard. avait porté de rudes coups en basse Bretagne.
Il avait repris Carbaix , brûlé les faubourgs de Guingamp. enlevé la Roche- I terrien malgré l'héroïque résistance de l'i vi tpie de Tréguier. de Hue And .1 il.' Ilaoul de La Hoche: ravagé Tréguier. ne respectant que le tombeau ilr saint Yves, et forcé les portes de Lannion , où s'immortalisa Geoffroy e Pontblanc. Surpris au lit par les Anglais, ee chevalier les repoussa
r»r.2 LA BRETAGNE ANCIENNE.
demi-nu, l'épéo à la main, de rue en rue. jusqu'à ce qu'un archer le perçât d'une flèche. Ses lâches vainqueurs lui arrachèrent les dents et crevèrent les yeux à son écuyer. Les dignes compagnons de ce héros étaient GeofTrov de Kerimel, qui fut tué; le sire dé Coétuhan : Roland Philippe, sénéchal de Bretagne pour Charles de Blois; et Thibaut .Méran, docteur en droit, que les Anglais firent marcher, chargés de vin, en cotte et nu -pieds, jusqu'à la Roche-Derrien.
Norlhampton fut remplacé par Thomas d'Agworth, Achille anglais qui se couvrit de gloire, en résistant, avec une poignée d'hommes, à toute l'armée de Charles de Blois. Les historiens ne précisent pas le lieu de cette rencontre. Sur un poste avantageux, d'Agworth soutint d'abord neuf heures durant tout l'effort de l'ennemi. Alors Charles divisa ses forces en trois corps; il confia le premier au vicomte de Rohan, aux seigneurs de Montauban, de Lohéac et de Ryvallen; le second au sire de Rostrenen et au maréchal de Bcaumanoir; le troisième à Coatmen, à Quintin, à Rocheforl et à lui-même. D'Agworth. enveloppé de toutes parts, triompha encore de ces trois chocs réunis, et ses soldats, tous blessés et couverts de sang, enlevèrent aux Franco-Bretons plusieurs prisonniers, dont Galoisdc la lieuse et Payen de Fontenay.
Cependant Charles de Blois avait encore quinze mille hommes lorsqu'il entreprit — fatale entreprise ! — d'enlever la Roche-Derrien aux Anglais. Jamais combats si répétés et si furieux ne s'étaient livrés autour d'une place. On tirailla de jour et de nuit, à la lueur du soleil et des flambeaux. D'Agworth fut pris et délivré deux fois, et Charles de Blois fit des prodiges de courage. « Animé, dit un auteur anglais, comme une lionne à qui l'on enlève ses petits, environné d'un monceau d'illustres morts tombés sous ses coups, adossé par une troupe d'ennemis contre un moulin à vent, percé de dix-huit plaies en son corps, d'où le sang ruisselait de toutes parts, il se défendit encore deux heures, et se rendit enfin au chevalier breton Robert ou Evrard du Chastcl. » La victoire des Anglo-Bretons ne pouvait être plus complète. Elle avait été déterminée, suivant Froissard. par unecharge foudroyante de cent armures de fer, dépêchées d'Hcnnebonl. par Jeanne de Montfort, sous la conduite de Garnier de Cadoudal. Aux côtés de Charles de Blois furent tués les seigneurs de Laval, de Rohan. de Rougé. de Derval, de Chateaubriand, de Quintin, de Tourncmine, de Roisbouexel (ou Boisboisscl), «chevalier de grand' valeur, » de la Roche, de Bail* de Ricux, de Machecou, de Rostrenen, de Lohéac et de la Jaille, avec plus de deux cents chevaliers, et, dit la chronique de Bretagne, quatre mille hommes d'armes. Un des sires de Laval et le maréchal de Reaumanoir lurent pris avec leur maître (18 juin 1547).
Thomas d'Agworth déshonora son triomphe, en rentrant à la Roche- Derrien. Il trouva Charles de Blois désarmé, couvert de sang, presque ina-
(limé, sur un lit do plumes. Il le somma de se rendre à lui. Charles, qui avait remis son épée à un Breton, refusa noblement. D'Agworth, furieux, ordonna à quatre archers de le tuer à coups de flèches; mais les seigneurs présents empêchèrent cet assassinat. Alors l'Anglais fit arracher au royal prisonnier son lit de plumes, et le laissa tout nu sur la paille avec un drap sanglant. Quelle fut la réponse de Charles à cet outrage? « Il bénit et loua Dieu, confessant qu'il méritait d'être traité de la sorte, et faisant vœu qu'à l'avenir il coucherait sur la paille, — ce qu'il observa le reste de sa vie. » L'adversité était le meilleur piédestal de cet homme. Maladroit ou fanatique sur les champs de bataille, il l'eût été bien plus encore sur le trône ducal. Dans les fers, sa résignation fut celle d'un martyr. Au milieu des insultes grossières des soldats anglais l, Charles fut transporté àVannes. où Jeanne de Penthièvre, sa femme, vint le soigner, avec un sauf-conduit «le Jeanne de Monlforl. On l'emmena ensuite en Angleterre, où, suivant quelques historiens, la reine lui permit de se promener à cheval autour de Londres; où, suivant Lesnen et Bignon, son médecin et son valet de chambre, il fut insulté et maltraité indignement par ses gardiens.
La captivité de Charles eût terminé la guerre, si Jeanne de Penthièvre n'eût été la digne rivale de la veuve de Montfort. Mais cette autre héroïne, « qui s'intitulait duchesse de Bretagne, prit en main les affaires à grand' volonté,» remplaçant son mari au conseil et à l'action. «Ainsi fut dès lors la guerre de Bretagne entre ces deux dames; » et toutes deux défendirent si bien les droits de leurs enfants, que pas un de leurs champions ne fut ébranlé. « tant étoit fermement bandé chacun pour son parti, et tant il sembloit que cette lutte fût particulière à chacun en son privé nom ! »
Quoique la guerre de la comtesse de Montfort fût « grandement embellie » par la disparition de Charles de Blois, les horribles abus que les Anglais firent de la victoire, et l'exécration qu'ils inspiraient de plus en plus aux Bretons, grossirent le parti français d'une multitude de soldats, et causèrent la reprise de la Hoche-Derrien. Écoutons encore nos charmants chroniqueurs. « Les Anglois devinrent de jour en autre plus insolents que devant, traictant cruellement le peuple du plat pays d'alentour, dont ils tuèrent bon nombre pour avoir favorisé de Blois, sans laisser aucuns alentour qu'ils ne pillassent et ravageassent tous leurs biens, fors peu de paysans qu'ils réservèrent pour servir à leurs labourages et semer les bleds. Mais cette insolence et cruauté leur fut cher vendue, et en perdirent la place et plusieurs la vie; car le peuple d'alentour ne pouvant supporter cette tyrannie
1 En voici un exemple cité par d'Argenlré : « I.e prince ordinairement prenoit plaisir à la musique et chanloit et jouoit des instruments, et écri voit des vers et des rithmes. Ceux qui le conduisolenl disant lui vouloir donner du plaisir, firent venir grand nombre de vielleurs et de » ovnemuseurs pour sonner devant lui, et lui présentèrent de tels instruments pour le faire jouer avec les antres, moitié sien < t moitié Corée, laquelle définitivement faisoil la loi. .
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el cruauté, lit un amas d'hommes délibérant de les assaillir dedans la Huche- Uerrien . combien qu'ils fussent fort munis et avilaillés de la dépouille de ceux qui avoient été tués et pris au siège. El pour ce faire mandèrent au roi de France pour avoir secours, lequel leur envoya messire Pierre de Craon et messire Antoine Doria , avec nombre de gens de guerre, auxquels se joignirent les nobles et tout le peuple du pays adjacent. Kt un matin se rangèrent tous au devant de la ville et château, qu'ils assaillirent, et continuèrent l'assaut jusqu'au jeudi ensuivant, les soutenant les Anglois vertueusement du commencement. Mais hnalcment continuant la force de* assaillants, et ne pouvant ceux du dedans satisfaire au travail, le cœur leur Ibiblit; et, de crainte d'être pris par force, s'accordèrent de leur rendre leur vie et bagues sauves ; mais ceux de dehors étoient si animés qu'ils ne voulurent point les recevoir à composition ni merci, et de rechef commencèrent à battre et assaillir ; auquel jour le sieur de Craoii pendit à un baston une bourse avec cinquante écus dedans, qu'il donuoit au premier quientreroit en la ville. Et à celte amorce recommença l'assaut vivement, pendant lequel cinq Génois curent moyeu d'approcher le pied de la muraille, de laquelle ils abattirent à la sape bien cinquaute pieds, par où entra l'un d'eux le premier, qui gagna la bourse, el plusieurs le suivirent pari.) brèche du mur : lesquels entrèrent, saccagèrent et mirent au fil de l'épée hommes et femmes sans merci, et enfants, et pillèrent la ville et tout ce qu'ils trouvèrent dedans; et s'en sauva environ deux cents cinquante dedans le château, lesquels tôt après traitèrent de composition et se rendirent leurs vies et bagues sauves. Mais la sûreté leur fut accordée de leur personne seulement, avec condition qu'ils seroient conduits dix lieuesdedaus le pays pour aller la part où ils voudroienl. Ce qui fut fait el leur lut baillé pour conduite messire Sylvestre de la Feuillie et un autre gentilhomme. Mais il ne fut jamais eu leur puissance de les défendre des paysans, lesquels étoient si animés qu'ils les assommoienl partout où ils les pouvoienl attraper. Ils les menèrent jusqu'au château neuf de Quintîo; nuis quand ils y furent, les bouchers, charpentiers, artisans et le menu peuple se jetèrent sur eux avec une telle furie qu'il ne s'en sauva un seul, que tous ne fussent tués et mis en pièces. Et par ce moyen retourna la Hoche- Dcrrien eu la puissance de la comtesse de Penthièvre pour Charles de Blois. qui y mit capitaine messire Antoine Doria » (1347).
Les plus furieux brigands qui ravageaient alors la Bretagne, sous préleste de la servir, furent les nommés Croquai t et (labours. A force « de conquérir villes fortes et bons chastiaux et les revendre à ceux du pays bien et chèrement, ces aventuriers en étoient devenus riches que c'étoil merveille. » Croquai t avait été en son commencement « un pauvre garçon el longtemps page du seigneur d'Erele . en Hollande. Quand ee Croquait commença à devenir grand, il eut rongé el kV»h alla è* gin-rre* de lirela^ne el se mil <