‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 49 sur 103 · LA II UK TA UNE ANCIENNE · texte numérisé non relu

LA II UK TA UNE ANCIENNE

servir un liumuie d'armes. Si s'y porta si bien que, à une rencontre «»ù ils lurent, son maître fut tué ; niais pour le vasselage (courage) île lui, les compagnons l'élurent à être capitaine au lieu de son maître, et y demeura Depuis, en bien peu de temps, il gagna tant et acquit et prolita par rançons, par prises de villes et de châteaux, qu'il devint si riche qu'on disoit qu'il a voit bien la finance de soixante mille écus, sans les chevaux, dont il avoit bien eu son étable vingt ou trente bons coursiers et doubles rODCÎOS. Et avec ce. il avoit le nom d'être le plus appert homme d'armes qui fût au pays, et fut élu pour être à la bataille des Trente (comme on le verra tout à l'heure), où il acquit grand' grâce. Kl lui fut promis du roi de France que si il vouloit devenir François, le roi le feroit chevalier et le marieroit bien et richement, et lui donneroit deux mille livres de revenu par an; mais il n'en voulut rien faire. » Tous ces brigandages étaient fondés sur le fatal article de la trêve de Malestroit qui autorisait chaque parti à entreprendre sur l'autre. Edouard en profitait pour établir ses plus indignes routiers dans les conquêtes qu'ils faisaient en Bretagne. Ce fut ainsi qu'il lit épouser, Infantlum! la veuve de Clisson à Gautier de Bantelé.ct la veuve de Hohan à Hoger David; ce fut ainsi encore qu'il donna à Kaoul de Cahours mille livres sterling de rente à prendre sur les domaines qu'il avait envahis, (le Cahours, moins loyal que Croquart, se vendit au roi de France pour vingtquatre mille trois cents livres, et massacra dans une rencontre l'intrépide d'Agworth avec cent hommes d'armes (1551).

Philippe de Valois, cependant, avait renouvelé la trêve au mois de juin 1350. Mais il était mort deux mois après, et le duc de Normandie, qui lui succéda sous le nom de Jean 11, laissa comme son père les deux partis de Blois et de Mont fort ensanglanter la Bretagne.

C'est alors qu'eut lieu le fameux combat des Trente, qu'on peut regarder comme le résumé de toutes ces guerres héroïques. — combat longtemps contesté par quelques sévères historiens1, mais établi désormais sur deux témoignages irrécusables : le poëme contemporain, découvert à la Biblio-

■ Même avant la découverte du poëme sur le combat des Trente et la restitution du tua pitre décisif de Frois>art, il > avait bien de l'entêtement ou bien de la mauvaise Fui a nier jusqu'au fjil de ce combat célèbre. I" Christine de Fisan écrivant, peu de leuq»s après, l'histoire de Charles V, meniionr.e celle affaire t omme une chose notoire livre I, chapitre XXVI , et cile un écuyer anglais qui avait ll^uré à Mi-Voie; 2* d'Argentré déclare avoir vu de scn yeux un très-ancien livre en rythme sur ce même combat ; > eiiliu Froissart lui-même, dont on invoquait le silence avec si peu de justice, n'est -il pas cite par d'Argenlré comme avant raconte et glorifié le combat des Trente : « Froissart, qui vivait de ce temps, en deux ou trois passages de son histoire, use de ces mots : — yi il ne fui jamais plis vaillamment uwBVTTt AfRts la BATAILLE de» Trente, tytJl ver en Brlt»(.ne. » { U'Argentré, Histoire de Bretagne, in-folio, liv re VI, |>aye 3!>5,> édition, Paris, an MDCXVIII) Il y a plus encore: en dehors des chapitres restitue* par M. Buchon, notamment dans le chapitre CCCXXV, Froissart mentionnait, comme nous veuon> île voir, le célèbre .tvviiiurier Croquai t. - • Élu pour tire •i lu bataille «/••* Trente, <>»< H fut If meilleur combattant de ht partis des Anglais .

.->tW LA BRETAGNE ANCIENNE.

thèque royale par MM. de Penhouët el de Fréminville , et le chapitre de Froissart, restitué par son savant éditeur M. Buchon.

Compatissant pour les hommes de paix au milieu des brutalités de la guerre, Thomas d'Agworth était convenu avec les principaux chefs francobretons qu'où respecterait de part et d'autre les travaux, les maisons et les personnes des laboureurs et des commerçants; — mesure nécessitée, d'ailleurs, par la famine qui menaçait de devenir permanente en Bretagne. Mais à peine d'Agworth eut-il été tué par le transfuge Cahours, que le capitaine anglais Bembroug (Benibro ou Brandebourg), commandant pour Edouard et Monlforl à Ploërmel , vengea la mort de son compatriote en portant, au mépris des conventions et des trêves, le fer et le feu dans tout le pays. Le maréchal Bobert de Beaumanoir, gouverneur de Josselin pour Charles de Blois, et qui joue dans toute cette histoire le plus noble rôle, demanda un sauf-conduit à Bembroug pour aller parlementer avec lui. Il l'obtint el se rendit à Ploërmel. Sur la roule, il rencontra des paysans traînés par les soldats anglais, les fers aux mains et les entraves aux pieds, attachés par deux ou par trois comme des bêles de somme. Emu de pitié cl d'indignation, Beautqauoir reprocha vivement à Bembroug cette violation des traités. Bembroug lui répondit eu le sommant de se taire, et le menaça de voir bientôt Monlforl maître de toute la Bretagne, elles Anglais maîtres de toule la France. — Bercez-vous d'un autre rêve, reprit fièrement Beaumanoir, et délivrez d'abord ces prisonniers. — Pour commander ainsi aux Anglais, s'écria Bembroug, il faudrait d'autres hommes que des Bretons. — Eh bien, dit Beaumanoir, choisissez un lieu et un jour; afin que les guerriers seuls portent le poids de la guerre, prenez trente Anglais, je prendrai trente Bretons, el uous verrons qui a meilleur cœur et meilleure cause.

Bembroug accepta le déli.— Bendez-vous fut pris pour le samedi suivant au chêne de Mi-Voie, dans les landes de la Croix-Helléan , entre Ploërmel et Josselin : — et chaque capitaine s'occupa de choisir ses compagnons.

Ceux de Beaumanoir furent : les chevaliers de Tinténiac, Guy de Rochefort, Yves Charruel, « homme de très grand' stature, excédant la commune proportion des hommes», Robin Raguenel, Huon de Saint-Yvon, Carode Bodegat (ou Rose de Gas), Olivier Arrel, Geoffroi du Bois, Jehan Rousselot (ou Rousselet) , et les écuyers Guillaume de Montauban, Alain de Tintëniac, Tristan de Peslivien, Alain de Ker aurais, Olivier de Keranrais, son oncle: Louis Goyon (ou Gouyon), Geoffroi de La Roche, Guyon de Poniblanc, Geoffroi de Beaucorps, Maurice du Parc, Jehan de Strent, de Fontenay, Hugues Capus (ou Uuguet Trapus), Geoffroi Poulard, Maurice cl Geslin deTrcsiguidy (ou Trisguidy , ou Tronguidy), Guillaume de la Lande, Olivier de Monterille, Simon Richard (ou Pachard). Guillaume de h

ARMOIRIES BRETONNES

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LA BKKTAIÎNK ANCIENNE.

Marche et Geoffroi Mellon '. La liste des Bénédictins ne porte point le nom de Hugues Capus; en revanche, elle porte deux Fontenay. D'autres listes portent La Marche au nombre des chevaliers.

Bembroug ne put trouver dans sa troupe que vingt Anglais dignes de sa confiance; il y joignit six Allemands ou Flamands, et, selon Morice et Lobineau, quatre Bretons. Mais ce dernier fait est au moins douteux. Le poème contemporain dit : quatre Brabançons. Froissai t ne s'explique point à cet égard. Voici les noms de ces trente guerriers. Chevaliers : Robert h'noles. Hervé de Lexualen, Richard de La Lande, Thomelin Billefort (ou Belifort), Thommelin Walton, Hue ou Hugues de Caverley. Écuyers : Jean Plesanton, Richard le Gaillard, Uugues son frère, Hucheton de Clamaban, Repefort, Hennequin de Guenchamp, Henncquin Herouard, Hennequin le Maréchal, Boutet d'Aspremont. Gens d'armes : Croquart, le célèbre aventurier; Gauthier l'Allemand, Robinet Melipars, Ysannet, Jean Roussel, dAgworth, neveu de Thomas d'Agworth : Hulbitée, Helcoq, Helichon h Musard, Troussel, Robin Adès, Perrot de Gannelon, Guillemin le Gaillard, Raoul Prévôt et d'Ardaine.

Ces quatre derniers sont ceux que les Bénédictins désignent comme Bretons, et le poème contemporain comme Brabançons.

Le jour venu, chefs et champions entendirent la messe et se rendirent au reudei-vous. Ils étaient armés de lances, d'épées, de poignards, de haches, de fauchards(ou sabres recourbés), de brancs d'acier et de maillets de fer. Le maillet de Bclifort pesait, dit-on , vingt-cinq livres. Clamaban portait une faulx tranchante d'un côté, et de l'autre garnie de crochets de fer. On voit que la plupart de ces armes étaient faites pour un combat à pied, — combat que les chevaliers de ce temps préféraient d'ailleurs, particulièrement en champ clos. — Aussi tous, et d'un même accord, deseen-

1 plupart de ces illustres familles n'existent plus. Quelques-unes cependant sont encore dignement représentées. Tout en regrettant de ne pouvoir en dresser la lisle complète, nous citerons entre autres les Walsh-Serent, qui s'honorent tant par eux-mêmes; — M. le marquis Ange de Tinténiac et ses Gis, digne frère et dignes neveux du chevalier de Tinléniac, victime de Quiberon; — M. le comte de Beaucorps-Créquy, chef du nom de Beaucorps, ex-commandant d'escadron au 1" régiment des grenadiers à cheval de la garde royale, démissionnaire à Cherbourg en 1850; — M. Goujon du Verger, capitaine de corvette en retraite. —Un descendant de Geoffroy Mellon, M. Jacques de Mellon, ancien oflicier supérieur, mourait tout récemment à Monta uban ( Ille-el-Vilaine). — Enfin M. le vicomte Henri de Ruolz, qui honore par ses nobles travaux chimiques et par ses hautes compositions musicales un des plus anciens noms de la Suisse allemande adopté de longue main par la France, te rattache au Fontenay du rombal des Trente par sa mère, M"' la comtesse de Ruolz, née de Fontenay,— cette femme de tant d'esprit et de tant de goût, dont les productions littéraires se cachent sous un pseudonyme que leur succès ne lardera pas a trahir. — Autre temps autre gloire. — Au quatorzième siècle, le maillet de Ter; au dix-neuvième, la plume et le creuset. Le héros de Mi- Voie sauvait la vie des pauvres paysans bretons en donnant la mort aux aventuriers anglais; M. le \iromte de Ruolz , sans donner la mort à personne, sauve la vie des pauvres ouvriers décimes parle mercure. A l'un le sanglant laurier décerné par l'histoire au nom de la Bretagne, à l'autre la couronne civique décernée par l'Académie au nom de louies les nation*.

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il i ion t-i I s de cheval en arrivant sur le pré. Il est à présumer, cependant, «pie chacun demeura libre de reprendre sa monture : car on va voir un des Bretons user de ce droit ; et personne ne lui en a fait un reproche , — pas même Froissai t, qui est si favorable aux Anglais.

«Une infinité de noblesse était venue là, dit d'Argentré, exprès, sous sauf-conduits, pour assister à ce grand spectacle. » Les acteurs défendirent aux spectateurs d'intervenir en aucune façon, ni pour ni contre qui que ce fût, — et les deux bataillons se mirent en ligne.

Les harangues faites de part et d'autre, — malgré la prophétie de Merlin qui lui promettait la victoire, Bembroug eut uu scrupule. Il proposa à Beaumanoir de remettre la partie . pour obtenir l'autorisation de leurs princes respectifs. Mais les Bretons répondirent tous d'une voix que ce serait prêter à rire aux assistants, et le signal du combat fut donné.

Au premier choc, les Bretons eurent le désavantage. Yves Charruel fut pris, Geoffroi Mellon mordit la poussière; Bodegat, Rousselol cl Pestivien reçurent des blessures graves.

Loin de perdre courage. Beaumanoir et les siens multiplièrent leurs coups. Les armes jettent des éclairs. La terre tremble sous les pieds des combattants. La sueur et le sang coulent à longs flots. Chaque tourbillon de poussière dérobe un duel à mort. Kxlénucs enfin, à bout de force et d'haleine, les deux partis s'arrêtent pour se reposer et se rafraîchir.

Les Bretons n'étaient plus que vingt-cinq contre trente. Beaumanoir les ranime du geste et de la voix...— Je nie battrais mieux si j'étais chevalier, dit Geoffroi de La Boche. — Eh bien! tu vas l'être, répond le maréchal. L'écuyer dépose les armes et se met à genoux Son parrain lui rappelle les hauts faits de ses aïeux, surtout de Budes de La Boche, son |»ère. fléau des Sarrasins d'Orient. Fuis il lui donne l'accolade et lui remet ses armes Geoffroi se relève chevalier. Le combat recommence.

Bembroug fond sur Beaumanoir, le saisit à bras le corps et lui cric : — Bcnds-toi, Robert, je ne le tuerai pas, je te donnerai en présent à ma mie. — C'est ta mie qui sera mienne ce soir, repart le maréchal en se défendant avec vigueur. Aussitôt Alain de Kera lirais et Geoffroi du Bois viennent à son aide. D'un coup de lance, le premier renverse Bembroug. Le second lui passe son épéc au travers du corps.

Les Anglais étaient perdus dès lors sans l'intrépide Croquart. — Tenez forme, compagnons! s'écrie-l-il ; c'est moi qui vous commande à présent. Nos épées valent mieux que les prophéties de Merlin !

Les rangs se resserrent, et la mêlée redevient furieuse.

Délivrés par la mort de Bembroug, les prisonniers bretons rentrent dan> la lice. D'Agworlh et deux Allemands tombent sous leurs coups. Croquart. Cavcrley, Knollcsct Béliforl vengent leurs camarades en blessant Beaumanoir. Vaincu par la chaleur, la fatigue et l'inanition I le maréchal avait

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pieusement jeûné), couvert de sueur, de poussière et de sang. Bcaumanoir éperdu demande à boire — Bois ton sang, Bcaumanoir .'lui répond une voix bretonne, la voix de Tinténiac suivant les uns, de GeoflYoi du Bois suivant les autres. Qu'importe, si tous deux en étaient capables ! A ce mot sublime, ie maréclial retrouve son énergie et retombe comme la foudre sur les Anglais.

Cependant rien ne pouvait ouvrir les rangs de ceux-ci, serrés comme une maille de fer. lorsque Guillaume de Montauban, qui respirait à Pécari, chausse ses éperons, s'élance sur son cheval et fait semblant de fuir. — Ah ! mauvais écuyer, lui crie Bcaumanoir, celte lâcheté déshonore à jamais ton nom. — Tiens bon de ton côté, répond Montauban, je vais besogner du mien. Et lançant sou cheval au plus fort des ennemis, il rompt leur bataillon, les culbute les uns sur les autres, et assure la victoire à ses compatriotes.

La meilleure partie des Anglais resta sur le champ de bataille, avec quatre Bretons. Knoles, Cavcrlcy, Beliforl, Croquart, etc., rendirent les armes. Ce dernier fut proclamé le meilleur combattant parmi les vaincus '. Tinténiac le fut de même parmi les vainqueurs. Bcaumanoir, bois ton tangl resta le cri de guerre des Bcaumanoir. Célébré par les poètes, chanté parles ménestrels, représenté sur les tapisseries, le combat de Mi-Voie devint si fameux, qu'on disait un siècle après, en parlant des plus belles batailles : On s'y battit comme au combat des Trente.

Et c'est en vain que les douleurs par système voudraient encore reléguer celte joute héroïque au nombre des fictions chevaleresques, ou la ravaler aux minces proportions d'une querelle de maîtresses ! Le combat des Treille est acquis, dans toute sa portée nationale, à l'immortalité de l'histoire par les deux monuments que nous allons religieusement transcrire.

Non ! le sévère et pieux Bcaumanoir n'alla point provoquer Bembroug seulement pour voir lequel avait plus belle mie, à moins qu'il ne fût question de Jeanne de Penthièvrc et de Jeanne de Montfort, invoquées alors par leurs partisans respcctifs.Qui ne sait, d'ailleurs, que de pareilles expressions étaient une formule générale du temps, que les chevaliers exécutaient au nom d'une dame souvent imaginaire leurs plus grandes et leurs plus saintes entreprises, que les princes eux-mêmes et les généralissimes se disputaient sur la couleur d'un ruban, tout en jouant le sort de leurs armées et de leurs peuples? Quel qu'ait élé, dans sa forme, le défi du maréchal de Bcaumanoir, son intention réelle et celle de ses compagnons fut de punir la violation d'un pacte sacré, de venger les campagnes et les populations bretonnes, ravagées et rançonnées, incendiées et massacrées par des brigands que leur propre parti désavouait, ou plutôt qui n'appartenaient réellement

' « El depuis, dit Froissa rl, Croquart lina mauvaisemeiil. Ce Croquait chevauchoil une fois un jeune couisier fort em bridé, que il avoil acheté trois cents écus, et l'éprouvent au courir. Si s'échauffa tellement que le coursier, outre sa volonté, l'emporta; si que, à saillir un fossé, le coursier trébucha et rompit à son maître le col. Je ne sais que son avoir devint, ni que eut l'âme, mais je sais que Croquart (ina ainsi.» (Buchon, Chron. nation,, tom. XIII.)

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à aucun parti. Unis dans le fond de l'àmc au milieu de leurs dissensions extérieures, tous les vrais Bretons protestèrent, par l'épée des Trente, contre les excès de la domination anglaise; et si la victoire de Mi-Voie ne put terminer une guerre interminable , elle eut du moins pour effet de relever les espérances patriotiques en humiliant l'arrogance des étrangers. Le coup qu'elle leur porta fut si violent et si cflicacc, qu'après treize années de séjour en Bretagne, ils en gardaient encore la marque, et que le triomphe éclatant de leur protégé, la victoire môme d'Auray. ne put les maintenir au pays des Beaumanoir et des Tinténiac.

Et voilà sans doute la cause du silence de tous les historiens anglais sur le combat des Trente. On dirait qu'ils ont essaye de l'effacer de leurs annales, tant ils le jugeaient fatal à leur nation ! Honneur donc et honneur éternel aux héros bretons de Mi-Voie ! Il nous reste à déposer sur leurs tombeaux la poésie et la prose, double et irréfragable titre de leur gloire.

C'est sous le numéro R. 7595 bis que MM. de Penhouct et de Frémin ville découvrirent à la Bibliothèque royale le manuscrit du poëmc sur le combat des Trente ; M. de Fréminville en publia une édition assez incorrecte à Brest en 1819. Celle que donna M. Crapclct à Paris, en 1827. est plus brillante que rigoureuse. Nous imprimons ici l'excellente copie faite par M. Méon lui-même (on connaît sa scrupuleuse exactitude] pour M. Buchon, l'éditeur de nos chroniques nationales. C'est le fac-simile parfait de l'original avec toutes les naïvetés de son style cl tous les caprices de son orthographe. Quoi qu'aient pu dire certains écrivains moins versés dans la paléographie que dans la critique, tels que MM. Daunou cl Daru, cette précieuse composition est bien de la fin du quatorzième siècle. L'œil le moins exercé serait frappe de sa ressemblance matérielle avec les chroniques de Saint-Denys, années 1375-1380. C'est donc là probablement le trés-ancienlivre en rythme que d'Argentré avait eu sous les yeux. Enlin les armes et armures citées dans ce poëmc appartiennent toutes à la dernière moitié du quatorzième siècle, notamment lefauehard et le branc d'acier, qui disparurent au siècle suivant. Peu nous importe, après cela, que le poëtc ait plus ou moins brodé les épisodes de son sujet, qu'étranger à l'art de la guerre, il ait commis des fautes d'escrime ou de stratégie? Il n'en est pas moins pour nous un témoin presque oculaire dont nous devons recueillir la déposition comme un trésor sans prix. Nous ne craignons môme pas, à vrai dire, de placer son œuvre au-dessus du chapitre de Froissart, comme plus naïve et plus caractéristique, plus complète et plusimparliale'.On va voir, en effet, avec quel soin

' Celle réserve faite, le chapitre de Froissarl esl |>our nous el pour nos lecteurs une véritable bonne fortune. C'est la première fois qu'il e>t publié textuellement et littéralement. san< altération ni correction d'aucun genre; nous en sommes redevable à M. Buchon, dont l'érudition n'a d'égale que son obligeance, et qui a bien voulu, non-seulemenl nous communiquer ce joyau littéraire dans sa pureté primitive, mais encore nous transcrire le chapitre entier «le <a main sur le précieux manuscrit de la bibliothèque du maréchal prince deSonbise

Froissart dissimule les véritables motifs du combat, combien il s'efforce d'atténuer la défaite des Anglais et de retirer le beau rôle à Beaumanoir pour eu gratifier Dembroug. Froissart était bel et bien pensionné par le roi d'Angleterre : le bon chroniqueur lui en donnait pour son argent.

Cl COMMENCE LA BATAILLE DE TRENTE ENGLOIS ET DE TRENTE BltETONS, QUI FU FAITE EN BrETAIGNE , L'AN DE GRACE MIL TROIS CENT CINQUANTE , LE SAMEDI DEVANT LMTARE JHEHUSALM 1 .

Seigneurs, or faites paix, chevaliers et barons, Bannerois, bachelers et trestoux nobles hons, Evesques et abbés, gens de religions, Ileraulx, menestréelx et tous bons compaignons. (jenlils hons et bourgols de toutes nacions ; Escoutez cesl roumant que dire vous voulons, h istoire en est vraie et les diz en sont bons ; Comment trente Englois hardix comme lions Combatirenl un jour contre trente Bretons ; Et pour ce j'en vueil dire le vray et les raisons . Sy s'csbalront souvent gentils hons et clarjons De cy jusqu'à cent ans pour vray en leurs maisons.

Bons diz, quant ils sont bons et de bonne centence, Toux gens de bien, d onneur et de grant sapience Pour ouir et esouter y maitent leur entente, Mais faillis et jaloux sy n'y veulent entendre. Or en wueil commenchier et raison en wueil rendre De la noble bataille que on a dit des Trente ; Sy pri à celluy Dieu qui sa char laissa vendre Qu'il ait mercy des aines, quer le plus sunt en cendre.

Quant Dagorne fu mort de cest ciéele de vie, Devant Auril le fort fu finée sa vie, Des barons de Bretaingnc et de leur compagnie, Dieu leur face mercy par sa sainte pitié ! En son vivant avoit pour certain ordonné Que menues gens de ville, ceulx qui gaingent le blé, Ne seroient des Englois plus prins ne guerroié. Quant le baron fu mort, tanlost fu oublié. Quer BramlxHirc pour certain est pour luy démouré Qui jure saint Thomas que bien sera vengié. Puis a la terre prinse et le pais gasté,

' CHAPITRE DE i. FROISSART (MS. DE LA III1IL. DU MARÉCHAL PRINCE DE SOUBISE).

En celle propre saison avilit en Bretagne uns moult haus fais d'armes que on ne doit mies oublier, mes le doit on mettre avant pour tous bacelers enenragier et exempljer. El afin que vous le puissiés mieus entendre, vous devés savoir que toul-dis estaient guerres en Bretagne entre les parties des deus dames, comment que messlres Charles de Blois fusl emprisonnés; et se guerrioient les parties des deus dames par garnisons, qui se tenoient eus es

Et emhla Pclinel à dœul et à vilté.

Bien feisoil de Bretaingne toute sa voulante,

Tant qu'avint la journée que Dieu oust ordonné,

Que Beaumanoir le bon qui tant fu alosé,

Messire Jehan le sage, le preux et le sené,

Vers les Englois allèrent pour parler à seurté.

Sy vit pener chetifs, dont il oust grand pitié

Ly un esloit en ceps et ly aultre ferré,

Ly aultre és grésillons et'ly aultre en celé,

Deux et deux, Irois et trois, chascun sy fu lié.

Comment bouefs et vaches que l'en maine aumarchié.

Quand Beaumanoir les vit, du cœur a soupiré ,

Sy a dit à Bramlwurc par moult très grant fierté :

« Chevaliers d'Engleterre, vous faictes grand pechié

« De travailler les povres, ceulx qui siétnent le blé,

• Et la char et le vin de quoy avon planté ;

• Se laboureux n'estoient, je vous dy mon pensé, « Les nobles convendroit travailler en l'eré

« Au flaies et à la houette et soufrir povreté; n Et ce seroit gmnd paine quant n'est acouslumé. « Paix aient d'or-en-avant, quer trop l'ont enduré; ■ Le testament Dagorne est bientosl oublié. » Et Brambourc sy rcspont par moult très grant fierté : , « Beaumanoir, taisiés-vous, de ce n'aist plus parlé !

• Monfort sy sera duc de la noble duchié

« De Pontorsum à Nantes jusques à Saint Mahé.

• Edouart sera roy de France couronné ;

• Englois auront mcstrie, partout auront poesté

« Maulgré tous les Franchois et ceulx de leur costé. » Et Beaumanoir respont par grant humilité : « Songiés un aultre songe ; celui est mal songié. « Quer jamais par tel voie n'en auriez demi pié. « Brambourc, dit Beaumanoir, sachiez certainement « Que toutes vos gouberges sy ne valent noïent. i Ceulx qui le plus en dient en la fin leurmesprent. « Or le faison Brambourc, s'il vous plaist, sagement. « Combaton nous ensemble à un ajournement « Soixante compaignons, ou quatre vingt ou cent. « Adonc verra-on bien pour vray certainement « Qui aura tort ou droit sans aller plus avant. » — « Sire, ce dit Brambourc, et je le vous fiant. »

Ainsi fu la bataille jurée par tel point Que sans barast ne fraude, loiaulement, le feront :

.Uasiiaus et ens ès fortes villes de Tune partie et de l'autre. Si avint uns jours que messires Robers de Biaumanoir, vaillans chevaliers durement el dou plus grant linage de Bretagne, et estoît chastelains d'un chasliel qui s'appelle Chasiiel-Josselin, et avoil avoecques lui grant fuison de gens d'armes de son linage el d'autres saudoyers, si s'en vint par devant le ville et le ebastiel de Plaremiel, dont chapi tains estoit uns noms qui s'appelloit Brandebourcb, el avoit aVMC lui grant fulson de saudoyers alemans, englès et bretons; et estoienl de la parlie la cimitif

El d'un costé et d aultre toux a cheval seront. Sy pri .m roy de gloire (|ui tout soit et tout voit Qu'il en aïst au droit, quer ce en est le point.

Or ont-ils à Pelmel la bataille jurée A trente compaingnons chascunde sa mené:-. Puis s'en vint Beaumanoirà la chîere meinbrée , Au Chasteau Josselin la nouvelle a comptée ;

Le fait et renUreprinsc maislre \ n'y a celée De luy et de Brambourc comment ell'estalée. Là trouva des barons moult 1res grant assemblée. Chacun la mercy Dieu en ont moult merchiée.

« Segneurs, dit Beaumanoir, sachiez sans doubtanee « Qu'entre Brambourc et moy avons fait acordance * A trente compaingnons chacun de grant puissance; « Sy feroit bon choisir qui bien ferroit de lance

de Monlfort. El coururent li dis messires Robers et ses gens par devant les barrières. El cui-t volontiers veu que cil de dedens fuissent issu hors, mes nuls n'en issi. Quanl messires Robers véi ce, il approça encores de plus près et list appeller le chapilainne. Cils vint avant à le porte parler au dit monsigneur Robers, et sus assegurances d'une part el d'autre. ■ Brandebourch. dit messires Robers, a-il là dedens nul homme d'armes, vous ne aultre, deus ou irois, qui rolsis«ent jousler de fer de «laves contre aullres trois, pour l'amour de leurs amies? » —

r»7i LA HHbTAGNK ANCIENNE.

« Kl de hache et d espéeet de dague pesante.

• Sy pry le roy de gloire, le Dieu de sapicnle « Qu'aions l'avantage, ne seron en doubtance.

■ Asès en parler-on en roiauliue de France

« El par toutes les terres de cy jusqu'à Plaisance, h

— « Beaumanoir. li ont dit les nobilles barons ! » Kt la chevalerie, servanset escuiers,

Dient à Beautnanoir : « Nous yron volentiers

« Pour destruire Bramlwurs et tous sez soudoiers.

• 11 n'aura jà de nous ne ranchon ne deniers ;

« Car nous sommes hardix et vaillans et entiers.

« Nous ferrons sur Kngloiz de moult grans cous plainicrs.

« Prenez qu'il vous plaira, très nubile baron. »

— i Je pren Tintiniac, à Dieu soit beneichon ! •I Kt (îuy de Kochefort, et Charucl le Iton ;

« Guillaume de la Marche sera mon compaignon ;

« Et Robin Raguenel. Huon de Saint-Yvon.

« Caron de Bosc de Gas, qu'oublier ne doit-on ;

« Messire(îiuffrai deBoves qui est de granl renon,

« Kt Olivier Arelquiesl hardy Breton,

« Messirc Jehan Bousselot qui a cœur de lion.

» Se à eulx se deffendent de Brambourc le félon

• Jamais je n auray joie par mon entencion,

n Après convient choisir moult très noble escuier. « De Montaubant Guillaume prendra y tout le premier :

• Et de Tintiniac Alain qui tant est lier,

« Printinien Tristan qui tant fait à proisier,

« Alain de Carraurois et son oncle Olivier;

« Lois Guion y vendra ferir d'un branc d'achier

« Luy et le Fontenois pour leurs corps essoier :

« Hauguel Capus le sage ne doit-on oublier ;

« Et Guiffrai de La Boche sera fait cevalier

« De Brice son bon père qui ala guerroier

« Jusqu'en Conslentinoble pour granl honneur gaingner.

« Si ceulx ne se deffendent de Brambour le merchier

« Qui chaillcnge Bretaingne, Dieu luy doint encombrier.

■ Jamais ils ne devraient chindre de branc d'achier. * Choisy a Beaumanoir, ainsi corn vous ay dit

Giuffray le Poulart, Morisce de Trisguidy ; Kt Guion du Pont-Blanc ne mestroy en oubly, Kt Morice du Parc, un escuier hardy, Kt Giuffray de Beaucorps qui est moult son amy Kl celui de cen cops Giuffray Mellon aussy,

BrandeUoureh respondi el dist : que leurs amies ne vorroieut mies que il se fesisscnl luersi meschammeut que de une seule jousle, car c'esl une aventure de forlune irop losl passée, si en acquiert on plus tost le nom d'outrage et de folie que renommée d'onneur uede pris; • mais je vous dirai que nous ferons, se il vous plaist. Vous prenderés vingt ou Irentede tos compagnons de voslre garnison et j'en prenderai autant «le la nostre. Si alons en un M*! camp là on nuls ne nous puis! empi ecier no riestourtwr : et commandons sus le hart à noscom-

Tous eeulx que il appelé luy en rendent mercy : Ils son! tous à présent, ils s'enclinent vers luy.

Après print Beaumanoir c'est chose sans doublante, Jchannot de Serent, Guillaume de Lalande, Olivier Montevile homme de grant puissance , Et Symonet Pachart pas n'i fera fa il lance. Tous y melront leurs cœurs et leurs corps ein balance. Et tant sunt assemblés sans nulle demourance. Dieu les veuille garder de maie pestilence !

Or a choisy aussi Beaumanoir tout son nombre De trente bons Bretons; or les part Dieu de honte, Et à leurs nnemis avoir Dieu tele encontre Qu'ils soient desconfis voiant de tout le monde.

Monsire Boberl Bramboursa choisy d'autre part A trente compaignons dont il a voit grant tari. Je vous dirai leurs noms par le corps Saint Bernarl. Ly un si fu Caverlez, Carnalay et Crocart ; Messire Jean riassanton, Ridelle le Gaillart Helecoq et son frère et Jcnncquin Taillart, Bippeforl le vaillant et d'Irlande Bieharl, Tommelin Belifort qui moult sçut du renart. Cil combatoit d'un mail qui pesoit bien le quarl De cents livres d'achier, se Dieu ait en moi part. Mueton Clemenbeau combatoit d'un fauchart Qui tailloit d'un costè, crochu fu d'autre |>art, Devant fut ancovré Irop plus que n'est un darl ; Il poursembloit les armes jadix roi Agappart Quant combati de lance encontre Benouart Cil «|u'il alaint à coup, l ame du corps lui pari, Jcnncquin Boloucamp, Hcncquin Herouarl Et fiaulier l'Alemant, Iiuebnie le vilarl, Hcncquin Maresehal si movra celle part, Thommelin Houallon, Bobinet Mclliparl, Isanay le hardi, Heliehon le musart, Trousse), Robin, Adès et Dango le couart, Et le nepveu Dagorne, lier fu coin un liespart, El quatre Brebcnchons par le corps saint Godai t Perrot de Commelain, Guillcmin le gaillart. Et Raoulet d'Aspremont, d'Ardaine fu le quarl. Bretons desconfiront, cedient, par leur art, Et conquerront Bretaigne jusqu'auprès de Dinarl ; Mai* de f >le vantanceesl maint tenu musart.

Or a Bobert Brambour choisy ses conpaignons.

pagnons dune paît et d'aullre et à tous chians qui nous regarderont : que nuls ne face à homme compilant COUfort ne aye; et là endroit nous esprouvons; el faisons tant qu'on en parle ou temps a venir en sales, en palais, en plaches et en aullres lieus p.ir le monde ; el en aient la Corinne el l'onneur cil à qui Dicx l'aura destine ■> — • Par ma foi ! » dist messires Kobers de Biaumatioir. je m i acord : et moult parlés ores vassaumenl. Or , soyés vous Irenle. nous serons nous Irenle ; el le créanle ensi |>ar ma fov i — Ossi le créanle jou , dlsl Bran le-

LA BRETAGNE ANUENNK.

Trente furent par nombre et de trois nations , Car vîngl Knplois y oust hardis comme lions, Et six bons Alemans et quatre Brebenchons. Armez furent de pintes, îyacines, haul>erjons; lispées ourent. et dagues, et lames et fauchons. ICI Ko^lois jurent Dieu qui souffri [tassions Bcumnanoir sera mort le gentils et li bons. Mais li preux et li saj:e list ses dévotions. Kt faisotl dire messes par urant oblacions Que Dieu leur soit en aide par ses sainlismes nous.

Quant le temps fu passé et le jour fu venu Que rendre se dévoient dessus le pré herbu, Beaumanoir le vaillant, que Dieu croisse en vertu, Ses compagnons appelé qu'ils vindrenl tous à lui,

Kl leur list dire messes ; chacun fu absolu, Prinrcnt leur saicrement en non du roy Jhesu.

houi'cli,car là acquerra plus donneur, qui bien s i maititcnra, que à unejousle.» Ensi fu ceslf beson^ne affirmée el creantee, cl journée ncordée au merkedi aprîés, qui devoit eslre li <pnn» jours de l'emprise. Le terme pendant, cescuns e-lisi les siens trente, ensi que bon li sembla : et tout cil soissanlc se pourveirenl d'armeures en>i que pour yaus bien el à point.

Quant li jouis fu vt-nus, li trente compagnon Brandebourch oïrent messe: puis se lisent armer et s'en atèrenl en le place de terre la on la bataille devoit eslre, et desceudireni tout >

« Segneurs, dit Beaumanoir o le hardy \isage » Jà trouverons Englois qui sunt do granl courage ; ■ Ils sunt en volonté de nous faire dommage. « Si vous pri et requier, chaseun de bon courage « Tenez vous l'un à l'autre com gent vaillant el sage. « Se Jhesucrist nous donne la force et l'avantage « Moult en ara granl joye de France le bornage, - Kt le duc débonnaire à qui j'ay fait hommage, « Et la france duchesse à qui suis de lignage

• Jamais ne nous lairront à jour de leur aago

« Et chaseun jure Dieu qui bons fist en s image,

« Se nous trouvons Brambourc au plain hors du Ixiscagc

« Jamais ne le verra homme «le son lignage. «

Or diray de Brambourc qui tanl a exploilié. Des trente oompaignons, dont il est allé Ensemble les maine bêlement, droit au pic Et leur a dit à tous, cest fine vérité : » J'ai fait lire mes livres. Merlin a desliné

• Que nous aron victoire sur Bretons au jour dé ; « El puis sera Bretaigne, France, de vérité

« Au bon roy Edouarl, car si l'ay ordonné.

« Segneurs, se dit Brambourc, soiez Itautz el jolis ;

• Soiez seurs et certains que Beaumanoir est prins

« Lui et ses compagnons; pié n'y en demourra vis; « Et puis les amesronà Edouart legentilz

Ix' franc roy d'Englcterre qui cy nous a Iramis. « Sy fera de leur corps trestout à son devis. « Nous lui rendron les terres prins jusqu a Paris :

• Puis ne nous atendront les Bretons vis à vis. * Ainsv le «lit Brambourc, c esloit toul son ;i\is

Mais se il plaist à Dieu le roy de paradis Pas ne vendra sitost à chief de ses devis.

Or a tant fait Brambourc qu'il est premier venu A trente compaignons dedens le pré herbu. A haulte voiss'escrie : « Beaumanoir, où es-tu ? <• Je croy bien à m'entente que tu es defalu. « Deseonfisl em bataille à riens ne lit lenu. »

A ycesle parole Beaumanoir est venu.

<• Beaumanoir, dit Bramlxnirc se vous voulons .unis « H eu nions eeste journé *, et soit ariére mis : « El j'envoieray nouveles à Edouarl le gentils « El vous yrés parler au roy de Saint-Denis:

• Et se le fait leur plaist, ainsy corn il est pris,

piet; el défendirent à tous chiaus qui là estoient que nuls ne s'enlreniesi>l d'jaus, pourcose ne l>our ineschief que il veist avoir à ses compagnons. El ensi lisent li l renie compagnon a monsigneur Robert de Biauinanoir. Cil trente compagnon, que nous appellerons F.nglès à ceste liemmgne, attendirent longuement lesaullres, que nous appellerons rrançnis.tjiiaul li trente François furent venu, il descendirent à piet et lisent à leurs compagnons le commandement dessus dit. A il le u n dienl que cinq des leurs demorèrent as clievaus à l'entrée de te place et li

« Nous nous rendron iey un jour qui sera mis. "

— i Sire, dit Beaumanoir, de ccauray avis. - Beaumanoir le vaillant à la chiere membrée

A ses gens eni présent la nouvelle a comptée.

t Segneurs, Brarobourc vouIdroR, la chose remuée,

— Que cbascun s'en alast sans y ferir collée.

>• Sy veueil bien qu'entre vous m'en diés vo pensée. « Car par ycellui Dieu qui fit ciel et rousée ** D'endroit moy n'en prendroye tout l'or d'une contrée. « Que ycesle bataille ne fust faite et oultrée. »

Lors |>arla Charuel : la couleur a muée : N'y oust meilleur de luy de chi la mer salée. « Sire, nous sommes trente venus en ceste prée : « N'y a celluy qui n'ait dague, lance et espée. •i Tous près de nous combatre en nom Saincte Honouroe •i A Bramboure, puis qu'il a la terre chalengiée " Au franc duc débonnaire; cil ait maie durée •< Qui jamais s'en ira sans y ferir colée !

Ne qui la remuera pour prendre aultre journée. • Puis responl Beaumanoir : * Ceste chose m'agrée. « Alons à la bataille comment elle est jurée. * n Bramboure, dit Beaumanoir, vous orrois mon courage. « Voiez là Charnel o le hardy visage,

Et tous les compaignons, que le seroit hontage « De remuer la bataille qu'as offerte et oultrage ■t Avoiz fait au franc duc qui est courtoiz et sage. « Si jurent chacun Dieu qui hons fist en s image « Que vous mourrois à honte, valant tout le bernage « Et vous et tous vos gens, et tout par vostre oultrage »

— « Beaumanoir, dit Bramboure, vous faites grant folie

• Que vous mectés à mort par vostre estoutie

• La fleur de la duchié par sy très grant folie; Car quant ilz seront mors et trespassés de vie

• Jamais en la duchié ne les trouverais mie. <•

— » Bramboure, dit Beaumanoir, pour Dieu ne penses mie

• Que j'aye cy amené la noble chevalerie ■ Laval et Rochefort, et Giac n'y est mie ;

■< Montfort, Rohan, Quintin, ne la grant compaignic :

• Mais | iy bien de certain noble chevalerie

« Et de toute Bretaingne la Ueur de l'escuirie

Qui ne daigneroienl fuir ne à mors ne à vie.

Ne feroient traïson, faulseté ne honnie. . Chacun a juré Dieu le filz Sainte-Marie,

vingt cinq <le*eendirenl à |»iel, si corn li Eiiglès estuieul. El «iitatit il furent l'un devant I autre, il parlementèrent un peu t nsamble tout soissante; puis se relraisent arrière, li uns dune part et H aullres d'aultre.; et lisent toutes leurs gens traire en sus de le place bien loiag- Put* fisi li unsd'yaus un signe; -t lantoslse coururent sus et se combaiirent fortement toalen un las; et rescoiurenl bellement li uns I autre quant il véoienl leurs compagnons à uiescbief Ass^s tosl apriès ce qu'il furent assamblè, fu occis li uns des François; mès pour ce ne lais-

DigitizecUDy Gc

l\ BHETAGNK ANCIENNE, ô?.»

• Que vous mourroia à honte, votant sa compaignic, « Et vous, et tous les vostres, quoique chacun en die i Serais prins et liez, ains l'eure de Compile. -

lit Bramboure sy respont : « Je ne prise une aillie « Treloule voslre poesté ni vostre segneurie, « Car maugré vous ce jour jeauray la maistrie.

• Et conquerray Bretaigne et toute Normendie. ■ Bramlxmre dit aux Englois : « Seigneurs, Bretons ont loi t

. Ferés, frappez su eulz, meelés tout à la morl ; « Gardés que rien n i eschappe ne fœble ne fort. *

D'assaillir lez soixanle ils sunt tous d'un acorl. A la primera me fu grant le desconfort. Charuel s'y fu prins, Giuffray Mellon fu mort : Et le vaillant Tristran qui esloit grant et fort Fu feru du martel a douleur et a tort: Messire Jehan Rousselot fu feru presqu'à mort. Se Jhesu-crisl n'en pense, qui tout maint à droit poi l. Les Bretons ont du pis vers eulz, je m'en fais fort.

Grande fu la bataille dedens le pré herbu. Caron de Bos de Gas fu du marlel fondu. Et le Mellonl Tristran fu a la mort féru. Lors s'escria moult haull : <• Beaumanoir, où es-tu ?

- Les Englois sy m'enmainent blechié et dérompu.

- Je n'usonquez paour le jour que t'ay véu,

Se le vray Dieu n'en pense par sa sainte vertu, " Englois sy m'enmenronl et vous m'aurois |>erdu. «

Beaumanoir jure Dieu qui en crois fu pendu. Avant y ara-il maint rude coup féru El rompu mainte lance, et pen hié maint escu. A ces paroles lient le biau brane esmoulu : Cil qu'il ataint à coup est mort ou abatu. Les Englois rudement se deffendent de lu Trcsloute sa pesté ne prisent un festu.

Forte fu la bataille, et le chapple félon ; Et d'un costé et d'aultre urent cœur île lion : El tous par ordenance firent pelticion D'aller tous querre à boire sans nulle arresteznn Chacun en sa houtaille, vin d'Anjou y fu bon. Quand tous tirent l>éu par ordination, Lors vont a la bataille sans faire largison.

Grande fu la bataille en iny la praerie. Et le chapple omble, et dure l'esturmie. Les Bretons ont du pis, ne vous menliray mie.

ocrent mie» li aultre le coin ba Ire, ain» se maintinrent moult vassaumeul d'une part et d'autie, ossi bien que lont fuissent Rollans et Oliviers. Je ne s«;ai a dire à la vérité » cil >e maintinrent le mieuls H cil le lisent le niieul»; » ne n'en <>y onques nul prisier plus avant île l'aultre ; mais tant se com bâtirent loBgemtntque tout perdirent force et aiainne et pooir cntinmenl Si les ci nvinl arester et reposer. Ht se reposèrent, par acord, li uns d'une part et li |«|(res d'aullrr ; el se donnèrent trienves jusque* adont qu'il se seroient reposet, et que li premiers

LA KHETUiNE ANCIENNE.

Car deux sy en sunl mors et trespassés de vie,

El trois sunl prisonniers, o lour soit Dieu en aye !

Ne sunl que vingt el cin<| ein bataille fournie.

Mais Giuffroy de la Boche requiert chevalerie

Un oscuier moult noble de grant ancbesourie

Kt Beaumanoir lui donne en non Sainte-Marie,

El lui dit : • Beau doulx fils, or ne t'espargne mie

« Membre toy de celui qui par cevalerie

« Pu en Conslantinoble à li sans oompaignie;

« Et je jure Dieu qui tout a em baillie

« Qu'Englois la eomperront ains l'umre decomplie. •

El Brambourc l entcndy, ne le prise une aillie Trestoule leur posté ne leur grant seigneurie. Ains dit à Beaumanoir : « Je ne t'ochiray mie, « Mais je feray de toy un présent à m'amie; « Car je luy ay promis, ne luy mentiray mie, « Qu'aujourd'uy te mertray en sa chambre jolie. » Et Beaumanoir respont : « Je le te sour envie. « Nous l'entondon moult bien moy et ma compagnie. « S'il plaist au roy de gloire el à sainte Marie, h A saint Yves le bon eu qui moult je me lie, t Or gicle tost le dé, et sy ne te faing mie « Sur toy sera hazarl, courte sera ta vie. »

Alain de Carromois si l a bien entendu, El lui dit : « Glout Irichierre, qu'est ce que peases lu ? « Penses lu à avoir homme de tel vertu ? « Le mien corps te deffie aujourd'uy de par lu, « Maintenant te ferra y de mon glayve esmoulu. «

Alain de Carromois l'ousl a présent féru Par devant de sa lance dont le fer fu agu Que par my le visage, sy que chacun l'a veu, Jusques en la cervele lui a le fer embalu. Il estemdy son glaive si que brambourc est cheu. Il sailli sur les piés et cuida joindre à lu. Messire Giuffroy deBoves si l'a bien congnéu Et lefiert d'une lance, sy qu'if l'a aconcheu; Et Brambourc chay mort à la lerre abatu. S'v s'esrria les Boves : « Beaumanoir, où es-tu ? » De cest es-tu vengic? il giest mort estendu. « Et Beaumanoir respont, que bien l'a entendu : * Segneurs, combatés fort, le temps en est venu ; « Pour Dieu allez aux au! très et si laissez cestu. »

Or voient bien Englois que Brambourc est jwissés,

qui se relèverait rarq>elleroil If s aullres. Adont estoieut morl quatre François el detw des E«tflès. Il se reposèrent lon^einent d'une \>. m ctd'aullrc, el tels y eut qui burent dou vin «pion leur tpofti ou boilteUItt; el restraind iront leurs armeures qui desroules estaient, «t fourbirent leurs plaies.

Quant il furent ensi rafresclii, li premiers qui se releva lisl signe et rap|iella le* attitrés »• recommença la bataille si forte coimue un devant, et dura moult lougemont. Et a voient courtes

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