‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 59 sur 103 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Uippri el rentrée triomphale de Jean IV. — Coerrr a la Fr-wre. — Da Gur^rlin el Clisson contre la Bretagne. — «orl de Da G«esrlin. — Second irait»- de fiuerande. — Ituel de Tournemmo elde Beauinanotr. — Gnerre de Jean IV e I du connétable do Clisson. — Arrestation do connétable. — Expéditions des compagnie» bretonnes.— Attentat dp Pierre de f.raon.— Folie de Otaries VI. — Jea* V, le Sace. — Ptil m Bretagne. — Le* Anglais en France. — Bataille dAiincourt. — Armagnacs el lïmirpaijtnnn*. — Tanneguy du Chaste). — Les communes armée*.

JEAN IV (STITEi.

Cepkniiam, appelés par Charles V.

d'autres Bretons, el les plus illustres, abandonnaient la Bretagne.

One ne pouvons -nous arracher relie page de l'histoire de Du (îuesclin et de Clisson ? Lorsque le roi lut à ces deux frères d'armes la sentence qui rayait leur patrie de la liste des nations, le COU notable de France, pris entre deux obligations sacrées, aima mieux trahir sou pays que sou maître, et il se mil en baissant la tète à la AM»>r 4. u~k.ii. disposition de celui-ci. CHssotl vil

apparaître le corps sanglant de son père avec l'ombre vengeresse «le sa mère, et, n'osant se prononcer encore, il garda le silence. Mais sa haine pour Moutfnti ne devait pas tardera le décider, rl Oieu sait rnniltien il

NU

LA RRETAUNK ANCIF.NNK.

répandit du sang breton ! Le sire de Laval, qui était là, fut plus courageux . voyant un Rohan offrir ses places et ses châteaux à Charles V, il s'écria qu'il garderait les siens avec l'aide de ses bons Bretons ! Et quelques jours après, entraînés par ses discours, tous les Bretons de la cour du roi de France reprenaient le chemin du pays'.

Charles V se flatta vainement de triompher par l'épée de Du Gucsclin do cette explosion patriotique. Déjà la ville de Nantes avait fermé ses portes au duc de Bourbon. Déjà les envoyés de la noblesse bretonne étaient aux pieds de Jean IV, à Londres, le suppliant de revenir « aussi cher qu'il avait le recouvrement de son duché ! » Tel fut l'étonncment du prince exilé, qu'il n'osa en croire ses yeux ni ses oreilles, et qu'il demanda une nouvelle preuve de la bonne volonté de ses sujets. Une seconde ambassade lui porta les vœux écrits de presque tous les seigneurs de Bretagne, cl il se décida à reprendre le chemin du trône, — non sans jurer à Bichard d'Angleterre une alliance plus intime que jamais envers et contre le roi de France (25 juillet 1o79i.

Depuis le retour d'Hoél le Grand, la Bretagne n'avait point revu un pareil spectacle. Bien ne saurait rendre l'enthousiasme et la joie qui accueillirent ce prince chassé naguère avec tant d'aversion et de fureur : ce prince qui perdait hier la Bretagne et qui venait la sauver aujourd'hui ! Nobles, bourgeois cl paysans s'élancent sur les grèves de Saiul-Malo au-devant de leur libérateur. C'est à qui baisera le premier cette main qui rapporte l'in-

1 Voici, d'après d'Argcutré, l'admirable discours par lequel l^val entraîna ses compatriotes : Quand nous avons servi Charles V contre les Anglois, nous n'enlendions point le servir contre la Bretagne, et nous étions loin de soupçonner le projet d'invasion qu il « découvre » aujourd'hui Sans doute le dur Jean a trahi les François et les Bretons tout ensemble par ses traités avec les Anglois, mais de deux maux il faut savoir choisir le moindre ; or, nous perdons noire indépendance avec Charles V, cl avec Jean nous pouvons la sauver encore. « Au fond, il n'est nul de nous qui ne soit obligé au duc de serment et de service, et plusieurs d'obligation de sang et de lignage. Serons-nous les ministres |»our le despouiller contre raison du nom et des hermines de Bretagne? les faudra-t-il flclrir, ahastardir et tollir des cantons de nos armes? La principauté de Bretagne, si nolle et si ancienne, sera- 1 -elle désormais une anse , borde ou mestairie du royaume de France , pour tenir rang après les premiers venus? Quand à moy, je sui* d'advis qu'il est plus expédient pour nous d'avoir affaire à un duc qu'à nn roy. Le roy commande par tout ; le duc souvent prie et fait justice quand il est semond, le roy quand il veut. Si nous dcspouillons l'Anglois pour vestir le François, qu'avançons-nous? Ce sont toujours maislrcs nouveaux. Noslre duc ne sera jamais si fort que lors que niestier sera, et nous serons forcci. nous n'ayons la raison par indudion ou par force : les plus forts entrent en regnards. mais ils régnent en lyons. L'exemple est de pris. Les ducs de Bretagne, depuis la première conqueste du paysTaite sous le littre de roys, ne recogneurent jamais en tenue de fief, ny vasselage, le roy de France; et malaise qu ils le fissent estant premiers plantez en Bretagne, que le roy en France. Pierre Mauclerc, duc appelle de France, ne se soubmist à eux en deux cas seulement. Il passa des choses que jamais n'a voient esté reues ny ouyes ; qu'en est-il advenu? Les roys, leurs chanceliers, leur parlement n'ont jamais eu patience, que de pas «-*« P"™. d'une simple soubmission ou baiser d'honneur ils n'ayenl fait un hommage, que d'un hommage ils n'ayent fait une ligence absolue: et puis du jourd'hui ils en tirent une conséquence defélonnic et de forfaict ; et de ce pas concluent a la conGscation commise du duché, et concéqiiemmcnl l'appliquent à leur couronne ; ils ne le dissimulent, el pour ce gardent des rooeéquenecs qui pourra Quand à moy, il ne se ti ouvert, ny ne sera reproclié aux miens, que j'ay esté au conseil de trahir mon maislrc et mon sang tout ensemble. J'ay dit ici ce qu'on a voulu, et la force m'a oslé la liberté de dire ce que j'en sens, sûreté cl liberté de dire *

LA BRETAGNE ANCIENNE i,3

dépendance à lu Bretagne. Les plus grands seigneurs, avec leurs habits de soie et leurs armures dorées, se jettent dans les flots, s'y agenouillent en pleurant, et «s'y plongent jusqu'au menton.» Le duc, en débarquant, semble passer d'une mer à l'autre, tant les vagues de la foule se pressent et s'agitent autour de lui ! Les acclamations percent le ciel et t'ont trembler tous les échos du rivage. Hommes et femmes, enfants et vieillards se prosternent devant leur maître comme ils feraient devant Dieu... On lui tend les mains, on lui jette des fleurs, on couvre de larmes et de baisers la trace de ses pas... Quatre paysans, suffoqués par l'émotion, viennent lui embrasser les genoux au nom des paroisses, le suppliant de les recevoir en grâce et d'oublier le passé.

Le duc arrive ainsi à Dinan. porté sur les bras de son peuple. Pour que rien ne manquât à son triomphe, et pour que tout fût héroïque dans cette révolution, une femme en deuil vient lui rendre hommage à son tour... Et cette femme, qui presse la main du vainqueur de Charles de Blois, cette femme est la veuve de Charles de Blois lui-même. Ce trait seul suffirait à la gloire de Jeanne la Boiteuse.

Autre chose admirable, s'écrie Lobineau : « Le duc, après tant de guerres cl de ravages, retrouva ses meubles, sa vaisselle et ses trésors, aussi entiers que s'il les eust conservés lui-même; on n'avoit pas même cessé de lever pendant la guerre les revenus ordinaires et extraordinaires du duché, qu'on avoit mis en dèpost en lieu sur, afin qu'il les rclrouvât à son retour. » Jean poursuivit sa marche triomphale, recueillant partout les serments de fidélité l. Il entra dans Rennes, le 17 août, marchant sous le dais, et accompagné de toutes les processions de la ville, croix et bannières en tête. Il traversa ainsi Lamballe, Guérande cl Vannes, où il convoqua son hosl. Tous les gentilshommes accoururent à l'appel. « Les plus pauvres vendaient le boeuf el la vache, dit Saint-André, pour quérir corsiers et chevaux.» Quand cette armée nationale, rassemblée à la hâte, se trouva en face des troupes françaises, le contraste fut merveilleux î

Le* François estoictit leslonnés Kl leur» airs toul efldmoé* ; Avoicnt beaucoup de pcrleries , Kl «le nouvelles broderies.

Ils croient frisques cl mignolz ; Cliauloieiil comme des syrcnol«.

Eu salles, d'herbctles jonchée» , Dûment, portaient barbes fourcm-e» ;

Les plus vieux ressemblaient au* jeune» . Et tous prctioieiil terribles noms Tour faire paour aux Bretons.

1 Voici, d'après les Bénédictins, les premiers >ctgiicurs qui vinrent lin jurer de vivre et de mourir

4M l'A BRETAGNE ANCIENNE.

Mais le» Bretons De s'effrayèrent pas de si peu, ajoute le poète. 11 fallait voir ces vieilles figures durcies par vingt ans de misère et de batailles !

Leur visage csloit une escorte I 1 1 1 1 avoient souffert «le mcsrhcf ? Nul d'eux ne porloit jaune chef.

Tant s'estoicnl entremis de coune Qu'hors île» jaques soi toit la bourre ; Leurs draps , en bon lieu déchiré* .

Nettoient pas tous les jours mirés ; N'avoienl que faire d'époussetles , Car leurs robes esloienl m nettes , Qu'on en comptait bien tous les liis ; Mais avoient vu de grands périls , A voient dépensé tous leurs gages, A voient conquis de beaux suffrage», Kt plus cstoicnl blessé» devant Que derrière comniunéiuenl .

Kl si pensoicnt défendre fort U-ur liberté jusqu'à la mort ; Car liberté est profitable Kt belle et bonne et délectable :

l'our ce chacun la désiroit Garder très-bien ; c'estoit leur droit ' De servitude avoient horrour Quand ils voyoient tout à l'eutour Comment en France elle regnoit .

Foux csloit qui (Miour n'en avoil.

A la vue de tels hommes, conduits par Montfort et tieaumanoir. une partie de l'armée française s'enfuit de l'onlorson, et le duc d'Anjou se vit réduit à demander une trêve. Kt pourtant celte armée se composait des soldats de Clisson et de Du Guesclin ! Ces deux grands capitaines voyaient pour la première fois leur génie les trahir. Dieu ne leur permit pas de triompher en combattant leur patrie. Il faut dire que le connétable hésitait à verser le sang de ses amis sur le sol qui l'avait vu naître à coté d'eux... Comment son bras u'cùt-il pas perdu de sa force, quand ses yeux reconnaissaient dès frères au milieu des rangs bretons? D'ailleurs, il se voyait chaque jour abandonné par ses derniers compatriotes, qui lui reprochaient tacitement sa fidélité à la France, en livrant leurs tètes aux bourreaux de Charles V, ou en allant porter leur serment à Jean IV. Vaincu peut-être par le remords et conseillé certainement par la raison, Du Guesclin pria le roi de faire un accommodement avec le duc; celte prière fut empoisonnée par ses ennemis et le rendit suspect à Charles V, qui avait résolu de conquérir à tout prix la Bretagne. Alors le connétable offensé renvoya son épée au

avec lui: Vaucler, capitaine de Lamballc, Brieul de Chateaubriand, sire de Reaufort, Jean Ragueiu-I vicomte de l)inan, Raoul sire de Coëtqueu, Riv.ilen de l'Iouer, Geoffroi et Olivier de Mailkxhal. Guillaume Bovier de l'Iouer. le vicomte* du Fou. Guillaume sire de Montaultan. E Mienne Goujon, U Houssaie. Ferrou, Kug oui veut, Kersalion, le vicomte de Coclutcn, Trcziguidi. Jean du Mur. Peu auilly. Nevet, Plnerit, Thomelin, du Bois, Treinereuc. Iluraull

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roi. Mais, celui-ci èut l'adresse de la lui faire reprendre en la tournant contre les Anglais de la.Guyenne.

«Sire, lui dit le vieux capitaine en prenant congé de lui { connue si l'esprit lui eut prédit qu'il n'en retournerait jamais), vous m'envoyez en Gascogne à mon grand contentement, car il ne faut pas que je vous nie que, pour vous estre et avoir toujours esté très-lidelle serviteur, je ne pouvois avec le contentement de mon cœur faire la guerre au lieu où j'estois. C'est le pays auquel Dieu me list naître , où sont mes parents et amis de sang, je ne puis que je n|en retienne quelque chose, qui n'est pas à dire que je n'y eusse fait mon devoir, mais il se peut faire par autre sans moy. El faut. Sire, que je vous die que vous m'avez oslé beaucoup de moyens de vous servir, m'ayanl naguère» osté les Bretons. Mon aigle ne volera plus, ayant perdu ses ailes.» Kl baisant la main du roi. il le pria encore de donner la paix à la Bretagne.

Du Gucsclin espérait, avant de mourir, chasser les derniers Anglais de la Guyenne. La mort vint le surprendre au moment d'achever son œuvre. Il avait repris villes et châteaux sur sou passage, et il assiégeait la forteresse de Chàteauneuf de Raudon . dans le Gévaudan , lorsqu'il fut atteint d'une lièvre pernicieuse. Ses derniers moments furent simplement héroïques comme toute sa vie. « Il appela ses principaux capitaines en sa chambre, et leur recommanda le service du roy, représentant à chacun d'eux ce qu'il leur avoit veti vaillamment faire, et le premier temps qu'il les avoit mené/, à la guerre, les priant de continuer. Qu'il estoil bien desplaisant passer de ce siècle sans les avoir fait recoguoistre au roi comme il avoit bien délibéré, et dont il parleroit plus particulièrement aux seigneurs qui estoient là, pour lui faire entendre le mérite de chacun. Ce qu'il avoit à désirer d'eux désormais estoit qu'il les prioit qu'en faisant la guerre ils se souvinssent qu'ils avoient affaire à ceux qui avoient les armes au poing. Que les pauvres laboureurs qui les uourrissoient n'estoient point en faute; qu'à ceux-là, aux femmes ny enfants, ny aux gens d'Eglise, leurs armes ne se dévoient adresser. Que les différends des princes pour terre ne doivent comprendre que ceux qui se rangent en partie, et les prioyt de considérer cela à l'adveuir; bien marry de ne l'avoir tenu dès son jeune âge plus estroictement. Puis leur dict adieu, et appela le sire de Clisson, disant : Messire Olivier, je sens que la mort approche de près et ne vous puis dire beaucoup de choses : nous avons esté compagnons «l'armes vous et moy, il y a longtemps. Le roy vous cognotsl pour un grand et vaillant homme, et n'avez nul besoin de ma recommandation, ne pouvant rien adjousler à son affection. Vous direz au roy que je suis bien marry que je ne lu y ai faict plus longuement service, de plus lidèle n'eussé-je peu: et si Dieu m'en eust donné le temps, j'avois bon espoir de luy vuider sou royaume de ses ennemis d'Angleterre; il a de bons serviteurs qui s'employeront de mesmes

effets que moy, et vous, messirc Ollivicr, pour le premier. Je vous prie de reprendre l'cspée qu'il me commist quand il me donna Testât de connestablc, et la luy rendre. Il saura bien en disposer et faire élection de personne digne: j'ay les bienfaicts qu'il m'a faicls. D'avantage je luy recommande ma femme et mon frère : et à Dieu, je n'en puis plus. »

11 baisa son épéc de connétable, la remit à Clisson, et rendit le dernier soupir. Il n'avait que soixante-six ans.

Le lendemain, le commandant de Ghàtcauneuf déposa les clefs de sa forteresse sur le cadavre du béros (1580).

Du Guesclîu ne fut pas seulement le premier capitaine de son siècle, il fut aussi un profond politique; et c'est là ce qui l'excuserait, s'il pouvait être excusé, d'avoir porté les armes contre sa patrie. Son génie droit et fin sentait venir l'irrésistible unité française, et voyait la Bretagne attirée par son centre comme l'aimant par l'étoile polaire. Voilà pourquoi, dans toute sa vie et dans toutes ses œuvres, il sembla plus Français que Breton. Il ne faut pas croire, pourtaut, que, dans sa vie privée comme dans sa vie publique, son esprit l'emportait sur son cœur. Il ne négligeait pas sans doute, suivant l'usage du temps, de recueillir les fruits de la guerre et les riches produits de son épée, mais c'était pour prodiguer les uns cl les autres à sa famille, à ses amis, et- surtout à ses frères d'armes. On a vu avec quelle noblesse il savait se ruiner en s'imposant une rançon royale ! Sa générosité était si connue, que Bretons et Français ne l'appelaient que le bon connétable. Les Anglais eux-mêmes, ses seuls ennemis, louaient souvent ses plus rudes coups. Enfin son joyeux et franc visage, sa belle et cordiale humeur, et jusqu'à ses boutades de malice ou de forfanterie, semblaient annoncer le seul homme qui devait le surpasser un jour, le Béarnais Henri IV, surnommé comme lui le Grand et le Bon.

Embaumé au Puy-en-Vclay, le corps de Du Guesclin traversa le royaume au milieu des populations en pleurs. Jamais le roi le plus populaire et le plus glorieux n'avait laissé son pays dans un deuil semblable. Penchée sur le cercueil de son connétable, on eut dit que la France pressentait les désastres du règne suivant, dont Bertrand seul, en effet, eut pu lui épargner la honte. Charles V, empoisonné, dit-on, par le roi de Navarre, alla bientôt rejoindre Du Guesclin dans ces caveaux de Saint-Denis, où il avait inhumé son bon connétable au milieu des rois de France.

Peu de temps auparavant, pour se rendre au dernier souhait de notre héros, il avait donné à Olivier de Clisson l'épéc de connétable, accomplissant ainsi jusqu'après la mort de Du Guesclin le vœu de fraternité d'armes juré par les deux capitaines sur « le sang de leurs corps. »

Malgré ce nouvel honneur cl malgré ses victoires sanglantes sur sa patrie, Clisson échoua dans le comté. nantais, comme Du Guesclin avait échoué dans le comté de Hennés. Le patriotisme breton allait triompher une dernière

Ibis de l'ambition française; la mort de Charles V et la régence tumultueuse où tombait son royaume assuraient la paix à la Bretagne et la couronne à Jean IV, lorsque celui-ci s'avisa de compromettre encore l'une et l'autre, en rappelant ses inévitables amis d'Angleterre. Hennés leur ferma ses portes, Nantes fut assiégée par eux ; Vannes, Hennebonl et Quimpcr ne les reçurent qu'avec horreur, et l'incorrigible Mont fort ouvrit enfin les yeux. Il se hâta de signer avec les députés de Charles VI le second traité de (iuérandc (1381), s'engageant à renvoyer Ie3 Anglais «tout bellement» de la Bretagne1. Mais comment mettre ainsi à la porte des alliés de trente ans qu'il avait installés lui-même dans ses meilleures forteresses? Jean IV expia son engouement pour les Saxons en subissant le destin de la lice dépossédée par sa compagne. Il lui fallut recommencer à tromper tour à tour ou à la fois la France et l'Angleterre; il n'obtint qu'avec peine le retour de sa propre femme, retenue à Londres par Richard II*, et la restitution du comté de Richemond. Quant au port de Brest, les Anglais résolurent d'y rester; et Jean les y assiégea si longuement, qu'on l'accusa d'être toujours d'accord avec eux. Il avait été leur ami trop dévoué pour être cru leur ennemi sincère. Le fait est qu'il n'entra dans Brest qu'au bout de quatorze ans.

La Bretagne avait enlin la paix, mais elle ne resta pas en repos. Les Anglais envahissant toujours la cour du duc. les seigneurs bretons déclarèrent qu'ils les tueraient s'ils ne pouvaient s'en défaire autrement. Jean parut céder, renvoya ses amis et les rappela aussitôt. Il était si invinciblement Anglais dans l'àmc, que, n'ayant pu se dispenser de guerroyer en Flandre *

« Ce fui à l'occasion de celle paix que Jean créa l'ordre militaire el chevaleresque rte l'Hermine, un des plus anciens qui aicnl été fondés ( il précéda rte cinquante ans la Toison d'or]. Le collier de cet ordre se composait de deux rhaines d'or, al tachées à leurs extrémités par deux couronnes ducales qui tenaient suspendues deux hermines émaillécs. Les chaînes se formaient d'agrafes ornées d'hermines et entourées d'une banderole, sur laquelle était écrit : « A ma vie. » Telle est la vanité des hommes, et telle était la décadence de la noblesse bretonne, qu'en distribuant cette chaîne d'or autour de lui, Jean IV nllil à son parli les seigneurs qui lui avaient été le plus hostiles. Les darnes jouèrent un grand rôle dans ce ralliement, car un grand nombre furent créées cHKvti.Riit.ssKs i>r i.'Hr.H»iMt.

* Il fallut pour cela une ambassade et des supplications. Les ambassadeurs furent les six chevaliers Guy de Rocheforl, Patri de Châtç su-Giron, Geoffroi de Kerrimel, Jean de Bazvalan, Brient de l.annîon et Jean Frcsnais, avec douxe écuyers, et Raoul Kcradeuc, Pierre Martin, Guillaume de Saint- André, Robert Brochercul cl Guillaume de Kaer.

• Voici les Bretons qui se distinguèrent dans cette expédition de Flandres (1382-1386) : Tristan do Liscoet, Olivier Bu Guesclin, Trcsiguidy ; les sires de Lara!, de Rohan. de Ricux, de Combour, de Beaumanoir, le vicomte de la Bcllière, messin" Jean de Malcslroil, le sire de Tmleuiac, messirc Henri de Mauni, messire Jean Chaudron, la célèbre compagnie d'Eon de Lcxnerar, Amaury de Clissou, Robert de Rcaumanoir, Robert de Guité, Ferron, Coëlevenec cl Trcmignon ; el du nombre des écuyers étaient Ilcrpcdanne, Augicr, Rosmadcuc, Chaslcau-Tro, Montcrfil, Kcrmcnguy, Monlcville, Rcauvé, Saint-Aignan, Tunadcuc, du Fou cl Queugo La compagnie de Jean de Tourticmine. ihevalier hunneret, était de trois chevaliers et de quriruitc-deux écuyers, parmi lesqueW on voit l'Argenlayc. la Goublaîc, Plourragan, Budes, le Roi et Gourinu. Celle de messire Alain de Rohan, sire de l/éon, chevalier banneret, était de deux chevaliers bannere's, lui et Hervé le Heuc, et de trente écuyers, entre lesquels on nomme Penmarc, Saint-Gouexnou, Riou. le Séneschnl. Roserr. Rosnyvinen, Coëlosqucr et Villc-Audrcn

avec le roi de France, dans la fameuse révolte d'Arlevelde, il relevait d'une main les Anglais qu'il avait abattus de l'autre, et qu'on le vit négocier sous les bannières françaises pour les intérêts de l'Angleterre, à Bombourg, à Arras et à Bruges'.

En 158,", le duc. ayant acheté la baronnic de Raiz, fut obligé de porter l'évêque de Nantes dans sa ville, avec les barons d'Aneenis, de Chateaubriand et de la Roche-Bernard. On juge que ce ne fut pas sans contestation. 11 eut des querelles plus graves sur les prérogatives ecclésiastiques avec les évèqucs de Quimpcr et de Sainl-Malo. Ce dernier prétendait ne relever que du pape: Jean lui prouva le contraire en saisissant ses revenus. Ils ne parvinrent à s'arranger qu'en donnant tort aux Malouins, qui virent leurs impôts augmentés. L'évêque en garda le tiers et laissa le reste au duc.

Vers ce même temps eut lieu un duel judiciaire fameux dans les annales bretonnes. « Jean de Beauinanoir, seigneur de grande maison, s'ainoura do la fille d'un sien métayer, nommé Roland Moysan; dont ce paysan s'estanl aperceu, s'irrita fort; mais il le luy falloit endurer. Si ne se laissa-t-il pas de le porter en son estomach griefuement, cause que n'y pouvant donner ordre, il en parla à messire Pierre de Tournemine, seigneur de la Ilunaudaye, qui de sa part étoit de grand lieu. Tournemine, qui ne vouloit pas bien audict de Beaumanoir, escoulant ce paysan parler, print occasion de mal faire, et luy dis! qu'il csloil bien sol d'en endurer tant, et de souffrir à sa vue la honte que luy faisoit de Beaumanoir : qu'il estoit lasche de cœur qu'il ne le luoit, dont il avoit fort bon moyen, le surprenant seul et en lieu fort à propos, quand il alloit chez luy. La meslayrie où il demeurait n'estoit pas loing, et pour ce y alloit souvent de Beaumanoir seul ; mais le paysan! ne s'osoit pas bazarder seul d'entreprendre si grande chose. Parquoy. Tournemine, pour faciliter la besogne et induire le paysan!, lui asseura qu'il luy donnerai! le moyen, luy assignant jour pour reparler de ceste affaire.»

En effet, Tournemine « pratiqua » un valet de Beaumanoir. qui se joignit un soir à Moysan pour assassiner leur maître à coups de hache. Bientôt Robert de Beaumanoir, frère du défunt, soupçonna « l'œuvre » de Tournemine en le voyant épouser sa belle-sœur. Ne pouvant le convaincre en justice, il monta achevai, se présenta devant le duc. et, en sa présence, jeta le gage de bataille à Tournemine. Tournemine accepta le jugement de Dieu. Jean IV désigna pour champ clos la place du Bouffay, de Nantes, où il se rendit solennellement avec toute sa cour. L'accusé choisit les armes et en remit la liste au duc. Cette lislc formai! plusieurs pages. Elle fut examinée minutieusement. On mesura les épées, les dagues : on compta les clous des armures, et

1 Le* Ririons, en dépit des ménagements politique* de leur duc. furent terrible* dans l'attaque et la priv de ce-, villes Vingt traditions populaires y racontent encore leurs exploits meurtriers. Suivant un de tes contes, « un Breton ayant voulu, dans le sac de Bombourg, arracher une pierre précieuse dont était parée une image de la Vierge, la statue lil un mouvement, le sarrilége fut frappé de mort, et toutes le* < lo. lie* de l'église «minèrent d'elle-même* »

LA BHETAuWE ANCIENNE. ||g

la lice fut ouverte aux champion*. C'était le '20 décembre \7tH7*. Toule la ville de Nantes était là. Beaumanoir parut à l'une des barrières sur son cheval de bataille, salua le duc et les daines; un héraut cria trois fois à l'autre barrière : —Monsieur Pierre de Tournemine, venez à votre journée contre monsieur Robert de Beaumanoir. sous peine de défaut. Tournemine s'avança, fut relevé de caution par le duc, et les deux champions mirent pied à terre Ils s'assirent dans deux fauteuils aux deux bouts du camp. On mesura de nouveau leurs armes, ensuite on les mena tous deux devant un autel dri'ssé sous la tribune ducale. Là. le président du combat leur (il étendre la main sur l'Evangile, et dit à chacun d'eux : — Vous jurez qu'en vos armes et vêtements vous n'avez ni sort, ni maléfice, ni charme dont vous entendiez faire votre preuve contre votre adversaire, si ce n'est par voire bon droit, avec votre corps et les armes choisies entre vous. Tous deux répondirent: — Je le jure ! puis ils remontèrent sur leurs chevaux, et se placèrent aux deux bouts de la lice. Alors les hérauts sonnèrent de la Iroiupettc, et interdirent aux assistants la moindre parole ou le moindre signe. Le président cria trois fois : — Faites votre devoir! il ajouta : — Laissez-les aller! Et les deux cavaliers s'élancèrent. Le combat fut long et terrible. Les deux chevaux succombèrent. Enlin Tournemine, abattu sous le poignard dellcaumanoir, avoua son crime et se rendit à merci. Le duc et les juges du combat déclarèrent la preuve acquise, et condamnèrent le vaincu à la corde, avec tous dommages et intérêts pour le vainqueur. Beaumanoir se dit sans doute que la même condamnation l'eût frappé s'il n'avait pas été le plus fort, et il demanda à Jean IV la grâce de la vie pour Tournemine, qui huit ses jours en prison.

Ce jugement du glaive excita l'admiration du peuple, et fut « mis en escript pour l'exemple de tons» (1385).

Cependant Jeanne la Boiteuse était morte en 1384. Le duc saisit brutalement ses biens, et voulut recevoir le serinent de son lils aiué. Jean de Penthièvre était toujours prisonnier à Londres. Le roi Richard, dont Jean était parvenu à se faire un ennemi, proposa la liberté à son captif s'il voulait épouser sa nièce, et la conquête de la Bretagne s'il voulait lui en rendre l'hommage. Jean se souvint de ce qu'il devait au roi de France; il refusa loyalement cl reprit ses fers. C'est alors que les démêlés de Jean IV et de Clisson s'élevèrent à la hauteur d'une lutte politique.

Depuis longtemps déjà, on l'a vu, l'élève d'Edouard III et le boucher des Anglais avaient renié l'alliance que leurs héroïques mères leur avaient fait jurer dès l'enfance. Il n'est pires ennemis que les amis brouillés. Plusieurs circonstances étaient venues changer celte haine en frénésie. N'ayant pu obtenir de Jean IV le château du Cavre. Clisson l'avait mis en cendres, et s'était emparé de Chanloceaux. Puis, lorsque Monlfort était rentré en Bretagne, il lui avait barré le passage avec son épée de connétable, versant

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îles Utils de sa il;; breton pour y noyer le duc do Bretagne. On a vu que (oui son courage n'avail pu on venir à bout, el sa vengeance allomlail une aulre occasion. H la trouva dans la situation île Jean de Penthièvre.ct il forma le |>rojel audacieux do lo mollrosur le trône de Jean IV. Biehard II demandait cent vingt mille fiants de rançon. Clisson. qui avait des tonnes d'or, offrit la somme au roi . et la main de sa tille au captif. Otto proposition avait un côté national; Jean de lVntliièvro l'aeeepta. Malheureusement la nouvelle en parvint au due, et l'on se ligure sa tolère. — « Par Dieu, dit-il. je montrerai à Clisson qu'il n'a pas bien fait, le jour qu'il s'en donnera lo moins do garde. » Ceci annonçait un guel-apens. Le lion se lit renard pour mieux saisir sa proie. Suivant Froissai t. Jean IV avait à défendre on même lemp> son intérêt et son honneur. Clisson s 'étant montré ultra-galant envers la duchesse de Bretagne.

(Juoi qu'il on soil. le due convoqua les Klals à Vannes en 1Ô87. Il v lit le meilleur visage à Clisson, qui lui rendit la pareille ; il hut joyeusement dans sa coupe, et il le pria de visiter lo château de l'Hermine, qu'il faisait achever près de la mer. Lo connétable raccompagna avec le sire de Laval, son beau -frère, et lo soigneur de Beauiuanoir. Clisson et Laval arrivent les premiers. Lo duc leur fait parcourir le château en les consultant sur les fortifications. Parvenu à la porte d'une grosse tour, il retient Laval et invite le connétable à poursuivre. Clisson monte sans défiance; mais à peine a-t-il gagné Pelage supérieur, qu'il se voit enfermé, saisi par des hommes d'armes, garrotté do « trois paires de fers » et jeté dans un cachot humide.

Cependant Laval avait entendu lo bruit dos portes; il regarde le duc el le trouve «plus vord qu'une feuille.» — Ah! monseigneur, s'écrio-l-il. pour Dieu, merci, que voulez-vous faire? N'ayez nulle maie volonté sur mon beau-frère lo connétable. »> Pour toute réponse il reçoit l'ordre de si' retirer. Beaumanoir survient et demande où est Clisson : « — Veux-tu être au point où est ton mailre? dit Monllbrl, on avançant sur lui la dague à la main. - Monseigneur, répond Beaumanoir, je crois que mon maître est bien. — -Kl toutefois, reprend lo duc, je te demande si lu veux être ainsi. — Oui, monseigneur, ajoute Beaumanoir. Or ça, s'écrie Montfort, puisque tu veux être ainsi, il le faut d'abord crever un œil.» (On sait que Clisson avait perdu un œil à Auray.) Beaumanoir se jolie à ses genoux, suppliant le duc de ne pas se déshonorer. « Monseigneur, lui dit-il, je tiens tant do bien el de noblesse on vous, que, s'il plaît à Dieu, vous ne nous ferez que droit, car nous sommes en voire merci; et par bonne amour, et par bonne compagnie, et à votre requête et prière, nous sommes ci venus. Si no vous déshonore/, pas pour accomplir aucune folle (cruelle) volonté, si vous l'avez sur nous, car il on serait hop grande nouvelle. — Or va. répliqua le prince, lu n'aura* ni pi> ni mieux que lui. » Et il le lit jeter dans la tour, enchaîné comme le connétable.

Suivant Kruissart et Baud, les prières ilu sire de Laval empêchèrent M illes In mort immédiate de Clissnn. Suivant Alain Bouchard, Jean de Baz- \alan partagea glorieusement cet honneur.

(!e gentilhomme avait élé chargé par le duc d'égorger ou de noyer son captif dam la nuit. Kn vain il avait imploré un sursis de quelques jours.

« — Taisc7.-vous.lui avait dit le prince en fureur, et allez faire ce que je vous commande, car si vous me rebarbez plus, je vous détruirai île fond rt de racine. »>

Bazvalan se retira, puis il lit avertir en secret le seigneur de Laval. Celui-ci courut à son tour aux pieds de Jean IV. mais il ne fut pas plus heureux que Bazvalan.

«Enfin, dit le duc en se mettant au lit. voilà ma vengeance assurée. Mais quand le repos eut calmé ses esprits. il envisagea l'horreur et surtout lu portée de son crime. Il se vit toute l.i France sur les bras, sans être suides secours de l'Angleterre; et. tremblant, éperdu, il manda Bazvalan dés le point du jour.

— K II bien, uiessire. lui dit-il..., le connétable?

— Le connétable est mort. répondit Bazvalan; vous élesobéi, monseigneur. -Ouoi. s'écria le duc avec égarement, vous avez tué C.lisson!...

— Oui. monseigneur: cette nuit, bientôt après minuit, il a élé noyé, cl j'ai fait mettre le corps en terre dans un jardin.

' — Haa ! soupira le duc, voyez-ci un pileux réveille-matin : pleust à Dieu, inessire Jehan, que je vous eusse ouï. Je vois bien que jamais je ne serai sans détresse : retirez-vous, inessire Jehan, que je ne vous voie plus...»

Telle est en effet la récompense de ceux qui flattent les rois jusqu'au crime.

Mais après avoir biissé le duc se lamenter et crier tout le jour dans les angoisses du désespoir, le courageux serviteur reparu! à sa porte.

« Monseigneur, je connais la cause de votre douleur: je suis d'avis que aous devez mettre lin à votre tristesse, car il y a partout remède.

— Voire, inessire Jehan, sinon à la mort ! »

Bazvalan avoua enfin qu'il avait désobéi, que le connétable n'était pas mort...

«Quand le duc ouisl reste parole, il se lève sur pied comme retourné de mort à vie. et embrasse cest homme, et lui disl : — Dis-tu vrai. Bazvalan?

— Oui. monseigneur, je vous en responds sur ma vie.

— Bazvalan. mon aniy. resparlil le duc. lu es un bon serviteur de ton maislre.qui a sçeu si sagement le gouverner en cesle affaire : lu m'as fail le meilleur service que jamais homme list à un autre : je l'assure que je le reconnoislroy toute ma vie. Cependant je le donne dix mille Horins, que je le fera y compter de mon espargne devant que le jour passe.

I^e iluc reprint le nenr, revenant d'une grande ingoisse, el se lisl apporter à souper, car il n'avail rien pris depuis la veille »

Citation lut remis en liberté, mais il lui en coûta cent mille francs il*or, cl toutes les places <|ifil possédait en Bretagne. «Il le lui fallut avalcrtel.» Jean IV ne savait pas èlrc généreux, et le riche connétable ayant la vie sauve, «se trouva encore lion marchand. » Il courut toutefois à Paris provoquer la justice du roi; mais il vil bientôt qu'il fallait se faire justice luimême. Il alla donc reprendre ses châteaux l'épée à la main, en enleva quelques-uns au duc par-dessus le marché. et couronna sa vengeance en mariant solennellement .Marguerite, sa fille, à Jean de Penlhièvre. Cependant il lui fallait une satisfaction légale. II la poursuivit inutilement pendant plusieurs années. Jean IV s'était assuré des oncles de Charles V. Enfin les deux grands ennemis se rapprochèrent à Tours. Jean de Montfort y parut 'avec une escorte de quinze cents hommes et plusieurs galères armées de canons. Le connétable et son gendre étalèrent un appareil non moins formidable. Des rixes et des duels eurent lieu entre les deux partis. Bref, le duc et le connétable réglèrent leurs intérêts, et s'embrassèrent devant le roi. le 2(> janvier l«V.)2. C'était la quatrième fois qu'ils s'embrassaient ainsi, et voici de quoi juger de leur franchise : Jean IV lit venir, le jour même de la réconciliation, deux notaires, et leur remit une protestation en règle contre tout ce qu'il allait signer avec Clisson.

Pendant que ces discordes agitaient la Bretagne à l'intérieur, l'écume soulevée par la guerre de vingt ans continuait de se répandre au dehors, (îentilshommos sans terres, cadets sans patrimoine, bourgeois endettés, aventuriers sans asile, manants sans feu, routiers, brigands, voleurs et mendiants de tout âge, habitués à v ivre de la guerre, c'est-à-dire, du meurtreet du pillage, s'organisaient par bandes sous des chefs redoutés, et s'en allaient chercher fortune, les uns en Italie, contre les papes, les autres en Afrique, contre les Sarrasins; ceux-ci en Espagne, contre les Mores, ceux-là en France, contre les Anglais, et tous un peu contre tout le monde. Ces compagnies bretonnes, encore animées du souvenir de Du Cuesclin. et conduites pour ainsi dire parcelle grande ombre, s'étaient rendues tellement formidables, que les rois, épouvantés à leur approche, épuisaient leurs trésors pour les enrôler à leur service. Ft malheur à celui qui n'était pas riche! Son peuple et ses étals pavaient pour lui. Dieu sait en quelle monnaie!

C'est ainsi qu'appelés dès l'an !">"() par Grégoire XI contre les Florentins, cl conduits par Jean de Malestroit et Sylvestre Budes. quelques milliers de Bretons avaient bouleversé en courant toute l'Italie, jusqu'à cette double élection du pape de Borne (Clément VII ). et du pape d'Avignon Urbain M ). qui vint jeter le schisme dans l'Kglise d'Occident. Excommuniés alors par un pontife et absous par l'autre, les Bretons vainquirent les Humains aux portes de Borne, et se défendirent pendant nu an dans le château Saint-Ange. Affaiblis enlin par leurs divisions, privés de leurs chefs, dont l'un était tombé sous la hache de Clément VII et l'autre sous les coups

LA IMtETAtJNE ANCIENNE. |K3

de la malaria, ils moururent presque tous héroïquement h hi bataille de Marino. Telle était la lerrcur qu'ils .ivaicnl inspirée, que Ralbiano, leur vainqueur, fut surnomme (Camille, pour avoir une seconde fois chassé les Caulois d'Italie. Il faut lire les exploits de Monsieur Sylvestre et de ses cornuagnont, dans la curieuse épopée qu'ils ont inspirée à un poëte du temps. Sylvestre avait débuté assez bénignement dans le monde : «Sage, doux et cortois. sachant danser avec les dames, mais de chanter ne sachant rien. »> Il donna à sainte Catherine les biens du premier gentilhomme qu'il dépouilla. Ce trait lui valut l'amitié du seigneur Jean de Malestroit, qui lui donna la chevalerie et sa bannière. Quand il partit avec ses soudards : « — Allons trelous de çà de là, leur dit-il. et Dieu sempre nous aidera ! » On ne saurait imaginer « les chères » que lui faisaient de ville en ville messeigneurs les cardinaux. A Home, on lui donna le divertissement d'un combat entre dix Allemands et dix bons compagnons, a qui tretous étaient Bretons. » ("étaient Aymon de Trélili. «qui déconfist sou Alemand : » Trémigon, «qui vile estoit comme un lévrier:» Cavalerie, «qui comballoil tout au plus près — que il pou voit son ennemi. — h' visage toujours sur lui ; » Quérouard ( Kérouare j, Chiquet. Dourdot, Lokris|. Le Carias, Jacques le Noir. Tauaouarn (ou Talvcrite), «dont les joyeux talents dévoient plaire à tous guerriers qui vont par terre. — user leur temps en l'ail de guerre. » Les Allemands demeurèrent «emmi le champ.» et les Bretons crièrent «à voix vive : — Voire merci! Charles et saint Yves!» liedoulés comme la foudre au combat, nos héros, désarmés, séduisaient par leur vaillante mine « les» belles Italiennes : femmes, tilles, tous leur faisoient — tous les honneurs que ils pouvoienl, — à haute voix disant : « Bretons. — prenez lotit ce que nous avons! » Les Bretons prirent tant el si bien, que la maladie décima leurs rangs, et ne leur laissa que la force de mourir en héros.

Aimerigot Marcel et Ceoffroi Tète-Noire furent plus terribles encore en France que Sylvestre Binles en Italie. Pour les appeler par leurs noms, c'étaient les plus grands bandits qu'on pût voir. « Ceoffroi lit une compagnie de soldats de sa dévotion, se mit à besogner pour sou prince, et entra dedans le château de Ventadour, au comte de Montpcnsicr. eu Limousin. « Bon Breton esloit-il, homme hautain elhastif, et qui se faisoit obéira coups d'espée. ne lui coustant la vie «l'un homme qui l'avoil offensé, rien ou peu ; et en bref, il se list chef de Ions les capitaines bandoliers de Uuercy. d'Auvergne et Limosin. qui tenoienl les forteresses auprès de luy. Il ne craignoit homme, prince ne seigneur, el s'il les lenoit prisonniers, il en disposoit à sa volonté sans nul respect. »

Il finit par avoir, avec Aimerigot. plus de soixante forteresses dans le midi de la France, « bien garnies de draps et linges, vins et nourritures, homines el chevaux, préires et médecins. » Il y brava el repoussa des armées entières, se vil assiégé par le duc de Bercy en personne, el ne fui

I,ï4 LA BUE TA UNE ANCIENNE

vaincu que par la mort . A ses derniers moments, i! manda ses capilaiue> autour do son lil. et se lil Apporter un énorme coffre plein d'or. — Voici d'abord, dit-il, neuf mille livres pour la chapelle Saint-Georges, où vous* m'enterrerez. Voilà trois antres mille livres pour ma mie: je les lui eusse volontiers remises moi-même, mais elle aurait trop pleuré, el je veux mourir les veux sees. Ayant ainsi parlé, il referma le coffre, en jeta la clef par la fenêtre, et dit à ses capitaines : Au plus fort le reste! Ouvrez ce trésor à eotips de hache, cl prenne qui pourra ! Les compagnons ne se le lirent pas répéter, et Geofïroi mourut au doux hruit de la « chamaille. » Bientôt ses successeurs se lirent prendre au piège, et furent décapités à Paris pour l'exemple.

Malheureusement tous ces hrigands ne finissaient pas de la sorte: beaucoup rentraient en Bretagne après avoir couru le inonde, et y ramenaient «voc eux le pillage et l'incendie. Eu vain les paroisses se cotisaient alors

pour planter cl sculpter ces admirables calvaires qui l'uni encore félonne*

idciiI des pèlerins; en vain los pauvres laboureurs y portaient leurs prière* et leurs offrandes. Le lléau des compagnies n'en dévastait pas moins les champs arrosés de sueurs. Ces désordres ne devaient linir qu'avec le règne de Jean IV.

Quatre mois après la réconciliation de Jean IVel de Clisson, dans la nuit du 15 au 14 juin, le connétable, sortant de l'hôtel Saint-Pol, à Paris, traversait la ruoCulture-Saintc-Catherine.avec sept gentilshommes et deux valets portant des torches, lorsqu'une foule de cavaliers armés l'assaillirent en criant :

— A mort! à mort, Clisson! — Qui es-tu? dit le connétable à celui qui le frappait. — Je suis, répondit cet homme, ton ennemi Pierre deCraon: lu m'as courroucé tant de fois, que ey te le faut amender ! Kl tous ensemble se ruèrent sur Clisson, qui n'avait qu'un couteau contre tant d'épées réunies.

— Les occirons-nous tous? demandèrent les assassins. — Oui. tous ceux qui se défendront, répliqua leur chef. Mais les {.'eus du connétable furent bientôt en déroute, 'et lui-même, renversé de cheval et assommé de cent coups, fut laissé pour mort. Il enfonça en tombant la porte d'un chaufournier, qui, accourant au bruit, vit rouler à ses pieds « elle grande victime.

Averti cependant, le roi se lève et accourt demi-nu près de son connétable. Il le trouve baignant de son sang l'humble boutique, et le ranime eu le serrant dans ses bras. — « Connestable. comment vous sentez-vous? — Petitement et foiblemcnt, cher sire, dit le guerrier, rouvrant les yeux. — Kh, qui vous a mis en cest estât? — Pierre de Craon ! — Ah! s'écria Charles VI, il le payera cher ! Jamais crime ne fut amendé comme ieellui sera, car la chose est mienne. »

Au bout de quinze jours le connétable était à cheval, et Pierre de Craon se réfugiait en Bretagne, au désespoir d'avoir manqué son coup. Or, ce Pierre de Craon était un riche seigneur angevin, parent du duc de Bretagne, et dont voici l'histoire. Cachant les vices les plus honteux sous des formes charmantes, il était devenu le favori du roi et «le son frère Louis de TourainCf ce beau duc d'Orléans si connu par les grâces de son esprit et le scandale de ses amours. Pierre de Craon s'avisa de révéler à la duchesse d'Orléans, Valentine de Mihn. les galanteries de son époux. Celui-ci, averti de la trahison, dissimula sa colère, mais lit chasser le dénonciateur de la cour. Pierre attribua sa disgrâce au connétable, qui professait pour lui la plus hautaine aversion. Il alla se confirmer dans cette pensée chez le duc de Bretagne, et tous deux s'enlr'excilèrent à la vengeance, «ne devisant que des moyens d(! meurtrir messire Olivier. » Bientôt Pierre revint à Paris avec quarante bons compagnons, les cacha dans son hôtel près du cimetière Saint-Jean, et lit avec eux le coup qu'on vient de voir.

Jean IV était-il complice de cet assassinat? Il serait difficile de le nier, et lui-même parut en convenir en reprochant à Pierre sa maladresse : — «Vous êtes un chélif. lui dit-il. quand vous n'avez pu occire un homme

dessus lequel vous étiez. — Monseigneur, répondit Pierre, c'est bien diabolique chose; et il fout que tous les démons d'enfer l'aient gardé de moi et de mes gens, car en bonne conscience nous lui avons donné plus de soixante coups d'épée et de couteau ! »

Pierre de Craon fut condamné à mort par contumace. Ses maisons furent rasées, ses terres confisquées, sa femme et sa fille chassées en chemise de ses manoirs; «puis un chevaucheur du roi vint apporter à Jean IV. dans sou château de l'Hermine, lettres royaux, lui mandant de faire saisir l'assassin du connétable et de l'envoyer à Paris. » Aveuglé par la haine, Jean répondit que « rien ne savoit ni ne savoir vouloit » de Pierre de Oaon. cl qu'il ne pouvait le livrer, ne l'ayant point en sou pouvoir. Celle réponse fut regardée comme une insulte, el Charles M. exalté par Clisson. malgré les tergiversations de ses oncles, amis secrets de Jean IV. partit avec son armée pour la Bretagne.

Jean de Montfort allait perdre encore une fois sa couronne. Il voyait en frémissant la France entière tomber sur lui. C'en était fait de la Bretagne... lorsque le spectre du Mans sortit de terre ! (maries VI el sa suite traversaient la forêt du Mans. «Il faisoit ce jour-là très-àpremenl chaud. Le roi n'éloit pas très-bien portant. Tout à coup, au plus épais du bois, un homme en pur chef (la tète nue) tout déchaus. vêtu d'une pauvre cotte de burel (bure} blanc, et montrant mieux qu'il fut fou «pie sage, s'élança d'entre deux arbres, prit hardiment les rênes du cheval du roi, l'arrêta tout ouï. el lui dit : — Roi. ne chevauche plus avant; mais retourne, car lu es trahi! tu es trahi! » Personne n'arrêta ce fantôme, aposté sans doute par ceux qui voulaient « rompre le voyage. » Ce roi et sa suite passèrent outre, el sur le midi gagnèrent une plaine sablonneuse. «Ce soleil éloil beau, clairet resplendissant à grands rais (rayons), et lapoit de lelle manière, qu'on étoit

tout transpercé par la réverbération Le roi alloit à pari lui pour se faire

moins de poussière. Il avoit vêtu une jupe de velours noir, qui moult l'échauffoit, et avoit sur son chef un chaperon de vermeil écarlale, et un chapelet de grosses perles. » Derrière lui venaient deux pages, dont l'un était coiffé d'un chapel de lin acier de Monlauban, et l'antre portail la lance du roi : ce dernier s'endormit sur son cheval, et laissa choir le fer de sa lance sur le chapel de son camarade. « Ces deux aciers sonnèrent haut l'un contre l'autre : le roi, qui encore avoil en l'iinagjnalion les paroles que l'homme lui avoit dites en la forêt, tressaillit soudain, et crut que grande foison d'ennemis lui couroient sus pour l'occire; il piqua son cheval, tira son èpée. et, la levant pour férir n'importe sur qui. il se mit à crier: Avant! avant sur ces traîtres! et courut sur ses pages, ne reconnaissant plus ni eux ni personne. Des premiers coups il tua ou blessa le bâtard de Polignae et plusieurs antres gens «l'armes «'I pages; puis il lança son cheval rniihe mm frère le dur d'Orléans, qui n'était pas loin. Ce jeune

LA RltKTAliNK A M'.IEKNK. 45T

prince, effrayé île le voir fondi t- sur lui l'épéc liaulc, s'enfuit au galop, el tous ceux qui là étaient* chevaliers OU écu vers , en faisaient autant, lorsque le duc de Bourgogne se mit à crier : — llaro! le grand niéchcf! Monseigneur est tout dévoyé (égaré); qu'on le prenne! > Après s'être épuisé

en eourses furieuses. Charles VI tomba sans donner signe de vie, « fors que les yeux lui tournoient en la tète d'eslrange façon. »

— Voilà le voyage fait pour celte saison, dirent les princes... Et l'armée son retourna vers Paris, emportant son roi devenu fou. Cette folie sauva Jean IV el la Bretagne1, mais on sait ce qu'elle coûta à la France. Tout l'éditicc de Charles V el de Un Guesclin s'écroula sur celte tête en délire. Déchiré à coups de canon et de poignard par les ducs de Bourgogne et d'Orléans, le royaume se rouvrit de toutes parts aux Anglais, el il ne fallut pas inoins pour les arrêter que la miraculeuse épée de Jeanne d'Arc.

La démence de Charles VI prolita doublement à Jean IV. car en le sauvant lui-même, elle perdit Clisson. L'ambitieux duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, devenu régent de France, el ne voulant pas avoir de rival, débuta par faire exiler el destituer le connétable, comme concussionnaire et traître envers la couronne' (1592). Ces crimes ne furent nullement prouvés, mais il était diflicile de s'expliquer l'immense fortune de Clisson, malgré la rapacité qu'il déployait dans ses guerres. Il possédait, en Bretagne seulement. Jossclin, Lamballe, Broon, Jugon, Blein, Guingamp, la Boche-Derricn, Clisson, Chanloceaux. etc. (Jiu'lques-uns de ces châteaux étaient meublés avec une somptuosité royale. Chaque année, il eu faisait bâtir de nouveaux, ou agrandissait et fortifiait les anciens. Ses possessions étaient si étendues, qu'il traitait presque de souverain àsouverain avec le duc de Bretagne, et lui disputait une grande partie de ses sujets, de ses revenus el de ses fouages. L'année même de la mort de Charles VI, on voit, aux Actes de Bretagne, des commissaires nommés par l'un et par l'autre pour régler ces contestations: le vicomte de Chàteauneuf, La Lande el Moèsson pour le connétable, el Guillaume Eder, Jean Hilliard et Jean de Camé pour le duc. «On apprit par eux que messire Olivier avait nix-m rr mille six cent ouathe-vlxc.t-iiix-.neuf fei v en Bhetagne3. » Quant à son trésor, « il n'avait élé épuisé ni par l'armement de soixante-douze vaisseaux el d'une ville en bois contre les Anglais, ni. par les cent vingt mille livres de la rançon du comte de Pcnlhiévre, son gendre, ni par les cent mille francs d'or que le duc de Bretagne lui avait extorqués. »

1 « C'était monseigneur saint Y vos, disait le p< nplo breton, qui estoil appiru .m roi en la fore».! pour I. détourner île h llrtt.v.'iir. »

* La haine de Jean IV était encore là Ce Tut la duchesse île Bourgogne, m cousine, qui dérida le répenl à sacrilier le coiuiélalde.

3 Le reste des feu* bretons s 'élevait alors à soixante-neuf mille sept cent quiranlc-hml . <e qui ne faisait que quatre-vingt-huit mille huit cent quarante-sept feu*, c'e<a -à-dire, cinq à si\ cent mille Ames, pour tout le duché. Triste effet des guerres civiles el des invisions anglnses

Quelle i|tie fùl la source «le lan! de richesses, Clisson élail le premier guerrier du royaume, et le désarmer, c'était affaiblir la France. Ainsi peusail le noble Coucy, lorsqu'il déclara sa main trop petite pour tenir l'épée du connétable. Le comte d'Eu eut moins de scrupule; mais il succéda ;'■ Clisson sans le remplacer.

Jean IV ne vit pas plutôt son ennemi renversé, qu'il lança sur lui. quel homme? Pierre de Craon ! Cctle conduite révolla les seigneurs de Bretagne à tel point, que grand nombre oublièrent leur haine nationale pour le boucher. «Jean ne trouvoit baron, ni chevalier qui de celte guerre se voulsissent entremettre; ains s'en dissimuloient. » Appuyé cependant sur son épée de connélable. qu'il avait refusé de rendre au régent de France. Clisson avait armé ses nombreux vassaux et attendait fièrement le duc. Ce duel étrange d'un sujet et d'un souverain dura trois ans. Le duc prit à Clisson et fit démolir Josselin et la Hoche -Derrien. Clisson enleva au dur son argent et ses bijoux, et les villes de Saiul-Briciic et Saint-Malo. Les Malouins. assiégés par Jean, se donnèrent au pape d'Avignon, qui les donna au roi de France. Ce fut toujours la prétention de ces hardis marins d'appartenir à qui leur plaisait. «Cependant la guerre devint si cruense. que nul n'osoit chevaucher en Bretagne sur les champs, ni aller par les chemins, pour cette guerre ; marchandise en éloit toute morte parmi Bretagne, et toutes gens ez cités, et bonnes villes s'en sentoient, et les laboureurs des terres mesmcmenl. »

Tout en guerroyant ainsi, Clisson mit la main sur deux des hommes qui l'avaient arrêté à l'Hermine, il égorgea lui-même Yvonnet; et laissa la vie à Bernard, se souvenant qu'il lui avait donné son manteau dans sa prison.

Knfin, messire Olivier ayant pour lui la France, le duc allait rappeler encore une fois les Anglais, cl remettre tout le pays en feu, lorsque le dinde Bourgogne vint se jeter entre les deux partis. Vieux et las plutôt qu'apaisés, le duc cl le connétable s'embrassèrent pour la cinquième fois à Autfer près de Bedon, cl signèrent définitivement le traité de Tours. 45*15.

Quatre ans après, Jean IV mourut à Nantes, empoisonné ou envoùlé'. erul-on. par le prieur de Josselin. Les soupçons remonlèrent même jusqu'au connétable, mais ils ne furent pas confirmés. Alain Bouchard, au contraire, cite, à ce propos, un trait qui serait honorable pour Clisson.

La comtesse Marguerite de Pcnthièvre, sa fille, ayant appris la mort de Jean IV, se flatta, suivant le chroniqueur, de voir son mari, fils aine de Charles de Blois. monter enfin sur le trône ducal. «—Monseigneur mon père, dit-elle au connétable, or ne tiendra-t-il plus qu'à vous, si mon mari ne recouvre son héritage, nous avons de si beaux enfanls. Monseigneur, je vous

1 L envoulement coiftistail, à former eu cirr l'image do relui qu on voulut tuer, .1 à poignarder cette image au cœur et à la lèle, arec de* mots cabalistiques «Jette o[M-i-.ilion faite sur !■• portrait, pour peu qu'on poignardai ainsi l'original, il fait sur d'en mourir

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