‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 70 sur 103 · DUCS. - CLERGÉ. - NOBLESSE — ART MILITAIRE · texte numérisé non relu

DUCS. - CLERGÉ. - NOBLESSE — ART MILITAIRE

Depuis Pierre de Dreux, les ducs de Bretagne s'entouraient à leur cour des mêmes officiers que les rois de France1, cl ces officiers avaient, à Rennes

1 l.a r«ur du «lue Jean V n'nv.iil rien ■ envier à celtes des plus grands rois. Outre les chanceliers, conseillers, alloués, baillis, procureurs, receveurs, contrôleurs, sénéchaux, etc., on y comptait : le» barons qui avaient 50 livres de papes par mois (Porhoët, Rohan, Donges. PenthicTre, Oinan. Males- Iroit, etc. ; j — deux gentilshommes avec chaque baron, ayant « bouche à la cour; » — seize clumbel ans commandés par Duparr { chacun quatre chevaux, une capitainerie el 10 livre* parn>oi>| ; — le grand maître, de la Unde (240 livres et un gentilhomme ; — les maîtres d'hôtel (bouche à la cour : — le» érujvrs d écurie, Kerguis a leur télé (deux cheraux de livrée, bouche à la cour, 10 sou» par mois ; — lesériiversdu corps el de la chambre en très-grand nombre: — le* officiers des finance*, les confie» -

ci à Nantes, les mêmes privilèges et les mêmes costumes qu'à Blois el à Paris. Les chambellans, écuyers, ccha tison s. panetiers, veneurs, etc., étaient choisis dans la plushautenohlcssc. Qunnd les ducs donnaient des gouvernements, ils exigeaient le serment , le scellé et souvent la caution. L'ancienne loi leur défendait d'acquérir les biens de leurs barons: mais on a vu combien ils se jouèrent de celte loi depuis Mauclerc, en réunissant à leur domaine une quantité de fiefs. Ils disputaient aux évoques les émoluments des ports et des havres, et ne laissaient guère qu'aux seigneurs de Léon les droits de bris et de brefs de mer. Au quinzième siècle, ils pouvaient empêcher les nobles de se mésallier.

Françoise de Dinan Laval ne put épouser que secrètement le simple chevalier Jean de Profilt. Plusieurs ducs s'arrogeaient la garde des places fortes tombées en rachat ( voir au règne de Jean le Bon).

Nous avons assez dit et montré comment le pouvoir des anciens barons se centralisa de règne en règne dans la main des ducs, et comment la Bretagne, ainsi que la France, vit le régime monarchique se substituer au régime aristocratique.

Les armes des ducs de Bretagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'Union, ne cessèrent d'être les hermines sans nombre avec la devise : A ma vie! inscrite sur tous les sabliers de leurs ordres. Leur cri de guerre habituel était : Malo ! pour Malo ou potius mori quam fœdari, traduction latine du cri national, que jusqu'en 1788 les députés des États gravaient sur le cachet de leurs bagues. J'aime mieux la mort qu'une souillure! est bien la devise de l'hermine, qui se laisse prendre et tuer plutôt que de salir sa robe blanche. Sous Jean V, les Bretons portèrent à Paris des bannières représentant une fille des champs avec ces mots : Pensez-y ce que vous voudrez!

La reine Anne, devenue veuve de Charles VIII, mit à la mode, non-scu-

seurs. les médecins, les secrétaires ; les officiers de paneterie et de napperic, sous Jean du Val ; — de bouteillcrie, sous Brient de Montforl: — d'épicerie, de rhandellerie. de cuisine, de symphonie, d'éculerie ; — les ehevaucheurs ou courriers ; — la chapellerie, la vénerie, sous du Bois de Brullé ; — la fauconnerie, sous Saint-Pol et Coëtevenec. La duchesse avait aussi ses chambellans (du Juck); ses écuyers d'honneur (RicEe): son assoii* (du Camboul): son échanson (Baye); son écuyer tranchant (le Bartl; son huissier de chambre [Trelièresl; son maréchal de salle (Bcaumanoir) ; son trésorier ( Perion | ; ses dames et damoiscltes; ses queux, ses varlets, etc.. Le duc se Taisait suivre partout de sa vaisselle, c'eit ce qu'on appelait le droit du cadenas, si longtemps conservé par les princes du wng

:m\ LA fHKTAUNE MODERNK.

Icinculeu Bretagne, mais dans toute la France, le fameux emblème de lu Cordelière ou Corde) iée, cl la «lo is»? en jeu de mots : JTûi If eor/;« délié, qui se rclrouvctll sur tous les monuments de l'époque, comme les croissants de Diane de Poitiers sur ceux d'un règne postérieur. L'ordre de la Cordelière avait été distribué par Anne de Bretagne aux femmes les plus sages de sa cour et «le son siècle.

Depuis la lin du douzième siècle et la déchéance de l'archevêque de Do), la Bretagne n'eut plus d'église nationale et lut pays d'obédience soumis à la cour romaine. Celte cour nommait aux bénéfices vacants pendant les huit mois de l'année appelés mois apostoliques. Le duc Jean Y, les rois François l'r et Henri II voulurent s'affranchir de cette sujétion ; mais ils ne purent en venir à bout, quoique appuyés par les Etals. La Bretagne* du reste, ne prouva pas seulement par sa soumission, mais aussi par son dévouement en toute circonstance, son attachement indissoluble au suint-siège.

Nous retrouverons à la lin de ce livre , étudiant cl priant dans les

campagnes, les kloer, jeunes clercs armoricains dont le caractère n'a guère changé depuis trois siècles.

Ou a pu juger par les luttes trois fois séculaires de la régale, du tierçage de l'ost, du pasl nuptial, des impôts, etc., que les évèqucs bretons ne se courbaient pas sous le sceptre temporel aussi docilement que sous le sceptre spirituel. Au quinzième siècle. l'Eglise avait encore, à peu de chose près, en Bretagne, la prépondérance politique qu'elle avait perdue en France.

Nos prélais avnicnt toujours leurs sujets, leurs armées, leurs officiers, leurs impôts, leurs revenus, et prétendaient toujours ne relever que de Dieu et du pop.

La plaine d'Auray fut. en 1204, le tombeau de l'aristocratie bretonne. Il ne resta plus que des nobles proprement dits, monnaie des anciens barons. Les grands seigneurs qui gardèrent ce titre par excellence n'eurent plus •pie des droits honoriiiqiics au lieu des pouvoirs souverains d'autrefois. .Nous les retrouverons, du reste, aux Klats. — dernier théâtre de la noblesse avec le champ de bataille.

(tu a cité de singuliers exemple! des droits des seigneurs ; en voici un qu'on peut y joindre. «Chaque boucher de .Nantes devoit au baron de Rail un denier le jour du mardi gras. Il le devoit tenir prêt à la main dans le moment que les gens du seigneur de Haiz lui présentoient une aiguille; et s'il n'avoit pas le denier à la main, les gens du seigneur de Haiz pouvoient piquer telle pièce de viande qu'il leur plaisoit avec l'aiguille, et l'emporter sans donner le temps au bouclier de chercher dans sa bourse. »

Les seigneurs de Kohan-Léon et de Vitré conservèrent longtemps le droit de rémission des peines capitales.

On a vu par cent exemples combien les nobles du quinzième siècle avaient appelé de l'ignorance de leurs pères.

Tout ce qui concerne la guerre, état normal de la noblesse, vient naturellement à sa suite. Les gentilshommes bretons ne pouvaient prendre les armes, surtout hors du pays, sans l'aveu du duc.

Au commencement du quatorzième siècle, un seigneur s'armait ainsi : des bottines garnies de fer et d'acier, ou grèves, avec des éperons; — des cuissards de fer et d'acier, et des bragonnières ou hauts-de-chausses de mailles de haubert d'acier; un lioquelou; un corselet de fer et d'acier; unarmet à visière, garni de collerettes de fer et d'acier ; un camail de mailles; des gantelets de fer; une tunique ou cotte d'armes; et un bouclier ou écu de bois el de cuir, garni de fer. Le cheval était couvert en partie de mailles de haubert, et armé de fer. Le chevalier avait encore une épéc à pointe et

' Jacques il K^pinuy, évèquc île Hennés, ayant été iosulti dans un village, CXCOauniroil toute l.i paro'mo de Saint-Grégoire. L'excommunication ne l'ut levée qu à la charge d'une renie perpétuelle de 87'2 hoi>s>-aux de Lié, que colis paroisse payait encore :iu di\-liuitièuic siècle. I, Il est vrai que ce d'Kspinay était, \mi sou nom même, un puisant seigneur. — descendant «le l'antique maison bretonne dKspiuny. Établie ila ns levéï-hé île Hennis depuis le douzième siècle, celle maison s'esl continuée d.iiis la r.iiuille iiiiruiauile d'rNpinay Sninl-I.uc, qui existe encore cl qui a donné tant «le grands personnages à la France, entre autres le fameux grand maître d'artillerie sous In ligue — U-souverain le plus fier et le plus absolu de b Bretagne, Arthur de Richr-niniid . ne put tenir tète à Guillaume de Malestruit, évèque de Nantes, cl, comme ou l'a vu, mourut à la peine en luttant contre lui. Abandonnés par les barons depuis Pierre Mauclerc, les prélats avaient retrempé leur pouvoir en se mettant à la tète des communes, et profilaient, en les accélérant, île lous les progris de la bourgeoisie. — CJuant aux monastères, ils n'avaient cessé de croître eu nombre, en puissance et eu richesse. On en jugera |Kir un seul fait. Les dominicains du duché s'élant assemblés à Nantes, sous Pierre 11, pour élire un général, se trouvèrent au nombre de seize cenls ; et t'était un des ordres les moins importants do la Bretagne.

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plusieurs couteaux, le tout garni de corduns pour les attacher à la selle '.

La fraternité militaire était générale aux quatorzième et quinzième siècles. Le pacte de Du Guesclin et de Clisson, que nous avons cité, peut être considéré comme type.

Sauf les règnes de Jean V et de François Pr, les seigneurs bretons ne cessèrent de se battre entre eux ou contre les autres. Ruinés par la guerre «le vingt ans, la plupart vécurent un siècle entier de pillage, Quand le dernier butin était mangé, la châtelaine servait dans le plat de famille une paire d'éperons, et le chevalier retournait battre la campagne. Quand il avait rendu assez de services au duc, il lui présentait à genoux son pennon à deux pointes; le duc coupait les poinles et en faisait une bannière. Le chevalier passait ainsi seigneur bannerct, pouvait conduire vingt-cinq lances, et avait justice patibulaire à quatre poteaux.

Nous avons parlé des arbalétriers, des francs-archers et des bons corps, formant l'infanterie bretonne; ces milices nationales, créées par Jean V et développées par François II, étaient choisies dans les villes et les villages et commandées par des cadets de famille. Des jeux de papegault (tir à l'arbalète , institués par les ducs dans toutes les villes, leur formaient incessamment d'excellents archers, en attendant les tireurs d'arquebuse. En 1480, chaque archer portail sur son hoqueton, outre la croix bretonne.

1 \ on i comment les guerrii s'armcrcnl au sièi le suivant Nuus Iran* m,. m- mie prêt i« u rdon-

uance de François II pour les monstres île I4G6. i Tous les nobles du iiays el duché de Bretagne *<-" doibveul tenir eu estai selon leur puissance. C'est assavoir : cculx de cent à deux cens livres de rente auront pareillement brigaridinc , salade, arc et trousse et les bras «ouverts s'ils s'en peu vent aider; et s'ils ne s'en peuvent aider auront nvanl-braz, gantelet* et haï nuis de jambe»; ave» eulx un u i lu i ou un jusarmier en liabillemeut de brigaudine avec deux chevaux bous et sullisnus selon leur puissance. Kt «eulx de deux cens u douze vingt livres jusqu'à trois cens livres de rente seront en habillement d'hommes d'armes avec chevaux bons et sullisans et un paige et un cheval pour archer. Kl cculx de trois cens à dix-huit «n .1 jusqu'à quatre cens livrvs «le rente, seront pareillement en habillement d'hommes d'armes avec chevaux bons et sufhsans pour culs et leur p.iige avec deux archurs en leur compagnie montez et habillez de hrigandine, salade, bien garni d'arc et trousse el l'autre de jusanue. Et cculx de quatre cens à cinq cen* livres de rente, seront en habillement d'hommes d'armes bien montez el armez cl avec eulx deux arcs et jusarinc bien montez et habillez de hrigandine, salade et les broz couverts et un paige Et ceux de six cens à sept cens livres de rente, seront en habillement d'hommes d'armes bien monte» , et auront avec eulx^'ii leur dicte compagnie deux archets eu hrigandine et un jusarmier en brigandinc. salade et le* br.iz rouverts Kl ceulx de huit cens à mille livres de rente, seront en habillemeut d'hommes d'armes bien montez et auront deux archers à hrigandine, salades, arts el trousses, jusai me et un gros valet en hrigandine. Kl ceulx de mille à douze cens livres de rente, seront armés et auront chevaux de prix pour leur selle, et auront oullre un homme d'armes en leur compagnie avec archers en brigandine. garni de salade et trousses, et un jusarmier en hrigandine, garni de salade et jusarme et aura les bras couverts. Kt ceulx de quinze cens n deux mille livres de rente, auront deux chevaux chacun de prix pour leur selle, etc., et s'il y a voit des lions arbalétriers ou craiincquineurs au lieu desdits archers, ils seront reçus. » Les destriers ou chevaux de bataille des chevaliers u 'étaient pas moins bardés et cuirassés que les chevaliers eux-mêmes. « Tout le derant de leur tête était garanti par une pièce nommée chanfrein, du milieu de laquelle saillissait une longue pointe de Ter, de sorte que le chanfrein était en même temps une arme défensive et une arme offensive. Deux grandes plaques de fer, appelées mscifts, couvraient les flancs du destrier, mais toutefois sans descendre assez bas pour gêner l'usage des éperons. Knlin une autre plaque de fer ou cboupiLiie défendait sa croupe. »

la première lettre du nom do son évèché. Il ('(ait coiffé d'un inorion sans lisière: il serrait ses flèches dans sa capeline ou (rousse, et maniait à l'occasion la coustille (hache) et le mail de fer. Les arbalétriers avaient le bassinet, la jaquette de mailles avec des avant-bras d'acier, la cuirasse de ventre appelée hatlecret et les genouillères. Ils tendaient leur arbalète au moyen du' cranequin (double roue dentelée mue par une manivelle . La flèche recevait alors une impulsion formidable. Les bourgeois des bonscorps portaient simplement le morion, le gorgerin de mailles, la pique et l'épée.

Avant Du (luesclin. <« la guerre n'était qu'un jeu sanglant de la force et du hasard, » comme l'appelait dernièrement un homme d'Etat ; l'habile connétable révéla l'art militaire à la Bretagne et à la France, en développant la discipline et la lactique, les ordres de bataille, les corps de réserve, les camps retranchés, l'étude des localités, l'emploi dans les sièges des machines à pierre d'abord, et puis de machines à feu.

Logés et fortilics, jusqu'au douzième siècle, dans les tours isolées des donjons que nous avons décrits, les seigneurs se construisirent peu à peu des maisons reliées par deux ou quatre tours. Puis les tours se multiplièrent. Enfln les grands châteaux des treizième, quatorzième et quinzième siècles surgirent sur tous les points de la Bretagne. 11 y avait ordinairement une tour plus forte que les autres; c'était le dernier asile à la lin des sièges. Ces tours, percées de meurtrières et llanquées d'un escalier dans la cage, avaient une plate-forme et un parapet crénelé, avec des mâchicoulis, ouvertures verticales par où se lançaient l'huile bouillante, le plomb fondu, la chaux vive, la résine ardente, etc. (Quelquefois, surtout dans les villes, les remparts avaient également des mâchicoulis. Les encorbellements qui les encadraient étaient souvent ornés de sculptures. Un fossé régnait tout autour de ces colosses de pierre. Les cités n'étaient pas tortillées autrement que les châteaux ; le même système s'appliquait en grand.

Pour assiéger les uns et les autres, on faisait d'abord les approches avec des tortues, longues baraques de bois montées sur des roues. On comblait ensuite les fossés, pour saper les murailles avec les chats, ou les battre avec les béliers, les mangonneaux et les ba listes. — Les assiégés ripostaient avec les mêmes machines. Les projectiles étaient des solives, des pierres et des (rails de (oute dimension. La brèche ouverte, on montait à l'assaut, et le plus fort l'emportait. On attaquait aussi les tours de pierre avec des tours de bois d'égale hauteur (beffrois), cl le combat se livrait alors de plain-pied. C'était un siège à l'abordage. L'usage des canons s'élablil lentement en Bretagne, où il fut apporté par l'Angleterre et la France. Il ne devint guère général dans les fortes villes et dans l'armée ducale, qu'à la (in du quinzième siècle. En 1477, Nantes avait un gros canon appelé la Bombarde: cinq coulevrines : Junon , Pallas, Vénus,

Mélusinc, la grande Margot, cl vingl-cinq autres nommées Cordelières, (juvoii des Landes, canonnier de la ville, lit bientôt fondre vingt-quatre nouvelles pièces avec leurs boîtes. On leur donna les noms des douze mois de l'année et des Jouze apôtres. Ces canons étaient d'un très-petit calibre, car ils n'absorbèrent que six mille deux cent cinquante-quatre livres de cuivre. Les boulets de fer n'avaient pas encore remplacé les pierres rondes et les boules de plomb.

Au treizième, et surtout au quatorzième siècle, avant de s'être formé le goût par l'expédition d'Italie, et encore tout préoccupés du luxe apporté de l'Orient, les princes et les seigneurs se chargeaient de soie et de velours, d'or et d'argent dans les fûtes, comme ils se chargeaient de fer et d'acier dans les combats1. Mathieu Paris cite un tournoi où l'on vit, le premier jour, mille chevaliers velus d'une robe uniforme de soie, nommée coiutisc. et, le second jour, les mêmes chevaliers, dans un nouvel accoutrement non moins splendide. Une autre fois, c'étaient des cortèges de cent chevaux richement harnachés, de cent dames étincelaules de parures et conduites par des écuyers d'honneur, sans compter les ménétriers, les hérauts, les danseurs. Nos ducs de Hrclagnc avaient alors des parures de mille marcs d'argent. Et leurs grands seigneurs rivalisaient avec cet Arundel qui s'était fait faire cinquante-deux habits d'étoffe d'or. Après les joutes et la chasse, ces jeux royaux par excellence, on raffolait, dans les cours, des mascarades, des comédies, du mail.de la balle, du palet, des quilles, des dés, et des cartes depuis Charles VI. Les repas et les réceptions s'annonçaient au son du cor. On mangeait à peu près ce que nous mangeons aujourd'hui, avec des raffinements conservés des Romains, et que nous avons heureusement perdus. On donnait aux pâtisseries toutes sortes de formes obscènes, qui n'étaient alors que naïves, car on les appelait par leurs noms sans rougir. On buvait des vins de tout pays, de la bière, du cidre, du clairet (vin épicé) et de l'hypocras (vin mêlé de miel}. Même profusion sur la table que dans les habits. Un abbé réunit, en 1310. six mille convives autour de trois mille plats. Et, au milieu de ces excès, d'autres excès tout opposés. La confrérie des Galois et Galoises, pénitents d'amour, se brûlaient l'été à de grands feux, et ne portaient l'hiver qu'une cotte simple. « Plusieurs transissoient de pur froid et mouroient de lez leurs

' Il y oui toujours un pou moins de richesse cl «le luxe en Bretagne qu'en France. Les stalues d'Alix el tflolandc <le Bretagne, grave» par les bénédictin», donnent l'Idée du costume des princesses bretonnes nu treizième siècle Alix porte un manteau sans manches, doublé de fourrure. Sa coilTure <M une couronne assca semblable à un bonnet d'avocat. Un long tissu s'en échappe par derrière. Ses cheveux plats se divisent au milieu du front et tombent sur les épaules. Sa longue robe à manches, deuntolliiite. descend jusque sur ses pieds el traîne à terre. Toute comtesse p.rtait alors h rouroum- a longue barbe et le manteau ouvert Les robes, sans formes arrêtées, n'étaient guère que des chenu*', en étoiles précieuses, serrées par une ceinture de brillants, brodées au corsage el fourrée» au !>u> Olle* des seigneurs ressemblaient fort à celles des dames On ne |>oitail guère de barbe au Irruicmc siècle Le costume guerrier était encorda colle de mailles, la colle d'armes el le casque plat

amyes, et aussi leurs amyes de lez eux, en devisant de leurs amourettes. » Les bains chauds n'avaient pas cessé d'être en vogue depuis les Romains: ils ne cessèrent que sous la monarchie absolue. « époque où la France devint sale, » dit M. de Chateaubriand '.

Le véritable luxe des habits cl des meubles naquit, en France et en

.Bretagne, du contact des arts italiens, vers la lin du quinzième siècle, et ne cessa «le se développer pendant tout le seizième. Alors les seigneurs, secouant les lourdes robes et les plus lourdes armures, et rivalisant avec les toilettes des dames, se firent « coquets et mignons, » même pour aller en guerre. Le fer et l'acier furent ciselés comme l'or et l'argent; les plus élégantes broderies sillonnèrent les cuirasses et les casques aussi bien

1 A ce que nous avons «lit des tournoi* et de lart héraldique, RU chapitre VU, nous n'ajouterons qu'un mot sur les rois et les hérauts d'arme*, devenus très-importants au quatorzième siècle. Ces officier*, quelquefois chevaliers de renom, étaient les historiographes de la noblesse. Il leur fallait une prodigieuse mémoire pour classer tant d'armoiries dans leur cerveau Ils étaient les jupes d'armes de* familles . les émissaires de la paix et de la guerre , les directeurs des cérémonies Leur toque à plumes, leur caducée et leur cotte brodée des armes de leur seigneur étaient inviolables. Ils avaient sous eux les poursuivants d armes, apprentis de l'art héraldique Les treizième, quatorzième et quinzième siècles Turent l'époque des armoiries par excellence. On ne voyait qu'écussons cl devises sur les bannières, sur les habits, sur les meubles, dans les châtiai», dans les églises et dans les maisons.

LA IUIKI \<;NK MIUIEHNK.

<| ut' les pourpoints cl les manteaux. Ci' qu'il fui consommé, à l.i cour il. François II cl de la reineAnnc.de soic.de velours, de drap cl d'hermine, sérail incalculable. Alors aussi arrivèrent, toujours imilés ou apportés d'Italie, la vaisselle travaillée . les bijoux, les brillants, les pierreries, les parures de toule sorte, inenlionnés avec détail de leslamenl en testament.

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