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LA HlïETAti NK MODERNE. «78
Les communes se montrèrent dignes de leur élévation pendant l'agonie de la Bretagne sous François II cl la régence. L'indépendance el l'héroïsme national se réfugièrent alors dans les villes. On se souvient de la sublime réponse des bourgeois de Rennes à La T ré mouille, ou plutôt au comte de Hohan, qui le représentait.
La révolution qui tua la féodalité en Bretagne eut un caractère si libéral, que cette révolution y développa les libertés municipales au moment même on à la suite des troubles de la Ligue, ces mêmes libertés étaient coulisquées en France par la royauté absolue1.
Les véritables victimes des guerres bretonnes, les seuls qui ne profitèrent point des dépouilles de la noblesse, lurent les paysans, écrasés, comme on a vu. par tous les partis. On a vu aussi comment ils se vengèrent de l'oppression, et on le verra plus d'une fois encore, car rien ne pourra les habituer à la servitude.
A propos de misérables, nous retrouvons les caqueux sous François II. On persuada si bien à ce prince qu'ils étaient infectés d'un mal contagieux, que. « pour les empêcher d'être dans la nécessité de mendier et de se mesler avec les gens sains, il leur permit, en 1477, de pouvoir faire valoir, comme fermiers, les terres voisines de leurs habitations, afin d'y faire des bleds et des jardins pour leur entretien. Mais il confirma en mesme temps une ordonnance qu'il avoit faite deux ans auparavant, par laquelle il avoit réglé qu'ils porlcroienl une marquede drap rouge sur leur robe, au lieu apparent. Il leur défendit encore tout commerce, que de lil et de chanvre: encore devoient-ils l'acheter en des lieux peu fréquentez; et ordonna que leurs baux ne fussent que de trois ans. » La charité chrétienne elle-même réprouvait ces malheureux. Ils ne pouvaient assister à la messe qu'au bas de l'église, sous les clochers, séparés du reste «les fidèles.
Les tailleurs n'étaient guère plus estimés que les caqueux, et ne sont pas encore relevés du mépris public1.
1 La bourgeois des trei/umt, quatorzième et qiiinaièinc siècles vivaient ;«ec MMIKT, quoique ■ssc* ù l i'troil, dans leur* maison* surplombantes eu bois sculpté, à pipions aigus, à vitraux plombés cl quelquefois peints, telles .pi on on voit a Vannes, à Vitré, à Oinan, et quelques-unes encore à Ouimpcr,
Morlaix cl à Nantes. Les sculptures de ces maisons étaient îles allépmes religieuses, presque toujours des monstres, avec les emblèmes de la profession des habitant*. A l'intérieur, il n'y avait guère qu'une belle chambre, mais quelquefois tivs-riebement meublée, et un énorme lit de famille à loi on déni éls$CS, «<» fermant avec des panneaux sculptés comme une armoire à coulisses, d'un banc plan- près de ce lit, d'un prie-Dieu politique, d'un dressoir couvert des trésors du ménage, de quelques liants fauteuils taillé*, en ebène, et d'un babut île mente bois, sculpté comme les panneaux du lit. Le* rosi nmes des Itourgcois ont peu varié en Bretagne. Omis le tableau de l'eut! V de Moiitforl à Nantis les bourgeois ont des tuniques vertes, rouges on bleues, serp-es à la ceinture , des liautsde-.'baiisM's bruns, de souliers mors et pointus. On les ri trouve à peu près, liait», lui mêmes babils au seizième siècle, «nuf l'ampleur et la riclie.se. qui ivaieul progressé, en raison de leur lui lune
1 La liès-a,H ie.iuee,MUnme. .lit M de La Yillcmarqué, semble les remuer parmi b s vilains natte» ou sens qui s'entremettent de vilains métiers, connue iVorchcuf* de cbev.uix, tir vile* betes. uarsailtriMiid iilles priideui. ou Larron*, porteur- de pistez et pl ileaiu en taverne., t rieurs de vins u-
:ui LA BRETAGNE MODERNE.
Les classes bourgeoises el vassales nous conduisent au commerce, à l'industrie el à la marine.
Le commerce lirelon s'était tellement accru «lès le treizième siècle dan* les villes et porto ménagés |'ar la guerre, «pie nos actes fourmillent d'ordonnances au hoc. el qu'il fallut dès lors mettre en vigueur, sur toutes les côtes, les jugements d'Oléron. ce code de la mer, dont nous avons déjà parlé. Quant aux ports infestés par les Anglais, Saint-.Malo. Morlaix. Brest, etc.. leurs négociants se tirent tous corsaires: et bientôt leur audace et leur
riebesse, développées avec l'artillerie maritime, en tirent les dignes précurseurs des Trouin et des Surcouf.
Nantes faisait au quatorzième siècle le commerce des blés, des vins, du sel et du poisson avec toutes les rives de Ja Loire, el, par sa marine, avec Bordeaux, La Rochelle, l'Espagne, l'Angleterre et les peuples du Nord. Ses navires n'avaient encore que deux mâts et un gréement forl simple, avec une cabane à chaque bout, comme les caboteurs d'aujourd'hui. Les représailles étaient une loi pour la piraterie. Bientôt l'application de la boussole et de la
reurs de chambres, jtaviers, poissonniers <|iii s entremettent do vendre de viUines mm bandits, cl qui sont m<W.-*triers ou vendeurs de vent : lesquels ne sont pas dignes de eux entremettre, de droit* ni de coutume. Il y a, dit un ancien proverbe breton, cité aussi par M. de l.i Y i Démarque, trois sort»**' ■le personnes qui n'arrivent point tout droit au paradis : les tailleurs, dont il faut neuf pour faire un lifinmir, < 1 1 ■ i p.i^cnt leur» journée* assis et qui ont !<•« main« Manche*; le* sorcier*, qui jettent de» sorts. soufflent le mauvais vent, el ont fait pacte avec le diable ; les malt ô tiers [ Un percepteurs de contributions), qui ressemblent aux mouches aveugle*, lesquelles sucent le sana Je» animant
LA BRETAGNE M ODE II NE. ;,7o
poudre à canon vint développer cette marine novice. Nous avons cité le» Imités commerciaux de François II avec toutes les puissances du Nord.
De progrès en progrès, le commerce de Nantes arriva, dans le seizième siècle, à des résultats comme celui-ci : Les ventes du sel y dépassaient chaque année, avant la Ligue, le chiffre de cinq cent mille écus, ce qui suppose un mouvement de plus de deux cent mille tonneaux.
La marine militaire se composait, au quatorzième siècle : 1" de galères, bâtiments ras à voiles latines, très-rares sur l'Océan : 2" et surtout de naufs un ramberyes, lourds vaisseaux de haut bord ayant des châteaux (espèces de tours garnies de soldats) en poupe et en proue. Ces natifs ne portaient que deux mats, avec deux énormes voiles, et des hunes rondes qu'on remplissait d'archers. L'art nautique était déjà bien loin de ces ramberyes, lorsque Nantes envoya deux navires de mille tonneaux chaque à Charles VIII, et bien plus loin encore, lorsque le vaisseau la Cordelière sortit de Morlaix avec ses douze cents hommes et ses cent canons. Knlin le luxe se joignit aux progrès de l'art sous François 1" : les Nantais allèrent au-devant de la reine Éléonore dans deux galiotes à chambres vitrées, meublées somptueusement.
L'industrie agricole occupait presque seule la masse de Bretons au quatorzième siècle. Au siècle suivant, il y avait beaucoup de vignes autour de Nantes, à Itichcbourg, à Saint-Clément, à Saint-André, sur la Mothe- Sai ut-Nicolas, et ailleurs. Les autres industries utiles seront estimées par les prix suivants, relevés dans les litres de Nantes au quatorzième siècle. Le setier de froment coûtait 14 sous (valeur correspondante à 50 francs; valeur actuelle, 30 francs); le setier de seigle, 10 s. (val. corresp. . l21 fr. 4: val. acl. . 17 fr. '»: le setier d'avoine, 4 s. ( val. corresp. . 8 fr. ; val. act. , 12fr.) : la pipe de vin d'Anjou, 100 à 120s. (val. corresp. . k21 4à -207 fr.) ; la livre de chandelle. 1 s. val. corresp. , t2 fr. 14 ; val. act. , 0.80 ) : la livre d'huile d'olive. 1 s. 0 deniers ( val. corresp , ô fr. 21 ; val. act.. \ fr. 40) ; la livre de beurre. (> den. (val. corresp. , I fr. 07 ; val. act. , 1 fr.' ; la livre de cuivre, 5 s. 4 den. (val. corresp. . 7 fr. 23: val. act., 2 fr.) Huant aux industries de luxe, elles se développèrent en raison du luxe lui-même, et devinrent très-florissantes aux quinzième cl seizième siècles, dans toutes les bonnes villes de Bretagne