‹ La Bretagne ancienne et moderneChapitre 77 sur 103 · L A BR F. TAC NE M (HIER NE · texte numérisé non relu

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tirenl comme la garnison. Knlin. ces braves durent céder au nombre, mais ils tombèrent tous à leur poste, et trente jeunes tilles se jetèrent à l'eau pour échapper au déshonneur.

Les Espagnols s'emparèrent aussitôt du promontoire, et y bâtirent des fortifications, qui, détruites en ICH> par Henri IV. furent relevées par Bichelieu et sont devenues celte belle citadelle de Port-Louis qui commande la rade de Lorienl .

Ce renfort valut à Mcrcœur la reprise d'Hennebon. Mais bientôt les royalistes se grossirent à leur lourde mille Anglais, envoyés par Klisabclh; et la Bretagne, déchirée déjà par deux gouvernements, deux parlements et deux corps d'Ltat, devint encore la proie d'une double occupation étrangère.

Sur la lin de juin 1591, les deux armées se rencontrèrent aux environs de Corlay. et le prince de Bombes essaya d'en venir aux mains; mais après six jours de canonnades et d'escarmouches, Merca-ur. qui temporisait toujours, se replia vers Pontivy.

Il y avait alors, dans l'année royaliste, un des plus grands hommes que la Bretagne ait donnés à la France : le célèbre François de La Noue, dit Brasde-Fer, compagnon bien-aimé de Henri IV. et digne continuateur desClisson et des Bichcmoiit '. Après avoir ouvert par la parole et l'épée le chemin du trône à Henri IV, La Noue était venu en Bretagne faire triompher le prince de Bombes, et ce nouveau Bu (iuesclin trouva la mort en combattant contre sa patrie. Les royalistes ayant assiégé Lamballc malgré ses conseils, il s'élança le premier sur la brèche, reçut une balle à la tète, et mourut quelques jours après -. Il eut la gloire d'être loué et pleuré par les Ligueurs et les

1 Justement surnommé le plu. honnête \tc rsonnage «le son siècle, La Noue on était aussi le plus hulule capitaine et l'un des' meilleur* écrivains stratégique*. Il s'était signalé dès son enfance en Italie Le fanatisme .les Cuisants l'ayant jeté .l in* le parti calviniste, il prit Orléans eu I.V>7. comui.inda l'arrièrc-gardc à Jaruac en CVil». et déploya, dans une infinité de sièges, les ressources de «>n dénie. Blessé à Foiiti-ii.iv, il |M nlil le l.ras gauche et le rempl ira par un bra* de fer qui lui valut sou surnom. En 1561, il lit la guerre dm* les Pays-Bas, revint en France après la Saint-Barthélémy, fut nommé général par le roi et envoyé au siège de La Rochelle. Itaiis cette mission, comme dans toutes celles qu'il remplit, il se montra d'une telle bienveillance et d'une telle modération, qu'il eui- (mVIi i vingt lois l'ellu-inii du sang, lui qui portait l'épée pour le ré|>audre ! C'est là la première sloire d un capitaine qui comprend sou rôle, et nul à cet égard n'a surpassé La .Noue Le ministre l-i Place, fougueux prolestant, l'insulta un jour et lui donna un soufflet La Noue .«e borna à renvoyer le brutal à sa femme « pour remédier au dérangement de sa raison » Il savait inspirer *a douceur à ses propres soldats. Non-seulement ils n'osaient piller sous ses yeux, mais ils oubliaient de touc her leur paye, .-limant mieux employer leur temps à vaincre qu'à compter de l'argent. La Noue fut, par «*•* vertus autant que par son habileté, le phi* redoutable ennemi de la Ligue. Au siège de Sentis, en 1ÔWJ, les traitant* refusaient de l'argent et des munitions aux roy.disl. s : « Kh bien, dit Li .Noue, c'est moi qui ferai la dépense. — Carde son argent quiconque l estime |itus que son honneur. Tant que j aurai une goutte de sang et un pouce de terre, ils appartiendront à mon pays » Kl il engagea sou doutai les Tou ruelles aux mains des traitants. — Voilà comment les Un ions servaient la France.

' Sa mort fut digne de sa vie. « Le prince de UoiiiIm'* l avant envoyé visiter, il commença à prier ardemment, cl tenant les yeux élevés vers le ciel, il implomit par ses soupir* et par ses sanglots la

catholiques, non moins que par les « royaux » et les protestants. C'est sans contredit le nom le plus pur de celle époque.

La fortune du primé de Domhcs sembla le quitter avec La Noue. Il lui fallut éloigner ses auxiliaires anglais, décimés par une épidémie. Ses propres troupes se firent battre par les Ligueurs entre Craon et Châteauuontier. puis, sur les marebes de Normandie. I n nouveau renfort d'Espagnols, arrive au duc de Me réunir, occupa la ville et le pays de Tréguicr. qui furent mis à Peu et à SBDg i 1592). Enfin la discorde se mil entre le jeune prince et le parlement de Rennes, qui refusa au roi des subsides: tandis que les Ktals de la Ligue, assemblés à Vannes, donnaient à Mercieur six mille livres par mois et un fonds de plus de cent mille livres. Le prince de Domhcs se vengea sur les jolies Bretonnes et sur un président qu'il lit chasser de Hennés: de sorte que les babitants exaspérés complotèrent pour livrer la ville aux Ligueurs. Jean de Rieux. marquis d'Acerac, gagné par Mereœur. s'entendit avec le baron de Crapado. président de la noblesse, el le seigneur de l'Étang Brcilmarin. Heureusement, le gouverneur, instruit à propos, fil saisir, juger et décapiter les conspirateurs: d'Acerac seul échappa. Cette rigueursauva Hennés, mais acheva d'exalter les esprils contre le prince de Dombes. On l'accusa d'avoir sacrifié à sa vengeance personnelle le baron de Crapado qui avait porté au roi les doléances des Ktals sur son administration. Bref, le jeune gouverneur vit arriver près de lui, en 1592, le maréchal d'Aumonl, qui le remplaça définitivement en 1504.

Non moins galant que son prédécesseur, le maréchal était du moins plus unir et plus expérimenté. Il ne larda pas à relever les royalistes. Il les avait trouvés sans discipline, sans vivres et sans argent, réduits à charger leurs arquebuses avec les boutons de leurs pourpoints.

Cependant une trêve de Irois mois avait été signée en lôOÔ entre le roi el l<*> chefs de la Ligue; mais le duc de Mercumr, agissant en souverain, n'en avait pas moins poursuivi les hostilités. Les Espagnols, qui commençaient à le gêner plus qu'ils ne l'aidaient, s'étaient, de leur côté, installés en maîtres dans leurs fortifications du Blavet et de Crozon. D'autre part, les Anglais réclamaient Brest du roi. pour prix de leurs secours. Knlin, comme aux plus mauvais jours de la guerre des Montfort, une foule de gentilshommes s'étaient faits brigands sous le nom de Ligueurs, et ravageaient la basse Bretagne à la tète de leurs bandes mercenaires; tandisque les paysans

miséricorde «le Dieu Klaiil lomlié dans les convuUions de la* i\ Moiiltnarliii. <|in ne le quiltoil |w>,

lui prit la iiiam, cl lui <iit : Monsieur, souvenez-vous «lu passive de .loi), qui «lit : Jk, sus oi » *o\ Ht-

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«iront nr xorvr.u nf.vi.Trs » ma i kai . «uih* daîss ma cm air ut.nr. n vekuai Ihn . Vos os cl votre chair le verront, lui cnoil Moulin îrtin, ne le cn>yc/-\oii> pas? Alors La Noue leva la main au ciel, cl la tint lonstemp* en l'air, pour tain* voir <pi il asoil vécu dans celte croyance, cl iiu il esiN'roil ressusciter un jour » Knlin la parole lui ayant tout à fait manque, il regarda les assistant» du même œil <)U il les mcnoit bu (omlial, et rendit pusil.leme.it l'esprit, le 4 aoiït 1991.1 ' !» Taillandier, t II

(ion LA BRETAGNE MODERNE.

las tic faire en vain, unît cl jour. îles pèlerinages pour la paix à Notre- Dame-de-Bon-Sccours el à Unîtes les Noli •e-Dainc des !m il évêchés, — soule-

\és à la lin pour la défense de leurs chaumières el de leurs moissons. >e niaient tout à la fois sur les deux parti*, égorgeant d'une main les Ligueurs et de l'autre les royalistes. Tel était l'étal de la Bretagne et surtout de la Cornouaille. dont le chanoine Mnrcau va nous dire la désolation.

Et pourtant la France commençait à respirer à la nouvelle de l'abjuration de Henri IV. Celte conversion, qui tuait la Ligue dans sa racine, délarhail de ses rangs une multitude de catholiques el enlevait à Mercœur luimême des partisans considérables : — tels que Lczonnct. commandant à Conearneau» et Talhouet, gouverneur de Redon. Enfin, le 22 mars 1594, on apprit à Rennes l'entrée triomphale de Henri IV à Paris, el l'on célébra cet événement par une procession solennelle. C'en eût été fait de la Ligue en Bretagne, sans l'ambition de Mercœur, sans les forces acquises par les Espagnols, et sans l'anarchie qui livrait la province aux brigands. On essaya d'abord de traiter avec Mercœur, et sa sceur. la veuve de Henri III. vint à sa rencontre jusqu'à Ancenis; mais l'obstination de la duchesse retint son mari dans la révolte, et le maréchal d'Aumonl se remit en campagne. Il lit bonne et rude guerre aux bandits, réduisit les uns, dispersa les autres, en pendit un certain nombre, cl s'empara du château île .Mm lai x : mais, la place à peine rendue, les Anglais la réclamèrent comme ils réclamaient Brest. Le maréchal temporisa, c'était son talent, et le débat resta suspendu, l ue conquête non moins importante pour le roi fut la soumission de Saint-.Malo. l-cs intrépides corsaires la lirent payer en bons et beaux

privilège*, l'oint d'impôts durant six ans. — Droit de se garder et de s'administrer eux-mêmes, sans garnison aueune, avec un seul gouverneur du roi dans le château. — Liberté entière de commerce, sauf les traités de la France avec les Ét ats étrangers.

La ville de Quimpcr, la citadelle de Crozon. ouvrage des Espagnols, le château de Corlay, près Pontivy, se rendirent à leur tour au maréchal. Mercœur renoua les conférences, puis les rompit encore : — esclave à la fois de l'ambition de sa femme et de la volonté des Espagnols. « Songezvous donc encore à demeurer duc de Bretagne? lui demandaient ses amis.

— Je ne sais si c'est un songe, répondait-il, mais il y a dix ans qu'il dure. » Tout en parlant de paix avec sa sœur, il promettait au duc de Mayenne de continuer la guerre. On découvrit celte duplicité, et les hostilités se prolongèrent. Les Ktats de Rennes donnèrent trois cent mille écus au roi;

— mais à condition qu'il ne céderait pas un seul point de la Bretagne aux Anglais. Henri IV s'y engagea, el. n'ayant plus rien à tirer de lui, ses alliés l'abandonnèrent. Leur départ n'eut fait que réjouir la Bretagne, s'il n'eût relevé l'audace des bandits, en affaiblissant l'armée royale D'Aumont se consolait en assiégeant Comper pour les beaux yeux de la comtesse de l^aval. Boulets de fer et billets doux volaient de compagnie. Mais une blessure mortelle vint interrompre cette expédition galante. Deux mots feront l'éloge du maréchal d'Aumont. Il ne laissa pas moins de regrets en Bretagne qu'en France, et Saint-Luc et Brissac, après lui, n'eurent qu'à donner le coup de grâce à la Ligue. Mayenne était soumis. Le Saint-Siège avait reconnu Henri IV. Mercœur ne tenait plus tète au roi qu'en le menaçant de livrer ses places aux Espagnols. Et Dieu sait que les Espagnols y étaient plus mailresque lui-même! Ces complications amenèrent une trêve de quatre mois. — La trêve expirée, le maréchal de Brissac, qui avait succédé à d'Aumont sans le remplacer, battit assez vainement la campagne en 1597. Il avait affaire au plus terrible brigand de la Cornouaillc, à Guy Eder de La Fontenelle, le dernier ligueur, pcrsonnilicalion de celte époque de sang '.

' fiuy Kdcr, Hit le i h moine More.ui, son contemporain, était un cadet .le la maison «le heaumanoir, né à llolhoa, en Cornouaillc lie Iwnne heure, il prit le mors aux dents, et « suivit les appétits de la bouillante jeunesse. Kn l."V20. étant au collège de noncotés!, à Paris, toujours aux mains avec se» compagnons, plus prompt aux coups qu'à la parole, il vendit ses livres et sa robe de classe, et, du provenu de l'argent, acheta une épée et un poignard, se déroba dudit collège, et prit le chemin d'Orléans pour aller trouver l'armée «le M. le duc du Maine, lors lieutenant général de l'État cl couronne de France, el chef du parli catholique; mais il n'alla guère loin qu'il ne fui dévalisé el dépouillé par quelques coureurs, si bien que la nécessité le contraignit de retourner à fui», à son premier maître, de collège, où toutefois il ne lardi guère qu'il ne retournât en Bretagne, en 1580, que tout le royaume élail en trouble et en combustion.. Li Fontenelle, âgé de quinze à letM ans, se mit parmi la populace, qui était sous les armes pour le parti îles ligueurs, qui en lit étal, parce qu'il était de bonne maison el du pays, el le voyant d'un esprit actif, lui obéissait volontiers; il prit le titre de La Fontenelle. maison noble de leur patrimoine, >e lit suivre de quelques domestiques de son frère aîné et d'autres jeunes seigneurs de la commune qu'il connaissait plus remuants, hardis à suivre les hasards île ses desseins, et commença à piller les bourgades, prendre prisonniers, rte quelque parti qu'ils fussent ; s'ils avaient

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