GU2 LA BU ETA USE MODERNE
Installé cil Cornouaillc après mille courses. La Fonlcncllc en était devenu la terreur et le fléau. Il se fortifia d'abord dans le château de Grancc, entre Collorcc et Landcllau, y fut attaqué par les communes voisines, les surprit un jour avec sa bande, et massacra près de mille hommes de « cette paysantaille mal aguerrie. Or, la cruauté de ce barbare fut si grande, qu'il ne permit que les parents des décédés vinssent quérir leur corps, et qu'ils reconnussent leurs morts, et les faisait garder de nuit pour empêcher de leur rendre les derniers devoirs, et par ainsi demeurèrent corrompre sur la faee de la terre, sans que personne osât ouvrir la bouche. V.n certain jour, se promenant dans les allées de sa maison, lesieurde La Fontanelle, le sieur de Pralmaria et d'autres, le sieur de Pratmaria lui dit : Comment pouvez-vous supporter la puanteur de ces corps morts tout pourris? 11 répondit que l'odeur des ennemis morts était suave et douce. C'était une grande compassion de voir ces pauvres rustiques ainsi massacrés qui pourrirent et lurent mangés des chiens et la nuit des loups, car si aucun des parents venait de nuit pour enlever un mort, il était tué sur-lc-charnp. »
La Fontanelle continua ainsi de ravager et meurtrir « le bonhomme » (le peuple), et finit par avoir un établissement et une armée considérable à Douarnenez et à l'île Tristan. De ce repaire, où il entassa richesses sur richesses pendant plusieurs années, il dominait la terre avec ses bandes et la mer avec ses navires, il s'élançait vers tous les points de la Cornouaillc. s'emparait des châteaux, brûlait les villes cl les villages, rançonnait les bourgeois et exterminait les paysans, et s'en allait quelquefois, en manteau d'or à la cour du duc de Mercœur, qui n'osait mettre la main sur lui. Il avait pour lieutenant un cordonnier, nommé La Boulle, encore plus sanguinaire et plus voleur que lui-même. Tous deux incendièrent la ville de Penmarc'h, furent sur le point de s'emparer de Quirnper, et commirent a Ponlcroix des infamies qu'on ose à peine raconter'.
«le l'argent |xnir payer leur rançon, leurs prises étaient bonne Tous les malins et hai.dils ilu pays K rallieront auprè* do lui, si bien qu'en peu de temps ses troupes furent très-augraonlécs. Après avoir hallu les pays île Tréguier, Sainl-Urieuc, Giiingamp, il lit à la sourdine une course en Léon, bien accompagné, donna jusqu'à Mesarnou, et enleva II fille du lieu ( Marie do Koadolan, fille de Lancclol le Chovoir et de Menée de KoëUogon), béritière île mère et de père, riche de neur a dit mille livres de rentes, igée de huit à neuf ans. « Il la lit . lever en un cloître, I épousa dans la suite, et. chose admirable ! il en fut aimé avt c iwssion.
i Le gouverneur et les habitants s'étaient réfugiés en Toule dans le clocher de l'église, tour solide et facile à défendre. « Ce que voyant, La I'onlenelle lit Taire force fumée de genêt verd dedans le decré. pensant par ce moyen suffoquer les pauvres assiégés et les contraindre de se rendre à la merci, rc^ui ne leur servit non plus. Or considérant qu'il n'y avait moyen «le forcer Lidite tour sans canon ou famine, qui eût été chose trop longue, eut recours à frauduleuses asluco*. et demanda à parlementer, ce qu'on lui accorde. La conclusion fut d'un commun consentement, que les assiégés sortiraient de ladite tour bagues et vies saines, et conduits sûrement hors de tout danger, laquelle capitulation il Confirma par .serment solennel. Cela fait, le capitaine la VUferou.iult descend le premier suivi de *a |Cfnme, dame de Kerbullic: de quelques-uns de sa suite et de Cosquer. recteur, et vinrent saluer l. i Fonlcncllc, laissant ses gens prendre poss -sion de la tour et de l ér'li*.\ qui, se j. t ml sur le butin.
LA BRETAGNE NUDERNE. «01
Quand La Fontanelle envahissait un château, il torturait le seigneur jusqu'à ce que celui-ci, porté de chambre en chambre, eût découvert et livré tous ses trésors. Puis le brigand faisait venir la châtelaine si elle était jolie, et ses enfants, si elle en avait; il poignardait l'époux sous les yeux de la femme, déshonorait celle-ci sur le cadavre palpitant, attachait au cou des enfants des chats furieux, et s'enivrait avec ses soldats entre ses victimes mortes et ses victimes expirantes.
Telle était la puissance de La Fontanelle à l'ile Tristan, que plusieurs régiments des troupes royales, envoyés coup sur coup par Brissac, ne purent venir à bout de l'y forcer.
Pendant ce temps-là, Mercœur attendait à Nantes un événement qui devait décider de son sort. C'était l'arrivée de cent vingt voiles et d'une nouvelle «Armada» espagnole. Si celle dernière invasion s'était réalisée, la Bretagne appartenait peut-être à Philippe 11. Déjà tout le Finistère s'ébranlait pour repousser les étrangers. L'intrépide Sourdéac, gouverneur de Brest, au nom du roi, convoqua la noblesse et les habitant* du pays, qu'il distribua dans les plaees fortes de la côte. Enfin, le 1" novembre 1597, les paysans de la pointe de Saint-Mathieu virent se déployer à l'horizon la formidable Armada. Aussitôt, la nouvelle est laneée à grands cris dans la campagne ; les cloche» interrompent le glas des morts pour sonner le tocsin d'alarme; des feux s'allument de distance en dislance sur les promontoires; les femmes et les enfants s'agenouillent dans les chaumières ; et les hommes armés se rangent sur la plage du Conquet. L'énorme flotte s'approchait comme une ville flottante, lorsque la nuit vint la dérober aux yeux des
qui n'étiil paa petit, tant de ceux île In ville i|ue des champs, qui y av.iienl t<mt n sserré comme en lieu de sûreté à leur a»i«, ils ravirent ce qu'ils y trouvèrent. La Fontenelle, chrétien de nom et Turc en effet, commande, |wrjure et perfide qu'il était, que IcadiU Yillcrounult et Compter avec quelques autre* fussent pendus à l'instant, ce qui fut fait Mus avant d exécuter le commandement, il voulut que cette sienne cruelle mlidéhlé fût encore accompagnée d'un acte sans comparaison, plus vilain et icprorhahlc que tous les précédents... c'est qu'eu pleine rue et publiquement, et à la faie de son mari, il livra ladite dame de kcrbullic aux outrages de ses soudards et goujats. Celle violence infâme perpétrée, le. mari fut pendu avec « oflicicrs. ht le reste de ceux qui touillèrent entre les mains de La Fontenelle. furent tués ou amenés prisonniers à l'ile Tristan, où leur condition fut beaucoup pire encore que s'ils eussent été tués avec les mit tes; caries uns moururent misérablement en des cachots infects, comme gurtb robes et latrines, et après une mliiiité de tourments qu'on leur faisait tous les jours, tantôt les faisant seoir sur un trépied rongea cuir HO, qui Us brûlait jiisqu'auxos, tantôt, au cieurdc I hiver et aux plus grjnT des froidures, les mettant tout nus dedans des pipi s pleines d'eau gelée, comme dit l'Kcrituie : A lui.oitt, Kjami, * MOOM mus. Et ceux qui avaient quelque moyen de payer rançon telle qu'il demandait, néanmoins étant dehors, ne pouvaient guère vivre pour les grands tourments qu'ils avaient endurés. Fort peu eu échappaient qu'ils ne mourussent eu prison, et ne pouvait autrement arriver s'ils y demeuraient trois ou quatre jours, car ils étaient si presses du nombre, qu'ils ne pouvaient aucunement se remuer, et n'avaient autre chose à se réviser que sur leurs excréments, où ils trempaient bien souvent jusqu'aux genoux, el n'avaient autres sépultures après leur mort que le ventre ejes poissons, leurs compagnons prisonniers étaient commandés de li s jeter à la mer. si mieux n'aimaient laisser pourrir les corps parmi eux ; et ceux qui les traînaient ninai étaient peu après eux-mêmes traînés morU par leur* compagnons » (Chanoine Moieau, Histoire de la Ligue eu Coruoil.iillr, Kd de Mesmcur )
«m LA BRETAGNE MODERNE.
Bretons. Tout le monde alors se met en prières, et conjure Dieu de sauver la Bretagne... Bientôt, ô prodige! le vent s'élève et disperse la flamme des torches et le bruit du tocsin. Les vagues se gonflent, mugissent, et jetant de longs reflets d'acier, viennent frapper les. rochers du rivage. En un mot. une épouvantable tempête bouleverse le ciel et la mer. — Pendant toute la nuit, les paysans n'entendirent que les vents et les Ilots déchaînés. Puis, lorsque le soleil éclaira cette lugubre scène, ils virent les derniers vaisseaux de l'Armada luttant contre les récifs, cl de ces six vingts navires portant des bataillons de soldats et des milliers de canons, il ne resta bientôt plus que quelques débris cl quelques cadavres, offerts par la vague aux crocs des pilleurs de mer.
Une telle calaslrophe enlevait tout à la fois la Bretagne à Philippe II et à Mercœur. Celui-ci apprit bientôt que Henri IV, vainqueur des derniers rebelles d'Amiens, venait en personne donner le coup de grâce aux ligueurs bretons. Lorsqu'on reçut à Bennes les lettres du roi a à ses fidèles : » — Que Sa Majesté nous demande ce qu'elle voudra, s'écrièrent les notables et le parlement d'une seule voix. Nous avons versé notre sang pour son service, nous verserons notre argent pour notre délivrance. Et les Etals votèrent, outre les impôts, un emprunt de 250,000 écus, au denier douze
Le revirement fut électrique dans toute la Bretagne. Les Malouins offrirent au roi de la poudre, des boulets et des canons. Les bourgeois de Dinan chassèrent les ligueurs de leur ville; et ceux-ci mirent bas les armes lesuus après les autres. Echappée imprudemmentà l'Unité française, la Bretagne sentait qu'elle avait rêvé l'impossible, et se hâtait de rentrer au giron monarchique. Mercœur rouvrit alors les négociations, et celte fois sincèrement. Le génie de sa femme le servit mieux que jamais en celle circonstance. Le cœur de Henri IV appartenait alors à Gabrielle d'Estrécs; la duchesse de Mercœur proposa secrètement la main de sa lillc unique et son immense héritage au jeune César, fils de celte favorite ; — et ecl étrange marché hâta la pacification de la Bretagne.
Henri IV était déjà au Pont-de-Cé, dans l'Anjou, et il avait reçu, chemin faisant, les soumissions de Vannes, d'Hennebon, d'Ancenis, de Maehccoiil. de Belle-Isle, etc. , lorsque la duchesse de Mercœur vint se jeter à ses pieds. Il l'accueillit assez froidement; mais l'intercession de la belle Gabrielle et les larmes de la duchesse elle-même surent trouver le chemin de son cœur. La royale maîtresse et la princesse rebelle entrèrent en triomphe à Angers dans la même litière. Courbés d'abord devant toutes les volontés des commissaires du roi, les commissaires de Mercœur relevèrent alors la tète, eu sentant la protection de la favorite, et l'acte qui devait amnistier une révolte devint peu a peu l'achat d'une soumission hautaine.
Le traité fut signé le 20 mars 1508. La rébellion de Mercœur y fut excusée par l'intérêt de la religion. Le roi se déclara content de lui et le reconnut
pour son loyal sujet, lui rendant tous ses biens et honneurs, sauf le gouvernement de la Bretagne, oubliant et abolissant tout le passé, rétablissant tous ses partisans dans leurs charges, moyennant serment de fidélité, maintenant les privilèges de la ville de Nantes, cte. — Puis venaient des clauses secrètes pour le mariage de César avec la fille du duc, et des stipulations d'indemnités pour Mcrcœur et ses adhérents, lesquelles ne s élevèrent pas à moins de 4,205,550 livres, suivant les Mémoires de Sully.
Cet illustre ministre avait bien raison de dire à son maître quelques jours auparavant : « — Il falloit aller droit à Nantes et traiter à coups de canon. Mais d'autres causes vous ont retenu, Sire, contre lesquelles je perdrai toujours la mienne. »
Henri IV poussa la générosité jusqu'à recevoir en grâce le féroce baron de La Fontenelle, lui pardonnant tous ses crimes comme faits de guerre et lui laissant le gouvernement de ce repaire de Dournenez d'où nul général n'avait pu le débusquer. — Mais, quelques années après, ce misérable, enveloppé dans le complot de Biron, fut condamné à la requête de cette famille de Laville-Houaut qu'il avait si horriblementflélrie; — et, malgré les supplications de la dame de Mesarnou, son épouse, il mourut sur la roue en place de Grève.
Le nom de Là Fontenelle est aujourd'hui encore aussi redouté dans la Cornouaille que celui de la Barbe Bleue dans le pays de Nantes.
La paix conclue, Mcrcœur vint faire à Angers ses soumissions au roi. Tous deux signèrent le contrat de mariage de la dernière des Peuthicvrc avec César de Vendôme, et ce royal Làtard fut nommé gouverneur de Bretagne.
Quelques jours après, Henri IV entrait à Nantes en grande pompe. Il admira la situation, le port, l'étendue de celte ville: et il s'écria devant le château : « Venlre-saint-gris ! les ducs de Bretagne n'étaient pas de petits compagnons ! »
Pour achever la pacification du royaume, Henri n'avait plus qu'à régler le sort des protestants ; — c'est ce qu'il fit par cet immortel Èdit de Xanles, qui donna le dernier coup à la vieille société, eu proclamant la liberté de conscience, principe d'une société nouvelle. L'unité passait du monde religieux au inonde social; et la plus belle des vcrlus, la tolérance, s'ajoutait aux fleurons de la couronne catholique.
L'édit de Nantes eut cependant quelques restrictions, et le culte protestant ne fut pas autorisé dans tout le royaume. Il demeura interdit, par exemple, dans la cité de Nantes et dans l'évêché de Quiniper. — A partir de ce jour, Henri le Bon put s'appeler aussi Henri le Grand.
Henri IV ne put quitter la Bretagne sans honorer sa bonne ville de lîeuues. Lu traversant les landes qui la séparent de Nantes, et en voyant partout les horribles traces de la guerre civile : « Où ces pauvres Bretons
t*)U LA BRETAGNE MODERNE.
prendronl-ils l'argent qu'ils m'ont promis? » s'écria le noble prince '. El il répoildit aux acclamations des Rennais en faisant cesser la levée de qua-
' Quelle eiït <lonc été sa compassion, s il eût pu voir en Cornouaille la désolation que nous aian décrite : ailleurs («lans notre t u sin l* Licce) d'après le témoignage oculaire du chanoine Moneau? Le* soldats, les brigands, 1 1 famine, la peste et les loups avaient tellement, ravagé cette |>artie de la Bretagne, que deux siècles et demi de paix n'ont pu lui rendre encore sa richesse et sa population devant la Ligue. Ceci n'est pas une hyperbole — Pans celte basse Cornouaille, où Morrau avait vu «le ses yeux des bourgeois éclipsant par leur faste les plus grands seigneurs, et tics liauaps, des plut» et des couverts d'argent doré jusqu'au sein de* ménages campagnards, on ne trouvait plu*, en 1598. quevilles brûlées, châteaux abattus, village* vu cendre, récoltes écrasées du terres en friche — Telle était la terreur de* bandits, «pie des populations entière* se réunissaient |H>ur moissonner un champ, le» uns gardant les talus avec dos épioux, des Taux ou même des lances cl des arquebuses, h s autre» coupant h? sarrasin à moitié mûr, ou relevant un reste d'épis broyés contre le sol. On voyait ailleurs des pauvres pen-ly { laboureurs journaliers'! décharnés par la souffrance et la faim, couvert* de haillon* moins elfrayants que leurs ligure*, sortir comme des fautAmes «les taillis et des clos do genêts; se réunir en troupes à l'ombre des talus et des grands chênes, mettre le feu aux ajoncs «le la laude pour y jeter un reste de semence, ('atteler comme des bêtes «le somme à la charrue commune, ou luèmo s'accroupir sur le sol et creuser la terre avt;c leur* ongles, aliu d'avoir quelques grains de blé l'année suivante, si les brigands n'en faisaient pas manger l'horbc à leurs chevaux. La famine avait tn.'cmlré une horrible peste appelée le mal jacse. « C'était, dit Moreau, un mal de tète et de cœur qui ue produisait aux malades ni aux morts aucune marque extérieure, si ce n'est qu'ils jaunissaient du visage Le mal jaune emportait sou homme eu vingt-quatre heures; cl, si le malade passait le troisième jour, il en échappait. » La plupart des chaumière* étaient incendiées ou «léscrles. Ceux-là seuls y restaient que la douleur ou la faim clouait, non pas sur leurs lits, car il n'en restait peut-être pas un dans le* bourgs, mais sur le seuil de leurs portes abattues, sur les décombres de leurs habitation* et >ur les cendres de leurs meubles, a le tout étant brûlé «m emporté par h-s hommes de guerre, si lnen que les pauvres gens n'avaient pour retraite que le* buissons où il* languissaient quelques jours, mtngcaiit delà viuette (oscille sauvage), et autr«» héritage* aigri U; et même n'avaient moyen de faire aucun feu. de crainte d'être découverts par l'indice de la fumée ; et ainsi mouraient dan* les parcs et les fossés, dans les baies et «lans les prennes, par les rues et sur les place*, où les loups, les trouvant mort*? s'accoutumaient, comme on va voir, à la chair humaine. Il y eu avait qui soutenaient leurs misérables jour* en faisant bouillir des orties dans l'eau de mer ; «('autres mangea ienl lesdiles herbes toutes crues, et d'autres dévoraient de la graine de lin, qui leur donnait une puanteur qu'on s«'iitait de huit à dix pas, après quoi ils venaient à enfler «•! jaunir par tout !«■ corps, et de celle enflure p<-u échappaient qui n'en mourussent. On ne trouvait nuire chose «pie trépassés par les chemins, partie ayant encore la viuette ou ■graine de lin «lans la bouche, partie déjà mangés dis loups, et quelques-uns tout entiers, jusquà la nuit, qu'ils leur servaient d'aliments, *ans qu'ils eussent d'autres sépultures. Les plus misérables agonisants, presque tous nus, fors quelque* drapeaux |H»ur couvrir leur houle, sans logement ni couverture que les hangar* ou élaux publies, cherchaient du fumier où ils s'enterraient dedans , grelottant la lièvre, et où toutefois, il.* n'étaient guère do temps, qu'ils n'enflassent fort gros, avec celle couleur qui les faisait incontinent mourir. i> Enfin, à l'heure où f épouvante descendait avec: I obscurité sur la terre, au milieu du morne silence qui absorbait jusqu'aux plaintes de la douleur, le cri sinistre « t terrible «le la hue «lu loup retentissait sur les hauteurs: — Arz-ar-blei* !... Arz-ar-bleiz ' . . . [Arrête le loup! Arrête le loup! ) criait d'abord une voix éclatante El répétée sur un point plus éloigné, puis sur un point plus éloigné encore, puis multipliée par les rompus des pâlie* et par le* écho* successif», de colline en colline, de phine en plaine, de village en village, la formidable clameur remplissait louto la campagne, — suivie d'un silence plus affreux que celui qui l'avait précédée. Alors quiconque avait un asile sous le ciel s'y réfugiait on invoquant son patron, et quiconque avait un reste «le vie à défendre s'armait comme aux approches de l'ennemi C'est qu'eu eflel l'ennemi le plu* impitoyable et le plus acharné «le la Cornouaille allait paraître; celui dont la rage sanguinaire suppléait au nombre, et qui arrivait, après la guerre, la pesle et la lamine, |iour attaquer plus sûrement des malheureux sans force cl saus défense.
Il « *l impossible de raconter par écrit, dit le témoin oculaire de ces désastre* . n toute» le* pauvreté» que nous avons soufferte* des loup* dans re ha* pays; ou le* estimerait des fables el non des vérité*
M nie mille cous par meus, ordonnée pour les frais de la guerre, en remettant lous les arrérages d'avant 1.V.)7, et en réduisant de moitié l'impôt des lioissons. — Les Ktats rendirent an roi générosité pour générosité, lui vo-
lèrent huit cent mille éeus de secours, et olïnreiit a Sully dix-huit mille livres qu'il refusa noblement. Henri IV lit démolir lous les châteaux qui servaient de repaire aux hrigands.
S'étant hahitucs à vivre de chair et tic sans humain, par l'nlioiidanec des cadavres qne letir servit il aln-1 'I la goerre, ils trouvèrent cette Etirée si appétissante, que de* lors et dam la suite, jusqu'à sept rl huit ans, ils attaquèrent 1rs hommes, étant même armés, et pCflWirW! n'osait plus aller seul. (tirant
m femme* et enfants, il les fallait hien enfermer dans les nutnaat ; nr ri i|iie|i|u'un ouvrait la porte,
il était le plus souvent happe jusque sur le seuil. Kt s'est trouvé plusieurs femmes, au sorlir tout près de leur ilcmeurc pour lâcher de l'eau, avoir eu la gorge coupée, sans pouvoir crier à leurs maris h Iroi» pas d'elles, en plein jour!... La paix faite, les portes des villes demeurant ouverte*, les loups s'y promenaient toutes le* nuits jusqu'au matin : et MIS jours de marché les veudereeset et regrallières. qui se levaient malin pour prendre leurs plu es, 1,-s mil souvent rencontrés, et ils emportaient la plupart des chiens qu'ils trouvaient sur la rue... Ils hlessaicnt les prus au milieu de la ville ; et sans les secours et cris que l'on faisait, criant au loup, ils les eussent mangés... Ils avjient celle linesse de prendre toujours a In Rorj;e, si Taire se pouvait, |>oiir empêcher leurs victimes de crier ; et s'ils avaient loisir, ils H raient déjwauilk r sans endominaver les rodes ou ha hit H, ni les chemises même, qu'on trou-
im LA BRETAGNE MODERNE.
Vert galant jusque dans sa sagesse, l'amant de Gobriellc emmena «le Hennés une nouvelle favorite, la charmante femme «le l'avocat Des Brosses, et alla continuer à Paris cette libérale administration qui lui valut le coup de poignard de llavaillac.
Depuis la Ligue jusqu'à la révolution de 1789, l'histoire de la Bretagne
appartient à l'histoire «le France.
.Nous n'avons donc à citer dans cette période que les services rendus el les grands hommes donnes à la mère pairie; les événements généraux dont la 1 province fut le théâtre ou l'occasion, et ces luttes éloquentes du parlement pour les dernières franchises bretonnes. — Luîtes qui eurent aussi leurs héros et leurs martyrs.
El d'abord Louis XIII vint présider les Klals à Nantes, en 10! 4. et y fut reçu avec la plus grande pompe.
La même ville vit tomber en 1C2T>.
au Bouffa), une «les plus illustres tètes qu'ait abattues Richelieu, la tète de Henri de Talleyrand, comte de Chalais . condamné pour conspiration contre le ministre. Le bourreau
chargé de l'exécution se troubla tellement, qu'il n'acheva sa victime qu'au trente-cinquième coup de hache.
viiil rnsuilc toul entière* auprès rie* owemtntl dei Aêwcrè*... Oès le commencement «Je leur Tarirai ravage, il* ne laissèrent dans le* village» aucun chien, comme si par leur instinct naturel il» cii»s.-ul projeté ipj 'ayant tué les garde*, qui sont les chien*, ils auraient hou marché île* choses gardé.-» : ri avaient celte autre finesse que. quand il y avait quelque mauvais chien en un village et île défense, il* fussent venus en hantie vers ce village, et se fût l'un d'eux avancé jusqu'à bien près de la maison !»•» autre* demeuraient un peu cachés derrière, comme en embuscade ; celui qui s'était avancé, se sentant découvert par le chien et suivi, se relirait d'où il était venu, jusqu'à ce qu'il l'eût attiré aux etulun lie», el lors tous ensemble se ruaient sur le chien et le niellaient en pièce* . Telles ruses de ces lièle» »<>nt à peu près semblables à celles de la guerre, et mirent dans l'esprit du simple peuple une opinion que ce n'étaient pas loups naturels, mai* que c'étaient des soldats déjà trépassé* qui étaient ressuscité* par la [wrmission de Dieu, pour affliger le» vivants et les mort* ; el communément parmi le peuple lesappelaienl-il* en leur breton : tit-bleh, c'est-à-dire, guns-lotts. Ces cruels animaux, bien qu'il» assaillissent indifféremment tout âge et sexe, les trouvant à leur commodité, néanmoins il* poursuivent avec plus grande fureur une femme grosse qu'une autre. »
Un jour, une de ces pauvres femmes, pressée du mal d'enfant, rentrait de Quimper rhci elle, lorsqu'à dix ou douze pas de sa porte un loup fauve et affamé, montrant ses dents blanches, semble sortir de terre. En un clin d œil, la malheureuse est renversée. L'animal lui fend les entrailles. . lin- cl emporte le fruit, » lais.se la mère toute palpitante, et (race une lisnc de sang jusqu'au huis voisin — On n'avait pas menu eu le temps de la secourir, « lanl cela fut expédié par un seul coup ! » (AuttSM — Ktudc sur la Ligue en Bretagne — Tom IL chap. XV.)
1 Alors commencé renl, pour aller toujours en augmentant, ce» cadeaux de 1G.MW francs de vin»
Sous Louis XIV, le 23 avril 1647, une troupe de comédiens ambulants vint dresser ses tréteaux à Nantes dans le jeu de paume. Cette troupe était dirigée par Molière, Le grand homme et ses camarades furent vaincus par le Vénitien Sagalla, montreur de marionnettes.
En 1651, grande querelle pour la présidence des Ktats entre les ducs do Vendôme, de La Trémouille, de Rohan et le maréchal de La MeiJIeraie. — Celui-ci, souffleté par la duchesse de Rohan d'un coup de pantoufle, la fait assiéger par des canonniers dans sa demeure. — Dix ans après, voyage et grande réception de Louis XIV et de sa cour fastueuse à Nantes, où le maire harangua Sa Majesté, « un genou à terre. « Kn 1066, le marquis de Rosmadec-Molac succède dans le gouvernement de la Bretagne au maréchal de La Meillcraie, qui avait eu pour prédécesseur le comte de. Thémines. — Accroissement considérable du commerce breton, notamment à Nantes, à Sainl-Malo, à Brest cl à Morlaix, pendant tout le dix-septième ' siècle. Impôts du timbre et monopole du tabac : ouverture des luttes administratives et des émeutes populaires.
Depuis les épreuves cl les débats de l'Union et de la Ligue, les Ktats de Rennes et de Nantes s'étaient aguerris à leur nouveau rôle, et l'administration de la Bretagne n'avait cessé d'être un modèle d'activité féconde et d'indépendante modération. Celte activité rayonnait du centre aux extrémités avec un merveilleux ensemble, et la bourgeoisie des communes rivalisait de sagesse et d'ardeur avec la noblesse des Ktats - Chose inouïe !
de 10.000 francs de confitures, d étoffes do Coûte espèce par centaine- d'aunes — et ces festins >. ttieux, ces joutes navales, rrs processions sous le dais. offerts aux rois cl nu\ gouverneur! par nos bonnes villes, et qui donnent l'idée Is plus étrange de la gourrmndise et de 1a générosité de nos aïeux.
1 II faut lire les pièces envoyées par M. de Courson au ministère deil'instrurtion publique, pour se figurer l'esprit d'ordre, le zèlr national, 1 habileté pratique des municipalité., bretonnes, ;iii\ div-sepliènu «•t dix-huième siècles Jamais l'intérêt général ne fut mieux s"ivi et mieux défendu; jamais 1rs deniers publics employés ou ménagés plus à propos ; jamais Ici invasions étrangères rrpoiiss'rs avec plus de dévouement ; jamais les misères du pauvre aussi vite soulagées par le ru lie ; jamais surloul h murale et la religion plu* saintement protégées contre les abus Les évê pies avaient repris, dans lo< .^semblé. * bretonnes, leur paternelle autorité d. n uViUfiira temps du . lirMianiMti .-. — Kl il« ? ml uci.l