LA BRETAGNE A S CI EX SE
s'allèrent embarquer au havre Ponllbennzual, où leurs navires estaient à l'ancre et où ils commandèrent au dragon de se précipiter dans la mer, eo qu'il lit; et de là ce port fut nommé Poullbcuz-aneval, c'est-à-dire, jrorl où Fut noyée la beste, que les Bretons appellent par contraction Poullbcunzual, en la paroisse de Plouneour-trez, diocèse de Leou. »
Convaincue par ce miracle, la femme d'Elorn se lit catéchiser avec ses domestiques et son lils (qui devint le grand saint Biok . Klorn. quoiqu'il l'eût permis d'avance, s'en fâcha tellement, qu'il les chassa de sa maison. Il voulut aussi éluder l'effet de sa promesse. en faisant édifier la chapelle promise,non point à Bargcl. lieu désigné par les chevaliers, «ains en quelque détour et lieu écarté de ses terres. » Mais, quand un voulut commencer à bâtir, tous les matériaux furent miraculeusement transportés à Barget.
Saint Biok choisit, à seize ans. pour sa retraite, un rocher dans la nier, au rivage de la paroisse de Hamclel (Camarct ). Il y demeura quarante et un ans, «se subslanl iflt d'herbes cl de petits poissons, veslu d'une simple soutane: laquelle, dit Albert, s'eslanl usée par longueur de temps. Bien lui couvrit le corps d'une certaine mousse roussàtre, » qui le garantissait des injures de l'air.
La chronique de sainlGonéri nous prouvera que les premiers confesseurs de PArmoriquc n'enduraient pas seulement les injures de l'air.
Saint (ionéri, patron de la paroisse de Plougrescanl, en Tréguier. avait, comme la plupart des saints bretons, quitté l'île envahie par les barbares adorateurs de Wodcn. «11 vint surgir en noslrc Bretagne, à la cosle de Venues, cherchant quelque lieu propre à la retraite et contemplation. Il s'a ires la en une vaste forest, au pays Vennetois, nommée Brenguilli, non gueres loin du chasteau et bourg de Bohan : là il bastil une petite cellule et un oratoire dans lequel il disoil, tous les jours, la sainte messe, lequel oratoire est maintenant couvert y eu une belle église. Il éloit de haute stature, doûé d'une grande beauté corporelle, fort robuste de membres, veslu d'un long cilice, n'usant d'autre nourriture que de pain, d'eau, et de quelques legumages. distribuant le reste qu'on luy donnoit eu aumosnes aux pauvres. ausquels il lescuisoil sans en manger morceau. Il passoit les nuits entières en oraison, et les jours à travailler de ses mains pour éviter l'oisiveté; et, quoi qu'il fust grandement docte el lettré, il ne voulut de conversation j tarin y le inonde. — Kn ce temps-là, il y avoil un seigneur fort puissant en la paroisse de Noya le près Ponlivy, nommé Alvandus, homme fort cruel, lequel retournant un jour de la chasse, appercevanl saint (ioneri qui disoit son service, le salua : le saint esloit tellement attentifs son office, qu'il ne l'appei eut et ne le salua pas, dont ce seigneur se senlit tellement piqué el offensé, qu'il disl à ceux qui le conduisoient : «Qui est celuv-là qui, sans mou congé, demeure sur mes terres? je vous asseoie bien que je lui montrerai à qui il a affaire. » Sou senosclial. qui lors esloil à sa suilte. le
lii; BRETAGNE ANCIENNE.
voulut appaiser el luy dist que e'esloil un bon preslre cl ranger, <|iii avoit (ont quitté pour l'amour de Dieu et s'esloil relire là pour l'aire pénitence et prier pour le pays. homme fort doux et simple, la sainteté duquel Dieu avoit manifestée par plusieurs grands miracles. Alvandus ne se tint pas satisfait de celte response de son seneschal. mais commanda à ses laquais et palefreniers de luy amener le saiul. Ces canailles, qui ne eherchoient que proye. s'encoururent vers la cellule du saint et. Tayaut tiré hors, se ruèrent sur luy. comme loups affame/, sur une pauvre brebis; les uns le frappant à grands coups de gaules de chasse et autres basions, le battirent si outrageusement, qu'ils lui rompirent deux costes du costé droit el le laissèrent pour demy mort. Le seneschal. craignant (pièces médians garnemens ne fissent plus qu'il ne leur csloit commandé, les suivit le plus lost qu'il pust. ayant rendu le seigneur Alvandus en son manoir; mais il n'y pust si lost arriver qu'ils n'avoient joué leur tour. — Quand il vid le saint eu cet cslat. il ne se pust tenir de pleurer, el. niellant pied à lerre^hassa ces coquins, les menaçant d'eslreuer d'une corde celuy qui plus allenteroit à le toucher: puis, luy tendant la main, le releva. Lors, l'heureux saint (îoncri. se prosternant à genoux, la larme à l'œil, supplia Dieu de leur pardonner celte offense, luy rendant grâces de ce; qu'il luy avoit plu luy faire l'honneur d'endurer quelque chose pour sa gloire. Mais Dieu vengea bien lost el bien rigoureusement cet outrage l'ail à sou serviteur : car tous ces garnemens devinrent, sur-le-champ, tous étourdis; puis après, ils commencèrent à trembler de lous leurs membres: ils perdirent la veiic el la parole, et la leste leur tourna sur le col, la bouche leur demeurant ouverte, sans se pouvoir fermer en façon quelconque. Les misérables, sentans, à ce coup, la pesante main de Dieu sur eux. se jetterenl à terre aux pieds du saint, et. levans les mains au ciel, montroient signes de repentance : Te seneschal, voyant tout cela, monte hastivement à cheval el court à toute bride porter ces nouvelles à Alvandus, lequel s'en vint trouver le saint, se jelta humblement à ses pieds, luy demanda pardon pour soy, et santé pour ses serviteurs. — Saint Goneri. voyant Alvandus conlril el repentant, se réjouissant d'avoir trouvé l'occasion de gagner ces aines à Dieu, se prit à les catéchiser et à leur annoncer la vérité de l'Evangile en ces paroles : « Messieurs qui esles icy presens. puisqu'il plaist à Dieu que je vous annonce la vérité, el que je vous voye disposés de reseouter je vous signifie qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui a créé le ciel, la terre, la mer el tout ce qui est en iceux.Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, trois personnes en un seul Dieu, la seconde Personne de laquelle Trinité est descendue du ciel, s'est incarnée au ventre d'une vierge par opération du Saint-Esprit (ainsi qu'il avoit esté prédit parles Prophètes), et. parlant. esl Dieu cl homme; lequel voulut eslre né, circoncis, baplisé par saint Jean ;a opéré de grands miracles pour nous, a esté Ira h y. par son disciple Judas, llagellé des Juifs, condamné par
L \ BRETAGNE ANCIKNNI. «7
Pilule, crucifié, mort, mis en un tombeau, d'où il est ressuscité glorieux et triomphant le tiers jour; est monté au ciel, est sis à la dexlre de Dieu son père, d'où à la (in des siècles il doit venir juger les vivans et les morts. Voilà un sommaire de nostre loy, laquelle si vous voulez, embrasser, vous jouirez de la gloire et félicité éternelle qu'il a promises à ceux qui croiront en luy et le serviront lidellemeut et de tout leur cœur. » — Le saint, les voyant tous disposés de recevoir la loy, se mit en oraison, suppliant Nostre-Seigneur de pardonner à ces pauvres gens l'injure qu'ils luy avaient faite et leur rendre leur santé; et, à peine avoit-il achevé son oraison, que tons ces pauvres misérables retournèrent en parfaite santé ; leur col se remit, la veué leur revint et la parole aussi : ce qui estonna tellement Alvandus, qu'il se jetla, derechef, aux pieds du saint, luy demandant pardon de l'outrage qu'il luy avoil fait; et, eu outre, le voulut mener eu sou manoir et luy offrit tout son bien pour en disposer à sa volonté; mais le glorieux saint l'en remercia, luy disant qu'il avoil tout quitté pour l'amour de Jésus-Christ, et qu'il ne cherchoit pas les biens temporels, desquels il eust pù jouir licitement et abondamment en son pays; mais qu'il cherchoit les trésors célestes et éternels. Alvandus ne le voulut plus presser de cela; maïs s'en retourna en son manoir, tout consolé pour se voir soy et les siens guéris, quant au corps et quant à l'ame: cl. depuis, devint homme de bien, allant tous les jours entendre les saintes admonitions de saint Goneri, faisant de grandes aumônes et autres bonnes œuvres, persévérant en la foy jusques à la mort. »
Voici enfin l'histoire d'un illustre évèque et d'un humble ermite, qui semble détachée des Actes des apôtres.
« Saint Gwevrok ou Kirek habitoit à IMoudaniel. en Léon, une petite vallée fort sombre, située au pied d'une espaisse foresl, lequel lieu fut depuis de son nom appelé Traoun-Gwevrok, c'est-à-dire le val de Gwevrok. où il edilia premièrement une petite chapelle de rameaux d'arbres, et auprès une petite chamhretle, cl demeura en ce lieu deux ans entiers, vivant en une admirable abstinence et solitude : mais le tlatnhcau allumé ne peut estre davantage caché sous le boisseau, ains fallut qu'il fusl élevé pour éclairer et luire en l'Eglise de Dieu. Il advint que saint Paul, evesque de Ix'on, faisant la visite par son diocèse, estant arrivé à IMoudaniel, OUJ'I nouvelle de ce saint herniitc; il le voulut visiter, et alla vers son licrmiltage à cette intention. Saint Gwevrok eust revehtion que saint Paul le venoil visiter; il sortit de sa cellule pour aller à sa rencontre. Saint Paul, le découvrant de veué, àpperceul un brandon de feu qui luy environnoit le chef en forme de rayons : ce qui accreut encore l'opinion qu'il avoit déjà conceue de sa sainteté.— A la rencontre, ces deux saints s'embrassèrent et se donnèrent le baiser de paix ; et, après avoir prié en l'oratoire, entrèrent i u devis ci ndloques spirituels, H, 'Mi rel entretien, sain! Paul recoiincul
Qi LA BRETAGNE ANCIENNE.
«mi saint tJwtsvrolt une si rare sainteté, accompagnée d'une telle prudence, qu'il se résolu! de l'emmener en sa ville d'Occismor (qu'Albert prend pour la ville de Léon), afin de se servir de son conseil en l'administration de sa charge pastorale : il l'en pria très-instamment ; mais le saint ne voulut quitter sa solitude. Knlin, intervenant le commandement exprès de saint Paul, il (d)éit et le suivit en la ville d'Occismor. Incontinent saint Paul le pourvout d'un canonical en sa cathédrale et se deschargea sur luy d'une partie du soin de son troupeau, le faisant son grand vicaire. »
Le charme de ces traditions nous a entraînés bien loindeConan .Mériadek. hàtons-nous de revenir à lui.
S'il faut en croire les biographes de ce Charlemagnc breton ; ce fut lui qui porta le coup mortel au druidisme. D'abord, « dans une assemblée générale du pays. » puis jusque dans les forêts sacrées.
L'Armorique centrale avait précieusement dérobé ce palladium aux perséeutions romaines, sous l'empereur Claude et sous ses successeurs. Pendant que le reste de la (iaule voyait les temples druidiques remplacés par des temples de Jupiter, les prêtres de Mu égorgés, les prêtresses livréesaux soldats, les chênes séculaires livré? à la hache: pendant que le paganisme latin envahissait les principales cités de la haute Bretagne actuelle, et jusqu'à la station romaine du Léonnais, les druides avaient maintenu dans l'Armorique occidentale, sinon leurs anciens droits politiques, du moins leurs droits civils cl religieux, et leur influence sur les populations, dette influence fut le seul obstacle sérieux que rencontrèrent les confesseurs de JétiUS-Christ: mais les sectateurs de Un se défendirent d'autant plus obstinément, que leurs rangs furent d'abord éelaircis par des défections nombreuses. Adorateurs d'un seul Dieu sous diverses formes, ceux d'entre eux qui avaient souffert la persécution au nom des mille dieux de l'Olympe romain, comparèrent avec surprise, et sans doute avec joie, la religion chrétienne à leur propre religion, la Trinité aux triades, le paradis, le purgatoire et l'enfer aux trois cercles d'existence. Ilu-médiateur à Jésus-Messie : et non-seulement ils tolérèrent les prédications évangéliques : mais, soit Conviction, soit intérêt, plusieurs courbèrent le front sous l'eau sainte.
On vil alors, chose admirable! des druides, devenus évoques, baptiser d'autres druides dans leurs anciens temples consacrés par la croix, lîn tel spectacle inspira une énergie désespéréeaux derniers «hommes des chênes.» Abandonnés par une portion du peuple, mais défendus par l'autre, désavoués par Conan et ses compagnons, qui presque tous étaient chrétiens, acculés sur la côte et rejetés dans les îles voisines, jusque dans l'île de Hrelagne. leur dernier refuge, ils défendirent longtemps, et pied à pied, le terrain qu'ils possédaient depuis tant de siècles, et ils ne quittèrent point leurs forêts et leurs dolmens sans y laisser des traces ineffaçables...
.Non s avons déjà cité !<•- crois enlcca sur le* menhirs, le* fèi s nu korrigan