CHAPITRE VINGTIÈME
Lis ciso nftMOTEMliR. — Haute et nasse Bieiagne. — Superficie. — Population. — PivMMK territoriale*. Mioi m Nts ctrAiMCI*. — Loire-Inférieure : Manies, Clisson, Aueeois Ctuteaubrlani, Paimbiraf, Sa\ena», Guerande.— UiMt-VH*iM : lieniie*. rougrres, Redon, IM, Viire, Saint -Malof M. or. Cnatc u**i.ou, M. DE I.AMMMI»1 — CMet-tlu-Sord t Sainl-llrieuc, Laniballe, Corsrul, Uiiun. Juk»u, Lanninn, Treguier. — Morbihan : Yaunes. Pierres de Carnar . Loc-Mari aker. Voira romaines. Klvrn, Sacinio. Ploennel, Poiui»y, Auray, llcniirbon, Sar/esu'Lt S*cr. >, l-orieiit, 0"«l*r««i. la HiK-be-Rernard. — t'iniilert : Coruouaille et l.éoniiais: — Quiniprr, Ouimperle, Chitauiin. Murlait, Saiiit-Pol-de-Leon, BreM.Clorhers.rhaieauit, ruines. Notre-Dame du t'olgoai. Tipes et CesrVHtt. — Moeirs et i sn.t*. — Lanci i : Bardi-s et |mm''|c> populaires- — Krrivain*. — C«rttCtCTMWl.
COUP rOEH SUR LA RRKTAG\E ACTUELLE.
cinq départements de la Nretagnc française la Loirc-liiiïrie.urc, nilcct-Vilainc, les Côlcs-du- Nord, le Morbihan cl le Finistère, correspondent à peu près, nous l'avons déjà dit, aux anciens comtés delà Uretagne indépendante : comtés de Nantes, de Hennés, de Vannes, de Cornouaille , de Léon, etc. La haute Bretagne se compose des deux premiers de ces départements et de ^ la plus grande partie du troisième.
Le reste de celui-ci cl les deux derniers forment la basse Bretagne.
On sent que celte démarcation est plutôt morale que géographique
1 Siiiv.int le* dernim IravaiW iln ••adutre , h superficie île lonte la Itrel.ieiio est île S,«M8,M3 hi-i -
Des neuf évèchés bretons, il n'en reste plus que cinq, qui correspondent aux cinq départements. La population de la Brclagnc était, en 1700, de 1,055,000 'habitants, et, en 1702. de 1.000,451. Elle n'a pas augmenté, depuis, dans la proportion qu'on pouvait attendre. Elle était, en 1820. de 2,522.551 âmes seulement, — résultat des émigrations, des guerres civiles, des disettes, et surtout de la grande boucherie de l'Empire. Les cinq départements bretons comprennent aujourd'hui : 1" la Loire-Inférieure : 5 arrondissements. 45 cantons, 200 communes, 470,708 habitants; — 2TIIIe-et-Vilaine : Onrrondissements, 45 cantons. 348 communes, 547,249 habitants; — 5" les Cùlcs-du-Nord : 5 arrondissements, 48 cantons, 375 communes, 005,505 habitants; — 4" le Morbihan : 4 arrondissements, 37 cantons, 232 communes, 440,743 habitants; — 5° le Finistère : 5 arrondissements, 43 cantons, 285 communes, 540,055 habitants. Total : 25 arrondissements, 210 cantons. 1.444 communes, 2,020,278 habitants.
Pour décrire toutes les curiosités historiques, pittoresques et morales que renferment les 1 .444 communes de la Bretagne, il faudrait un volume gros comme celui-ci (et si Dieu nous prête vie, ce volume ne se fera pas attendre). Notre cadre et notre sujet ne nous permettent aujourd'hui qu'un coup d'a^il sur les points essentiels, au hasard de nos souvenirs.
Saluons d'abord, comme Henri IV, la ville et le château de Nantes; — ville et château historiques, s'il en fut jamais ! Antique capitale des Nannètcs, assiégée, comme on a vu, prise et reprise (Dieu sait combien de fois ! ) par les Romains, par les Huns, par les Saxons, par les Normands, par les Français, par les bas Bretons, Nantes est demeurée, envers et contre tous, la plus belle et la plus grande cité de notre province. Ses vieux monuments tombent tous les jours; mais il lui reste sa cathédrale à l'immense façade, qu'on achève aujourd'hui ; — son château en ruines, théâtre de tant d'événements depuis Barbe-Torte ; — son Bouffa y, debout depuis le dixième siècle (la tour n'est que de 1002), et qui a sonné l'exécution de Cailles de Raiz, le duel de Tournemiuc, et tous les martyrs de 1705; — son tombeau de François II. celle merveille du ciseau de Columb ; — et çà et là quelques débris charmants d'églises et de maisons qui, par malheur, reculent pierre à pierre devant le tufeau moderne. La plupart des quartiers neufs de Nantes feraient envie à Paris lui-même. Le commerce de ce port, si admirablement placé sur la Loire, à dix lieues de son embouchure,
lares 150 arc*, dont I .601,658 heelares 4"2 ares en lerre* labourables : — 5-42,880 hectares, 89 ares, eu prés; — 50.160 hectares 40 are* en vignes ; — 181,712 heelares 95 ares en bois; — 50,655 hectares 4 ares en vergers, jar.lins et pépinière* ; — 1.551 hectares en oscraies, aulnaies, saulaies et cultures variées; 922,050 heelares 72 ares en landes, jnitis et bruyères: — 14,221 hectares 12 ares en étangs, abreuvoirs, mares el canaux: — 19,0545 hectares 21 ares en propriétés bâties ; — et 154.720 hectares 45 ares en routes, chemins, rues, forêts des il omîmes, cimetières, églises, presbytères cl superficies non imposables. M. Itobimicl, ingénieur, a calculé que le dixième du terrain est absnrlié en Bretagne par les sentiers, haies et clôtures, dont on avait beaucoup eiagéré lYnscniblc jusqu'à ce jour
au confluent de l'Erdrc et de la Sèvre, n'aurait pas de bornes aujourd'hui, si l'entablement du grand fleuve et l'indifférence de l'Étal ne paralysaient l'activité nantaise. Celte activité ne s'endort point cependant, et marie, à cette heure, l'industrie au commerce. Outre leurs deux cents navires correspondant avec lous les points du monde, outre le mouvement continuel des salines de l'Ouest, les Nantais ont fondé depuis quelques années des manufactures considérables.
La société île Nantes subit encore le contre-coup des luttes vendéennes. Les opinions politiques et les démarcations de la noblesse et de la bourgeoisie y sont plus profondes que partout ailleurs.
La première promenade à faire dans le pays de Nantes est celle de Clisson, dont le vieux castel, les deux rivières et les paysages sont arrangés, comme disait Fénélon, pour le plaisir des yeux. Après Clisson, il faut voir le château de Goulainc, illustré par celle Yolande qui le défendit contre les Anglais, et parle passage de deux de nos plus grands rois; — les coteaux de Mauves, d'où l'on embrasse le cours de la Loire : admirable panorama ! — le chàlcau vraiment royal de la Seilleraye, où les marquis de Bec-de-Liôvre ont réuni des merveilles, et dont le parc magnifique a vu madame de Sévigné; — le Burou, où elle a plante ces arbres de cent pieds de haut; — le lac de Grand-Lieu ( on voit que notre plume va par bonds cl loin des sentiers battus : n'est-ce pas le moins qu'on voyage à sa guise, quand on voyage en imagination?); le lac de Grand-Lieu, disonsnous, nappe d'eau d'une lieue et demie dans sa plus petite largeur, ancienne ville d'Hcrbaugc, engloutie comme la ville d'Is, s'il faut en croire la tradition.
Anccnis, cette vieille clef de la Bretagne, est très-coquettement située sur la Loire, qui l'inonde de temps en temps, mais qui est forl belle à voir des ruines du vieux château. Celle ville fut assiégée en 957 par Geoflroy- Grise-Gonclle, comte d'Anjou, possédée par Henri III d'Angleterre, prise par Louis XI, démantelée par La Trémouille en 1488, et par Henri IV en 1599. Anccnis fait le commerce des bestiaux, des abeilles, du fer et de la houille, du vin, des ardoises, des grains et du bois. Son arrondissement offre au voyageur le chàlcau de Vers, vis-à-vis la tour et la chapelle gothique de Hourgonnièrc ; ceux de Clcrmont, de la Chauvclicrc, etc. ; la célèbre tour octogone d'Oudon, bâtie au neuvième siècle, cl d'où la vue est immense; le bourg de Varades, où les Vendéens passèrent la Loire en 119Ô, et près duquel Bonchamp mourut au village de Mcilleraye.
Chateaubriant remonte à la domination romaine. Cette ville reçut de Brian de Penthièvre, en 1015, son nom et son vieux château, dont il reste trois tours, admirables à voir de la Torche. Le chàlcau neuf a une galerie de quarante arcades, un escalier de pierre, un autre en colimaçon, une balustrade, une cheminée et une boiserie sculptées dans le plus riche goût
de la Renaissance. On y monlre l'appartement «le Françoise de Foix et de François T. Jetons un coup d'œil à l»erval. vieille forteresse démolie par Henri IV, où Knollc, assiégé par Du Guesclin, se défendait en lui jetant des tètes de prisonniers; et à la Trappe de la Meilleraye, dont les religieux sont ouvriers et agriculteurs, comme les premiers moines chrétiens.
L'arrondissement de l'aimbœuf tient à la mer et à la Loire, ce qui lui donne un double aspect rempli de eonstrasles. Nous avons dit l'antique origine et le premier nom de Paimhœuf (Penoc'hen ). Détruite par les Normands au neuvième siècle, cette ville, depuis le dix-huitième siècle, est en quelque façon la rade, l'enlrepùt et le chantier de Nantes1.
Nous ne ferons que traverser Savcnay pour y honorcrles ombres des Vendéens immolés par Kléber; — Main, dont le château, commencé par Alain Ferment et continué par les Clisson et les Hohan, n'a plus, de ses neuf tourelles en jeu de quilles et de ses riches bâtiments, qu'une aile et deux tours, dont l'une s'appelle encore la Tour du Connétable; — la Drctcsche, autre ruine pittoresque auprès d'une forêt également ruinée; — Monloire cl les marais de la Grande-Hrièrc, où toute une population dispute aux dessécheurs la tourbe volcanique dans les débris d'une forêt antédiluvienne. Mais nous irons saluer, à l'autre bout de l'arrondissement, le château de Bruc (en Guémcné-Pcnfao},qui, sans avoir rien de remarquable en son architecture, est un des plus antiques et des plus fidèles représentants de la nationalité bretonne, car, toujours rebâti sur place, il n'a pas une seule fois changé de nom ni de maître depuis les aïeux de Gucthenoc v, que nous avons vu à la croisade, jusqu'au marquis de Bruc de Monlplaisir,
1 Paimhœuf a ru lu bonne fortune d'être administré pr un de ces hommes supérieurs qui renoncent à briller sur les grands théâtres pour faire un peu de bien dans <]tiel<|ue coin du monde : tous nos compatriotes reconnaîtront à ce portrait le docteur Bcssard, à qui notre ville doit des embellissement)» considérables. Paimbeuf a réclamé vivement, et avec un effroi sans doute exagéré, le bassin que lui a dérobé Sainl-Nazairc. L'ancien maître-autel de l'abbaye de Buzay, chef-d'œuvre de sculpture et de mosaïque, orne aujourd'hui la modeste église de l'aimbœuf. — Ou sait la vogue récente des eaux de 1 1 l'Inine, et surtout des bains de nier de Pornic, rendez-vous île l'aristocratie de la haute Bretagne et de la Vendée pendant la belle saison l'ornic a un vieui château, une superbe vue sur la baie de Itourneuf, d'excellents marins et les souvenirs du passade de Charctlc.
* Ogée, dans son Dictionnaire, n avait pu remonter qu au Iils de Gucthenoc le cri mm'' ; niais la famille de Bruc possède et nous avons sous les yeux la charte suivante, en latin, scellée par RmMll, pire de Gucthenoc; — le plus ancien titre peul-étrc dont la noblesse bretonne ait conservé l'original : « Au nom de la sainte et indivisible Trinité, moi, Raoul de Bruc, et mon épouse Thiphaiue et mes Iils Maurice, Guelheueuc, et Guillaume, et leurs épouses Gervaise, Agnès et Pétrone, notifions à tous, tant futurs que présents, que pour l'amour de Dieu et pour nos imes et celles de nos prédécesseurs et héritiers, nous avons donné à l'abbé et à l'abbaye de Sainte-Mchnie (ou Saiut-Mélainc} toute la dinie que nous possédions auprès de Fougères. Celle donation a été faite en présence d Klienne, évéque de l'église de Bennes et chapelain du roi d'Angleterre, et notre très-cher et ami charnel Kl alin qu'on ne puisse ni l'infirmer ni l'annuler, nous l'avons continuée par l'apposition de sou seeau et du mien Raoul, l'an de l lncariialiou du Seigneur 1171. Les témoins de celte donation sont Kudcs, archidiacre, Guillaume de Tinleniar, Guillaume de Vire. Guillaume le Bœuf. Baoul Maine el plusieurs autres. » Le pttiUffll «le ce Baoul de Bruc, le fils du croisé Gnclhenoc, lut Alain de Bruc, chev ilicr, qui jur une charte, scellée de son «eau, el dont nous avons également l'original s.ms les yeux, « donnait en I2H»,
KO
«Si LA UH ET Ali NE MODERNE.
qui l'habite encore aujourd'hui. Exemple rare, s'il n'csl pas unique, d'attachement au pays, dans une famille que la France a disputée à la Bretagne, huit siècles durant, par tant d'honneurs ecclésiastiques et civils, diplomatiques et militaires. — Nous retournerons maintenant dans cr triangle du territoire guérandais, dont les trois pointes sont Piriac, Saint- Nazairc et le bourg de Batz, colonie cello-saxonnc qui seule a conservé, dans la haute Bretagne, les mœurs, la langue et le costume des aïeux
L'antique Condatc, capitale des Rhcdoncs, Bennes, est la ville des grandeurs déchues. Son Thabor, son Mail cl son Champ de Mars, ses beaux quartiers du Palais cl de la Comédie, sa Cour Royale cl ses Facultés savantes ne la consoleront jamais de la perte de ses ducs cl de son parlement. La pitié vous prend malgré vous aux entrailles quand vous entendez les salles de ce palais monumental retentir des chicanes d'un mur mitoyen ! ]Jîotrc histoire a été trop souvent l'histoire de Rennes pour qu'il soit besoin d'y revenir. L'incendie de 1720 ne nous a pas même laissé un monument à contempler. Le dernier débris de la cité gothique, la porte Mordclaisc, où venaient frapper les ducs, tombera bientôt, si ce n'est fait déjà. L'Ille-el- Vilaine est fort riche en plaines de blé, de seigle, de lin, de chanvre et de
en aumône perpétuelle aux mimes moines, un quartier île fu ment Je renie annuelle, dans la tenue rie Guillaume G li^iunl à Saint-Georges, pour son salut et celui de Marguerite et de Guclhenoc son père et tous ses anlécosscurs. » Outre M. le marquis de Rruc de Monlplaisic et ses enfants, La maison de Bruc est encore représentée aujourd'hui par M. le marquis «le Malcstroil de Bruc, par M. le comte Frédéric de Bruc, par M. le baron Charles de Bruc, et par les branches de Bruc-Signy et de Bruc-Liveruière.
1 Guérnndc est encore une ville du moyen âge, avec sa ceinture de renqMi ts cl de créneaux, ses rue* élroilcs et silencieuses, sa vieille église ( autrefois cathédrale ) ornée d'une chaire extérieure en pierre, sa noblesse toute patriarcale et ses paysans aux riches habits. Il n'y manque pas même les employés de La gabelle sons forme de douaniers ; car c'est dans le vaste damier des salines de ce |iiys que se condense aux tièdes rayons du soleil, et que se recueille à grands coups de laz * la meilleure partie des56,784,240kik>g. de sel donnés par la Loire-Inférieure à la France. Les rochers de la rôle de Piriac, la pointe de Caslelli, le phare et l'îlot du Four sont d'une horreur merveilleuse. Le bourg de BaU et le Croisic dressent leurs lours de pierre comme des pyramides nu milieu d'un désert de sable. Le port du Cruieic e*t plein de vie et ses filles pleines d'élégance. Les paludiers de Bail sont prodigieux à voir le dimanche avec leur taille majestueuse, leur blonde téte saxonne, leurs souliers jaunes, leurs langes culotte* blanches, leurs amples vestes superposées, leur manteau à la Charles-Quint et leur grand chape.au relevé sur l'oreille : ou bien, pendant la semaine, dans les mirais et sur les grandes mules, maniant le laz ou conduisant leurs mules aux grelots sonores, le sarrau blanc sur la culotte blanche, avec le fouet en bandoulière. Quant aux femmes, on dirait, les jours de noces ou de fêles, autant de madones parées de mousselines et détones élincelanles. A Saillé, lout près de Balz, les costume* sont plus voyants, mais d'un goùl moins pur. A côté des paludiers faiseurs de sel habitent les laboureurs ou métayers, leur opposition vivante Ceux-ci ont les cheveux noirs, les babils bruns et serré*, la taille moins haute. Les métayères le cèdenl a leurs rivales en force, mais non pas en grice On ne saurait rien voir de si galamment tourné qu'une femme de Samt-André-des-Kaux, avec sa petite coilTr à longues barbes encadrant si blanche figure, sa teinture de lisière serrée autour de ses amples cotillons, el ses bas rouges à fourchettes bleues, tendus sur une jambe line et nerveuse ! Traversons les dunes de sable mouvant qui ont englouti l'ancien Escoublac en attendant qu'elle.* engloutissent le nouveau : souhaitons à Saint-Nazairc «te devenir le Havre de Nantes, et gagnons l'IUc-et-Vilaine.
• Planche adaptée, comme ■■ riteao, a une longue gaule. Voir, pour la description des salines 1 1 <Jc loot le imiloirc de Gu. randc, l'excellent article donne par M. A me4ée Franche* ille à la nonvrllrédliiou dulnnionnaired Ogre.
LA BRETAGNE MODEIINE. 635
sarrasin; en vergers, d'où les pommes épanchent le nectar du cidre; en forêts que la hache décime trop tôt ; en landes que le hoyau défriche trop tard ; en étangs qu'on pourrait appeler des lacs; en marais qui attendent encore l'assainissement; mais il est assez pauvre en monuments historiques, en usages curieux, en costumes pittoresques. L'esprit breton y est pourtant beaucoup plus vif que dans la Loire-Inférieure ; mais il défend à peina les reliques nationales, et, concentré dans- les eccurs, il se produit peu au dehors. Citons toutefois les ruines des-forteresses de Ilcdé, de Saint-Aubin-du- Cormicr, duFougcray ; les châteaux du Boschet, de Caradcuc, de Dcaumont; — Fougères, la cité des barons souverains, si souvent prise et brûlée, et qui élèveencorc scsvicillcstoursau milieu d'un paysage enchanteur ; — Montfortsur-Mcu, avec son enceinte de remparts et de fossés ; — le clocher hardi et le rond-point à jour de Saint-Sauveur de Redon, dominant les mâts des cinq cents navires qu'entretient son port; — Vitré, l'ancienne baronnie, avec ses remparts gothiques, son château à tourelles aiguës, ses maisons à pignons d'ardoises tapissées de lichen, les riantes perspectives de ses environs et ses chers souvenirs de madame de Sévigné, dont les Rochers offrent encore le cabinet vert et le portrait attribué à Mignard. Ici le paysan breton a gardé le farouche vêtement de ses pères : le sayon de peau de chèvre qu'il use jusqu'au dernier lambeau; — Cancalc, dont les huîtres sont heureusement immortelles; — le château de Combourg, où M. de Chateaubriand « fut porté dans ses langes, » et dont personne n'oscrn décrire après lui les vieilles tourelles et « le lac tranquille; » — Dol, aux maisons à piliers de granit, — l'ancienne métropole de la Bretagne, son boulevard contre les Normands, et dont l'église imposante cl nue, chefd'œuvre du gothique sévère, mériterait encore d'être une cathédrale: — entin Saint-Malo, l'antique rocher d'Aaron, le vaisseau de granit à l'ancre au milieu des tempêtes, le nid des invincibles corsaires et la patrie des grands hommes. Après avoir produit Jacques Cartier, qui découvrit le Canada en 1534, Maupcrtuis, La Bourdonnayc, Du Gay-Trouin, Surcouf, — celte ville privilégiée a donné à notre siècle Broussais, cette lumière de la science; La Mcnnais. celte lumière de la religion, qui jette encore tant de rayons dans son nuage; M. de Chateaubriand, entin, celte lumière du monde1.
1 Si jamais vous allez à Saint-Malo, promenez-vous sur le rempart occidental. Arrivé entre la grande mer et la vieille cité, arrêtez-vous et regardez. Voyez-vous d'abord, par-dessus le toit d'une maison basse, cette fenêtre à petits carreaux qui semble un œil ouvert sur l'Océan? C est par celte fenêtre que le premier rayon du jour frappa les yeux de l'auteur de ftrM. Tout commis voyageur peut aujourd'hui louer à l'hôtel de France cette chambre «aérée ou no» enfants iront en pèlerinage. Voyez-vous un peu plus loin ces masures, qui étaient outrefois le couvent de la Victoire? C'est là que René, partant pour l'Amérique, fil s'éteindre le dernier regard de su sœur, celte étoile du malin de sa vie. Enfin, voyez-vous en pleine mer l'îlot du Grand -Bé, amas de rochers groupés confusément, surmontés des débris d'un corps de garde et d'une petite croix de granit regardant les deux immensités? C.'eal l'admirable tombe que notre grand homme s'est préparée pour y dormir auprès
«3i» LA BRETAGNE MODERNE.
Le département des Côtcs-du-Nord est complexe, et peut se diviser en trois parties distinctes. Le pays de Saint-Brieuc tient à la haute Bretagne. La basse Bretagne réclame le pays de Lannion et de Tréguicr. Enfin on a nommé moyenne Bretagne le territoire de Dinan et ses environs. Saint- Brieuc est une ville toute française, où l'historien n'a presque rien à voir. Beaucoup de fondations pieuses; quelques sièges sous les Normands, sous Jean IV, pendant la Chouannerie; les ruines de la tour de Ccsson près du port; voilà tout. Sainl-Bricuc a les plus brillantes courses de chevaux de la Bretagne. On sait que La m bal le, ville forte et ancienne, a vu mourir Lanouc Bras-de-Fer. Lanleff a son temple circulaire, sur lequel on a tant discuté; atlribué successivement aux druides, aux Bomains, aux chrétiens primitifs, il a fini par rester aux templiers. Broons a son monument et son souvenir de Du flucsclin, qui suffisent à sa gloire. L'humble Corscul est encore tout étonnée des découvertes qui l'ont érigée en capitale des Curiosolilc*. Dinan est peut-être la plus jolie ville de Bretagne, avec ses maisons en pyramides, ses remparts en terrasses, ses vallons délicieux, arrosés par la Bancc, son château de l'an 1500, sa belle place Du Guesclin, son église de Saint-Sauveur où repose le cœur du connétable, ses vieilles rues à piliers et à pignons, cl sa promenade des eaux minérales, si indignement abandonnée par la mode. Jugon a ses étangs et son proverbe : Bretagne sans Juyon, chape sntis chaperon... Les châteaux de Lehon et de la G a raye sont deux ruines magnifiques. Guingamp réve encore aux Pcnthièvre au milieu de son commerce ralenti. Voici enfin les pays de Lannion et de Tréguicr, déjà doucement sauvages et encore bas Bretons; car on y lutte toujours et l'on y chante les chansons d'autrefois. — Mais comme nous voulons terminer par le Finistère, retournons sur nos pa3 cl entrons dans la basse Bretagne par le Morbihan.
Le Morbihan est encore tout plein des druides, de César cl des Chouans. Allons d'abord chercher les druides à Erdcvcrj, à Carnac, à Loc-Mariaker et à (iavr'iunis. Là, au milieu de ces menhirs, de ces peulvans, de ces dolmens, île ces grottes des fées, de ces cromlcc'h \ plus rien de catholique.
<!«• son berceau, parmi les souvenirs île son enfance, aa brnil de ces vagues agitées comme ses desliiis, suis l.im I comme MO cœur, MM borna comme son génie «Sur ce poste avancé, »Vrîvatt-il aux M.ilmiius, je recevrai peut-être quelques boulets îles ennemis île la France : mais mou ombre eu tressaillira d'aise, car je suis un vieux soldat, u Déjà, dans la belle saison, le» pèlerins se rendent par cent imes au tombeau de M. de Chateaubriand : puisse la Providence retarder longtemps encore le moment où ils s'y rendront par millier» ?
1 Pour la déliiiitioii de ces monuments, voir notre ebap. I". Quelques érudits ont nié que le» pierres appelées druidiques aient été spécialement affectées à la religion des Celles; et ils ont cité, i l'appui de leur opinion, la découverte récente de pierres toutes semblables ilans I Orient et dans l'Inde. Ils u oui pis pris garde que celle découverte prouve seulement que le dniidisme fut apporté de l'Asie en Europe par les migrations celtiques, en semant partout ses monuments sur son passage, COHMM nous l'avoir raconté au comment cillent ; el qu'elle vient tout simplement confirmer de nouveau le* inductions philologiques qui pi n eut le berceau de no> aïeux >ur les montagne» de l'Inde