‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 10 sur 174 · TRAVAUX PUBLICS A NANTES ET AUTRES VILLES DE BRETAGNE. ÉTATS DE · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS A NANTES ET AUTRES VILLES DE BRETAGNE. ÉTATS DE

Presque aussitôt après son retour de Bretagne, d'Aiguillon se mit en route pour Parme où il avait laissé de vives amitiés, et où ses conseils étaient aussi écoutés que le permettait la légèreté de l'infant don Philippe. Notre ministre, de Crussol d'Uzès, était tombé dans un état de santé si déplorable que son rappel était devenu une nécessité. Or on tenait, avec raison, à avoir toujours auprès de l'infant quelqu'un pour le surveiller et réfréner ses caprices. D'Aiguillon arriva à Parme le 29 avril 1754, recommanda pour la place de secrétaire d'Etat du Tillot, qu'il considérait comme le seul homme capable de réformer les abus et le désordre de ce gouvernement ('), donna des conseils d'économie et de sagesse malheureusement trop peu suivis, s'appliqua à entourer l'infant d'hommes de confiance, et fit choix pour lui d'un médecin, Bercher, et d'un grand veneur, le chevalier de Pontual, gentilhomme breton dont la famille ne devait pas toujours conserver le souvenir de cette faveur (^). Son séjour eut en somme d'heureux résultats. « Le voyage de M. d'Agenais n'a pas été inutile, écrivait l'infante au maréchal de Noailles : non seulement il pense bien et parle bien h l'infant, mais j'ai vu avec plaisir le crédit qu'il a sur lui, il l'amuse ; et il a trop d'esprit, et lui aussi, pour oser déraisonner vis-à-vis de quel-

(•) Lettre du 12 juillet 1754, Arch. aff. étr. Parme, correspondance, t. XIX.

(2) Toussaint-Marie de Pontual (1725-1788), fils d'un conseiller au parlement de Bretagne, était neveu à la mode de Bretagne de l'abbé Louis-Marie de Pontual et de Nicolas de Pontual, qui devaient jouer un rôle marquant aux Etats de 1764 et 1766 comme adversaires du duc d'Aiguillon (Note communiquée par ^L Saulnier). — Un autre Breton, M. de Kéralio (1731-1793), fut gouverneur du jeune prince don Ferdinand, avec Gondillac qui en était le précepteur.

d'Aiguillon. ''

qu'un d'aussi sensé ; je suis assurément fâchée du sujet de son voyage, mais il nous fera du l)ien. » (')

L'approche de la tenue des Etats, qui devaient se réunir à l'automne de 1754, rappela d'Aiguillon en Bretagne dans le courant de septembre. Selon son habitude presque invariable, venant de sa terre de Véretz en Touraine, il entra dans la province par Nantes, et c'est au séjour qu'il fit alors dans cette cité que remontent ces grands projets de transformation et d'embellissement qui ont été une des parties les plus importantes et les plus critiquées de son administration. Aussi importe-t-il de s'y arrêter quelques instants.

De toutes les villes de Bretagne, Nantes fut certainement celle qui ressentit les plus heureux effets de la fièvre d'amélioration qui animait d'Aiguillon et qu'il communiquait autour de lui le plus possible : aussi bien était-elle une de celles qui avaient le plus besoin d'être haussmannisées. Des rues tortueuses, étroites, en entonnoir, bordées de maisons entassées sans ordre; une population resserrée à l'excès dans une étendue médiocre, limitée par de vieil les fortifications ; point de places publiques, point de promenades, point de fontaines : point de marchés, ce qui forçait les marchands à encombrer les rues, au point qu'elles devenaient impraticables : point de quais : des accidents continuels, de fréquents incendies ; tel était l'aspect qu'offrait Nantes au milieu du xviii" siècle ('). Elle était située sur deux rivières, et ces deux rivières lui étaient

(•) Lettre du 12 mai 1754, Aljf. étr. Parme, t. XVIII. — Parmi les documents relatifs au séjour de d'Aiguillon à Parme, en 1754, il en est un qui mérite d'attirer l'attention, parce qu'il prouve que d'Aiguillon ne professait nullement ces idées de cléricalisme exagéré et de dévouement servile aux jésuites dont il a passé, sur la foi de M. de la Chalotais, pour avoir été imbu. C'est le mémoire, rédigé par lui ou sous son inspiration, pour être remis à notre représentant à Parme, le comte de Rochechouart, lors du départ de celui-ci en novembre 1754. Parmi les mauxde ce gouvernement, ce mémoire signale l'abus des privilèges ecclésiastiques, l'autorité tout entière aux mains du pape et des prélats qui gouvernent l'infant, si bien que cet Etat appartient plus à l'Eglise qu'à son souverain. L'excès de l'intluence espagnole était aussi fort regrettable, d'autant plus que ce pays retombait alors sous le joug du parti hostile aux réformes. Dans une lettre du 1er septembre 1754 à don Philippe [Annales de l'Est, juillet 1894), d'Aiguillon exprime de vifs regrets de la chute de la Ensenada, ce ministre qui avait déjà voulu préluder à l'œuvre de d'Aranda en combattant l'excès des privilèges ecclésiastiques.

(^) Mémoire du sieur de Vigny sur les embellissements de Nantes, Arch. municip. de Nantes, DU., 247 : Mémoire de Joubert du Collet, maire de Nantes, sur les travaux de cette ville (1764) ibid., DD., 248 et A. N., H. 559 : notice sur Ceineraypar M. Henoul, Annuaire de la Société académique de Nantes, 1861,

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