‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 11 sur 174 · TRAVAUX PUBLICS A NANTES · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS A NANTES

à peu près inaccessibles. Leur accès eût-il été facile, que le commerce nantais n'en eût pas tiré grand avantage; la navigation de la Loire était devenue presque impraticable par l'ensablement progressif du lit du fleuve. Dès 1740, le mal s'était révélé si grave que les Etats avaient voté un fonds de 40,000 fr. pour les travaux nécessaires ; mais les ouvrages projetés n'avaient point été exécutés, les sommes accordées étaient restées sans emploi, et le commerce nantais continuait à être menacé dans son existence même par les difficultés croissantes de la navigation (*).

D'Aiguillon, en arrivant dans la province, fut vivement frappé des avantages de la position de Nantes, et de la nécessité de faire en sorte que ces avantages ne restassent pas inutiles. Il soumit sans tarder à Saint-Florentin, qui l'en félicita fort, ses vues pour le rétablissement de la navigation de la Loire et pour de grands travaux à exécuter dans la ville. Les circonstances étaient favorables ; par une heureuse exception à une règle très générale au xviii'' siècle et de tout temps, les finances municipales étaient alors dans une situation prospère, qui autorisait les grandes pensées et les vastes projets. Nantes avait en caisse une réserve de 100,000 fr., avait affermé ses octrois pour 188,000 fr. à des fermiers dont le bail avait encore près de cinq ans à courir, et ses charges ordinaires ne dépassaient guère 120,000 fr. (-). On pouvait donc aller de l'avant, et la seule difficulté était de vaincre l'inertie, la routine et les préjugés. D'Aiguillon fit appel pour les travaux hydrauliques aux ingénieurs Magin et Blaveau, dont la compétence venait d'être prouvée par le succès de travaux analogues entrepris sur le cours de la Garonne. Quant à la ville, le sieur de Vigny, architecte du roi, dressa tout un projet de grands travaux devant totalement en modifier l'aspect, projet qui comportait notamment la destruction des murs d'enceinte, tours et autres fortifications, le percement de plusieurs voies nouvelles, la construction de quais, de places publiques, d'une halle au blé, d'une salle de concert, d'un théâtre, etc. Il fut approuvé par un arrêt du conseil du 22 avril 1755 qui en confiait l'exécution directement au

(') Requête des maire et échevins de Nantes au Conseil, 1755, H. 602. (2) IVlémoire de Joubert du Collet, H, 559.

commandant et à l'intendant de la province « ces dispositions devant être de longue durée, et le changement continuel des officiers dans le bureau de la communauté de Nantes empêchant de compter sur leur exécution » ('). Grâce à cette heureuse précaution, les travaux commencèrent sans délai par la démolition de notables parties de l'enceinte et des tours. Différentes inexactitudes ayant été bientôt relevées dans les plans dressés par de Vigny, un nouveau plan de la ville fut fait en 1757 par le sieur Gacault, et ce fut sur ce plan qu'un architecte célèbre, Geineray, l'homme à qui la ville de Nantes fut le plus redevable de son heureuse transformation (*), fit de nouveaux projets de travaux, définitivement adoptés par un arrêt du conseil du 19 mars 1766. On n'avait pas attendu cet arrêt du conseil pour faire construire un marché couvert pour les grains sur la place Brancas : le pont de la Poissonnerie, bientôt et aujourd'hui encore appelé pont d'Aiguillon, dont le commandant posa la première pierre en 1758 avec la marquise de Becdelièvre : les promenades de la Motte Saint- Pierre et de la Motte Saint-André, ou cours des Etats : le nouveau palais de la chambre des comptes, aujourd'hui la préfecture, dont la première pierre fut également posée par d'Aiguillon et par M™^ de Becdelièvre, le 6 septembre 1763 : lé quai auquel est resté attaché le nom de d'Aiguillon, dont le plan fut levé en 1761 et l'alignement donné par Geineray en 1762, et autres travaux, dont l'auteur de l'article Nantes

(') La précaution n'était pas inutile ; ce n'étaient ni les plans ni les arrêts du conseil qui manquaient depuis le commencement du siècle pour l'embellissement de Nantes (les ingénieurs Portail, Joubert et Touros en avaient dressé plusieurs, que visaient des arrêts du 2 juin 1723, du 6 décembre 1740, du 23 août 1741, du 22 septembre 1750), mais l'esprit de suite et la volonté d'aboutir ; la municipalité nantaise hésitait, reculait devant les nombreuses expropriations et démolitions qui étaient la conséquence nécessaire de ces travaux, et cherchait des objections contre le projet de de Vigny (délibération du 31 janvier 1755 et lettre de la communauté à d'Aiguillon, 11 février, Archiv. municip. de Nantes, BB. 94).

(*) Geineray (1722-1811), nommé architecte voyer de Nantes en 1757, fonctions qu'il conserva jusqu'en 1780, a présidé à tous les grands travaux qui renouvelèrent la ville de Nantes à cette époque. Son zèle pour le bien public, son intelligence, lui valurent l'appui chaleureux et l'afTection du duc d'.\iguilIon. « Flatté » de trouver dans Geineray les mêmes idées et surtout le talent nécessaire pour » les mettre en pratique, l'homme puissant s'attacha l'homme de génie, et tous deux » réussirent, malgré l'opposition des pères, à produire de grandes choses dans l'in- » térèt des enfants» (Notice de M. Renoul sur Geineray, Annuaire de la Société académique de Nantes, 1861).

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