‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 111 sur 174 · INCONSÉQUENCE DE LA RÉSOLUTION ROYALE · texte numérisé non relu

INCONSÉQUENCE DE LA RÉSOLUTION ROYALE

que les exilés, leurs familles et les Parlements inulliplièrent sans relâche, sûrs d'émouvoir l'opinion publique, de fatiguer le roi et ses ministres, peut-être d'arracher quelque jour à leur lassitude quelque éclatante réparation.

Cette dernière satisfaction seule ne devait pas leur être accordée, du moins du vivant de Louis XV, qui céda sur tout le reste, mais qui maintint obstinément jusqu'au dernier jour de son règne l'exil des deux procureurs généraux, dont la culpabilité, très certainement, n'était pas douteuse à ses yeux. II leur fallut attendre l'avènement d'un souverain plus faible encore, et moins expérimenté, pour voir le gouvernement leur faire amende honorable et retourner ses disgrâces contre leur prétendu persécuteur. Mais, en somme, rien n'a manqué à leur triomphe, ni l'auréole du martyre, ni l'enivrante popularité, ni les marques substantielles de la bienveillance du pouvoir ('), ni le plaisir de la vengeance, ni même l'admiration de la postérité. Tant de faveurs de la fortune ne sont-elles pas une compensation bien réelle de treize mois de prison et de huit ans d'exil? Faut-il tant s'attacher à les plaindre? Ils furent, nous lavons vu, poursuivis par une haine parfois furieuse et accusés de plus de crimes qu'ils n'en avaient commis; les règles de la justice ont pu être violées à leur détriment; mais ils furent coupables, au moins les principaux d'entre eux, et l'exagération de leurs doléances comme l'aigreur de leurs invectives ne doit pas faire oublier qu'ils avaient eux-mêmes trahi les devoirs de leur place, trempé dans de condamnables intrigues, travaillé avec obstination à faire éclater les troubles, et tout fait pour attirer sur eux ces rigueurs qu'ils ont dénoncées en ternies si passionnés à l'indignation publique.

(') Leur exil fut levé à l'avènement de Louis XVI. Le 5 août 1775, M^L de la Chalotais, « voulant donner à Sa Majesté un témoignage de respect pour sa personne sacrée, de leur reconnaissance de la justice qu'elle avait bien voulu leur rendre, de leur désir de concourir aux vues de paix dont elle était animée et de leur considération pour M. le comte de Maurepas », consentirent, comme par grâce, à se désister de toutes actions et demandes pour tout ce qui s'était passé depuis leur emprisonnement, notamment envers le duc d'Aiguillon. Le 8 août, une lettre du garde des sceaux Miromesnil annonça à M. de la Chalotais une gratification de 100,0CI0 1. et une pension de 8,000, réversible pour moitié au chevalier de la Chalotais, pour moitié à M™e de la Fruglaye. La terre de Caradeuc fut érigée on marquisat par lettres patentes de décembre 1776. M. de Caradeuc reprit son siège de procureur général.

CHAPITHE XIII

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