LES ÉTATS UE 1706- 17G7 ET LE INOIVEAU RÈGLEMENT
Le 9 décembre 1700, veille de son départ pour la Bretagne, d'Aiguillon donnait un grand diner dans son hôtel. Son air sérieux et ennuyé frappa ses convives, qui ne })urenf, réprimer une violente envie de rire. Se retournant vers l'un des rieurs : « Eh bien, allez y donc à ma place, puisque cela » vous amuse, s'écria le duc ; pour moi, j'aimerais mieux » brider des ours que des Bretons I » (').
La session de 1766 ne devait que trop justifier cette boutade; elle fut de beaucoup la plus orageuse des sept tenues auxquelles d'Aiguillon a eu le redoutable honneur de présider. Si le bastion n'avait plus pour lui, comme en 1764, l'appui et la complicité du grand corps judiciaire de la province, il avait dans les événements survenus depuis dix- huit uiois des sujets d'excitation bien plus puissants encore. Nombre de gentilshommes, l'esprit échauffé par la violence des propos qu'ils entendaient tenir, ne voyaient plus dans d'Aiguillon que le tyran de la province et le persécuteur de ses procureurs généraux. Il leur fallait tirer une vengeance éclatante des prétendues atteintes à leur droit national et rétablir dans son intégrité cette compagnie héroïque qui s'était immolée pour la défense de leurs privilèges ; le rappel de l'universalité allait être le mot d'ordre de tout le parti. Beaucoup d'autres, qui le désiraient peu, qui même le craignaient, mais qui l'attendaient de la faiblesse bien connue du gouvernement, voulaient paraître y avoir contribué. <( Plusieurs personnes, » remarquait très justement Pévêque de Saint-Brieuc, crient, » sollicitent, cabalent, qui ne diraient mot s'il passait pour » constant qu'il n'y a nulle espérance; les deux tiers de ceux » qui montrent le plus de feu seraient très fAchés que les choses
(') De Belleval, Souvenirs d'un chevau-léger.