‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 113 sur 174 · OUVERTURE DES ÉTATS · texte numérisé non relu

OUVERTURE DES ÉTATS

» fussent rétablies surTancien pied ». Il aurait suffi pour regagner cette foule que les esprits fussent persuadés de l'énergie du roi, de la bonne entente des ministres et delà persévérance du gouvernement ;or, malbeureusemcnt, en ce moment même l'extinction de la procédure ne prouvait que trop l'indécision et les contradictions de sa politique. Une telle magnanimité dans le pardon des injures ne pouvait être auprès des Bretons que dun effet déplorable, et c'est surtout en prévision des difficultés de la tenue que d'Aiguillon regretta la détermination royale, cette détermination dont on lui a, si h tort, imputé la responsabilité (') : « Je ne parlerai de ma vie de cette » malheureuse journée, écrit-il le 30 décembre; c'est tout ce » que je puis gagner sur moi, mais il m'est impossible de » l'approuver et de n'en pas gémir » (-). La chose faite, il alla, lui, l'adversaire implacable du rétablissement des procureurs généraux, lui qui ne cessait de prédire les funestes conséquences d'un pareil événement, si jamais il venait à se produire, jusqu'à regretter qu'on ne fût pas allé jusqu'au bout et qu'on laissât les six magistrats en exil, alors qu'on déclarait ne pas vouloir trouver de coupables. Il ne voyait aucune bonne raison à donner en faveur de celte combinaison boiteuse, et n'en attendait que les plus fâcheux résultats. \e pouvant mieux faire, il tint du moins à ôter aux Etats le plus possible de prétextes à réclamation en procurant le rappel des autres exilés dont la province pleurait la perte ; c'est ainsi qu'il fit lever les lettres de cachet de jNDI. de Pire et de Kerguézec ; puis, de son aveu, M"" de la Roche, l'abbé de Boisbillv, MM. de la Rochevilletebert et de Kermode, le Boucher,

(') M. Tabbé Bossard pense que désespérant de faire condamner les accusés d'Aiguillon a du moins tenu à obtenir learexil pour les flétrir devant la postérité.

(-) S'il fallait ajouter une preuve de plus à toutes celles qui ont été déjà données du peu d'influence de d'Aiguillon sur les décisions ministérielles relatives à l'affaire de Bretagne, celte brusque cessation de la procédure serait peut-être la plus décisive. D'Aiguillon était loin de s'attendre à ce coup. La nouvelle en arriva à Rennes dans la journée du 24 décembre 1766; d'Aiguillon venait de commencer une lettre au contrôleur général où il se montrait assez optimiste; la tranquillité était, d'après lui, fort grande dans la ville : peuple et bouigcoisie avaient oublié l'cxislence de M. de la Chalotais. Tout à coup arrive le courrier porteur de celte surprenante nouvelle : <■ elle va produire inévitablement un grand changement dans » la disposition des esprits, ajoute d'Aiguillon dans un post-scriptum désespéré, » ainsi vous ne devrez plus compter sur ce que j'ai l'honneur de vous mander dans » cette lettre » (H. 362).

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(iazon ('), fuient rendus à la liberté, quelques-uns avec cette restriction (|u'ils ne devraient pas s'approcher de Rennes de plus d'une distance déterminée; M""' du Halgouet, de Bouleviile, de Guerry, de la Pajotièi-e purent revenir à Rennes (^) ; M. de la Fruglaye eut également permission d'y rentrer ('). Les Etats s'ouvrirent le 29 décembre, sous la présidence de l'évèque de Rennes pour le clergé, de Silguy, sénéchal de Quimper, pour le tiers (*), et du duc de La'Trémoille, baron de Vitré, pour la noblesse. La présidence de ce dernier, jeune homme d'un caractf're faible et inexpérimenté, insuffisamment en garde contre les manœuvres, les ruses et souvent les perfidies de son ordre, était pour le commandant une circonstance très fâcheuse. D'Aiguillon comptait sur le tiers, malgré le grand nombre d'officiers de justice qu'il comprenait, sur le clergé, quoique quelques-uns des abbés, l'abbé de Pontual (^), l'abbé Desfontaines, fussent entièrement gagnés au parti parlementaire : mais les 665 gentilshommes qui composaient l'ordre de la noblesse allaient se trouver, par le

(1) Le Bouclier avait élé exilé à Rodez, et Gazon à Civray, le 19 février 1766.

(*) Ces quatre dames avaient reçu l'ordre de partir de Rennes en décembre 1765.

(*) Exilé à Quimper en juillet 1766.

(*) M. de Coniac, qui commençait à ressentir quelque craintes pour l'avenir de ceux qui s'étaient compromis au service du duc d'Aiguillon, avait jugé opportun d'éviter cette session dont il prévoyait les orages. Fort ambitieux, il songeait à une charge de mailre des requêtes, et désirait surtout quitter la Bretagne dont le séjour devenait dangereux, pour aller à Versailles édifier une nouvelle fortune poliliquc. D'ailleurs il en avait assez de la présidence : « î\Ia santé, écrivait-il le » 2 nov. 1766 (tl. 439), n'est plus assez forte pour soutenir une présidence où, plus » malheureux que des galériens, sans aucun moment de liberté, les heures du » sommeil et du repos n'ont aucunes règles déterminées etoù les peines réelles du » corps sont égales à celles de l'esprit el du cœur ». 11 fit si bien qu'il se fit donner l'ordre de venir à Versailles. M. de Flesselles pense qu'il avait surtout voulu se faire valoir et qu'il fut fort marri d'èlrepris au mot.

M. de Silguy, sénéchal de Quimper, venait précisément de lever une charge de conseiller au Parlement et de verser à cet effet 32,000 livres aux parties casuellcs, mais sa réception n'avait pas encore eu lieu ; comme il était contre l'usage que des membres du Parlement fissent partie des Etats, son droit à la présidence lui fut contesté par quelques baslionnaires, et il dut, pour le faire reconnaître, promettre de ne pas se faire recevoir au Parlement de deux ans. Celait donc une recrue perdue pour le complément de cette cour. Mais M. de Silguy s'était assez avancé pour comprendre que l'ancien Parlement ne lui pardonnerait jamais, s'il revenait, cl celle circonstance l'attacha au parli de d'Aiguillon que tout d'abord il hésitait à suivre.

{") L'abbé de Pontual avait élé en 1763 chaudement recommandé par d'Aiguillon à la bienveillance de l'évôcjue d'Orléans', tant pour la pureté de sa doctrine et de ses mœurs que pour son zèle pour le bien du service.

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