‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 116 sur 174 · ACCORD DE LA CAI'ITATIOM ET DES VINGTIÈMES · texte numérisé non relu

ACCORD DE LA CAI'ITATIOM ET DES VINGTIÈMES

commissaires du roi partis, la noblesse demanda aux autres ordres promesse de se joindre à elle pour réclamer le retour de l'universalité : le clergé et le tiers ayant assuré qu'ils le feraient volontiers, la noblesse revint immédiatement ù leurs avis sur la capitalion et les vingtièmes, et ces deux impôts se trouvèrent ainsi formellement et régulièrement accordés, malgré quelques baslionnaires intransigeants, comme M. de Coëtanscourt, qui ne voulaient aucune concession et disaient très haut que mieux vaudrait laisser casser les Etats. Ce fut le signal d'une irrémédiable division parmi les bastionnaires : les uns, désireux surtout d'obtenir le rappel du Parlement, suivirent l'impulsion de MM. de Pire et de Guerry, et se montrèrent disposés à voter les fonds à l'accord desquels était subordonné l'envoi des mémoires relatifs au rappel de l'universalité ; les autres, plus indifférents au sort des membres de l'ancien Parlement, se groupèrent autour de M. de Coëtanscourt et prirent pour mot d'ordre de tout refuser, et de ne consentir qu'aux pieds du trône. Les premiers, relativement modérés, eurent l'avantage le 21 février pour la dernière fois; les autres, les intransigeants, le ressaisirent fort vite et le gardèrent jusqu'à la fin de la tenue. Ainsi ce fut dans la portion de la noblesse la moins portée pour le Parlement, dans celle dont le chef était un ami déclaré des jésuites, que d'Aiguillon trouva l'opposition la plus gênante.

La discussion sur les deux sols pour livre du dixième et sur le secours extraordinaire rendit immédiatement la supériorité au parti de l'intransigeance. Il réussit à faire traîner pendant trois jours le vote des sols pour livre du dixième; quant au secours extraordinaire, on ne voulut pas même écouter lecture du rapport de l'évêque de Vannes à ce sujet (26 fév.), et d'Aiguillon fut réduit, pour occuper les Etats, à faire pré-

Florenlin y avait déjà pensé dès le 28 janvier. Ce ministre regrettait seulement Mettre du 22 février) que d'Aiguillon n'eût parlé que des demandes faites le 5 janvier (capitalion, vingtièmes, secours extraordinaire) au lieu de parler de toutes les demandes en général que le roi avait à l'aire. Mais d'Aiguillon (lettre du G mars, II. 363) explique pourquoi celle marche n'aurait pas élé habile. S'il avait exigé le consentement de la noblesse à toutes les demandes, il n'aurail rien obtenu, parce que la noblesse aurait craint que les Etats ne fussent séparés, et leurs mémoires remis aux calendes grecques, dès que tous les fonds auraient été votés. 11 était plus politique de n'en demander que quelques-uns, ceux qui souffraient ordinairement le plus de difficullé. La résistance obstinée que les Etals allaient opposer sur le secours extraordinaire prouva bientôt la justesse de cette observation.

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scnlcr le reste des demandes du roi : emprunt de six millions pour le compte de l'Etat, autre emprunt pour acquitter les dettes de la province, fonds pour le casernement, les milices, les milices garde-côtes, les grands chemins, les étapes, etc., etc. Les jours suivants rallairc n'avanra pas davantage ; la noblesse suscitait incident sur incident [)()ur [)aralyser l'activité des Etats; unjour ellel'aisait une all'aire au couimandantpouravoir, l'encontrant une trentaine de gentilshommes qui venaient chez lui 6 rimproviste lui adresser quelques représentations, prié ces messieurs de vouloir bien remettre leur visite au lendemain, afin qu'il pût prévenir et convoquer les autres commissaires du roi; un autre jour elle arrachait à son président un (juasi désaveu de sa conduite au 17 février et lui faisait signer une lettre justificative de son ordre, actes de faiblesse qui valurent au malheureux Laïrémoille, de la part du contrôleur général etde Saint-Florentin, quelques observations sévères(') et qui ne relevèrent en aucune façon son prestige auprès des gentilshommes eux-mêmes ('). Quand elle se décida enfin à entamer ratï'aire du secours extraordinaire, ce fut pour inviter les deux autres ordres à prendre rengagement de se réunir à elle pour voter, dans le cas où le secours extraordinaire serait unanimement consenti, l'envoi d'une députation en cour à Tetlet de porter au roi les représentations et supplications de la province. C'était aller singulièrement plus loin que les offres des commissaires du roi, qui n'avaient parlé que de l'envoi de mémoires, et celte demande n'était faite que pour

(') « Sa IMajeslé, lui écrivit Saint-Florentin (H. 636), m"a diargé de vous léinoi- » gner qu'autant qu'elle a été satisfaite de voire conduite dans le commencement ') de la tenue, autant elle en est mécontente à présent... Vous cherciiez vainement » à justifier l'indiscrétion et la témérité des lettres circulaires qu'ils ont écrites et » approuvées. Sa Majesté leur en aurait déjà fait ressentir son juste mécontentement » si la plus saine partie de la noblesse n'avait réparé celte faute par sa proteslalion, » dans laquelle elle a reconnu les véritables sentiments de sa noblesse de Bretagne».

(^) Témoin un libelle assez singulier, une lettre supposée écrite des Champs- Elysées à La Trémoille par un de ses ancêtres, qui lui raconte les cruels châtiments que Némésis exerce sur le cardinal (de Richelieu) « dont votre corruptenr porte le nom », la gloire dont sont entourées ses victimes, Montmorency, Marillac, Chalais, la douleur dont ont été saisies les ombres des bienheureux en apprenant que lui, La Trémoille, s'était livré sans réflexion aux lâches conseils de l'ari'ière-neveu de leur domestique (un Vignerot, garde-chasse àThouars, qui aurait été chassé pour faux témoignage). Mais Kerguézec survenant avait appris que La Trémoille s'était rétracté, avait prolesté contre tout ce qu'il avait fait, demandé solennellement pardon à la noblesse de Drelarjne, et sur ce la joie était redevenue générale.

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