DÉLIBÉRATION ÉQUIVOQUE SUR LE SECOURS EXTRAORDLNAIRE
contraindre à un refus, dont la noblesse comptait bien tirer parti pour accuser les deux ordres d'abandonner la cause de l'universalité. Le clergé et le tiers refusèrent en efïet de prendre cet engagement; les commissaires du roi se bornèrent à renouveler les assurances données le 21 février. Rien ne put alors faire départir la noblesse de sa formule habituelle de consentement aux pieds du trône. L'avis qu'elle prit le 7 mars fut d'envoyer une députation solennelle pour solliciter le rappel de l'universalité et consentir le secours extraordinaire de 700,000 1. aux pieds du trône (') ; mais ce consentement éventuel à Versailles était un refus h Rennes. En vain lui représenta-t-on que l'accord des demandes du roi était la condition indispensable de l'expédition en cour des vœux des Etats pour la cause qui lui était chère : elle se cantonna obstinément dans cette position. Le 10 mars, comme l'évèque de Rennes la pressait vivement de prendre une délibération plus satisfaisante, il fut interrompu par des cris d'animaux, et quand il proclama la remise des Etals au lendemain, M. de la Besneraye s'écria à haute voix : « A demain la reprise des fourberies de Scapin ! » L'impossibilité évidente de la faire revenir à un avis plus docile, et l'impatience du contrôleur général de faire faire l'adjudication du bail des devoirs (il y avait déjà deux mois et demi qu'il était expiré, le trésorier se plaignait du retard du recouvrement, et le défaut d'adjudication le privait de rentrées importantes sur lesquelles il avait compté), déterminèrent les commissaires du roi à entrer aux Etats le 11 mars : ils se firent remettre les avis des difTérents ordres sur le secours extraordinaire, leur défendirent de s'occuper davantage de cette matière, et leur enjoignirent de prendre connaissance du rapport de la commission des baux, étant urgent d'adjuger les fermes de la province, qui souffrait grand préjudice de ces délais exagérés. Cet ordre devait être le point de départ, dans l'histoire de cette tenue, d'une période plus agitée encore que tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. La séance du 12, où l'évoque de Rennes mit habile-
(•) Quant au clergé et au tiers, leurs avis étaient d'accorder, m;iis étaient conçus en des termes difTércnls. Le 11 mai ces deux ordres devaient se réunir à un avis identique, qui fut d'accorder le secours e.xtraordiiiaire, d'augmenter en conséquence le tarif des devoirs et de consentir les deux sois pour livre des droits des fermes. Le gouvernement dut accepter ce consentement, qu'il était loin d'avoir sollicité.
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ment à profit l'absence fortuite de quelques-uns des chefs du bastion pour enlever le vote des fouages ordinaires et extraordinaires et de quelques autres fonds, vit les derniers moments de calme : encore ne durèrent-ils pas jusqu'au bout, la noblesse levcnue en tumulte ayant empêché la lecture du rapport de la conimission des baux. Le 13, l'abbé de Brilhac essaya en vain de poursuivre cette lecture : quoiqu'il ail la voix forte, raconte d'Aiguillon, les cris de la cabale étaient tels que le lecteur put à peine se faire entendre de ceux qui étaient auprès de lui : les Entreticiu sur les Etats de 1766 doutent môme qu'il ait pu s'entendre lui-même « par les huées continuelles et le tumulte effroyable dont retentissait la salle des Etats. » iMèmes scènes tous les jours suivants; renonciation des avis, la rédaction du procès-verbal étaient quotidiennement l'occasion de querelles interminables. « Cha- » que séance, raconte le Journal du commandement, commen- » (^'ait par le refus de la noblesse de signer le procès-verbal de » la session précédente : les gens sages formaient de justes re- » présentations : on leur répondait par des invectives. Le » tiers et le clergé, jusqu'alors résignés, commençaient à sup- » porter impatiemment les affronts qu'on faisait en toute occa- » sion à leurs chefs ou à leurs députés : ils menaçaient haute- » ment de se séparer sans retour de la noblesse, si elle ne se » montrait pas plus raisonnable : le théâtre était devenu un >) champ clos, où les champions subalternes de la cabale pro- » voquaient indécemment tous ceux qui osaient élever la voix » pour soutenir le bon parti : enfin l'assemblée avait perdu » jusqu'à la dignité extérieure cpii devait la rendre respectable » au peuple. Toute la ville retentissait des scènes ridicules qui » s'y passaient chaque jour». Dans ce désordre, les entrées des commissaires du roi, devenues de plus en plus fréquentes, au grand scandale du bastion, parvenaient seules à rendre possible une certaine expédition des aflaires. « Pour faire écouter » la commission des baux, dit Linguet, pour faire délibérer » sur son rapport, pour faiic énoncer la délibération des » ordres soumis, pour la faire inscrire sur le registre et la faire » signer, il fallut à chaque fois que les commissaires du roi » entrassent dans l'assemblée. Les fabricateurs de libelles se » sont beaucoup récriés contre ces entrées qu'ils ont appelées » illégales, et ont essayé de les faire envisager comme des