INJURES ADRESSÉES AUX HOMMES NOUVEAUX
et. Grimaudet de la Marche, un ordre de rentrer, sous peine de désobéissance, qu'ils exécutèrent le 17 août. Mais aussitôt après avoir fait pour la forme acte de présence, ils reprirent le chemin de leurs terres ou de leur exil et signifièrent insolemment qu'ils ne reprendraient le service que lorsqu'il y aurait un Parlement. L'échec douloureux de cette tentative, faite en l'absence de d'Aiguillon et contre son avis, fut peutêtre la cause déterminante du départ de M. de Flesselles d'une province où il avait d'ailleurs rendu au gouvernement de réels services : il fut nommé à Lyon, à la fin de 1707 Quant à d'Aiguillon, il avait, lui aussi, mais avec plus de prudence, négocié et procuré quelques entrées, mais il les avait résolument cherchées, pour la première fois, en dehors de l'ancien personnel parlementaire, dont les éléments utilisables étaient bien décidément épuisés. Les trois premiers hoynmes nouveaux qui osèrent ainsi entrer dans le bailliage (après M. de Sdguy qui avait ses provisions, mais qui avait promis de ne pas se faire recevoir), furent de Langle de Coëtuhan fils, de Becdelièvre fils et René de Champeaux (22 et 25 août 1767) : il leur fallut du courage, car le crime dont ils se rendaient coupables aux yeux du bastion était bien plus irrémissible encore que celui des rentrants : à la défection s'ajoutait chez eux l'usurpation. Aussi ont-ils été particulièrement maltraités. M. de Becdelièvre, fils du premier président de la chambre des comptes, élait, d'après le Commentaire, livré aux jésuites, très borné, el d'une ignorance crasse : vingt-cinq louis que lui promit M. son père triomphèrent de ses hésitations à s'agréger dans cette troupe : cette somme lui suffit pour le déterminer à s'engager dans la route du déshonneur. Le jeune de Langle a été épargné, on ne sait pourquoi, par le Cotnmentaire , mais la Répojisc inslructive à la lettre du 18 mai a comblé celle lacune, u II a manqué, dit- » elle, sa vocation : fort habile dans le commerce des bœufs, » pour lequel il semblait fait, il allait vendre et acheter dans » les foires et marchés de la province : d'une ignorance crasse » en matière de lois comme en toute autre, on prétend qu'il ne » savait pas encore lire à vingt ans : ^1™" sa mère, qui dispose )) à son gré de toutes les dispenses, lui en a sans doute donné de » science et même de bon sens ». Quant à René de Champeaux, si on ne peut croire, sur la seule affirmation des pamphlets,
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({u'il eût l'esprit l)orné et le jugement faux, et que l'ancienne compagnie ail refusé de le l'ccevoir, toujours est-il certain qu'il fut pour le bailliage une recrue des moins utiles. Il y avait à peine six mois (ju'il siégeait, qu'il fut pris d'un suLit accès d'aliénation mentale en plein tribunal, le 20 avril 1768, Le Parlement était assemblé pour délibérer sur le cérémonial à observer pour la canonisation de M"' de Chantai, lorsqu'il se leva, dit qu'il était bien singulier qu'on canonisât M"'" de Chaulai, qui avait été la c... de saint François de Sales, qu'il n'y avait qu'un honnête homme, La Chalotais, que celui-là seul devait être canonisé; il déclara à ses collègues qu'ils étaient tous des j... f .., et que lui-même était malheureux d'être un f. .. conseiller sans charge. 11 ajouta que le prêtre Boursoul était mort et (|ue c'était bien fait : comme on lui affirma le contraire, il se fâcha, et dit que s'il n'était pas mort tout h fait, il l'était presque. Deux de ses collègues le reconduisirent chez lui; sitôt déshabillé, il sauta sur son cheval, partit ventre à terre, et on n'entendit plus parler de lui ('). Tant bien que mal, les sièges encore vides se garnissaient ainsi peu à peu, et l'espoir était grand que le nombre de soixante serait atteint à la rentrée. Il s'en fallut de peu que le gouvernement pût s'enorgueillir de cette difficile victoire. D'Aiguillon, qui n'avait rien de plus à cœur que la constitution définitive de son Parlement, s'y employa avec persévérance pendant le séjour qu'il fit en Bretagne du 4 décembre 1767 au 20 janvier 1768 — le dernier qu'il dût y faire. Ses efforts furent couronnés de succès, et il sut trouver pour accepter des charges, voire même, chose plus difficile, pour en acheter, des hommes qui furent loin de mériter les épithètes injurieuses que le bastion leur prodigua. Il n'y eut pas de sacritice à faire sur la qualité et d'Aiguillon, d'ailleurs,
(') (Robien à Coniac, 21 avril 1768). On devine le parti que les pamphlétaires ont tiré de ces incidents. La deuxième lettre du f/enlilhomme breton lui prête celte apostrophe à ses collègues : « Vous êtes tous des misérables qui vous cou- » vrei d'opprobre et vous repaissez d'iniquilés : chaque pas que vous faites est mar- » que par de nouvelles horreurs, surtout dans la procédure que vous instruisez au » sujet du complot trop réel d'empoisonner M. de la Chalotais. Je me retire pour » ne point paitlcipcr à la consommation de cet abominable projet, et pour n'être » plus complice de vos forfaits». Elle allirine que la cause du dérangement de son esprit était le chagrin de participer aux injustices notoires de son corps et à l'exécration puulique {\u"\\ avait si Lien méritée.