IMPOSSIBILITE DE COMPLÉTER LE BAILLIAGE D AIGUILLON
n'en aurait pas souffert : a Nous ne pouvons pas, écrivait-il » le 18 déceml)re ('), faire entrer dans le Parlement de Breta- >) gne des avocats, des subdélégués, des secrétaires, comme on •> a fait dans le Parlement de Pau, ou même des étrangers. La » vanité et la délicatesse de nos magistrals ne leur pcrmet- » traient pas de les admettre parmi eux ». On n'eut qu'à faire quelques concessions pécuniaires : abaisser un peu le prix des charges et accorder des délais pour le paiement. Moyennant ces conditions, on vit frapper aux portes du palais, pendant les premiers mois de 1768, un certain nombre de héros. Cette dernière fournée comprenait notamment MM. Gouyon de Coespais, de la Villevolelle, sous-lieutenant des gardes du commandant, contre lequel les libelles se sont particulièrement acharnés (^), l'accusant d'avoir été domestique du duc d'Aiguillon et d'avoir porté sa livrée. Le Borgne du Boisriou, avocat : les deux frères Menardeau : enfin des ecclésiastiques, Rolland du Roscouèt que la Lettre du gentilhomme breton appelle Roland furieux, l'abbé de Tronjolly, grand vicaire de l'évêque de Saint-Brieuc, et l'abbé Descognets, chanoine et officiai de Cornouailles; il n'y avait jamais eu de conseillers clercs au Parlement de Bretagne; mais, comme dit le même libelle, nécessité n'a point de loi;les trois abbés furent admis sans difficulté et firent d'ailleurs honneur au Parlement par leur zèle au travail et leur inébranlable fermeté, également inaccessible aux pièges ou aux menaces des bastionnaires; s'il y en avait eu beaucoup comme eux, le parti des braves n'eût pas eu de peine à l'emporter sur celui des poules mouillées ("). De la sorte, au mois de mai 1768, en y comprenant, il est vrai, les conseillers malgré eux qui ne venaient jamais ou qui ne venaient que pour entraver leurs collègues, en y comprenant aussi ceux que le grand Age ou les infirmités éloignaient forcément du palais, on avait sur le papier un
;') H. 371. Il fallut bien, malgré celte profession de foi hautaine, admettre quelques avocats.
(-) Les libelles l'accusent d'avoir pris un répétiteur qui lui expliqua quelques passages des Inslitufes ; des examinateurs complaisants l'interrogèrent là-dessus et prononcèrent le dif/itus inlrcwe. On écrivit sur les nmrs du palais, à la nouvelle de cette étonnante candidilure : » Défense à la livrée d'entrer, même en payant ». Et quand on apprit cette stupéfiante admission : <> Permis à la livrée d'entrer, même sans payer. -
(3) Lettre écrite de Rennes, 25 mars 1768, H. 6-33.
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efTeclif de 50 mtigistrats ; il ne restait plus que trois charges de président et une de conseiller à remplir pour atteindre le chiffre réglementaire ('). Sur ces l'yQ magistrats, vingt à trente étaient ordinairement présents et ce spectacle ravissait d'aise ceux qui pouvaient comparer celte assiduité inaccoutumée à l'abstention systémalique de l'ancienne magistrature. « il est incon- » ccvable, lit on dans une lettre de Rennes du 25 mars 1768, » de voir avec quelle ardeur et quelle activité INIM. du Parle- » ment remplissent leurslonclions; matin et soirils travaillent; » la (Irand'Ghambre, la Tournellc, les enquêtes vont e.xacte- » meut... On ra[)porte continuellement dos procès... ; quoiqu'il » n'y ait que 26 à 27 magistrats présents, ils font face au travail » de trois chambres ; de[)uis plus de vingt ans, il n'y avait ja- » mais eu autant de procès rapportés aux enquêtes qu'il y en a » eu cette année ». Les plushautesespérancesétaientdonc permises. Mais hélas, cruelle ironie du destin! ce fut au moment d'atteindre le port que la tempête redoubla de rage. Déjà le navire, désemparé, faisait eau de toutes paris et était privé de son pilote loi'squ'y montèrent les dernières recrues que son équipage ait faites (^]. 11 était écrit que le bailliage d'Aiguillon ne serait jamais complété.
Hien ne donne mieux l'idée des épreuves qu'eut à subir ce malheureux tribunal et du déchaînement inouï des fureurs de l'opposition, que l'histoire de deux procès dont il eut, bien malgré lui, à connaiire, et qui lui ont valu les imputations les plus flétrissantes, les outrages les plus injustes, parmi tous ceux qui lui ont été prodigués.
Au nombre des libelles multipliés qu'enfantaient chaque jour les écrivains du parti bastionnaire, figurait dès novembre 1766 une brocliure relative aux manœuvres auxquelles les ci-devant jésuites se seraient livrés à Rennes pour assouvir leurs vengeances et reconstituer leur société. Elle fut réimprimée et colportée partout en mai 1767, sous le titre de : Tableau des a.sse?nblées sec?'ètes et fréquentes des jésuites et de leurs affiliés à Rennes. C'était une simple énumération, sans commentaire, des endroits où se seraient tenus leurs conciliabules (Pelit-Séminaire, hôtel de Kergu, hôpital de
(') LeUre de d'Aiguillon, 4 mai 17G8, K. 712,
(*) Les deux frères Menardeau furent admis les 9 et 23 août 1768, juste au moment où dWiguillon perdait le commandement de la Bretagne.