PRÉTENDUES ASSEMBLÉES DES JÉSUITES
Saint-Méen, hôtel de Langle, etc.) et des personnes qui y auraient assisté. On nommait entres autres huit officiers du Parlement, MM. de F'arcy de Guillé, de Brilhac, Blanchard du Bois de la Muce, Conen de Saint Luc, Auvril de Trévénégat, Geffroy de Villehlanche, l'avocat général Le Prestre de Ghâteaugiron, Coniac, sénéchal de Rennes : des ecclésiastiques, Tévêque de Rennes Desnos, les abbés de Saint- Luc, de Saint-Aubin, de Kergu, le prêtre Clemenceau, supérieur de l'hôpital de Saint-Méen : des laïques, de Cargouet, de la Bourdelière, Audouard, les procureurs Desnos et de Minihy; un certain nombre de ci-devant : et des dames, comme la présidente de Francheville, et la fameuse présidente de Langle ('). C'étaient ces personnes qui, dans leurs conférences secrètes , se seraient appliquées à forger des accusations contre les procureurs généraux, à suborner des (émoins contre eux et à répandre des espions dans toute la province. On accueillit avec avidité ces dénonciations anonymes, et ce fut bientôt un article de foi, dans toute la France, que Rennes était remplie de ci-devant, et le centre de leurs plus abominables intrigues.
Qu'un certain nombre de membres de l'ancienne société se soient réunis dans cette ville, comme aussi bien l'édit de 1764, cetéditqueM. de la Chalotaislui-mèmea hautementapprouvé et que le Parlement de Rennes avait enregistré en janvier 1766, leur en donnait le droit et leur en faisait presque le devoir (on sait que la compagnie avait compté beaucoup de Rretons dans ses rangs) ; que l'évêque de Rennes, qui les aimait, leur ait confié des chaires; qu'ils aient visité les amis qu'ils comptaient dans cette ville et aient été visités par eux, au vu et au su de toute la population ; ce sont là faits tout naturels, faciles à admettre, et attestés d'ailleurs par des témoins dignes de foi ("). Quant aux complots et aux intrigues, c'est ce qui n'a jamais été prouvé, et c'est ce que semblerait démentir tout d'abord l'absence complète de mystère qui, au dire môme des témoins les plus passionnés, caractérisait les allées et
(') Elle était célèbre par l'ardeur de sa dévotion et par son allacliemenl pour les jésuites. En 1766, le pape — ou peut-être le P. Bol, un ci-devant — ou peut être encore quelque mauvais farceur de procureur — lui fit parvenir, avec un bref élogieux, un chapelet et une médaille à titre de présent apostolique.
(') Lettre de M. de Hobien, 28 mars 1766.
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venues des soi-disants. M. de Montbourcher, chargé en décembre 1766 de luire une enquête sur une prétendue assemblée qui se serait tenue ù Saint-Méen, n'en trouvait aucune trace, et ne découvrait h la charge des Révérends Pères que d'avoir rendu visite fi quelques dames de la haute noblesse tle la ville ('). Mais le mot de jésuites avait été prononcé : ne pas donner suite à l'affaire eût été s'avouer complice. Force fut donc au Parlement d'accueillir comme sérieuses ces dénonciations anonymes, et comme Le Prestre, mis lui-même en cause, ne pouvait l'cquérir, celte charge incomba à son substitut Gault de la Galmandière, un malheureux, père de dix enfants, ex substitut de M. de la Chalolais, qu'il a peutr être servi lors des querelles parlementaires de 1764, resté en fonctions dans le bailliage d'Aiguillon, vraisemblablement à cause du besoin qu'il avait de sa place, et qui, pour n'avoir pas foulé aux pieds toute notion de justice et n'avoir pas voulu se faire l'instrument de leurs rancunes, a encouru de la part des chalotistes les attaques les plus violentes (-). Son immixtion bien involontaire dans ce procès fécond en péripéties imprévues devait faire le tourment de sa vie. Il déposa sa plainte le 27 mai et conclut à ce qu'il fût fait des informations, soit pour sévir contre ceux qui pourraient être coupables d'assemblées illicites et de complots, si le fait était vrai, soit, s'il était faux, pour faire subir à l'auteur inconnu du Tableau les peines méritées par la noirceur de ses calomnies. Les monitoires furent ordonnés, lus — à voix basse, parait-il — dans plusieurs des paroisses de Rennes, et l'instruction commença immédiatement.
Les dépositions qui furent recueillies ne purent laisser aucun doute à un esprit impartial sur le peu de foi que méritait cette dénonciation anonyme. La plupart des témoins ne purent déposer que d'ouï dire : tel le procureur Even qui déclara tenir ces différentes assemblées, qu'on lui avait dit avoir eu lieu, pour aussi vraies et aussi certaines, quoiqu'il ne les eût pas vues, qu'on tient à Paris pour certain l'incendie de Rennes en 1720, bien qu'on n'y ait pas assisté : ce que
(') LelLre de M. de Monlbourclier, 24 déc. 1760, II. 439.
(») '. (Jaiilt saura se prêter, dit la lellre du genlilhoinme breluii... il ira coinme » la cabale voudra le mener... Vin se livrant à ses coinineltaiils puur cette iiaure ). d'iniquité, il a uiis dans son niarcbé d'avaler l'opprobre comme de l'eau ".