CHAPITRE XVI
DU MOIS d'aQÛT 1708 AU RAPPEL DE l'uNIVERSALITÉ
Les changements ministériels (]ui eu ce moment même avaient lieu à Versailles prouvèrent que d'Aiguillon avait vu juste, en quittant un commandement où il ne pouvait plus espérer être soutenu. Le 15 septembre 1768 fut nommé chancelier M. de Maupeou, alors tout livré aux Ghoiseul. Quinze jours plus tard, le contrôle général des finances était enlevé à M. de Laverdy et passait à Maynon d'Invault, autre créature du tout-puissant ministre de la guerre ('). Tout faisait présager une prochaine victoire des amis de M. de la Chalotais.
Le bailliage d'Aiguillon a survécu cependant près d'un an au départ de son fondateur et protecteur, mais cette dernière période de son existence ne devait plus être qu'une longue agonie. 11 ne put réussir en 1768 à constituer sa chambre des vacations : il ne se trouva que six magistrats pour y venir, alors que le nombre de huit était exigé, et ces six magistrats se retirèrent dans leurs terres, leur petit nombre les empêchant de rendre aucun service (-). Saint-Florentin lui adressa une assez forte semonce pour cette abstention évidemment calculée; il remarquait que le Parlement en avait fourni une l'année précédente, alors qu'il était moins nombreux, qu'il en avait fourni au xvi^ siècle, alors qu'il comprenait presque moitié moins d'officiers, et il reprochait, spécialement au président de Montbourcher, de tenir un langage qui autorisait les mauvais propos et ébranlait la confiance (^). Mais le ministre lui-même était coupable tout le premier : il ne sévissait pas contre les procureurs insolents, il ne faisait pas liquider les charges des démis, il défendait de procéder à
(•) La reine Marie Leczinska ôlait morte le 25 juin 1768. Il n'est pas impossible que cet événement ait exercé aussi quelque influence sur la détermination de d'Aiguillon. Il le privait d'une protection peu puissante, mais assurée. M™« d'Aiguillon était favorite de la reine, et elle eut quelquefois chez elle l'occasion d'entretenir le roi des affaires de Bretagne. (La Noue à Fontette, 29 sept. 1767, Carré, p. 498).
(*) Lettre du président de Montbourcher, 21 septembre 1768, H. 365.
(') Lettre du 26 septembre, 0. 464.