LE PARLEMENT DEMANDE LE RAPPEL DE LUMVERSALITÉ
l'exécution de la sentence rendue contre les Moreau ('), parce que le chancelier se réservait de prononcer, après mûr examen, sur leur requête en cassation, et il abandonnait Audouard aux fureurs de l'opposition. Celle-ci était revenue à la charge contre lui et, sur de nouvelles plaintes du bureau servant de la communauté de Rennes et des ofticiers de la milice bourgeoise {-), avait obtenu par surprise un vote de la commission intermédiaire qui le destituait de ses fonctions de correspondant (6 septembre) ('*). Ce vote irrégulier fut cassé par un arrêt du conseil (7 novembre), mais Saint-Florentin, fatigué des all'aires d'Audouard, ne voulant pas se mêler « des contestations qu'il avait avec son corps », ne tarda pas à l'inviter à donner sa démission de tous ses emplois et à venir ;\ Paris, avec promesse d'une indemnité proportionnée (*),
Comment s'étonner dans ces circonstances que le découragement s'emparât de plus en plus des bons serviteurs? Comment s'étonner que nombre de gens voulussent se ménager un retour auprès du parti qui allait vaincre? A la rentrée, le 13 novembre, 20 voix contre 13 décidèrent d'écrire de nouveau au roi pour le rappel de l'universalité ; on lui déclarait que sans l'espoir du prochain retour de collègues regrettés on n'aurait pu résister à l'excès du travail et des dégoûts de toute espèce, que la province était déchirée par la discorde et la division, que le rétablissement du Parlement dans son ancien état était le seul remède à tant de maux. Le chancelier, le duc de Duras, qui venait d'être nommé au commandement
(•) Lettre du 6 novembre à Le Prestre, 0. 464.
(*) Il aurait été, d'après ce factum, violent et brutal, traitant les gens de b .. et de j. f... ; il aurait forcé des ouvriers à travailler gratis pour lui, confié l'administration du corps de garde à un vil artisan, son espion, etc., etc.
(') Ce vote fut émis dans les conditions les plus irrégulières, et à la faveur de l'absence de la plupart des membres du tiers et du clergé. Il fut l'œuvre de six commissaires de la noblesse, MM. de la Saudraye, de Rosnyvinen, du Plessis du Tiercent, Desgrées du Lou, de Keryvon, de Vauféricr, et d'un commissaire du tiers. Bureau, contre l'opposition opiniâtre de l'abbé Fournier, de l'abbé de Cornulier et de Richard de la Bourdelière.
(*) Cette promesse ne fut pas tenue. Les appointements d'Audouard montaient en tout à 6,000 livres; il n'eut qu'une gratification de 2,000 livres par an, en attendant qu'on lui donnât un emploi, dont le contrôleur général le déclarait (lettre de Saint-Florentin au duc de Penthièvre, 2 juin 1769, 0. 465), indigne par sa conduite. En 1770, d'Aiguillon en était encore à solliciter l'élévation de son indemnité au chiffre de 6,000 livres et la promesse du premier emploi de pareille valeur qui vaquerait dans les fermes du roi (Mémoire pour Audouard, H. 535).
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de la province, reçurent des lettres semblables. N'ayant pas reçu de réponse, le Parlement revint k la charge le 3 décembre en termes plus forts et représenta au roi que la crainte de porter la douleur dans son cœur lui avait fait adoucir le tableau des malheurs de ha province et l'empêchait encore d'en développer toute l'étendue. Qu'on juge de l'effet produit sur les esprits par ces symptômes réitérés de la fragihté du nouvel ordre de choses! Le Prestre de Chàteaugiron, le plus inaccessible de tous soit k la séduction, soit à la peur, était lui-même désespéré et cherchait inutilement à inspirer autour de lui une confiance qu'il n'avait plus : les avertissements prophétiques que sans se lasser il adressait au gouvernement restaient inutiles : celui-ci laissait sans mot dire insulter, chansonner, déshonorer tous ceux qui l'avaient servi. Gault, vilipendé pour le rôle qu'il avait joué dans l'affaire du poison et dans celle des assemblées, prévoyait le moment où il allait être obligé de quitter son état et sa patrie. Anneix et La Bourdelière, les deux seuls avocats qui eussent continué à suivre les audiences depuis la Saint-Martin, expiaient leur fidélité au duc d'Aiguillon par toutes les avanies possibles et se voyaient refuser des lettres d'agrégation pour les prochains Etats, sans pouvoir se faire écouter du commandant qui les renvoyait au gouverneur, ni du gouverneur qui les renvoyait au commandant ; les procureurs Minihy et Doré éprouvaient tous les désagréments que la méchanceté pouvait imaginer. L'opposition, au contraire, s'enhardissait de plus en plus, entraînait tous les corps, multipliait les libelles, réveillait d'anciennes colères en faisant imprimer et répandre, malgré tous les efforts du gouvernement, l'histoire commentée à sa façon du procès de M. de la Chalotais et de ses co-accusés ('), et se préparait à mobiliser toutes ses troupes pour le jour prochain où le nouveau commandant allait faire son entrée en Bretagne pour la tenue des Etats.
Emmanuel- Félicité de Durfort, duc de Duras, pair de France, né le 19 décembre 1715, lieutenant général en 1748, ambassadeur à Madrid de 1752 à 1755, tenait, lui aussi, à la noblesse bretonne par sa femme, née de Coëtquen, et apparentée, entre autres familles, à M. du Bourgblanc. 11 n'avait
(>) Saint-Florentin à Sartine, 7 nov. 1768, 0. 464. En décembre 1768 un arrêt du conseil prononça très inutilement la suppression de ce recueil.