‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 143 sur 174 · REFIS DU FONDS POUR L.V GARDE-CÔTES · texte numérisé non relu

REFIS DU FONDS POUR L.V GARDE-CÔTES

ment rôgulier et même nécessaire, mais qu'il retira cependant, tant la politique des concessions à outrance pour conserver une paix apparente dominait, même à Versailles.

Même faiblesse dans toutes les autres circonstances. Quand les Etats accordèrent le 31 janvier les 700,000 livres pour le secours extraordinaire, ils eurent soin d'ajouter à leur vote un consentement à la levée des deux sols pour livre en sus des droit des fermes, consentement qu'on ne leur avait pas demandé, mais qu'on n'osa pas refuser, non plus qu'une renonciation de leur part à toute réclamation pour la perception antérieure et non consentie de cette levée additionnelle. Lorsque le 10 février la demande du fonds pour les milices garde-côtes fut de nouveau présentée, elle n'eut pour effet que de provoquer les clameurs les plus injurieuses pour M. delà Noue. En vain fit-on valoir que c'était le duc de Choiseul qui demandait ce fonds, qu'il avait rendu assez de services à la province pour mériter sa reconnaissance, que M. de la Noue d'ailleurs ne remettrait sûrement plus les pieds en Bretagne : rien n'y fit, et la demande fut retirée sous le prétexte mensonger qu'il y avait en caisse des fonds suffisants pour ce service pendant l'année courante et pendant la suivante ('). A peine est-il besoin d'ajouter que le déficit sur le casernement, au lieu d'être imposé, comme le portaient les instructions, fut couvert par un emprunt, et qu'il en fut de même pour le déficit de l'état de fonds : c'étaient là des actes de faiblesse qui n'étaient point imputables au nouveau commandant, puisqu'ils étaient malheureusement passés en habitude, mais qui devenaient, à mesure que le temps s'écoulait, de plus en plus désastreux. « Je conçois, écrivait Duras au con- » trôleur général (^) en sollicitant son consentement pour un » emprunt de 2 millions et demi à 3 millions, que rien n'est » plus malheureux que d'accumuler comme on a fait jusqu'à » présent et comme je suis forcé de le faire encore emprunt » sur emprunt, et d'écraser la province sous le poids de » dettes immenses ; j'y vois comme vous la perte de son cré-

(') Huit jours environ avant cette décision, la vérification de l'état de fonds poulies années 1767 et 1768 avait accusé un déficit de 1,457,119 1. 8 s. 5 d. : et l'état de fonds qui fut établi par prévision dans cette tenue pour les années 1769 et 1770 était en déficit de 2,682,000 fr.

(2) 2 fév., H. 367.

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» dit et les suites les plus fâcheuses; mais il est impossible » en ce moment d'en user autrement. »

Un des incidents où se montra de la manière la plus fâcheuse la servilité du duc de Duras envers le bastion fut l'adjudication des fermes, ce moment toujours si difficile h passer, et d'autant plus redoutable que cette adjudication se faisait dans l'après-midi, « circonstance peu favorable pour traiter avec des Bretons » écrivait Duras lui-même ('), qui a, au milieu de ses rapports mensongers et systématiquement optimiste, par ci, par là, quelques échappées de franchise. Deux compagnies étaient aux prises, celle de Gratien et de son beau-père Bourgeois, que la noblesse haïssait pour avoir pris les fermes en 1766 sans son aveu, et contre la régie de laquelle elle proférait les plaintes les plus violentes : et celle de iMillet, la fameuse société patriotique de Nantes, à laquelle étaient réservées toutes ses tendresses. Sur une question de Gratien, au moment de l'allumage des feux (16 fév.), il avait été convenu qu'on publierait les enchères selon l'usage au troisième et dernier feu, que cependant il pourrait être procédé à un quatrième feu, si les Etats le requéraient et si l'intérêt de la province paraissait le demander. Au moment de l'extinction du troisième feu, cinq enchères furent faites consécutivement et si rapidement que, de l'aveu général, il fut impossible à l'oreille la plus exercée de savoir quel était le dernier enchérisseur : néanmoins, il n'y eut qu'un cri dans la noblesse pour que le bail fût adjugé à Millet, tandis que le clergé et le tiers réclamaient un quatrième feu. Leur voix fut couverte par les clameurs de la noblesse, appuyées de celles d'un bon nombre a d'externes », gens étrangers aux Etats, dont la salle était alors remplie et qui étaient venus apporter au bastion le renfort décisif de leurs poitrines. Les injures les plus atroces sont prodiguées à Gratien, au clergé, au tiers : l'évêque de Saint-Brieuc, qui voulait un quatrième feu, s'entend déclarer qu'il est de cet avis parce que Gratien lui a promis un pot-de-vin de 10,000 écus si les fermes lui restaient. L'instant était critique, et Duras allait voir la réalité donner à ses assurances le plus éclatant démenti, lorsque le président du tiers le tira d'embarras.

(<) 17 fév., II. 369.

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