LASSITUDE DU DUC DE DURAS
officielle), et il avait obtenu, du moins il le prétendit ('), la promesse formelle que Tordre de l'Eglise ne réélirait pas ce commissaire : mais il avait suffi du retour de l'évêque de Rennes, revenu tout exprès de Brest où il était depuis dix jours, pour déjouer les combinaisons administratives et faire triompher cette odieuse candidature (^) ! Duras au désespoir comprit que tout était perdu si ce brandon de discorde n'était pas immédiatement éteint. Il réunit le soir un grand nombre de gentilshommes, les implora, les supplia, leur rappela la nécessité de la plus grande sagesse et de la plus grande modération pour déjouer les efforts de leurs ennemis communs : il ne dit pas, dans la lettre où il raconte cette conférence, s'il leur promit, comme les correspondants de d'Aiguillon l'attestent, de faire casser cette élection et d'empêcher l'abbé de Saint-Aubin de reparaître jamais en Bretagne (') : mais il montra tout au moins combien cette cassation lui tenait à cœur; il fut pathétique ; il fut aussi familier et même trivial {*), ce qui était, auprès des gens à qui il avait affaire, une chance de plus de succès. 11 réussit ù persuader son monde, et le lendemain matin 25 l'énoncé de la délibération de la veille fut fait au milieu du plus grand calme : la noblesse alla même, à l'issue de la séance, le remercier en corps de l'intérêt qu'il avait bien voulu prendre à sa sensibilité. ]Mais c'étaient là de ces tours de force qui ne se renouvellent pas, et le seul moyen d'obtenir une heureuse issue de l'assemblée était désormais que la clôture vint le plus vite possible. « Je » me flatte, écrit-il le 25 février, le jour même de son grand
(!) Lettre de Duras, 25 fév., H. 369.
(2) Son imagination terrifiée lui avait aussi fait voir deux ci-devant et deux 83, liabillés en colporteurs, entrer dans la chambre du clergé et semer l'esprit de rébellion dans cet ordre.
(') Il aurait dit à la noblesse : « Je vous ferai avoir raison, mais mot, ou vous gâterez tout ! ». (Lettre du 25 février à dWiguilion, H. 633). Il se serait vanté d'avoir plus de la moitié du conseil pour lui, contre d'Aiguillon. (28 février, ibid;.
(*) Il se serait répandu en propos plus que vifs contre l'abbé de Saint-Aubin, « ce j... f... de prestolet, ce fils de p.. , ce bougre de bâtard ». Il aurait promis que cet abbé serait rayé, demandant qu'on lui coupât son ... et ses ..., si ce qu'il disait n'était pas l'exacte vérité. (Rapports des 28 février et 4 mars, H. 369). Ces propos ont-ils été véritablement tenus? Ce qui peut les rendre vraisemblables, c'est que Duras était assez coutumier du fait. Il affectait avec la noblesse le plus complet sans-façon. Il tapait sur le ventre des gens, lâchait à tout moment des b... et des f... Il ne reculait pas devant les plus basses manœuvres, pour acquérir une peu enviable popularité. (2 janvier 1769, H. 633).
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» triomphe, que nous finirons la semaine prochaine : je vous » avoue que je le désire vivement, car je suis véritablement » excédé ». Il ajoutait, en style plus familier : « J'en ai, je » vous assure, la plus vive impatience, car M. de Saint-Brieuc » et moi, nous sommes crevés ! (') ». Le malheureux en était venu, après quelques semaines de contact avec les Etats de Bretagne, à désirer sa délivrance avec plus d'ardeur que d'Aiguillon après plusieurs années I
Ce vœu devait être exaucé. La nouvelle de la levée des exils de tous les magistrats démis venant, sur ces entrefaites, bien disposer les esprits, les affaires qui restaient encore furent rapidement enlevées; on nomma la députation en cour qu'on chargea d'appuyer le mémoire des Etals sur l'administration de la justice : on adopta un nouveau projet de règlement pour l'administration des grands chemins : on enregistra les réponses du roi aux dernières représentations sur le règlement, et l'arrêt du conseil du 12 fév. 1769 qui fixait définitivement les questions encore en suspens, mais avec réserve du droit pour les Etats de faire eux-mêmes leurs règlements, sous le bon plaisir du souverain ("), puis on se sépara le 6 mars après un discours du duc de Duras et une réponse du procureur général syndic La Bourdonnaye, où l'on remarque ce passage : (( Nous avons vu la confiance, la cordialité et l'union » succéder à la défiance, à l'inquisition et à l'espionnage... » Vous avez rendu, Monseigneur, à leurs familles soixante » citoyens qui en étaient bannis; nous osons espérer encore
(1) Autre lettre du 25 février, H. 369.
(^) Aussi les Etats de 1770 devaient-ils agir tout comme si le règlement émané de l'autorité du roi n'existait pas. Celte délibération du 5 mars, que Duras présentait comme terminant au gré du roi l'afTairo du règlement, ne faisait donc que préparer de nouvelles complications. Et cependant, dans cet arrêt du conseil du 12 février, l'autorité avait encore cédé sur toute la ligne. Non seulement, comme on l'a déjà vu, on revenait pour l'entrée de la noblesse au\ Etats aux mêmes règles i^u'en 1736, mais on rétablissait la tribune sous la seule condition qu'il n'y pût entrer plus de vingt personnes et que ces personnes fussent d'un état distingué : on renonçait à prendre les voles de la noblesse par évêcbé et on lui restituait le vote par tèle; on permettait l'entrée de notaires pour donner acte à un ordre d'un avis dont les deux autres lui auraient refusé l'inscription, à condition que cette entrée n'eût lieu que quand les ordres seraient aux chambres et que ces cas fussent aussi rares que possible, etc. (H. 420). Relativement à la commission intermédiaire, le droit d'entrer au grand bureau de Rennes quand ils se trouveraient dans cette ville, mais sans pouvoir y être convoqués par ledit bureau sans permission de Sa Majesté, était restitué aux commissaires diocésains.