LE PARLEMENT EXACTEMENT PARTAGÉ
» ment, ils empêchent le jugement de ceux distribués en les » retenant avec obstination sans vouloir les rendre, ils aban- » donnent les audiences et ne s'y présentent point. Ils por- » tent l'excès de leurs brigues et de leurs menées jusqu'à » traiter avec outrage dans leurs assemblées de communau- » tés et ailleurs ceux de leurs confrères qui, conduits par le » devoir de leur état et par la religion du serment... ne » croient pas pouvoir se dispenser de s'acquitter de leurs » fonctions... La vivacité et l'indécence ont été portées dans » leurs assemblées au point que la saine partie de leurs mem- » bres s'abstient d'y assister et qu'un des anciens syndics... a » préféré se démettre de sa place pour éviter les odieux pro- » cédés que lui attiraient ses sages représentations et son re- » fus de concourir à leurs manœuvres... La correction de )> ces abus est de la compétence du Parlement, mais il se » trouve arrêté par le trop grand nombre des réfractaires et » par les différentes circonstances auxquelles leur délit est » lié : il est forcé de recourir à Sa Majesté, de l'instruire du » désordre qui s'accroit de jour en jour, de la supplier d'em- » ployer son autorité pour le faire cesser » (').
Cet appel désespéré ne fut pas entendu. La réponse de Saint-Florentin se fait remarquer par son extrême froideur et n'est pas autre chose qu'une fin de non-recevoir. « Je ne » puis vous dissimuler, écrivait le ministre, que j'ai été sur- » pris de vous voir recourir à Sa Majesté contre des officiers » subalternes que vous avez le droit de punir lorsqu'ils s'écar- )) tent de leur devoir. Sa Majesté, lorsqu'elle a pris lecture de » votre lettre, a porté le même jugement, et elle laisse à vo- » tre zèle et à votre sagesse le soin d'infliger à ces officiers » les peines qu'ils peuvent mériter par leur insubordination, » ou par la négligence ou l'abus de leurs fonctions ». Battu à Versailles, le parti aiguillonniste n'était guère plus heureux à Rennes, où la minorité du 29 avril, furieuse de son échec, tenait à prendre sa revanche et proposa à l'assemblée des chambres du 11 mai d'écrire en cour pour demander le rappel de l'universalité. Les voix se trouvèrent ce jour exactement partagées et le furent encore le lendemain : quinze contre quinze. Il fut alors unanimement convenu qu'on ne
(') Lettre du 2 mai, H. 333.
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inellrait licii de cet incitlent sur le registre et que la réunion des chambres serait regardée comme non avenue. Mais cela n'ompècha pas les quinze qui avait voulu écrire de se réunir chez Monlbourcher, de rédiger leur lettre et de la faire partir, signée par le greffier du Parlement, pour lui donner un caractère authentique et la j)rcsenler comme le vœu du corps entier ('). Encouragés par cet exemple, les procureurs ne mettaient plus de borne à leur audace, et portaient leurs vexations jusqu'à des personnes dont le nom semblait cependant devoir présenter toutes garanties en bastion. Duparcl*oullain, le fameux jurisconsulte, avait signé la cédule évocatoire de M. de la Chalotais et plusieurs consultations pour les magistrats prisonniers, des l'eprésentations contre divers articles du règlement et pour le rappel de l'universalité : mais il avait aussi signé un mémoire apologétique du prêtre Clemenceau et avait été pour cela grossièrement attaqué dans la seconde lettre du gentilhomme breton au noble espagnol (-) : il venait de faire paraître un Avertissement fort agressif contre les libelles, destiné à figurer en tête de son sixième volume des Principes de droit f ramais, dont les cinq premiers volumes avaient déjà paru : par sentence du 18 mai, les juges de police, dont quatre procureurs, Lemasson, Bouvard,Juhel et Bonamy, imaginèrent d'infliger à cet avertissement l'outrage d'une suppression, comme à un vulgaire libelle sans nom d'auteur ni d'imprimeur et contraire aux règlements de la librairie et de l'imprimerie. Son imprimeur était cependant bien connu : c'était Vatar, dont la maison avait, de tradition immémoriale, la clientèle du Parlement, et était un des centres de la réunion de la faction parlementaire : les ju-
(') Lettre des magistrats fidèles, 31 mai, II. G33. Un bulletin du 24 mai (ibid), montre la cour du président de Montbourclier remplie, pendant celte délibération, de procureurs, d'avocats et de magistrats démis, s'expliquanl fort grenadièremenl sur le compte des conseillers lidcles et promettant de leur faire payer cher leur fermeté si jamais ils rentraient au palais.
(*) Elle mettait dans sa bouche ce quatrain :
On dit mes ouvrages mauvais, Oui, quelques sages les rejettent, Mais plus de cent sots les achètent, •Test pour ceux-ci que je les fais.
Elle lui imputait, ainsi qu'à Anneix (ijui avait plaidé pour Audouard), d'avoir prostitué les nobles fonctions d'avocat, et prédisait leur radiation de l'ordre.