‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 149 sur 174 · VENGEANCES DES MAGISTRATS RÉINTÉGRÉS · texte numérisé non relu

VENGEANCES DES MAGISTRATS RÉINTÉGRÉS

Prestre de Chàteaugiroii sont décrétés d'assigné pour être ouïs et réduits à s'éloigner du palais ou à fuir de la province; Gault est interdit de ses fonctions dès le mois d'août 1769, forcé de fuir à la campagne avec sa misère et ses dix enfants, et sollicite longtemps en vain un emploi, qu'il n'obtient qu'en 1771 (') : Raudin, rappelé de Bretagne dès mai 1769, sollicite en vain la continuation du traitement de 4,000 1. qu'il avait comme subdélégué général : Clioiseul lui fait refuser cette grâce et l'envoie à Lille en qualité de commissaire ordonnateur des guerres, sans l'indemniser de son déplacement (^) : Magin est envoyé à la Rochelle : de Lor, h Saumur, où il meurt en 1770 laissant sa famille dans la misère. Avoir été bien vus de d'Aiguillon est pour tous les fonctionnaires un titre assuré de disgrâce. Plus à plaindre encore sont ceux qui restent dans la province ; les procureurs qui ont continué leur service, comme les Minihy, les Doré, les Desnos, qu'on ruine en leur faisant perdre leur clientèle; les officiers des juridictions inférieures qui ont continué à rendre la justice {^) : les ingénieurs comme Dorotte qui ont rendu témoignage en sa faveur, lors de la discussion sur les grands chemins : les membres des Etats connus par leur attachement à sa personne; les 83, qui éprouvent tout ce que la noirceur peut imaginer de plus vexatoire (*), et jusqu'aux financiers qui sont soupçonnés de lui

» calomnié, qui ont tenu des propos injurieux sur mon compte... peuvent-ils con- >■ naître de mes afTaires? Si mes ennemis sont mes juges, quel sera mon jugement, » à quoi ne dois-je pas m'atlendre? >- Quant S"Le Prestre de Cliàteaugiron, il était pris à partie pour avoir requis contre lesdiles remontrances. L'arrêt qui les décrétait fut cassé par arrêt du conseil du 23 juillet 1770. Le Prestre n'en fut pas moins obligé de quitter la Bretagne; il vint à Paris où il fut nommé surintendant des finances et de la maison de M'no la Dauphine : il fit partie du Parlement Maupeou. Lors de la révolution de 1774, poursuivi par la haine tenace des parlementaires, il fut relégué au grand conseil, vil de plus jeunes que lui lui passer sur le corps, dut s'abstenir d'y siéger, et mourut en 1782, de remords disaient ses ennemis.

0 Mémoire pour Gault de la Galmandièrc, H. 535; lettre de Gault au chancelier, 12 mai 1770. Il obtint la place de receveur général des fermes à Tours.

(-') Lettres de Raudin, 14 et 24 mai 1769, H. 611, H. 462.

{') (. Le sieur Kérangas, sénéchal des regaires de Saint-Brieuc, n'a été admis à » faire sa harangue au Parlement qu'après avoir arrosé le parquet de ses larmes » pendant près d'une grande heure : encore est-il heureux qu'on ait voulu l'écouter. » Un membre de l'augusle assemblée a dit avec toute la gravité qui caractérise le » sénateur : « Bienheureux sont ceux qui pleurent et qui sont admis ; d'autres pleu- » reront, mais pleureront vainement » (Kerguénech à d'Aiguillon, H. 640*).

(*) Villeneuve-Geslin, un des 83, un parent de Descognet?, écrit le 17 août 1769 : « Je n'ai point voulu être témoin de toutes les vilenies qu'on fait à Saint-Brieuc,

avoir ouvert leur l)oursc pour lui faciliter l'acquisition de la licutenance des chevau-légers (').

Mais le bastion n'entend pas borner ses vengeances à celte foule plus ou moins obscure ; il lui faut un triomphe plus éclatant et une plus illustre victime.

» et moi et toute ma famille avons quitté cet affreux séjour pour venir à la campa- » gne vivre de préférence avec les loups, qui valent mille fois mieux que tous les » Bretons ensemble ». M. de Kerguénech, le 23 mai 1770 : « Les cruels effets de » la persécution que j'éprouve dès à présent me font trembler pour l'avenir ». M. de Kérouarl (qui avait la malechance d'être proche voisin de campagne de MM. de Guerry, de Pire, de Boisteilleul et du chevalier de la Ghalolais) le 10 juillet 1771 : « Jugez des désagréments que j'éprouve tous les jours, le détail en ferait frémir » d'horreur et de pitié ». M. de Triac supplie le duc, le 13 août 1771, de lui procurer un emploi qui le tire de cette province, sans quoi il ne sait que devenir.

(*) « Ils ne cessent, écrit Bourgeois le 13 août 1770 (H. 502), de me faire éprouver » les plus grandes mortifications; suivant eux je suis un traître à la patrie pour >> avoir prêté des fonds à ce seigneur. Si j'avais été assez heureux pour cela, je » n'aurais cru me libérer qu'en partie de la reconnaissance que je lui dois et que je » lui conserverai toute ma vie ».

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