FAUX TÉMOIGNAGES
de conseillers et de procureurs, était le quartier général de toute l'armée parlementaire, ou comme le maire tiévin, parent de M. de la Chalotais, brouillé avec d'Aiguillon depuis 1764, et dénoncé depuis février 1766 (un mois avant la prétendue entrevue où Audouard lui aurait demandé contre les procureurs généraux des î-diis co)777ne ça, vivais ou aulrement), par une terrible lettre de M. de Flesselles ('), comme un fripon et comme un escroc? Met-on de pareilles armes entre les mains de gens dont on se sait haï et qu'on n'ignore pas être capables de tout? De tels services ne se demandent pas aux amis les plus chauds des personnes que Ton veut perdre : certaines précautions sont indispensables : faute de les observer, c'est à soi-même que l'on nuit. Il est possible (et même certain pour la femme Garnier, qui a été entendue à Saint-Malo) qu'on ait cherché à faire révéler, par ces personnes admirablement informées, des faits qu'elles ont d'ailleurs obstinément persisté à cacher : mais qu'on ait employé la violence et la menace, qu'on ait sollicité, en ne- s'en cachant pas, des dépositions mensongères, qu'on ait spontanément découvert à des interlocuteurs aussi dangereux des intentions aussi peu avouables, c'est ce qui heurte toutes les règles de la vraisemblance, et ce qui entache évidemment de fausseté ces deux dépositions, dont presque toutes les autres ne furent que l'écho plus ou moins fidèle. Le tailleur Poulain et le menuisier Dimet avaient tous les deux, en décembre 1767, alors que le ministère faisait procéder à une enquête sur l'administration d'Hévin, fourni des déclarations parfaitement nettes et concluantes, qui dévoilaient à la charge de ce maire concussionnaire des actes de friponnerie manifeste; ils essayèrent en 1770 de rétracter péniblement leurs dires et prétendirent (non sans se couper plusieurs fois) que ces déclarations leur avaient été arrachées par l'intimidation ; mais quelle foi accorder à des témoins qui, déclarant qu'ils avaient été subornés, avouaient par là même qu'ils étaient bien capables de l'être encore? N'était-il même pas évident qu'ils l'étaient, et que la crainte de se brouiller avec le parti redevenu le maitre de la ville, et dont dépendait leur existence, dictait à ces deux pauvres artisans un langage mensonger, qu'ils ne tenaient d'ailleurs qu'avec une répu-
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gnancc et une inexpérience manifestes? On entendit ensuite, entre autres témoins, M. de Pire citer des faits de pression qui aurait été exercés sur le conseiller Duparc, et le médecin La Boujardicre des promesses faites au procureur Uoré, fails et promesses que Duparc et Doré nièrent positivement. M. de (iuyomard de la Ville-Hervé, avocat^ déclara tenir d'un M. de la Motlie-Hulin que des tentatives de subornation avaient été pratiquées sur le sieur Loisel, secrétaire de La Chalotais, et >1. de la Mothe-llulin affirma, plus tard, n'en avoir jamais ni parlé ni entendu parler ('). Pareille mésaventure arriva au négociant Lescoublet, de Bennes ; il raconta qu'on avait essayé de corrompre un nommé Morin par l'intermédiaire du marquis de la Guère, amiduduc d'Aiguillon; et celui-ci, prévenu, écrivit une lettre indignée d'où il résultait que c'était en 1762 ou en 1763, longtemps avant le procès de M. de la Chalotais, qu'il s'était mêlé de faire obtenir un emploi à ce jeune homme. Au total, 76 témoins ont été entendus ; quelques-uns ont nié positivement les faits imputés à d'Aiguillon et à Audouard ; beaucoup n'ont fait que répéter des ouï dire ; tout l'artifice des autres n'estpas parvenu à établir à la charge des deux inculpés un seul fait vraiment probant. Les plus passionnés eux-mêmes furent bien forcés d'en convenir; aussi prirent-ilsleurs précautions, en insinuant que les commissaires du Parlement, gagnés à l'accusé, faisaient disparaître les dépositions les plus concluantes. Dans une note d'une brochure de circonstance. Extrait de l'information faite en exécution de l'arrêt du S ?nars, que le Parlement condamna avec feu par arrêt du 26 mai comme calomniant la magistrature, le lecteur est averti que si les dépositions de Paris n'étaient pas plus étendues que celles de Bennes, ce serait parce que les commissaires ou le greffier ne seraient pas fidèles dans la lecture de la plainte ou dans la transcription des témoignages : « On aurait lieu de croire » que les visites du duc tous les jours introduit à la dérobée » chez ses commissaires n'auraient pas été sans succès; leurs » trop fréquentes conférences seraient justement suspectes ». C'était toujours la même tactique, de dénoncer comme venou
(') Lettre de La Mothe-Huliii à d'Aiguillon, 4 fév. 1772 (H. 640^). .- Je n'ai pas >. eu plus de connaissance de tous les laits déposés par le témoin que je n'ai celle
» de l'avoir jamais vu l'aurais désiré le confondre publiquement si j'avais été
» dans le cas d'être entendu ».