EFFORTS POCR METTRE LE GOUVERNEMENT EN CAUSK
de M. de la Souallaye roula presque tout entière sur les différents incidents de la fin des Etats de 1766-1767, les ordres du roi et les lettres de cachet auxquels ils avaient donné lieu : le procureur Even inculpa dans sa déposition de Paris M. de Saint-Florentin, dont il n'avait point parlé à Rennes : le maire Hévin souleva la grosse question des lettres de cachet en suppliant la cour de le protéger contre les vengeances que lui attirerait sa déposition. Ce n'était plus le procès d'un homme, mais celui de l'administration tout entière. « Le gouvernement, dit fort bien Linguet, était donc forcé » d'arrêter cette explosion formidable, de fermer ce volcan » dont les éruptions s'étendaient jusqu'à lui ».
Il est généralement admis que la brusque terminaison de ces débats fut l'œuvre de d'Aiguillon lui-même, qui se serait senti compromis et aurait voulu éviter une condamnation. Cette légende répandue par la haine et acceptée par la malignité publique ne résiste pas à l'examen des faits. A mesure que la répugnance du roi à laisser ainsi tomber sa couronne dans la poussière du greffe s'affirmait ou se devinait, d'Aiguillon, au contraire, mullipliait ses efforts pour obtenir que l'affaire suivit son cours. Il faisait décider dans son conseil, malgré l'opposition opiniâtre de Linguet, qu'il porterait luimême plainte en subornation contre plusieurs des témoins ayant déposé contre lui; démarche évidemment incompréhensible si son désir intime avait été d'étouffer l'affaire, et dont le principal but était de créer un obstacle de plus à l'extinction du procès ('). Il écrivait au chevalier de Balleroy, son ami intime et son confident, cette lettre significative (^). « Pour moi, je suis toujours dans les embarras de » ma vilaine aïïa'ire et dans la crainle de ne pas obtenir de juge- » ment. J'ai eu à ce sujet, depuis quelques jours, de fortvives
(') Une lettre de Linguet au duc, du 21 mai, ne laisse aucun doute sur ce point : .. Uuand on vous a fait envisager ce puéril moyen comme capable d'empêcher » l'extinction de la procédure, on vous a trompé, sans le vouloir, sans doute; on » s'est trompé soi-même... Je crois que vous devez n'employer que voire crédit » el celui de vos amis pour empêcher l'exlinclion de la procédure... »
(*) Citée par M. Flammermont, op. cit., p. 83, sans indication de provenance et à la date du 4 mai : mais elle doit être d'une date postérieure, puisqu'elle fait allusion à la plainte de d'Aiguillon qui ne fut décidée et déposée que quelques jours après. Cette lettre nous paraît absolument probante et la sincérité de d'.\iguillon n'y peut pas être contestée.
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» alui'incs ; quoi(]u elles ne soient pas encore totalement cessées, «elles sont fort diminuées ».
Ces ell'oi'ts furent inutiles. Sacrifié en 1768 ù l'espérance chiniéi'ique de rétablir le calme en Bretagne, d'Aiguillon devait l'être en 1770 k l'espérance non moins chimérique de calmer l'eifervescence des esprits dans le royaume. Dès le commencement de mai, le roi et Maupeou y étaient à peu près décidés : ils comprenaient trop bien le danger de laisser se dérouler jusqu'au bout ce procès formidable et gros de complications. Le 8 mai, le roi manda le premier président et lui ordonna de lui apporter la grosse de l'information close la veille. A la séance du 9, le Parlement acquiesça à la volonté royale, mais avec de vigoureuses remontrances où, s'altaquant h l'intention présumée de Louis XV de tout finir par un coup d'autorité, on lui déclarait que l'honneur ne se rétablissait point par voie d'autorité, parce qu'on ne commandait point à l'opinion publique, et que tout parti qui tendrait k interrompre le cours naturel de la procédure dans une affaire de ce genre et de cet éclat serait également préjudiciable aux accusés, au bien de la justice et au service du S"" Roi. Les fêtes du mariage du Dauphin vinrent alors interrompre pour quelques jours la vie publique. Le 26 mai, le Parlement, saisi de la requête de d'Aiguillon et aussi d'une autre de MM. de la Chalotais qui se portaient partie civile, lit prier le roi de vouloir bien indiquer le jour le plus proche possible pour prononcer sur ces deux requêtes et statuer sur les informations faites. Le roi répondit qu'il indiquerait ce jour dès que la seconde grosse des informations serait achevée, que les conseillers rapporteurs auraient fini leur travail, et que le ministère public serait en mesure de prendre des conclusions. Registre fut fait de cette réponse et la cour s'ajourna au 19 juin. Mais elle n'avait plus confiance dans l'issue de cette affaire; l'intention du roi de tout arrêter ne semblait plus douteuse ; on débitait qu'au conseil tenu k Versailles le samedi 26 mai le chancelier avait présenté plusieurs projets de lettres patentes d'extinction, et d'Aiguillon, comprenant bien, lui aussi, que le temps était précieux, pressait le plus possible la publication du fameux Mémoire de Linguet qui devait conlenir l'historique de son administration en Bretagne et lui ramener l'opinion. Le Mé-