‹ La Bretagne et le duc d'Aiguillon, 1753-1770Chapitre 163 sur 174 · MON RÊVE DE LA NUIT DERNIÈRE, PAR UN GENTILHOMME BAS-BRETON · texte numérisé non relu

MON RÊVE DE LA NUIT DERNIÈRE, PAR UN GENTILHOMME BAS-BRETON

17 janvier 1765.

Gisant entre mes draps.

Mal à mon aise et me tournant sans cesse, J'imaginais être encore aux Etats.

Je me croyais au milieu du fracas, Poussé, poussant, comme vous pouvez croire. Tâchant enfin de sortir d'embarras.

Quand, tout-à-coup, on entend la trompette: De vingt flambeaux Ion voit briller l'éclat. Monsieur le duc, dans un grand apparat, A nos Bretons venait chanter goguette Pour en avoir quoique bon résultat.

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A son aspect, on fit faire silence :

Vllléon dit : « Paix là, Messieurs, paix là ! »

Chacun se tut et d'Aiguillon parla.

Lors se tournant du côté de l'Eglise,

« Prélats, dit-il, on voit avec surprise

Comme à vos fins vous savez parvenir ;

Fort peu jaloux que l'on vous canonise,

Honneurs et biens sont votre unique but.

Vous préférez les intérêts du prince

A ceux du peuple et de votre salut :

A beaux deniers vous vendez la province,

Et vous livrez votre àme à Beizébuth.

Peut-on plus loin porter l'excès du zèle?

Du tiers aussi l'on n'est pas mécontent,

Mais si cet ordre a paru moins rebelle

Il en faut faire honneur au président,

Car chacun sait qu'il est entreprenant.

Ambitieux, fourbe, traître, capable

D'immoler tout à son avancement.

Prisant l'honneur beaucoup moins que l'argent,

Et, pour tout dire, un homme abominable.

Afin qu'il aille encore plus vite au diable,

Nous en ferons bientôt un intendant.

Mais quant à vous, Messieurs de la noblesse.

Qui vous plaisez à faire les mutins.

Vous aurez tous des claques sur la fesse

Et vous paierez les impôts sur les vins! »

A ce discours, chacun se mit à rire.

Le duc piqué sur-le-champ s'en alla.

Le bruit qu'il fit en passant m'éveilla :

Tout disparut, excepté la satire.

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